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5 septembre 2008 5 05 /09 /septembre /2008 14:04
          De même que la valeur n'attend pas le nombre des années, la valeur d'un livre ne se mesure pas à son nombre de pages. Ce petit livre sur le cinéma militant et le cinéma politique en est bien la démonstration. A l'heure des commémorations en tout genre de l'année terrible pour tous les conservatismes, les auteurs ont voulu montrer que la question de la fonction sociale, politique et esthétique du cinéma avait été débattue autrement que par une simple perturbation du festival de Cannes.
         Cette fonction sociale du cinéma, sur laquelle on reviendra abondamment dans ce blog, est souvent passée sous silence par le cinéma institutionnel et commercial, et pourtant elle est très agissante, quasi quotidiennement.
        Les auteurs rappellent les différentes approches de l'articulation entre cinéma et politique issues de Mai 68, et le premier d'entre eux, David FAROULT, prend une position paradoxale à première vue : le cinéma militant n'existe pas. Ou alors tout le cinéma est militant, du film nazi au film industriel qui consolide les mentalités du désordre existant.
      Retraçant l'action de Cinélutte, de ses productions comme de ses débats internes, est reposé la question à quoi sert le cinéma pour des militants révolutionnaires? A informer sur les luttes? Qui? Comment? Avec quelle efficacité et quelle utilité? En revenant sur le film de GODARD, "Un film comme les autres" comme sur le groupe DZIGA VERTOG ou le groupe Cinéthique, on peut mesurer la difficulté de dépasser à la fois la dramaturgie dominante et les contraintes des circuits de distribution des films. Le constat que les débats se soient déplacés du film de fiction au film documentaire garde les questions ouvertes.
      Gérard LEBLANC tente lui aussi de délimiter le débat entre cinéma et politique et l'on retiendra sa différenciation entre films compris dans des stratégies politiques qui les intègrent comme facteurs actifs ou passifs, films à effets politiques produits dans le cadre de l'institution cinématographique et films réalisés par des non professionnels, acteurs des luttes.
    Une longue interview, publiée auparavant dans la revue Cinéthique en avril 1969, de Jean-Pierre LAJOURNADE, réalisateur de "Le joueur de quilles", constitue la dernière partie de ce petit livre. A travers l'évocation de nombreux films, il parcours l'ensemble des éléments de ces débats.
    
    Si ce petit livre est conseillé, ce n'est pas par nostalgie (l'auteur de ces lignes n'était pas né!), mais pour commencer à réfléchir sur la possibilité d'utiliser le cinéma pour changer la société. Avec en arrière-fond la pensée que le statut du spectateur-voyeur reste ambigu devant le spectacle même s'il s'agit du spectacle d'une lutte et même si le montage comme la mise en action veut déconstruire le cinéma et le déstabiliser. Les relations du spectateur et de l'acteur ne sont pas simples, et le dépassement d'une partie des dilemmes évoqués dans "Le cinéma en suspens" se trouvent sans doute dans la déconstruction même du statut de spectateur...
 
      Dans la présentation de l'éditeur de ce livre, nous pouvons lire :
"Si, en Mai 68, les salles de cinéma continuent de projeter des films comme si de rien n'était, quelques cinéastes et beaucoup de spectateurs se posent, loin du corporatisme de la "profession", la question de la fonction sociale, politique et esthétique du cinéma. Quel est le rapport du cinéma aux conceptions du monde qui lui sont extérieures, aux idéologies qui traversent et divisent la société? Comment articuler politique et cinéma sur un autre mode que celui de la représentation? Comment penser le travail cinématographique - qui relève aussi du jeu et du plaisir - dans sa relation avec l'exploitation du travail? Comment la vie imaginaire peut-elle enrichir la vie réelle sans se substituer à elle? Comment faire un cinéma qui ne participerait pas à la reproduction de la société que l'on refuse? Quels moyens se donner pour que le cinéma devienne un des leviers de la transformation de la société? Le cinéma influencé par Mai 68 est pour l'essentiel un cinéma de l'après-coup et se construit tout au long des années 1970. On se propose ici d'en dégager les principales lignes de force et de présenter quelques démarches et trajectoires exemplaires. Non qu'elles soient nécessairement abouties mais parce qu'elles abordent frontalement les questions que l'on vient d'évoquer. Ce livre propose au lecteur de renouer le fil interrompu d'une réflexion théorique et pratique toujours vivante et ouverte. Il s'adresse à un lecteur d'aujourd'hui et d'abord à celui qui ne se satisfait pas de la façon dont il vit dans la société où il vit."
 
    David FAROULT (né en 1974) a co-animé pendant près de deux ans l'émission radiophonique "Pleins feux sur les médias" sur Fréquence Paris Plurielle, après avoir mené des recherches sur cinéthique et le groupe Dziga Vertov. Gérard LEBLANC a écrit aussi plusieurs livres dont Scénarios du réel (en deux volumes, L'Harmattan, 1997), Les années pop. Cinéma et politique : 1956-1970 (avec Jean-Louis COMOLLI et Jean NARBONI, BPI-Centre Pompidou, 2001) et Numérique et transesthétique (dirigé avec Sylvie THOUARD, Presses Universitaires du septentrion, 2012).
 


   David FAROULT et Gérard LEBLANC, Mai 68 ou le cinéma en suspens, Editions Syllepse/Festival International de films Résistances, 1998, 96 pages.

Note : Jean-Pierre LAJOURNADE a réalisé plusieurs films (Assommons les pauvres, 1967; Le joueur de quilles, 1968; La Fin des pyrénées, 1970) et avait démissionné de l'ORTF au moment des événements de Mai 68. Pour ceux qui ne connaissent pas (comme moi!), il est utile de consulter le site cineastes.net où se trouve notamment une présentation de ses films. Jean-pierre BOUYXOU, dans son livre "La science-fiction au cinéma" paru en 1971 aux éditions UGE, 10/18, commençait son commentaire du film "Le jour de quilles", de la manière suivante : 1968, An I du cinéma : LAJOURNADE tourne Le joueur de quilles. Meurent alors, déliquescentes, les vieilles structures-baudruches d'un art et d'un langage. Meurent aussi, pulvérisées, toutes notions connues, élaborées ou rêvées de temps et d'espace. Raconter ou résumer "Le joueur de quilles" serait insultant pour le film, inutile pour ses propos, impossible dans l'absolu. Raboté, saboté, ignoré plus d'un demi-siècle de cinéma narratif par essence... De quoi en vouloir savoir plus, non?
 
