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19 janvier 2010 2 19 /01 /janvier /2010 09:55
      Ce livre, malgré la date de sa parution, 1989, reste représentatif de toute une partie de l'Église catholique en matière de réflexion et d'action pour la paix. Dans le foisonnement de mouvements religieux du monde catholique pour la paix, cette réflexion et cette action est largement dominante. René COSTE, prêtre à l'Église de Saint-Sulpice à Paris, professeur honoraire à la faculté de théologie de l'Institut catholique de Toulouse, ancien président de Pax Christi France et ancien consulteur du Conseil pontifical "Justice et Paix" et du Conseil pontifical pour le dialogue avec les non-croyants, reste actif dans le dialogue oecuménique et le dialogue interreligieux pour la promotion de la paix. Ce théologien est l'auteur de très nombreux ouvrages, depuis Le problème de la guerre et de la paix dans la pensée de Pie XII en 1962 jusqu'à Nous croyons en un seul Dieu de 2007.

      Dans son avant-propos, il se présente comme : "Témoin avant tout, depuis plus d'un quart de siècle, de la recherche et de l'effort de promotion de la paix de tant d'instances et d'acteurs divers :
- Le Saint-Siège, l'Église qui est en France, le Mouvement Pax Christi, des organismes oeuvrant pour la promotion de la paix, de la justice, de l'environnement ;
- les Églises orthodoxes, les Églises issues de la Réforme.
Mais aussi des organismes non confessionnels. Des croyants et des non-croyants. Des hommes d'État et d'autres responsables de haut niveau de la vie en société. Des jeunes et de gens de tout âge, acteurs de la paix, de la justice et d'un meilleur environnement dans leur quartier, leur commune ou leur entreprise".
   Il se présente aussi comme "Acteur également. Quoique très modestement, sans la moindre prétention. Mais acteur tout de même, avec bien d'autres.
Par la recherche théologique, axée avant tout sur la promotion de la paix (toujours sous son sens englobant), par la participation à tant de comités (ou commissions), par des conférences, des sessions, des prédications, par l'enseignement, par des publications (...)."  Il mentionne particulièrement Pax Christi comme cadre de son action.

     En une Introduction, cinq gros chapitres (Convergences, Paix, Justice, Gérance de la Création, La diaconie de l'Église, Symboles d'un monde nouveau) et une conclusion "pour construire la cathédrale de la paix", René COSTE condense ici une réflexion, mise en actualité face aux nouveaux dangers encourus sur cette planète, de plus d'un millénaire...

    Convergences, en Introduction,  met en liaison la dynamique de l'ONU, la dynamique du concile Vatican II, la dynamique de la Sixième Assemblée du Conseil oecuménique des Églises de 1983 de Vancouver et celle de la Déclaration finale de la première Assemblée de la Conférence mondiale des religions pour la paix de 1970 faite à Kyoto, pour "l'éveil du sens humain".
Avec une certaine emphase optimiste, l'auteur évoque ces dynamiques : "Celle de l'ONU, dont c'est la mission propre, en dépit de ses déficiences de structures et de fonctionnement. Celle de l'Église catholique et des autres Églises et communauté chrétiennes, qui, à travers un sens renouvelé de leur nécessaire fidélité à la mission de salut confiée à son Église par le Seigneur ressuscité, comprennent mieux qu'elles doivent oeuvrer en profondeur - et ensemble - en vue de la promotion d'un monde plus juste et plus fraternel. Celle des religions non chrétiennes, qui commencent à nouer entre elles et avec les Églises et communautés chrétiennes des relations de dialogue et de coopération en vue du même objectif. "...Par nature tout ce qui est foi monte ; et tout ce qui monte converge inévitablement", remarquait Pierre Teilhard de CHARDIN (1881-1958). Il ajoutait avec bonheur : "En somme, on pourrait dire que la foi en l'Homme, de par son universalité et son "élémentarité" réunies, se découvre à l'examen  comme atmosphère générale au sein de laquelle peuvent le mieux (ou même seulement) croître et dériver l'un vers l'autre, les formes supérieures, plus élaborées, de croyance auxquelles nous participons tous à des titres divers. Non pas formule, mais million d'union."

    Le premier chapitre, Paix, met en relief l'un des  "trois axes, trois visées, trois préoccupations" : "Promotion de la paix, promotion de la justice, promotion de la gestion responsable de la création". Avant de le développer, l'auteur insiste beaucoup sur l'indissociabilité de ces trois axes. Son point de départ est une théologie de la paix, pour une raison tout simplement humaine (l'aspiration commune à la paix) et pour une raison théologique (L'Évangile de la Paix).
  "C'est le péché (dû au mauvais usage de la liberté par l'homme) qui a introduit dans le monde la violence, en même temps que la rupture avec Dieu et la discorde au sein de l'humanité, même au sein de la cellule familiale. Les chapitres 3-11 de la Genèse sont la saisissante description de cette humanité de péché et de violence, de cette humanité barbare : de cette humanité de tous les temps, qui est la nôtre plus que jamais. Le XXe siècle a fait éclater le vernis de civilisation qui nous masquait notre barbarie." Face à ce péché, symbolisé par le meurtre de Caen par Abel, le Dieu libérateur prononce le célèbre commandement "Tu ne tueras point". Pour René COSTE, dans le livre d'Isaïe, "livre phare" dont la rédaction s'étend sur plusieurs siècles, la Paix est présentée comme le don messianique par excellence. Invoquant des passages de l'Ancien puis du Nouveau Testament (suivant la phraséologie chrétienne), il mentionne le Sermon sur la Montagne, les Béatitudes et regroupe ces deux textes sous le titre non-violence et réconciliation. Il insiste sur le fait pour lui acquis que "les moyens non-violents pour promouvoir la justice et la paix sont les seuls pleinement dignes de l'homme et les seuls capables d'y parvenir sans injustices nouvelles et sans provoquer un besoin de revanche."  Cette revalorisation de la non-violence ne doit pas, en revanche, "déprécier la fonction militaire" quand celle-ci est vécue dans l'exercice de la "juste défense". Se gardant de stigmatiser donc l'institution militaire, René COSTE prône, avec bien des mouvements chrétiens, citant Jean-Paul II et son message de Noel 1988 à l'ONU, l'élimination des armes de destruction massive et l'abandon de toute stratégie nucléaire. Combattre la guerre elle-même se trouve bien dans la Charte du mouvement Pax Christi et son élimination est bien un idéal historique concret.