 
Complété le 26 juillet 2012
 


                                                                                         FILMUS
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25 août 2008 1 25 /08 /août /2008 14:04
   
     Rien de tel que la lecture d'une histoire mondiale au long cours pour comprendre les événements actuels de notre planète. Pour la période de 1917 à 1981, André FONTAINE, alors rédacteur en chef du journal "Le Monde" depuis 1969, présente une histoire des relations internationales, en grande partie centrée sur les relations Est-Ouest.

   De la Révolution d'Octobre 1917 à l'invasion soviétique de l'Afghanistan en 1979, nous pouvons suivre le grand jeu mondial de la guerre froide et de la détente. Loin de suivre une chronologie figée rébarbative, c'est une lecture serrée des événements que le grand journaliste nous propose. On y retrouve bien sûr les origines et les conséquences des guerres du VietNam et de Proche Orient comme les méandres des stratégies déclaratives en matière d'armement en passant par les vicissitudes des deux guerres mondiales. On comprend d'ailleurs mieux le conflit actuel en Géorgie si on replonge dans l'histoire du Caucase depuis l'avènement de l'URSS. Le jeu mondial ne se limite pas bien entendu à la confrontation Union Soviétique/Etats-Unis d'Amérique ; il révèle sa complexité avec l'intervention de la Chine, des pays non alignés, de l'Europe...
    On comprend mieux comment le monde bipolaire d'alors a préparé le monde multipolaire d'aujourd'hui. Ces trois volumes sont à conseiller absolument au début de toute découverte d'étudiant en histoire comme à tout citoyen désireux de ne pas s'en laisser conter par les modes quotidiennes journalistiques sur l'état du monde.
   
     La première édition d'Histoire de la Guerre froide, sous ce titre, date de 1965 pour le premier tome, de 1967 pour le second. Une recension dans Politique étrangère, n°1 de 1968 (volume 33), comparait ces deux livres à celui de Louis-J. HALLÉ, sur le même thème, Cold War as History (Chatto & Windus, Londres 1967, de 434 pages).
"Le moment est probablement venu d'adopter à l'égard des événements qui constituaient hier l'actualité brûlante une attitude d'historien. Telle est au moins l'ambition, pleinement justifiée d'ailleurs, dont témoignent dans deux ouvrages, parus presque en même temps, d'André Fontaine et de Louis Hallé. Ouvrages d'une égale qualité dont la lecture ne saurait trop être recommandée et qui méritent l'un et l'autre, à des titres divers, de demeurer ouvrages de références.
Les deux volumes d'André Fontaine font débuter la guerre froide à la Révolution d'octobre 1917. Louis Hallé (ancien fonctionnaire du département d'état, alors professeur à l'Institut des Hautes Etudes Internationales de Genève), au contraire, situe le commencement de la période que désigne cette expression aux années 1945-1947 marquées par l'échec des efforts pour liquider pacifiquement entre Alliés le deuxième conflit mondial (...). Cette différence de présentation témoigne déjà d'une différence de perspectives. André Fontaine semble attribuer au caractère révolutionnaire de l'Etat Soviétique, c'est-à-dire à l'idéologie qui anime ses dirigeants, sensiblement plus d'importance que ne lui en accorde Louis Hallé. Celui-ci tend à interpréter la guerre froide comme un conflit interétatique du type traditionnel, un cas classique de ce que les anglo-saxons désignent par l'expression du "power politics". (...) Quelle que soit la "philosophie" différente qui s'exprime dans ces deux ouvrages, les auteurs s'accordent sur les dates essentielles ; pour l'un comme pour l'autre, l'année 1947 constitue le tournant. Mais l'interprétation de ce tournant n'est peut-être pas tout à fait la même chez l'un et chez l'autre. Pour André Fontaine, l'année 1947 ne fait que confirmer une rupture qui n'a fait que s'aggraver depuis la fin des hostilités. Pour Hallé, au contraire, un accord avec l'Union Soviétique pouvait encore être regardé comme une possibilité (...) jusqu'à la fin de juin 1947 (moment du refus de Molotov de participer au programme de reconstruction européenne suggéré par le général Marshall). Quant à l'autre tournant de la guerre froide, les deux auteurs le situent à la fin de 1962 au lendemain de la Crise de Cuba (...). Toutefois sur cet "armistice" de 1962, André Fontaine marque plus clairement que Louis Hallé qu'il fut l'aboutissement du côté soviétique, d'une maturation qui remonte à l'année 1959 (déclaration de Khroutchev sur la possibilité de faire disparaître la guerre mondiale de la vie même de la société même avant la victoire complète du socialisme sur la terre). (...).
On lira avec un égal intérêt chez André Fontaine les pages (...) qui résument les problèmes de l'engagement américain au VietNam. On méditera utilement ce qu'il en dit à nouveau dans l'Epilogue qui formule à nouveau un espoir exprimé dans l'introduction : "Il est maintenant permis d'espérer que, de part et d'autre, on finira par reconnaître ce qu'il y avait de fou dans la prétention de certains à ne vouloir donner d'autres choix à l'humanité, pour régler les problèmes du XXe siècle, qu'entre deux idéologies nées au XIXe siècle, avant l'avion, l'atome, l'espace, l'information de masse, l'automation, la décolonisation et l'explosion démographique". Dans le même sens, Hallé affirme plus nettement encore que depuis 1945, la présence des armes nouvelles a eu un effet décisif d'inhibition sur la tendance traditionnelle à régler les conflits par confrontation militaire. "Dans ces armes nouvelles réside l'espoir du monde en même temps que les dangers". Telle est la dernière phrase de l'ouvrage. Faut-il cependant adhérer à l'opinion de Fontaine que "les Etats-Unis n'ont cessé au cours de ces dernières années de regagner du terrain" (Précisons le tout de suite : Histoire de la "détente" revient sur cette appréciation) (...) Je serais plutôt tenté de nuancer l'opinion d'André Fontaine par les réflexions qui terminent l'ouvrage de Hallé : "L'origine de la guerre froide (...) doit être attribuée à l'expansion soudaine de la Russie en Europe. En conséquence, il ne pouvait y avoir guère de doute pour un esprit impartial que lorsque l'Occident s'est rassemblé sous la direction américaine pour mettre un terme à cette expansion, il agissait pour sa légitime défense plutôt que dans un esprit d'agression. (...)". (www.persee.fr)
     
      Le journaliste français (1921-2013), travaillant notamment au journal Le Monde, a aussi écrit d'autres ouvrages  : L'Alliance atlantique à l'heure du dégel (Calmann-Lévy, 1960), La Guerre civile froide (Fayard, 1969), Le Dernier Quart du siècle (Fayard, 1976), La France au bois dormant (Fayard, 1978), Sortir de l'hexagonie (Stock, 1984), L'un sans l'autre (Fayard, 1991), Après eux, le déluge, de Kaboul à Sarajevo (La Martinière, 1995), La Tache rouge, le roman de la Guerre froide (La Martinière, 2004), réédition augmentée d'une chronologie (Le Seuil, 2006). Partisan d'un journalisme d'investigation, il s'efforce pendant toute la période qu'il dirige le journal Le Monde (comme rédacteur en chef, puis comme directeur - 1969-1990), de garder la balance entre approfondissement de l'information et attrait de la présentation : "Résistons à la tentation d'épuiser le sujet, d'écrire pour des spécialistes qui en connaissent déjà tous les aspects. Ce que nous devons faire, ce n'est pas un manuel de Science Po ; c'est un journal. Un journal où, soit dit en passant, il serait bien nécessaire que l'on sente passer un peu plus d'émotion, où l'on aimerait pouvoir lire des histoires, racontées avec talent et, pourquoi pas, humour, un journal, pour tout dire en peu de mots, plein de vie". Nous nous souvenons d'une époque où nous lisions ce journal de bout en bout....
 
       

         

       


 
       André FONTAINE, Histoire de la guerre froide, Tome 1, De la Révolution d'Octobre à la guerre de Corée, 1917-1950 ; Tome 2, De la guerre de Corée à la crise des alliances, 1950-1963, Fayard, Collection Point Histoire, 1983;  502 et 570 pages.
André FONTAINE, Histoire de la "détente", Un seul lit pour deux rêves, 1962-1981, Fayard, Collection Point Histoire, 1984, 534 pages. Plusieurs fois réédités depuis.

 
Complété le 18 Juillet 2012
Complété le 3 avril 2013
Complété le 1er novembre 2013
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25 juillet 2008 5 25 /07 /juillet /2008 12:39
   
    Voilà une vraie étude de sociologie militaire! Plutôt que de traiter à longueur d'ouvrages de l'évolution des choses militaires, en insistant sur les guerres ou l'évolution des corps d'armées et des armements,  Raoul GIRARDET a choisi de comprendre l'histoire sociale et l'histoire des mentalités de cette société plus ou moins fermée que constitue en France, la société militaire.
   L'histoire de ces hommes et de ces familles qui traversent la révolution, l'empire, la restauration, la république, la vision que l'on a du rôle de l'armée dans la société globale, l'évolution de l'esprit militaire, depuis les soldats de la liberté de 1789 jusqu'à l'épreuve algérienne, en passant par les deux guerres mondiales, sont bien décrites dans ce livre... Enthousiasme, méfiance, antipathie, fièvre irraisonnée alternent dans la société militaire comme dans l'ensemble de la société. Parfois l'armée est au diapason de la l'ensemble de la société, parfois elle en est à l'opposé idéologique... En deux grandes parties, la vieille armée et l'armée nationale, l'auteur s'appuie autant sur des études historiques d'ensemble, des mémoires et des témoignages qui traversent toute la hiérarchie, pour comprendre les soubresauts de la conscience militaire.
  C'est une étude intéressante pour qui veut appréhender l'évolution des mentalités militaires, même au-delà de la période que s'assigne l'auteur. Autant pour les évolutions des mentalités militaires en général, qui ne sont pas les mêmes en temps de guerre et en temps de paix, que pour se faire un idée de ce que peuvent vivre tout le corps d'armée français dans le début du XXIème siècle. Il existe bien entendu de nombreuses autres études, mais pour commencer, on ne saurait trop conseiller de consulter l'ouvrage de Raoul GIRARDET.
 
    De 1815 au contemporain le plus immédiat, écrit l'éditeur (en quatrième de couverture), l'armée s'était de plus en plus identifiée à la nation. "Celle des années 2000 représentera peut-être un corps d'élite au sein d'une armée d'Europe. On imagine les soubresauts et les déchirements que cette évolution implique. Après être passée de la vie de garnison dans les provinces sous la Restauration à la remobilisation sous le second Empire, de la tragédie de la guerre perdue à l'aventure coloniale, elle traverse un XXe siècle non moins bouleversé : la victoire en 18, la défaite en 40, les guerres successives - contre l'Allemagne, en Indochine, en Algérie - jusqu'au saut dans l'inconnu que représente la professionnalisation d'aujourd'hui. Analysant ce qui distingue du reste de la société française ce groupe fermé, aux valeurs, au mode de vie et de recrutement propres, Raoul GIRARDET montre, dans une fresque d'une exceptionnelle qualité, tout ce qui compose le tissu si particulier de cette communauté."
Dans cette réédition d'un ouvrage paru en 1953 et amplifié depuis, l'auteur se montre, avec un attachement à certaines valeurs (patriotisme, tradition), très lucide. Il participa à la revue monarchiste La Nation française, dirigée par Pierre BOUTANG.
 
    Pour Raoul GIRARDET (né en 1917), historien et universitaire français (Institut d'Etudes Politiques de Paris, Ecole Nationale d'Administration, Ecole spéciale militaire de Saint-Cyr, Ecole Polytechnique...), "au même titre que l'école, le principe de la conscription, l'obligation du service sous les armes ont constitué l'un des facteurs essentiels de ce grand mouvement unificateur qui, au-delà de ses lacunes et de ses failles, a dominé l'évolution même de la société française au cours des deux derniers siècles". L'auteur s'interroge dans sa conclusion sur un risque de repli, voire d'enfermement corporatiste dont il semble nécessaire d'en comprendre l'urgence, mais aujourd'hui, qui le prendra en compte? Au moment de l'élaboration d'un nouveau livre blanc sur la Défense, au début d'une nouvelle présidence de la République, ce questionnement reste vif.
 
    Raoul GIRARDET est aussi l'auteur de plusieurs autres ouvrages : Pour le tombeau d'un capitaine (Editions de l'Esprit nouveau, 1962), La Crise militaire française (1945-1962) (Armand Colin, 1964), Le Nationalisme français (1971-1914) (Armand Colin, 1966), L'idée coloniale en France de 1871 à 1962 (La Table Ronde, 1972), Mythes et mythologies politiques (Seuil, 1986), Problèmes militaires et stratégiques contemporains (Dalloz, 1988), Singulièrement libre, entretien avec Pierre ASSOULINE (Perrin, 1990), Nationalismes et nation (Complexe, 1995).
 

   Raoul GIRARDET, La société militaire de 1815 à nos jour, Librairie académique Perrin, collection Agora, Pocket, 2001, 340 pages.
 