     Dans le deuxième chapitre, Justice, René COSTE part de deux aphorismes de Carl-Friedrich von WEIZAKER, "Pas de paix sans justice, pas de justice sans paix", "Pas de justice sans liberté, pas de liberté sans justice" pour cerner cette notion. Des Évangiles, il tire le choix prioritaire pour les pauvres (enseignement social de l'Église à partir de l'Encyclique Rerum novarum de Léon XIII en 1891), un lien entre justice sociale et solidarité sociale (Synode des évêques de 1971), et, au coeur de la promotion de la justice, la promotion des droits de l'homme (discours de Jean-Paul II à l'ONU du 2 octobre 1979). Justice mondiale et solidarité mondiale, en référence à l'encyclique Sollicitudo rei socialis de Jean-Paul II, prolongement direct de celle, Populorum progressis de Paul VI, oblige à se préoccuper du "si grave problème de la dette internationale, en raison des conséquences dramatiques qu'un remboursement rigide pourrait entraîner pour les peuples pauvres".

      Dans Gérance de la création, le prêtre se réfère à HEIDEGGER pour dénoncer le comportement de "seigneur de la terre" de l'homme.
"La foi biblique est le démenti radical de ce comportement démiurgique, qui se veut totale libération et qui risque de conduire à la pire aliénation". Revenant à la Genèse, il rappelle que l'homme est le gardien de la création, de cette planète-terre qui est la planète de Dieu. "Le sens du péché de l'homme et de ses conséquences concrètes, exprimées symboliquement dans le livre de la Genèse" est clair : "rupture avec Dieu, par refus de reconnaître sa dépendance par rapport au Dieu Créateur et Père, il entraîne la rupture des relations interhumaines, leur "brisure" en égoïsmes et en violences, ainsi que la transformation du travail épanouissant et créatif en travail aliéné, fréquemment exploité et opprimé." L'appel à une gérance responsable du patrimoine commun de l'humanité va de pair avec le combat pour l'homme, pour le respect de la dignité humaine. Pour René COSTE, l'exhortation apostolique Familiaris consortio (sur les tâches de la famille chrétienne d'aujourd'hui) de Jean-Paul II en 1981, comme l'instruction Donun Vitae (sur le respect de la vie humaine naissante et la dignité de la création : réponses à quelques questions d'actualité) de 1987, qui avaient suscité d'intenses controverses (et qui continuent de le faire d'ailleurs...) doivent être comprises dans la perspective de cette nécessaire gérance de la création.

      Le chapitre La diaconie de l'Église expose la théologie de la communion ecclésiale qui "est désormais au coeur de la conception catholique de l'Église". En s'appuyant constamment sur les enseignements de Vatican II, pourtant bien remis en cause par une grande partie de l'Église catholique aujourd'hui, René COSTE affirme le service de la paix qui incombe à l'Église, un ministère ecclésial de la réconciliation. "Nous avons à comprendre et à faire comprendre que la réconciliation avec Dieu suppose la réconciliation avec nos frères humains et avec cette nature qui nous entoure et qui nous a été donnée pour que nous la gérions de façon respectable". Prière, action (actes concrets en faveur des opprimés, des exploités, des persécutés et des pauvres), dialogue et coopération oecuméniques sont indissociables à ses yeux.

       Dans Symboles d'un monde nouveau, l'auteur choisi, parce "nous avons besoin de symboles, non seulement de signes, mais de réalités concrètes de notre univers visible évocatrices de l'univers invisible ou de valeurs transcendantes", trois symboles de l'inhumain ou du mal destructeur - Babel, Hiroshima, Auschwitz-Brikenau - et trois symboles de l'espérance - Pentecôte, Jérusalem et "esprit d'Assise".
Babel, c'est la Cité souveraine, la Cité impériale, la Cité dominatrice, la Cité orgueilleuse, comme la Cité romaine qui a fait régner la paix autour du bassin méditerranéen au prix de la domination et de l'exploitation du monde. Hiroshima, c'est la guerre absolue, l'auto-anéantissement de l'humanité. Auschwitz-Birkenau, c'est l'injustice absolue, la perversion incarnée. La Pentecôte, c'est le récit d'une nouvelle création, d'une nouvelle convivialité, d'une nouvelle aurore de l'humanité. Jérusalem, c'est la Cité de la Paix, en dénégation de la situation présente, si chère au coeur des Juifs, des Chrétiens et des Musulmans. L'esprit d'Assise enfin, en référence précisément à la vie et aux enseignements de François d'Assise, fondateur de l'Ordre des Franciscains, c'est non seulement le symbole de l'oecuménisme chrétien, mais aussi de l'oecuménisme religieux.

     En conclusion, l'édification de La cathédrale de paix exige "de creuser encore plus profondément notre sillon".
Par là, René COSTE veut dire "descendre jusqu'aux sources de l'éthique, jusqu'en ces profondeurs où l'on s'engage de tout son être, avec lucidité et avec le courage nécessaire pour affronter les obstacles." Pour construire une civilisation du partage, de la solidarité et de l'amour, et renouer avec "l'audace de Jésus-Christ".
Il cite de nouveau Teilhard de CHARDIN, qui écrit dans L'avenir de l'homme (1959) : "L'amour a toujours été soigneusement écarté des constructions réalistes et positivistes du Monde. Il faudra bien qu'on se décide un jour à reconnaître en lui l'énergie fondamentale de la Vie, ou, si l'on préfère, le seul milieu naturel en quoi puisse se prolonger le mouvement ascendant de l'évolution. Sans amour, c'est véritablement devant nous le spectre du nivellement et de l'asservissement : la destinée du termite et de la fourmi. Avec l'amour et dans l'amour, c'est l'approfondissement de notre moi le plus intime dans le vivifiant rapprochement humain. Et c'est aussi le jaillissement libre et fantaisiste sur toutes les voies inexplorées. L'amour qui resserre sans les confondre ceux qui s'aiment, et l'amour qui leur fait trouver dans ce contact mutuel une exaltation capable, cent fois mieux que tout orgueil solitaire, de susciter au fond d'eux-mêmes les plus puissantes et créatives originalités." 
Bienheureux sont ceux qui oeuvrent pour la paix, reprend l'auteur, suivant en cela les propos de Paul VI à Nazareth le 5 janvier 1964.
René COSTE termine par une "constatation" optimiste, que beaucoup ne partagent pas actuellement, sous un magistère (celui de Benoit XVI) que d'aucuns jugent rétrograde : "Nous avons constaté que les Églises sont de mieux en mieux convaincues de leur responsabilité par rapport à la trilogie. Elles comprennent maintenant mieux qu'autrefois que la promotion de la paix, de la justice et de la gérance de la création est une dimension intégrante de la mission qui a été confiée à son Église par le Ressuscité, qui est celle de l'évangélisation du monde. Elles ont à le penser comme une grâce. C'est dans l'accomplissement même de leur mission spécifique qu'elles rendent le plus grands service à l'humanité."

Son ouvrage  comporte en Annexe, des "Prières franciscaines".
 


 René COSTE, Paix, justice, gérance de la création, Nouvelle Cité, 1989, 168 pages.
 