Complété le 19 juillet 2012
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21 juillet 2008 1 21 /07 /juillet /2008 13:20

 

        Nous nous représentons, à notre époque des mass-médias et particulièrement du cinéma et de la télévision, les différentes révolutions qui ont marqué notre histoire, et plus seulement à travers les manuels scolaires.
Et cet ouvrage, particulièrement illustré d'images extraites de nombreux films, permet de rendre conscientes certaines de ces représentations. Édité juste dans la foulée de la célébration du bicentenaire de la Révolution Française de 1789, ce livre, introduit par un article de Marc FERRO, Codirecteut des Annales, éclaire la perception des différentes révoltes et révolutions (américaine, française, russe, nazie, indienne, polonaise...), qu'elles soient progressistes ou réactionnaires, par différentes filmographies, notamment américaine, russe, française, mais aussi d'autres pays d'Europe, du monde arabe, du Japon....
C'est un panorama très varié et très étendu qui nous est proposé là, avec pour expliquer les narrations plus ou moins tendancieuses des films, des articles de qualité. C'est aussi un exercice difficile tellement est grand le nombre de films ayant évoqué ces différentes révolutions et sans doute aurait-on bien voulu que telle ou telle thématique soit plus développée. Pour les Français, en tout cas, le regard sur la filmographie internationale de la Révolution Française permet de prendre une grande distance par rapport au film commémoratif en deux parties qui était sorti en salle en 1989. En fin d'ouvrage de nombreuses fiches de film permet de le prolonger par la vision... des films!
 
   L'introduction de Marc FERRO se conclue sur ces phrases : "Mais comment apprécier le rapport de l'écriture filmique de l'Histoire à ses autres formes d'expression? Les problèmes ne sont pas abordés par chaque ordre selon la même approche (dans le livre). Ainsi, il apparaît que la plupart des cinéastes qui abordent le film historique identifient l'histoire à une et à une seule de ses procédures, le récit de reconstitution ; et pas l'analyse ou la mise en question des problèmes que pose le passé ou son rapport au présent.
Dès lors, l'adaptation d'une de ces écritures de l'histoire à l'autre permet toutes les dérives puisque le récit de reconstitution, dans l'ordre historique, représente le degré zéro de l'analyse, au mieux ses prémices. Dans ces conditions, le cinéma peut, à partir de cela et en toute liberté, dire n'importe quoi : au nom de la créativité de l'artiste, il y aura toujours une église (la critique) pour légitimer cette dérive. Certes, dans un récit, l'historien peut également choisir ses informations, les combiner n'importe comment, mais son église ne lui en reconnaît pas le droit. Autrement dit, il y a sacrilège à faire la critique positiviste d'une oeuvre d'art, alors qu'un historien n'est plus considéré comme un historien s'il commet des erreurs.
Or ce raisonnement s'effondre devant Le Cuirassé Potemkine, rien ne vaut cette oeuvre, où fourmillent les contre-vérités, pour rendre intelligible la Révolution de 1905... C'est justement parce que ce film n'est pas une reconstitution, mais une reconstruction qu'il atteint à une forme supérieure d'analyse historique. Appartiennent à la même race de films les Ceddo ou L'heure des brasiers, Les Damnés ou Napoléon. D'autres certainement. Ils ont su découvrir, par l'imaginaire, une voix royale pour comprendre l'Histoire et la rendre intelligible."
 
   Marc FERRO a notamment écrit Cinéma et Histoire (Denoel/Gonthier, 1977) et Christian DELAGE, historien, La Vision nazie de l'histoire (L'Âge d'Homme, 1989).
 
 


   Sous la direction de Marc FERRO, avec des textes de Christian DELAGE et Béatrice FLEURY-VILATTE, Révoltes, Révolutions, Cinéma, Editions du Centre Pompidou, dans la collection Cinéma/pluriel, 1989, 312 pages.
 
Complété le 27 jui!llet 2012
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15 juillet 2008 2 15 /07 /juillet /2008 14:21

 

   Juste après des commémorations plus ou moins bien suivies du 14 juillet 1789, il est intéressant de réfléchir aux diverses manipulations de l'histoire en fonction des calculs politiciens de droite ou de gauche, qu'une certaine classe intellectuelle impose régulièrement aux Français.
On pense particulièrement aux commémorations des génocides ou des massacres collectifs dont on nous impose plus les images d'horreur que des réflexions sérieuses. Jouer sur l'émotion ne suffit pas à construire une mémoire collective. Jouer sur des émotions collectives ou des sentiments divers pour déformer les faits a toujours fait partie des conflits politiques et idéologiques et le livre de Christian AMALVI nous le rappelle très justement en examinant la manière dont ont été présentés différents chapitres de notre histoire.

    Sur la Révolution française justement, mais aussi sur Vercingétorix (les métamorphoses de nos origines nationales), sur Roland (dans la littérature scolaire), sur Hugues Capet et les terreurs de l'an mil, sur le règne de Philippe-Auguste (dans la littérature historique du XIXème siècle), sur Etienne Marcel (de Danton à François MItterrand), sur la Jacquerie de 1358 (dans la littérature de 1814 à 1914), cet archiviste-paléographe nous promène dans les interprétations souvent virulentes d'un bord politique à l'autre. Dans ces essais de mythologie nationale, on puise beaucoup d'éléments sur les batailles de la mémoire, et c'est fort à propos que Christian AMALVI nous informe, de sa position professionnelle dans les Archives Nationales, de différentes tromperies historiques, présentes encore hélas aujourd'hui, dans beaucoup de manuels scolaires aux données souvent plus qu'approximatives... Non pas de ces erreurs d'historiens qui n'en sont pas à l'abri mais de ces véritables entreprises du mensonge perpétré en connaissance de cause par des officines politiques présentes dans diverses maisons d'éditions...
   On regrette simplement que d'autres figures emblématiques de l'histoire ne soient pas évoquées, comme celle de Jeanne d'Arc, récupérée aujourd'hui par la droite et l'extrême droite. Malheureusement, beaucoup croient encore qu'elle entendait des voix et qu'il s'agissait d'une paysanne influençable, ou encore que le sentiment national français date des années 1400... Il manque un ouvrage - certes difficile à écrire - sur les conséquences de certaines falsifications historiques et même de destructions de documents historiques (on pense à la Révolution russe par exemple) sur les comportements des hommes et des femmes d'aujourd'hui.
 
    "La France est un étrange pays que son histoire divise, une vieille nation où l'héritage du passé prend souvent la forme de batailles pour la mémoire, un théâtre où s'affrontent implacablement le Bien et le Mal, la Loge et le Clocher, la Vérité révélée et la Foi laïque".
Voilà comment commence la présentation de ce livre.
"Conservateur à la Bibliothèque nationale et, à ce titre "trésorier" de notre mémoire, Christian AMALVI était mieux placé que quiconque pour mettre en scène cette pièce de théâtre qu'est l'histoire de France, pour dessiner le portrait des acteurs qui portent les masques de Vercingétorix, Hugues Capet, Philippe Auguste et Etienne Marcel, pour arpenter ces "lieux de mémoire", où chaque camp vient puiser des arguments pour terrasser l'adversaire. En proposant des éclairages neufs ou trop connus et donc méconnus comme celui sur la Révolution française, Christian AMALVI nous offre un voyage rafraîchissant au coeur de notre mythologie nationale. Fruit de dix années de recherche, cet art et cette manière d'accommoder l'histoire est aussi le livre d'un historien qui a la chance d'appartenir à une génération privilégiée, celle qui - grâce à l'effondrement des mythes révolutionnaires - cherche moins à glorifier le passé qu'à le comprendre."
   
     Robert MORRISSEY, dans une critique  publiée dans Romantisme, n°70, en 1990, présente ce livre composé de sept études portant sur la représentation de l'histoire nationale au XIXe siècle.
"La zone de prédilection de l'auteur, connu surtout pour ses travaux sur les manuels scolaires sous la troisième République, se situe ainsi non pas tant du côté de ce que Michel de Certeau a appelé le donné de l'histoire que du côté de l'écriture qui l'organise en connaissance. Histoire de l'historiographie donc, et ces études sont riches en références aux grands historiens du XIXe siècle : Sismondi, Guizot, Thierry, Michelet, Louis Blanc. mais en fait Amalvi veut aller plus loin et vise à rendre compte de "toutes les mises en scène du passé national". A ce titre, il évoque non seulement les grands auteurs littéraires du siècle tels que Stendhal, Balzac et Hugo, mais aussi, et peut-être surtout, les auteurs de manuels scolaires, de brochures, et de pamphlets, des journalistes et des dramaturges de second ordre qui ont tous participé au grand débat sur le passé et le rôle de l'histoire. (...) Les chapitres les plus réussis portent sur Philippe Auguste et sur Etienne Marcel. Dans le premier, Amalvi part d'une opposition de deux courants historiques que le XIXe siècle a recueillis à sa naissance : une tendance rationaliste ennemie des prêtres et du "despotisme des rois" et une tendance aristocratique et catholique. L'auteur suit étape par étape leur évolution à travers le moment fort du romantisme, la réaction des érudits catholiques contre l'historiographie libérale qui se développe entre 1850 et 1880, et la mise en place de l'histoire positiviste (...)."
L'auteur se situe dans le prolongement des oeuvres de FURET, LE GOFF, OZOUF et NORA, peut-être avec des oppositions droite/gauche, catholique/laîc un peu trop prévisibles. L'ensemble donne, c'est vrai, l'impression sans doute de survol, mais l'abondante bibliographie présentée en fin de livre permet d'autres investigations. 
 
   Christian AMALVI est aussi l'auteur depuis celui-ci d'autres livres, tels que le Dictionnaire Bibliographique des Historiens Français et Francophones (Boutique de l'Histoire, 2004), François Ier, Image d'un Roi, de l'histoire à la légende (Somogy, 2006), Les Héros de l'Histoire de France - de Vercingétorix à De Gaulle (privat, 2001), Les Héros des Français - Controverses autour de la mémoire nationale (Larousse, 2011).
 


       Christian AMALVI, De l'art d'accommoder les héros de l'histoire de France, De Vercingétorix à la Révolution, Albin Michel, 1988, 475 pages.
 
Complété le 3 Juillet 2012
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10 juillet 2008 4 10 /07 /juillet /2008 12:41

      Écrit par Erica FRATERS, qui n'est que l'anagramme du mot Réfractaires et le nom collectif de nombreux anciens participants à l'Action Civique Non Violente (ACNV), ce livre témoigne de la résistance d'une foule de "citoyens ordinaires" à la guerre coloniale d'Algérie.
  
     Préfacé par l'avocat Jean-Jacques de FELICE, qui eut à défendre de nombreux réfractaires contre l'Etat français d'alors, rédigé par d'anciens membres du mouvement de désobéissance civile suivant un ordre chronologique qui permet d'en comprendre les motivations et les actions, ce livre se veut à l'honneur des insoumis, des objecteurs, des réfractaires de toute origine, qui eurent le courage de s'opposer physiquement et moralement à une guerre qui a encore aujourd'hui des répercussions sur les mentalités collectives, tant en Algérie qu'en France.
   Abondamment illustré de photographies d'époque, de reproduction d'articles de presse, pourvu d'une solide charpente de rappels historiques et en fin d'ouvrage doté de biographies d'acteurs de l'ACNV, il permet une réelle remémoration collective de cette époque troublée. Jetant une lueur sur les différences entre légalité et légitimité sur lesquelles nous aurons l'occasion de revenir, il montre le cheminement et l'engagement de ceux qui permettront quelques années plus tard l'instauration d'un statut des objecteurs de conscience et d'un service civil.
Ce livre raconte aussi l'histoire de l'action non-violente en France depuis la fondation de la communauté de l'Arche en 1957 à la résistance des réfractaires traduits devant les tribunaux en 1963. 
  
     Non dénué d'émotion pour ceux qui y ont participé, cet exercice de mémoire, initié sur le plateau du Larzac, montre une partie de la société civile en action et est très utile pour qui veut réfléchir sur ses possibilités d'agir ici et maintenant.
   
       L'éditeur présente ce livre de la manière suivante : "Quarante ans après la fin de la guerre d'Algérie, un groupe d'anciens réfractaires et de solidaires décident de témoigner. Avoir l'envie de se rencontrer pour se raconter tant d'années après était particulièrement déraisonnable. Déraisonnables, ils avaient déjà montré qu'ils pouvaient l'être. Leur livre nous apprend comment ils ont décidé ensemble de dire non et d'attiser une conscience, si actuelle, de la désobéissance civile comme forme incontournable de toute civilisation humaine..."  
Est reproduite en quatrième de couverture, également, un extrait de la préface : "Honneur à vous, les insoumis, les déserteurs, les objecteurs, les réfractaires qui avez le courage de "résister", de dire non, à la pacification, à la torture, aux répressions, aux camps d'internement, le courage de "désobéir aux ordres", à la loi même, aux violations des droits de l'homme, droits individuels et collectifs, droit à l'autodétermination et à l'indépendance du peuples algérien (...). Vous étiez et vous restez modestes, vous faisiez ce que vous dictait votre conscience, et vos refus étaient multiples, variés, personnels ; ils étaient riches de leur diversité."
 