 
Relu le 28 septembre 2019
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18 janvier 2010 1 18 /01 /janvier /2010 13:48
    Fondée en 1973, la revue trimestrielle Alternatives non-violentes se veut depuis l'origine une revue de débats et de recherches, indépendante de tout mouvement, Église, syndicat et parti.
"Face à la violence, incapable d'apporter une solution humaine aux inévitables conflits qui constituent la trame de l'histoire de l'humanité, la non-violence propose une alternative. La philosophie de la non-violence veut déconstruire l'idéologie de la soit-disant violence nécessaire et légitime qui domine nos cultures et sociétés, tout en développant une culture de non-violence, avec des méthodes d'action permettant la gestion positive des conflits. La cohérence entre la fin et les moyens s'avère être un impératif autant éthique que stratégique. L'action non-violente a été historiquement mise en oeuvre dans les luttes de résistance pour les droits de l'homme, avec au premier rang la lutte pour l'indépendance de l'Inde menée par Gandhi. L'action non-violente est résistance, non-coopération, désobéissance aux lois injustes ; elle vise alors à créer un rapport de forces pour combattre les situations d'injustice et d'oppression. Mais la non-violence est aussi une force de proposition ; elle veut réaliser un programme constructif qui vise, ici et maintenant, dès la phase de résistance, à anticiper la société solidaire de demain, en mettant en place les structures alternatives garantes de la justice et de la liberté." Voilà comment ses fondateurs, Christian DELORME, Georges DIDIER, Christian BRUNIER et Christian MELLON, et sa petite équipe actuelle menée depuis 1989 par François VAILLANT conçoivent l'orientation de la revue.
Depuis sa fondation jusqu'en juin 1978, la revue était dirigée par un trio : Christian DELORME, Christian MELLON et Georges DIDIER (directeur de publication). Puis Christian MELLON est rédacteur en chef jusqu'en avril 1979. Jacques SÉMELIN et Christian MELLON co-dirigent la revue ensuite jusqu'en mars 1989. Puis François VAILLANT jusqu'en juin 2014. Depuis 2014, Paola CAILLAT est rédacteur en chef. De avril 2016 à mars 2017, Émelline BOULOGNE était rédactrice en chef par intérim. En 2019 encore, Paola CAILLAT passe le relai à Alexandra, journaliste multimédia et militante engagée dans différents réseaux.

       Alternatives non-violentes, avec un dossier à chaque fois, en moyenne de 68 à 72 pages, un lectorat de base d'un millier d'abonnés (1 500 dans les années 1970), constitue une revue de référence en ce qui concerne la pensée et l'action non-violentes. On peut trouver sur Internet pour chaque numéro un article de la revue.
Elle fait largement appel dans ses numéros à des collaborations extérieures.  Jusque dans les années 1980, elle était un lieu de débat presque incontournable sur les questions d'objection de conscience, de militarisation de la société, des alternatives à la défense armée.. .notamment dans un dialogue de haut niveau entre composantes de ce qui s'appelait la gauche de la gauche, tout ce que le pays comptait de personnes et de groupes réfléchissant à l'élaboration d'une autre société, en rupture avec le capitalisme. Aujourd'hui encore, elle offre à travers des dossiers très élaborés sur des questions aussi diverses que le "problème des banlieues", la publicité, l'éducation, les religions... des éléments d'informations et de réflexions non négligeables, même si les temps ne sont plus à la pensée d'une alternative globale à la société actuelle. Des numéros comme ceux sur Jaurès, la désobéissance civile ou les luttes non-violents au XXe siècle fournissent de solides bases de réflexion, accessibles à un large public, même si l'on ne partage pas les idées de la non-violence.
 
       Un des numéros de la revue (n°160) porte sur Désobéir par éthique professionnelle. L'éditorial de François VAILLANT présente ce numéro : "Le phénomène est récent. Des fonctionnaires, maintenant rejoints par des salariés du privé, osent désobéir à des consignes et règles de leur hiérarchie qui voudrait les contraindre à des pratiques professionnelles déshumanisantes." Après avoir fait référence à l'ouvrage d'Elisabeth WEISSMAN, qui intervient d'ailleurs dans ce numéro, (La désobéissance éthique, Stock, 2010), il situe cette forme de désobéissance :  "La désobéissance éthique englobe en quelque sorte les postures de la désobéissance civile et de l'objection de conscience, qui, elles, sont spécifiques (voir ANV numéros 142 et 143). La désobéissance éthique est souvent isolée, individuelle, et s'organise peu à peu pour critiquer des règles imposées par l'employeur, alors que la désobéissance civile, elle, se situe dans l'opposition collective à une loi générale valable pour tous les citoyens. Il y a la désobéissance éthique dans tout acte de désobéissance civile, mais l'inverse ne vaut pas au sens strict. La désobéissance éthique a un bel avenir devant elle, tant elle apparaît adaptée au monde du travail tel qu'il va aujourd'hui. Et force est de constater que "éthique" renvoie, dans "désobéissance éthique" à la notion de non-violence pour qui l'humanité de tout homme vaut plus que n'importe quel profit ou rendement. Les médias font actuellement connaître cette forme de résistance/désobéissance. (L'auteur évoque la désobéissance alors en croissance dans le monde enseignant). Mais il est lamentable que les centrales syndicales ne s'y intéressent pas encore vraiment, tant elles demeurent encore rivées à des modes de lutte traditionnels ; ce qui peut être une raison de plus pour se syndiquer et se faire entendre. (...)" Les derniers numéros portent sur La non-violence contre attaque (n°192), L'art de partager le pouvoir (n° 191, 2019), Pour une Europe verte et jaune, Médiations nomades, une autre convivialité nocturne, Non-violence : la filière corse (Hors série)...
    Chaque numéro s'articule dorénavant autour de 4 rubriques principales :
- Dossier de réflexion critique sur un thème précis, qui attire l'attention sur les dimensions éthique, politique, économique, sociale et écologique des événements. Il explique les mécanismes qui engendrent la misère, l'oppression, la révolte et la violence ;
- Actuel : écho des combats non-violents, la revue promeut les initiatives de solidarité internationale, de régulation non-violente des conflits et d'action non-violente. Cette rubrique relaie les informations sur les engagements de tous ceux qui, venant d'horizons divers, désirent une vraie justice ;
- Culture où la revue approfondit les fondements historiques, culturels, psychologiques et politiques de la non-violence. Elle transmet des outils, des programmes d'éducation, des annonces et des recensions ;
- Informations du Mouvement pour une Alternative Non-violente (MAN) : intiatives des groupes locaux, campagne actuelle, événements, travaux des réseaux thématiques (Tensions sociales, Solidarité internationale, Éducation, Formation, Non-violence et écologie), etc. A noter que cette rubrique veut combler en partie la disparition de la revue Non-Violence Actualités...