   

 

  

   Erica FRATERS, Réfractaires à la guerre d'Algérie, 1959-1963, Avec l'Action Civique Non Violente, Editions Syllepse, 2005, 224 pages. Préface de Jean-Jacques de FÉLICE, avocat.
Site www.syllepse.net.
Complété le 4 avril 2013.
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2 juillet 2008 3 02 /07 /juillet /2008 17:08

             Une fois n'est pas coutume dans cette rubrique, ce n'est pas un nouveau pavé qui est conseillé...
             Plutôt une introduction à une "sociologie" militaire que je ne trouve pas forcément la plus intéressante, mais c'est une introduction tout de même à une sorte de sociologie historique de l'armée. Alexandre SANGUINETTI (1913-1980), longtemps spécialiste des questions militaires au RPR (Rassemblement Pour la République), donc situé dans une problématique plutôt de droite, propose dans ce livre sa vision du combattant, qui dans l'Histoire de guerrier passe au statut de soldat.

Son étude "historique", des premiers âges de l'Antiquité à la Bombe atomique, qui donne des aperçus du pouvoir militaire, veut montrer le rôle des armes dans la violence des sociétés. Volontiers pessimiste sur la nature humaine, se plaçant d'emblée dans une logique où les guerres ne se livrent pas forcément entre Etats, montrant souvent dans des pages aérées, par exemple sur la Révolution française ou les deux guerres mondiales, plutôt la réalité que l'idéologie qui s'y rattache, pas tendre autant pour le militarisme et pour l'anti-militarisme, l'auteur a le mérite d'introduire, au gré de chapitres faciles à lire, au rôle et au statut  du soldat dans la société.

Pour ceux qui n'ont que des souvenirs scolaires de l'Histoire, surtout de l'Histoire de France, il s'agit là d'un vrai rafraîchissement, qui invite à la réflexion, même dans les mois d'été (pas terrible cet été, mais bon...).

 
    L'éditeur présente ainsi de manière très succincte et pas forcément attirante cet ouvrage (en quatrième de couverture) : ""Bayard : je ne partage pas du tout le goût général pour ce personnage. Il était brave dit-on. C'est la moindre des choses pour un professionnel. Seulement, en Italie, il faisait pendre tout goujat trouvé porteur d'une arquebuse, parce qu'il n'admettait pas qu'on puisse tuer par ce procédé un brave chevalier à trente pas. Eh bien, il est mort d'une arquebuse, et dans les reins encore, tirée par un routier espagnol" (...) C'est le genre de militaires qui encombrent notre Histoire de leurs hauts faits, mais qui auraient refusé en 70 le canon se chargeant par la culasse, en 14 la mitrailleuse et le canon lourd, en 40 le char de combat et l'aviation, enfin en 60 l'armement nucléaire." Dans un récit haut en couleurs, riche d'anecdotes et d'irrespect, Alexandre Sanguinetti démontre ainsi, de l'Antiquité à nos jours, la fonction du soldat et le rôle des armes dans la violence des sociétés."
Pour le général POIRIER, la pertinence de cet ouvrage est forte : "Ne nous y trompons pas : pour Alexandre Sanguinetti, la justification du guerrier par sa fonction historique n'absout pas les médiocres, aux pouvoirs usurpés, qui ne se montrent pas à la hauteur d'une action à laquelle les délèguent les peuples. Les siècles rappelant que l'intelligence de la violence et le bon usage des armes ne sont pas choses banales ; que à moins de s'interroger sur les trop fréquents lapsus des acteurs du "drame effrayant et passionné" (Jomini) et sur leurs causes, on risque d'abandonner la violence à sa pente et la politique à l'improvisation."
 
   Alexandre SANGUINETTI est également l'auteur d'autres nombreux ouvrages sur les questions militaires et politiques ; parmi eux La France et l'arme atomique (Julliard, 1964), une nouvelle résistance (Plon, 1976), L'armée, pour quoi faire? (Seghers, 1977), J'ai mal à ma peau de gaulliste (Grasset, 1978), Lettre ouverte à mes compatriotes corses (Albin Michel, 1980).
 


  Alexandre SANGUINETTI, Histoire du soldat, De la violence et des pouvoirs, Editions Ramsay, Document, 1979, 365 pages.
 
Complété le 5 Juillet 2012
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26 juin 2008 4 26 /06 /juin /2008 14:00

    Peu fréquentes sont les études historiques sur les relations entre l'économie et la guerre, une grande raison pour saluer cet ouvrage massif sur les buts de guerre économique de la Première Guerre Mondiale.
S'appuyant sur des documents des puissances participantes à la Grande Guerre, sur les archives gouvernementales et administratives de l'Allemagne, de la France, de la Grande-Bretagne et des Etats-Unis notamment, l'auteur s'est attaché à une approche multilatérale - c'est-à-dire non seulement en partant des buts de guerre de chaque pays, mais également de l'effet de miroir entre buts de guerre des puissances en guerre.
   Georges-Henri SOUTOU, agrégé d'histoire et professeur d'histoire contemporaine à l'université de Paris-IV-Sordonne, spécialiste des relations internationales au XXème siècle, a établi une chronologie serrée des évolutions de buts économiques de guerre de chacun des pays et des alliances en mouvement. En 6 partie qui vont des projets de Mitteleuropa à la mise en place des projets alliés, jusqu'à l'armistice et au traité de Versailles, ce livre a le mérite, tranchant avec l'attention un peu trop grande donnée à la question des réparations, de montrer les diverses préoccupations contradictoires, y compris à l'intérieur de l'Allemagne et de la Grande-Bretagne par exemple, y compris entre les grandes entreprises, les banques et les chambres économiques, également.... On comprend mieux, entre autres, comment s'est établie la relation privilégiée entre Grande-Bretagne et Etats-Unis, comment les visées françaises sur la Belgique, la Ruhr... ont gardé leur permanence. Comment aussi la victoire des Alliés fut aussi celle du libéralisme d'alors. Pour qui veut poursuivre dans la voie des études historiques et économiques sur cette période, une abondante bibliographie existe en fin d'ouvrage.
   