         Depuis 1989, la revue est associée à l'Institut de Recherche sur la résolution Non-violente des Conflits (IRNC), lui-même fondé en 1984, qui axe ses activités, avec son équipe d'une quinzaine de membres, sur des recherches scientifiques pluridisciplinaires sur l'apport de la non-violence dans la résolution des conflits que ce soit en France ou dans le monde entier. L'IRNC co-organise des formations ainsi que des colloques, et entretient des relations avec de nombreux instituts similaires dans le monde. Il participe à certaines initiatives de l'UNESCO.

   Alternatives non-violentes, c/o Mundo-M, 47, avenue Pasteur, 93100 MONTREUIL
   Site : http://alternatives-non-violentes.org
   Site IRNC : www.irnc.org.
 
Actualisé le 16 Avril 2012
Actualisé le 3 octobre 2019
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15 janvier 2010 5 15 /01 /janvier /2010 14:31
        Le pacifisme et les pacifistes possèdent dans les médias dominants de manière générale, des images péjoratives et outre que ces images ou représentations ne sont pas toujours fondées (elles peuvent l'être historiquement en partie...), des confusions sont entretenues, lors des crises politiques mettant en cause certaines courses précises aux armements ou même de manière générale entre des groupes et des mouvements qui ne partagent parfois pas du tout la même vision des choses en ce qui concerne précisément ces courses aux armements ou sur le désarmement.
En mettant de côté un certaine pacifisme d'État ou instrumentalisé, des amalgames persistent entre d'une part les idées et mouvements pacifistes et les idées qui mènent certains mouvements de paix, beaucoup plus larges que les premiers, et d'autre part entre idées et mouvements pacifistes et idées et mouvements non-violents. La composition, les débats des mouvements pacifistes ont peu de choses à voir avec la composition et les mouvements de paix de masse, pendant la crise des euromissiles en Europe dans les années 1990 par exemple. Mais ce qui nous intéresse pour l'instant ce sont les différences d'inspiration et de motivation entre les idées et mouvements pacifistes et les idées et mouvements non-violents.

       Outre le fait que les filiations ne sont pas tout à fait les mêmes, quoique certaines options sont partagées entre pacifisme et non-violence, un débat parfois assez... agressif existe depuis très longtemps entre tenants de l'un et partisans de l'autre, visible surtout dans la presse militante de ces deux tendances. Lors de la création du Mouvement pour une Alternative Non-violente en France en 1974, certains leaders non-violents ont même pu écrire, paraphrasant LÉNINE, que la pacifisme était peut-être la maladie infantile de la non-violence... Les propos que l'on pouvait trouver à cette époque sur la non-violence dans le journal l'Union Pacifiste n'étaient guère plus amènes... Par ailleurs, il existe deux organisations internationales, l'une pacifiste et l'autre non-violente, et les tensions furent parfois vives entre elles...

     Dans le lexique de la non-violence, nous pouvons lire à l'entrée Pacifisme : "Les mots "pacifisme" et "pacifiste" ont dans notre langue, dans notre culture et dans notre histoire, une connotation essentiellement péjorative. Le pacifiste est réputé vouloir la paix "à tout prix", fut-ce au prix de la justice. C'est pourquoi il est accusé de préférer n'importe quelle paix à n'importe quelle guerre et, donc, d'être prêt à se soumettre à l'oppression plutôt qu'à se battre pour la liberté. La collectivité nationale, au nom de l'idéologie dominante, va donc jeter l'anathème sur les pacifistes en les accusant d'être traitres et parjures. Il est vrai que la paix peut être honteuse et que la guerre peut être lâche. Ce n'est pas la paix qui est le plus important, mais la justice qui permet la dignité et la liberté. Si le choix n'était qu'entre la paix dans l'injustice et la guerre pour la justice, alors, en effet, mieux vaudrait choisir la guerre. "Je préférerais mille fois, affirmait GANDHI, prendre le risque de recourir à la violence plutôt que de voir émasculer tout une race".
  La thèse centrale du pacifisme, tel qu'il s'est exprimé à différents moments de notre histoire, peut se résumer ainsi : la guerre est le mal absolu parce que les maux qu'elle engendre sont nécessairement plus grands que ceux auxquels elle prétend remédier. Certes, les moyens de la guerre, c'est-à-dire ceux de la violence destructrice et meurtrière, sont par eux-mêmes en contradiction avec la fin qu'elle prétend poursuivre : la coexistence pacifique des hommes et des peuples. La vérité de l'intuition pacifiste est de proclamer l'inhumanité de la guerre et de récuser toutes les idéologies qui justifient, honorent et sacralisent la guerre. Mais l'erreur du pacifisme est de dénoncer "les horreurs de la guerre" sans proposer des moyens réalistes pour mettre un terme aux "horreurs de la paix". La guerre, en effet, ne mérite pas seulement une condamnation, elle exige une alternative. La guerre est une méthode d'action et sa finalité est juste lorsqu'elle vise effectivement à défendre et à rétablir les droits de l'homme. La méthode de la guerre est sûrement détestable mais l'action n'en demeure pas moins nécessaire. Si la condamnation de la méthode entraîne l'inaction, c'est qu'il y a quelque part un vice dans la démarche. Le pacifisme relève en réalité d'une morale de conviction et il se trouve incapable de fonder une morale de responsabilité face aux défis de l'histoire. Lorsqu'il a tenté de proposer d'autres moyens que la guerre pour faire la paix, ils étaient largement illusoires. Il fait appel à des vertus en un temps où seule la force conditionne les rapports entre les hommes et les peuples. Le pacifisme procède d'une vision idéaliste et moraliste de l'histoire."

    Ce à quoi s'attache précisément les partisans de la non-violence, malgré la négativité de ce terme, c'est de trouver et d'utiliser des moyens, des forces ne faisant pas appel à la violence dans des conflits de toutes sortes, qu'ils soient économiques, politiques, sociaux et même idéologiques... Ce qui explique en partie que la théorisation de la non-violence ne se fait que tardivement, après l'utilisation de moyens qui ont fait leurs preuves. Désobéissances civiles massives, marches de masse, sit-in bloquants, boycotts, grèves de la faim ou jeûnes, paralysie politique ou économique organisée de manière méthodique, figurent parmi ces moyens, qui furent utilisés pendant les campagnes pour l'indépendance de l'Inde pendant plus de vingt ans, grèves de l'impôt, dans les luttes agricoles en Californie, contre l'extension du camp militaire du Larzac en France et dans de multiples autres circonstances. Dans la volonté de construire de véritables organisations non-violentes, il est possible que leurs leaders durcissent le trait : les pacifiste et leurs organisations, mais pas toutes, agirent souvent, pas seulement par voie de presse, contre certaines guerres, notamment en France pendant la guerre d'Algérie. Les combats pour l'obtention de statuts d'objecteur de conscience face à la conscription mêlèrent souvent pacifistes et non-violents.
     Toujours est que la non-violence, pour suivre Christian MELLON et Jacques SÉMELIN par exemple, se structure souvent, même si son histoire ne commence pas avec eux, autour des conceptions et des moyens d'action utilisés par Mohandas Karamchand GANDHI (1869-1948) : le vocabulaire gandhien, ahimsa et styagraha, est beaucoup utilisé pour exprimer la liaison toujours constante entre les moyens utilisés et les fins visées.

    On peut dire qu'une certaine origine commune, en Occident surtout, car dans d'autres régions d'autres références existent, lie le pacifisme et la non-violence : celle du Sermon sur la Montagne chrétien. Mais ce qui les distingue, c'est bien la volonté pour la non-violence de ne pas se cantonner seulement à une dénonciation de la plus cruelle des violences, la guerre. Mais d'avoir une réflexion sur toutes les violences sociales, politiques, économiques, idéologiques pour imaginer des alternatives à ces violences, voire proposer l'édification d'une société non-violente.

Jean-Marie MULLER, Lexique de la non-violence, Alternatives non violentes n°68/Institut de recherche sur la Résolution Non-violente des Conflits, 1988 ; Christian MELLON et Jacques SÉMELIN, La non-violence, PUF, collection Que sais-je?, 1994.

                                                                   PAXUS
 
Relu le 4 octobre 2019
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14 janvier 2010 4 14 /01 /janvier /2010 13:13
               Une histoire d'ensemble de l'antimilitarisme révolutionnaire européen, à supposer qu'elle soit possible tant il ressemble à une nébuleuse de personnes et d'organisations plus ou moins éphémères pris dans des conflits, souvent armés entre les deux guerres mondiales, et tant les documents les concernant restent dispersés (sans doute certains sont-ils à jamais détruits - souvent volontairement, notamment par les diverses forces de police des Etats) reste à faire.
C'est ce que constate Alain BROSSAT et Jean-Yves POTEL dans leur anthologie de textes antimilitaristes. Mais l'objet de cet article n'est pas d'ordre historique mais plus typologique.
  Dans les mouvances marxistes et anarchistes, l'antimilitarisme occupe une grande place, tant hier qu'aujourd'hui. Que ce soit en Allemagne, en Espagne, en Italie, en France ou en Russie, l'antimilitarisme est une composante théorisée de la lutte des classes ou simplement contre le militarisme.

          La seule élaboration systématique, d'un point de vue marxiste, date du milieu des années 1920. Produite par l'internationale Communiste, elle s'enracine dans deux expériences distinctes, toujours selon Alain BROSSAT et Jean-Yves POTEL:

- l'antimilitarisme des organisations syndicales d'avant-guerre dans les "démocraties bourgeoises occidentales", dominé par l'anarchisme et le syndicalisme révolutionnaires.
En France, Le Nouveau Manuel du Soldat de 1902, de Georges YVETOT (1868-1942), typographe et secrétaire général de la Fédération des Bourses en 1901, secrétaire général adjoint de la CGT (Confédération Générale du Travail)  en 1902, est construit autour de trois idées essentielles : l'antipatriotisme, la dénonciation de l'armée "école du vice" et le pacifisme. Ce texte est percutant, "mais l'analyse reste rudimentaire et confuse. Elle est le produit d'une époque où la pratique du mouvement ouvrier face à l'armée est essentiellement une action d'autodéfense élémentaire." En 1914, "toutes ces croisades ne résisteront pas à la poussée chauvine. Contrairement au mouvement ouvrier russe qui a connu la révolution de 1905, le mouvement ouvrier français est confronté à la question militaire essentiellement au travers de luttes économiques et n'engage une lutte antimilitariste que dans ce cadre." Les enseignements de la Commune de Paris de 1870 n'ont pas été tenus en compte par cette tendance-là.
En Allemagne, la coupure d'avec ces enseignements est moins importante. Karl LIEBKNECHT (1871-1919), militant du Parti social-démocrate d'Allemagne (SPD), et député en 1912, fondateur du mouvement spartakiste avec Rosa LUXEMBOURG (1871-1919), élabore la première critique d'ensemble de l'idéologie anarchiste. Son Militarisme et antimilitarisme (1907) se fonde sur une étude rigoureuse du militarisme, reprenant les analyses de Karl MARX et de Friedrich ENGELS.
"Il montre notamment que "disséquer le militarisme capitaliste, c'est mettre à nu les racines les plus fines et les plus cachées du capitalisme". Il débouche sur une stratégie de la révolution prolétarienne et une critique radicale de l'antimilitarisme anarchiste : "l'antimilitarisme anarchiste est le frère jumeau de la grève générale anarchiste et anarchisante". Il "considère le militarisme davantage comme quelque chose d'indépendant, suscité de façon arbitraire et fortuite par les classes dominantes, et mène la lutte contre lui, comme d'une façon générale contre le capitalisme, d'un point de vue idéologique imaginaire, qui méconnaît les lois du développement économique et social et, se tenant à la surface des choses, s'efforce de le renverser en stimulant d'une façon purement arbitraire les volontés individuelles."

 - l'expérience du mouvement de la classe ouvrière russe.
"Il s'agit d'un mouvement forgé dans la lutte clandestine ou semi-clandestine.(...) C'est la rencontre des masses ouvrières en marche pour le pouvoir avec les mutineries de soldats et de marins. Et cette expérience survient alors que l'armée préoccupe depuis longtemps le mouvement révolutionnaire russe." LÉNINE tire dès 1906 les leçons des combats de 1905, notamment de l'insurrection de Moscou. Il relativise la partie spontanée de la crise sociale sur l'armée bourgeoise. Les révolutionnaires doivent préparer le moment d'une véritable lutte pour la conquête de l'armée. "LÉNINE va plus loin que Karl LIEBKNECHT. Aux anarchistes, qui isolaient le militarisme de la classe qui le produit, LIEBKNECHT oppose l'analyse marxiste de l'État et intègre l'antimilitarisme à la théorie de la révolution prolétarienne. (...) En répondant au mencheviks qui font de la seule persuasion des troupes le moyen de lutter contrer l'armée bourgeoise, LÉNINE délimite la place pratique de cet antimilitarisme dans la stratégie de prise du pouvoir. A la mobilisation de millions de travailleurs et paysans sur les objectifs révolutionnaires, à la conquête politique de la masse des soldats et à la fraternisation avec les troupes, il faut ajouter une offensive militaire contre le pouvoir d'État et ce qui reste de son armée. Il faut préparer pratiquement et politiquement l'insurrection. (...) Les bolcheviks déduiront les conséquences pratiques de cette analyse, en organisant les cellules communistes dans l'armée tsariste. Leurs organisations militaires ne sont (...) pas conçues comme de simples noyaux d'agitation en vue de maintenir une conscience de classe élémentaire chez les travailleurs sous l'uniforme. Elles ont également pour but d'organiser les troupes "en vue de l'insurrection générale à main armée". Elles donnent son ossature au bras armé du parti."