      L'ouvrage est présenté par l'éditeur de la manière suivante : "Désordres monétaires, politiques nationales de l'industrie et de l'énergie, regroupements économiques, questions douanières... Les hommes qui ont mené la Première Guerre mondiale ont découvert ces problèmes, et les solutions qu'ils ont tenté de leur apporter ont façonné le XXe siècle. L'économie d'aujourd'hui plonge ses racines dans leur action.
       En effet, le conflit a été aussi une guerre économique. Non seulement pendant les hostilités proprement dites, par la lutte industrielle et le blocus, mais aussi en vue de l'après-guerre, par la mise au point de véritables buts de guerre économique, lesquels tracent dans chaque camp un avenir bien défini.
Pour les Français, les Britanniques et les Américains, démocratie politique et libéralisme économique vont de pair. Pour l'Allemagne et ses alliés, la priorité, tout au moins au début, est la construction en Europe centrale (le Mitteleuropa) d'un bastion qui serait en même temps le conservatoire d'une expérience originale à mi-chemin entre l'Ancien régime et les temps nouveaux. La victoire des Alliés sera celle du libéralisme. Le libéralisme prévaut aussi en Allemagne même, et pas simplement sous le choc de la défaite : les milieux dirigeants s'aperçoivent progressivement que leurs véritables besoins et aspirations sont finalement mieux pris en compte par le libéralisme que par l'ordre voulu par Bismark. Contrairement aux idées reçues, le Traité de Versaille n'est pas seulement une paix politique et territoriale, mais comporte un projet industriel et commercial. Celui-ci résume les buts de guerre économique des Alliés et les faits triompher."
    On peut juste regretter, mais cela peut aisément s'expliquer, la faible présence des Russes dans cette étude, l'absence du point de vue russe avant 1917 et du point de vue soviétique après 1918. Beaucoup d'archives sans doute ont été détruites dans la Révolution bolchévique.
 
   Georges-Henri SOUTOU est aussi l'auteur de L'Europe de 1815 à nos jours (PUF, 2007), La Guerre de cinquante ans (Fayard, 2001) et de L'Alliance incertaine - Les rapports politico-stratégiques franco-allemands (1954-1996) (Fayard, 1996).
   
    

    Georges-Henri SOUTOU, L'or et le sang, Les buts de guerre économique de la Première Guerre Mondiale, Librairie Arthème Fayard, 1989, 963 pages.
 
Complété le 4 juillet 2012
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20 juin 2008 5 20 /06 /juin /2008 15:17
   Il s'agit là d'un témoignage historique, venu d'un soldat du rang affecté au "maintien de l'ordre", de la réalité d'une guerre coloniale, la guerre d'Algérie,  cette guerre qui n'en avait pas le nom officiellement.
Écrites dans une période de quatorze mois par Jean Martin aux membres de sa famille, elles révèlent le quotidien d'un appelé qui effectue ses "besognes" sans états d'âmes particuliers, dans l'attente de la prochaine permission. Parce qu'elles émanent ni d'un héros, ni d'un contestataire, elles prennent le caractère d'un témoignage d'autant plus intéressant, que souvent l'historiographie prend un peu trop de hauteurs politico-morales, pour nous faire toucher la réalité d'une guerre.
  Précédées d'un avertissement qui précise que Jean Martin est le nom d'emprunt d'un fusilier-marin, présentées dans leur contexte par l'historien Claude LIAUZU dans une cinquantaine de pages très instructives et suivies d'une chronologie de la guerre d'Algérie (1954-1958) et d'une autre sur les dénonciations des crimes entre novembre 1954 et mai 1958, ces lettres (cinquante au total) constituent une illustration de la "banalité du mal" tant analysée par Hannah ARENDT.
 
    Dans sa présentation, l'éditeur écrit : "En 1956, Jean Martin, appelé du contingent affecté au "maintien de l'ordre" en Algérie, écrit régulièrement à sa famille. Dans une de ses lettres, il prend des nouvelles de ses proches tout en écrivant : "Demain je suis de corvée de torture... que voulez-vous, même pas agréable, on le fait à chacun son tour". Dans une autre, il rassure ses parents sur la nourriture : ce n'est plus la peine de lui envoyer des colis, désormais "ils" se font suffisamment respecter et les "bougnoules" se sentent bien forcés de leur donner tout ce qu'ils exigent : "il faut bien leur faire comprendre qui est le maître!" Plus loin, il raconte avec force détails, sans état d'âme, une opération de représailles : "on leur a fait creuser des trous pour enterrer tous les morceaux de ferraille, et un trou plus grand. Puis on les a tous tués, des plus âgés aux plus jeunes". A peine perçoit-on parfois une sorte de lassitude, par exemple, à la veille d'une permission qu'il attend depuis des semaines..."
  
  


    Jean MARTIN, Algérie 1956 : Pacifier, tuer, Lettres d'un soldat à sa famille, Éditions Syllepse, 2001, 180 pages
     www.SYLLEPSE.NET
 
 
Complété le 17 juillet 2012
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19 juin 2008 4 19 /06 /juin /2008 14:43


   Ce livre est destiné à tous ceux qui veulent s'informer sur la véritable histoire de la Bible et sur son historicité en général, en dehors des dogmes religieux et des élucubrations de certaines sectes.

  Se basant sur les nouvelles révélations archéologiques provenant des toutes dernières récentes fouilles en Palestine, les auteurs revisitent l'"histoire sainte".  Selon eux, il est possible de répondre aux questions que se pose l'honnête homme sur les auteurs de la Bible, sur le moment de la naissance du monothéisme, sur les véritables pérégrinations du peuple d'Israël, sur le rôle réel de Jérusalem...
Déplaçant l'histoire des Juifs tel que la raconte la Bible de plusieurs siècles en avant, ils montrent comment, dans l'époque des conflits entre les royaumes de Juda et d'Israël, comme avec leurs puissants voisins, s'est constitué le corpus le plus influent de l'histoire de l'humanité. Ils donnent ainsi à la vision que nous avons des prophètes et de leurs prophéties une vision plus réaliste.
Avec cette remise à plat historique, on comprend beaucoup mieux par exemple, quels ont pu être les relations entre les Grecs et les Juifs, et comment le christianisme est né par la suite. Dans la dernière partie du livre, on peut s'informer amplement de la discussion, toujours ouverte, autour de la conquête israélite par exemple, ce qui est utile pour suivre les résultats de fouilles archéologiques qui continuent encore aujourd'hui.
 