     Les organisations militaires bolcheviques vont aborder, dès 1906 à la Conférence de Tammerfors, l'ensemble des questions théoriques et pratiques (y compris celle du travail parmi les officiers) qui dominent encore aujourd'hui, écrivent Alain BROSSAT et jean-Yves POTEL en 1975, les débats du mouvement ouvrier sur l'armée. Depuis, bien entendu, beaucoup d'événements sont survenus, le moindre n'étant pas le mouvement de la "mondialisation" qui affaiblit l'ensemble des structures étatiques, et changent (avec l'abolition de la conscription notamment) les données du problème que se posent les partisans du socialisme ou du communisme aujourd'hui...
       Si ces problématiques se situant dans un ensemble de "paix en mouvement" (rubrique dans lequel l'article est placé), c'est tout simplement qu'à travers le monde les différents pacifismes se situent aussi par rapport à celles-ci. Nous développerons ensuite certains éléments de ces antimilitarismes révolutionnaires, dégagés notamment dans les oeuvres  aussi de LAFARGUE, TROTSKY, Rosa LUXEMBOURG, Jean JAURÈS, GRAMSCI, MARTY, Jules HUMBERT-DROZ, Kurt FISCHER...

Alain BROSSAT et Jean-Yves POTEL, Antimilitarisme et Révolution, deux tomes, Anthologie de l'antimilitarisme révolutionnaire, Union Générale d'Editions, 10/18, Série "rouge", 1975.
Site Fondation Pierre Besnard : www.fondation-besnard.org.


                                                        PAXUS
 
Relu le 4 octobre 2019
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14 janvier 2010 4 14 /01 /janvier /2010 10:12
      Les questions de la souveraineté et de la légitime défense, noeuds des relations entre États et Organisations Internationales, sont traitées aux articles 15, paragraphe 8 de la SDN et aux article 2, paragraphe 7 et article 51 de l'ONU.

SDN

   Article 15, alinéa 8
             Si l'une des parties prétend et si le Conseil reconnaît que le différend porte sur une question que le droit international laisse à la compétence exclusive de cette Partie, le conseil le constatera dans un rapport, mais sans recommander aucune solution.


ONU

   Article 2, paragraphe 7
          Aucune disposition de la présente Charte n'autorise les Nations Unies à intervenir dans des affaires relevant essentiellement de la compétence nationale d'un Etat ni n'oblige les membres à soumettre des affaires de ce genre à une procédure de règlement aux termes de la présente Charte. Toutefois, ce principe ne porte en rien atteinte à l'application des mesures de coercition prévues au Chapitre VII.

 Article 51
         Aucune disposition de la présente Charte ne porte atteinte au droit naturel de légitime défense, individuelle ou collective, dans le cas où un Membre des Nations Unies est l'objet d'une agression armée jusqu'à ce que le Conseil de Sécurité ait pris les mesures nécessaires pour maintenir la paix et la sécurité internationales. Les mesures prises par des Membres dans l'exercice de ce droit de légitime défense sont immédiatement portées à la connaissance du Conseil de Sécurité et n'affectent en rien le pouvoir et le devoir qu'à le Conseil, en vertu de la présente Charte, d'agir à tout moment de la manière qu'il juge nécessaire pour maintenir ou rétablir la paix et la sécurité internationales.


     Paul BARANDON indique avec raison qu'"on n'a jamais contesté à un État le droit inaliénable de légitime défense en présence d'une agression illégale. Étant un droit inhérent aux États, droit fondamental et universellement reconnu, son incorporation au droit de la SDN va de soi et n'est pas expressément mentionné dans le Pacte. Que si, dans ce dernier, l'on recherche la reconnaissance du droit de légitime défense, on peut la découvrir de la manière suivante :
- Le Pacte admettant les guerres légales en vue de la réalisation d'aspirations nationales, on en doit a fortiori conclure que la guerre purement défensive ne saurait être illégale.
- Le fait, pour de tierces personnes, d'avoir le droit et le devoir de participer à des mesures collectives de sanctions contre un État agresseur, présuppose le droit de légitime défense pour tout État directement agressé.
   On ne peut guère nier qu'il existe un devoir de défense. Le Conseil, à l'expiration du Mandat sur l'Irak et avant la réception de cet État comme Membre de la SDN, examine, en effet, la question de savoir si le pays était capable de défendre son intégrité territoriale et son indépendance politique."  Une des questions que la SDN se pose toutefois, dans le concret, est de savoir si le Pacte impose également à l'État victime d'agression, le devoir de se défendre immédiatement lui-même ou s'il doit d'abord attendre l'aide de la Société. En fait, cette question qui tracassa les diplomates n'a en fait que relativement peu d'importance : "il est infiniment plus important et plus difficile d'empêcher un État d'abuser du droit de légitime défense que de le déterminer à en remplir le devoir."
                      - L'article 8 du Pacte suppose le droit de défense armée. Si en effet, la réduction des armements s'y trouve prescrite au minimum compatible avec la sécurité nationale, cela revient à reconnaître ipso facto, que les Membres de la Société doivent faire usage de leurs moyens militaires, ainsi réduits, pour défendre leur sécurité nationale contre les agressions.
    Dans le même ordre d'idée, le Pacte Briand-Kellog admet également le droit de la légitime défense, et ne le mentionne pas de manière expresse. En fait, une guerre de légitime défense devient "illégale lorsqu'elle est poussée si loin que, dans l'utilisation de sa victoire, l'État attaqué, mais victorieux, lèse, de façon permanente les intérêts de son adversaire."
   Dans la suite de l'argumentation, qui s'appuie sur l'expérience qu'à la SDN à ce moment-là (en 1933), Paul BARANDON explique que, d'après la conception prédominante, l'État agresseur n'est pas nécessairement, au sens des article 10 et 16, celui dont les troupes ont, les premières, franchi une frontière étrangère. (...) La légitimité de la défense est toujours laissée à l'appréciation souveraine de l'État qui se sent attaqué ou menacé."
    Le tout est bien évidemment de "savoir qui doit décider du bien-fondé d'un cas de légitime défense", car sinon la Société tout entière se prive de toute capacité d'intervention. Une grande partie de la question se trouve bien évidemment dans la qualification de l'agression et de l'agresseur, problème que l'ONU affrontera lorsqu'elle prendra la succession de la SDN...

      Gilbert GUILLAUME, Juge à la Cour Internationale de Justice, considère que l'article 2, paragraphe 7 "est une des dispositions centrales de la Charte, puisqu'elle tend à résoudre le difficile problème de l'équilibre nécessaire entre les intérêts nationaux que les États membres considèrent comme essentiels et les intérêts de la collectivité internationale dans son ensemble. La portée de cette disposition est très discutée, tant en ce qui concerne son champ d'application que la notion d'intervention ou le contenu de la compétence propre qu'elle autorise les États à préserver. La question fondamentale est sans doute celle de savoir selon quels critères - politiques ou juridiques - elle doit être interprétée et appliquée. La doctrine semble avoir quelques doutes à cet égard et la pratique suivie ne permet guère de dégager une interprétation agréée du texte."
    La Déclaration des droits de l'homme introduit bien sûr des éléments de contestation d'une interprétation extensive de la souveraineté, dans la mesure même où le respect des droits de l'homme relève de la compétence internationale. Elle relativise du coup cet article 2, paragraphe 7. Mais d'autres pensent que cette Déclaration, simple résolution de l'Assemblée Générale ne peut modifier la situation juridique. De manière générale, le primat de la souveraineté nationale persiste.
     Dans l'édition de 2005, le même auteur analyse le fait que des discussions de cet ordre ont eu lieu sur l'existence ou non d'un droit, voire d'un devoir d'ingérence en cas d'urgence humanitaire.
"Ces discussions ont porté principalement sur l'action que les États pourraient entreprendre en pareilles circonstances, et non sur l'action de l'Organisation. Plusieurs résolutions de l'Assemblée Générale ont cependant abordé la question en invitant les États qui ont besoin d'une assistance humanitaire à faciliter la mise en oeuvre d'une telle assistance par les organisations non gouvernementales ou intergouvernementales, au besoin par la création de couloirs d'urgence. Mais elles ont toujours réservé la souveraineté des États affectés.
Face à de telles situations, le Conseil de sécurité a lui aussi réagi. Il l'a fait pour la première fois en vue d'organiser l'assistance humanitaire aux populations kurdes du nord de l'Irak après la guerre du Koweit (1991). (...) Par la suite, le Conseil, agissant à plusieurs reprises en cas de menace à la paix ou de rupture de la paix, a dénoncé les entraves mises à l'assistance humanitaire par les belligérants, condamnant de telles entraves ou demandant qu'il y soit mis fin. Les résolutions du Conseils comportent fréquemment des références à l'article 2, paragraphe 7, sans qu'il soit aisé de déterminer la portée de telles références. (ex-Yougoslavie, Somalie, Rwanda, Angola, Haut-Karabakht, Mozambique, Libéria...)".
   C'est surtout dans les quinze dernières années que cet article fut appliqué, lorsque le Conseil de sécurité a adopté de multiples mesures, dans le cadre du Chapitre VII. Parmi ses décisions qui peuvent mettre en cause une certaine interprétation extensive de la souveraineté, figurent celles qui décident le déploiement de forces armées multinationales ou de forces des Nations Unies au Libéria (1990-1993, 2003), en Somalie (1992 et 1993), en Bosnie et en Croatie (1993 et 1995), en Haïti (1994), au Rwanda (1994), en Albanie (1997), en Sierra Leone (1998), au Timor Oriental (1999), en Afghanistan (2001), en Côte d'Ivoire (2003) et en République démocratique du Congo (2003). Il y a aussi la création de juridictions pénales internationales chargées de juger certains crimes commis en ex-Yougoslavie ou en Rwanda, qui se substituent aux tribunaux nationaux normalement compétents. Il ne faut oublier les décisions prises, avant ou après les événements du 11 septembre 2001, en vue de contribuer au "rétablissement de la démocratie" dans certains pays ou de lutter contre le terrorisme international.
  Dans sa conclusion, Gilbert GUILLAUME toujours, écrit qu'il apparait que cette disposition du paragraphe 7 de l'article 2 voit toujours sa portée discutée, "tant en ce qui concerne son champ d'application que la notion d'intervention ou le contenu de la compétence propre qu'elle autorise les États à préserver." Si l'on excepte l'action du Conseil de sécurité, "la doctrine semble avoir quelques doutes à cet égard et la pratique suivie ne permet guère de dégager une interprétation agréée du texte..." Ce qui peut s'apparenter à une litote....