   L'éditeur présente ce livre de la manière suivante, dans un style qui n'appelle pas à tout prix la polémique, plutôt consensuel : "Quand et pourquoi la Bible a-t-elle été écrite? Que savons-nous des premiers patriarches? Quand le monothéisme est-il apparu? Comment le peuple d'Israël est-il entré en possession de la Terre promise? Jérusalem a-t-elle toujours été le centre de l'ancien Israël? Pour la première fois, il est possible de répondre à ces questions avec un haut degré de certitude. Car les auteurs, Israël Finkelstein et Neil Asher Silberman, puisent leurs arguments dans les découvertes archéologiques les plus récentes, entreprises en Israël, en Jordanie, en Egypte, au Liban et en Syrie. Loin de sortir désenchanté de cette mise à plat historique du Livre des livres, le lecteur est d'autant plus fasciné par ces nomades et ces agriculteurs d'il y a trois mille ans, qui ont su fabriquer, en des temps de détresse ou de gloire, un récit dont la fécondité n'a cessé d'essaimer au-delà de ce peuple."
 
   Bien entendu Israël FINKELSTEIN, archéologue israélien et directeur de l'Institut d'Archéologie de l'Université de Tel-Aviv et Neil Asher SILBERMAN, directeur historique du centre Ename de Bruxelles pour l'archéologie et l'héritage public de Belgique, fournissent là une somme d'informations qui relativisent les données "factuelles" inscrites dans la Bible.
Ils ne peuvent que déstabiliser les partisans de fondements de la politique d'Israël, à la conquête du Grand Israël, directement tiré d'une vision biblique de la Palestine. La polémique fait encore rage contre un ensemble d'études du même type, comme ceux de Pierre BORDREUIL et Françoise BRIQUEL-CHATONNET (Le temps de la Bible, Fayard, 2000). Ceux-ci réécrivent dans leur livre toute l'histoire du peuple juif, à la lumière de l'exil à Babylone, là où la communauté se forge un passé qui remonte à la création du monde. Les auteurs, après avoir reproché aux premiers archéologues à partir de 1900, d'avoir simplement recherché en chaque découverte une illustration du texte biblique, reprennent l'ensemble du Livre et le confrontent aux résultats des fouilles archéologiques. Face aux réactions d'une partie de la communauté juive, notamment celle attachée à une politique sioniste, d'autres auteurs et responsables religieux valident en grande partie leurs conclusions.
Les revues de presse parues notamment lors de la publication du livre dans Publisher's Weekly, le Library Journal et dans New York Times vont dans un sens positif à l'égard des thèses développées par les deux auteurs. Les lecteurs dont Lise WILAR (http://écrits-vains.com) a pu examiner les réactions parfois viscérales sont trop attachés à leurs traditions pour accepter une relecture des événements deutéronomiques en les transposant à une époque plus récente, les Catholiques plus que les Protestants ou les Musulmans d'ailleurs. Il s'agit des lecteurs américains et les réactions sont beaucoup plus mesurées en Europe.
Dans un interview, relaté par la même auteure, donnée au Nouvel-Observateur par Israël FINKELSTEIN, on mesure bien l'esprit de leur travail :
- NO : Les royaumes de David et de Salomon ont-ils réellement existé?
- F : Pas comme ils sont présentés dans la Bible. Les dernières découvertes archéologiques nous apprennent que David et Salomon étaient plutôt les roitelets d'un Etat-cité, Jérusalem, qui était à l'époque une ville assez misérable, située sur une colline, entourée de villages. La population était clairsemée et, dans l'ensemble, illettrée.
- NO: Pourquoi est-ce dans le petit royaume de Juda qu'on a écrit ces textes extraordinaires, alors que les empires assyrien, babylonien ou égyptien, qui avaient développé une civilisation raffinée, n'ont rien produit de comparable?
- F : Effectivement, c'est une chose fascinante. Ce récit se trouve à la fondation des trois religions monothéistes, alors que les auteurs ont grandi dans un minuscule royaume provincial où une population peu nombreuse menait une vie précaire. L'exploit est d'autant plus remarquable que l'Ancien Testament comprend à la fois des éléments d'histoire, des légendes, des mythes, mais aussi un code légal ainsi que des prescriptions sociales et des exhortations éthiques, dont les enseignements ont influencé une grande partie de l'humanité pendant des siècles.
- NO : Vous remettez en question l'exactitude du récit biblique qui, pour des millions de croyants, est la vérité révélée et donc intouchable. N'êtes-vous pas attaqué en Israël?
- F : Les milieux religieux m'ignorent. L'étude critique de la Bible ne les intéresse pas. Ils s'en tiennent au texte, un point c'est tout. En revanche, ceux que j'appellerais les vieux sionistes, ceux qui ont vécu la fondation de l'Etat d'Israël, sont scandalisés par notre approche. Pour eux, l'archéologie doit - comme du temps d'Igal Yadin, le chef de l'archéologie classique - apporter des preuves du récit biblique, jamais le contredire ou le mettre en doute. Ils ont tort. L'archéologie moderne n'affaiblit pas le message de la Bible. Au contraire, elle montre le génie et la force de cette création littéraire et spirituelle unique.
 
  De nombreux textes argumentent pour ou contre les thèses des deux auteurs. Par exemple de la part de J M VAN CANGH (www.upif.org) ou de Jean-Michel MALDAMÉ (http://biblio.domuni.org) pour prendre deux argumentations développées. Un point scientifique sur la question des désaccords de datation, sur lequel repose nombre d'arguments de leur livre est fait dans un compte-rendu de congrès qui rassemble les contributions professionnelles (T Levy and T Higham, editors, "Radiocarbon Dating and the Iron Age of the Southern Levant : The Bible and Archeopology Today, 2005).
 
  Un film documentaire en 4 parties (52 minutes chacune) est réalisé à partir du livre par Thierry RAGOBERT, sous le même titre. (2005, France 5), et édité en DVD ensuite (février 2006, Editions Montparnasse). 
 
    Israël FINKELSTEIN est aussi l'auteur de plusieurs autres études parues dans des revues professionnelles, au fur et à mesure que continuent les fouilles. Il écrit en 2001 (traduit en France en 2006, aux éditions Bayard), toujours avec Neil Asher SILBERMAN, Les rois sacrés de la Bible, A la recherche de David et Salomon, ce dernier étant collaborateur de la revue Archeology.
 


   Israel FINKELSTEIN et Neil Asher SILBERMAN, La Bible dévoilée, Les nouvelles révélations de l'archéologie, Editions Gallimard, folio histoire, 2004, 554 pages. Il s'agit de la traduction de l'anglais par Patrice GHIRARDI de l'ouvrage "The Bible unearthed" publié par The Free Press, a division of Simon & Schuster, Inc à New York (USA) en 2001.
 
 
Complété le 31 Juillet 2012
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