     Antonio CASSESE, professeur de Droit international à l'Institut universitaire européen à Florence, reprend la discussion, à propos de l'article 51, au sein de la SDN sur la légitime défense : "Une norme internationale en la matière naquit seulement quand furent établies les prémisses nécessaires pour que la légitime défense ait une signification spécifique, c'est-à-dire seulement après la création de la SDN, quand furent introduites de grandes restrictions au recours à la guerre, et surtout après le Pacte de Paris de 1928, quand fut approuvée l'interdiction totale de la guerre (exception faite justement pour la possibilité de légitime défense individuelle). Après 1928, la pratique internationale s'oriente clairement dans le sens de la licéité de l'emploi de la force pour repousser une attaque armée mais non pour prévenir une attaque."
  Jusqu'à 1991, "aux termes de l'article 51, la légitime défense individuelle a été invoquée plusieurs fois ; parmi les cas qui s'y rapportent le plus nettement, je citerai : la guerre du Viet-Nam de 1966, le conflit israélo-égyptien de 1967, l'incident du Mayaguez de 1975, les attaques israéliennes du Liban (1982), les attaques sud-africaines contre l'Angola et le Lesotho (1982) et l'expédition anglaise pour reconquérir les Malouines (en 1982)."
   Dans les problèmes d'interprétation, l'auteur examine tour à tour la légitime défense individuelle, la légitime défense collective, la légitime défense et les guerres de libération nationale, la légitime défense et l'agression économique ou idéologique et la légitime défense et le jus cogens (notamment les relations entre l'article 2, paragraphe 7 et l'article 51).  
   Citons ici simplement ses conclusions :
                 "D'abord la légitime défense, qui dans le cadre de la Charte, devait constituer l'exception, la soupape de sûreté qui permettait de garder sur pied le système en cas d'urgence, est devenue, en fait, la règle. Ce, pour une raison très simple et connue de tous : l'échec du système de la sécurité collective institué par la Charte et axé sur le rôle du Conseil de Sécurité et sur l'accord entre les grandes puissances. Puisque cet accord a tout de suite fait défaut et que le mécanisme prévu par la Charte s'est enrayé, les États ont créé des alliances basées sur la légitime défense collective (l'OTAN créée en 1949 et le Pacte de Varsovie, institué en 1955) et en outre, ils sont souvent fait usage de la légitime défense individuelle.
                 En second lieu, le concept de légitime défense a été très élargi par les États qui y ont eu recours, jusqu'à inclure :
a) l'action préventive ;
b) la réaction à des attaques armées qui prenaient la forme d'agression armée indirecte ou d'infiltration de militaires ou encore "d'ingérence militaire de l'extérieur montée et soutenue par les forces impérialistes et réactionnaires" ;
c) la protection des ressortissants à l'étranger ;
d) l'emploi de la force armée contre des puissances coloniales, racistes ou qui occupent un territoire étranger.
               Toutefois, toutes ces formes d'action armée (au moins jusqu'en 1991), individuelle ou collective, n'ont pas reçu l'appui de la Communauté internationale organisée. Celle-ci a réagi de façon singulière : elle s'est refusée à considérer licites ces actions militaires, ou (dans le cas des guerres de libération nationale) à accepter l'applicabilité de l'article 51 comme justification juridique. Mais elle n'a pas eu la capacité d'adopter des sanctions contre l'État responsable, ou de mettre en oeuvre elle-même, de façon coercitive, les normes de la Charte."
               "En troisième lieu (...), certaines des interprétations extensives avancées pour justifier des actions militaires (...) sont soutenues par une des super-puissances : ainsi (...) les États-Unis admettent la légitime défense préventive et soutiennent en outre que l'article 51 autorise soit la protection des ressortissants à l'étranger soit la réaction armée aux infiltrations militaires d'étrangers sur le territoire d'un État. Quant à l'URSS, elle a soutenu que l'article 51 peut être invoqué en cas "d'activités de subversion de forces extérieures" (...)"
              "En quatrième lieu, on peut remarquer un certain rapprochement involontaire entre les deux super-puissances : chacune d'entre elles considère qu'elle est légitimée à employer la force sur les territoires soumis à son influence, chaque fois qu'elle voit son influence menacée de l'extérieur, et ce même en l'absence d'une véritable agression armée contre l'État sur le territoire duquel elle intervient. En réalité, on assiste à une sorte d'application progressive de la part des deux Super-puissances de la "doctrine Brejnev". L'auteur bien évidemment fait référence aux actions à Cuba, en République Dominicaine, à Grenade pour l'une, en Hongrie, en Tchécoslovaquie et en Afghanistan pour l'autre.
            "Enfin (...), nous pouvons dire que le système de la Charte s'est révélé (...) insatisfaisant soit parce que le mécanisme de sécurité collective prévu par le Chapitre VII n'a pas fonctionné, soit parce qu'on n'a pas réussi à endiguer les abus perpétrés sous le couvert de l'article 51."
        Le même auteur, dans l'édition de 2005, tire une analyse des récentes utilisations de l'article 51, depuis la disparition de l'Union Soviétique.
Rappelant que l'article 51 "permet l'emploi de la force seulement en réaction à une "agression armée" et à condition que soient observées les normes de procédures qui prescrivent que le Conseil de sécurité soit immédiatement informé de l'action armée en légitime défense", Antonio CASSESE note que selon la Cour Internationale de Justice, cette agression peut être accomplie non seulement par un autre État, mais aussi par un autre "sujet de droit international", tel qu'un groupe insurrectionnel ou un mouvement de libération nationale ou encore un groupe terroriste basé sur le territoire d'un État souverain. Le conseil de sécurité, suite aux attentats du 11 septembre 2001, réaffirma les12 et 28 septembre 2001, "le droit inhérent (qualifié de droit naturel dans la deuxième résolution) de légitime défense individuelles et collective" par rapport aux actes terroristes. La Cour internationale de justice a noté par ailleurs, dans plusieurs affaires, que l'exercice de ce droit est soumis aux doubles conditions de nécessité et de proportionnalité.
  Se tournant vers la pratique la plus récente, l'auteur met en exergue surtout "l'insistance mise par les États-unis, suivis par la Grande Bretagne, sur le bien fondé de la légitime défense préventive, de même que leur recours en fait à cette forme de légitime défense en 2003, contre l'Irak (...). La plupart des États ne s'est pas toutefois montrée convaincue par la thèse de ces deux États." L'opinion majoritaire est que si un État se permet une telle action, qui peut dire que demain un autre État (La Chine contre Taïwan par exemple, mais aussi l'Inde contre le Pakistan et inversement) ou encore Israël contre n'importe quel État arabe...) ne le fera pas, entrainant alors une situation vite incontrôlable, surtout si elle est avalisée par l'ONU.
   Les abus de la légitime défense collective sont pointés par l'auteur qui montre finalement qu'ils trouvent une partie de leur origine dans le non fonctionnement effectif du mécanisme de sécurité collective prévu par le Chapitre VII et également parce que le système de la Charte s'est "révélé rigide en ce sens qu'il ne tient pas compte de certaines situations (subversion armée) qui demanderaient au contraire une réglementation juridique plus élaborée ou moins ambigüe, et surtout une présence plus attentive et effective du Conseil de sécurité."

La Charte des Nations Unies, Economica, 1991, La Charte des Nations Unies, Economica, 2005. Paul BARANDON, Le système juridique de la Société des Nations pour la prévention de la guerre.
 
 
Relu le 5 Octobre 2019
     
   

   

  
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12 janvier 2010 2 12 /01 /janvier /2010 09:25
          Ces propos, tenus entre 1918 et 1955, préfacé par Bertrand RUSSEL, montre une facette, peu connue du grand public, des activités du grand physicien. Ils sont pourtant emblématique de nombreux engagements scientifiques et politiques de par le monde, engagements partagés par une partie de la communauté scientifique, surtout depuis l'existence de la menace nucléaire.

      Il s'agit de dix-huit séries d'écrits d'Albert EINSTEIN dispersés dans une abondante correspondance ou dans de multiples publications sur des thèmes aussi larges que la réalité de la guerre pendant les deux guerres mondiales, la coopération internationale ou l'ère atomique. Il montre que les préoccupations du savant concernant la guerre et la paix ne datent pas seulement des conséquences de ses découvertes sur l'usage militaire possible de l'énergie atomique. La guerre qui éclate en 1914 a changé radicalement sa vie : son travail scientifique reste le centre de son existence, mais le conflit fait désormais de lui un citoyen du monde conscient, pour qui la résistance à la guerre est devenu la principale préoccupation politique. Le lecteur d'aujourd'hui, malgré la distance, peut se rendre compte, à la lecture de ces multiples petits textes, qu'ils demeurent malheureusement toujours d'actualité.

     Nous pouvons ainsi lire sur les réalités de la guerre en 1914-1919, une correspondance à un de ces amis astronomes ou à l'écrivain pacifiste Romain ROLLAND, sur la révolution en Allemagne de 1919 à 1922, ses impressions sur les événements, sur la coopération internationale et la Société des Nations en 1922-1927, ses confiances et ses espoirs, sur déjà la résistance à la guerre entre 1928 et 1932 où il s'exprime sur les liens entre la science et la guerre, sur l'arrivée du nazisme entre 1932 et 1933 où il communique de manière angoissée avec Sigmund FREUD...
Dès l'arrivée au pouvoir d'Hitler en Allemagne en 1933, Albert EINSTEIN cesse d'appuyer le mouvement de résistance à la guerre et commence à soutenir un réarmement des puissances occidentales, inévitable, compte tenu des menaces qui pèsent sur le monde. Il soutient tous les efforts dans ce sens entre 1933 et 1939, dans sa correspondance avec son amie la reine Elisabeth de Belgique comme dans les interviews accordés aux journalistes, américains notamment. Il exprime son rejet d'un certain pacifisme qui veut laisser l'Europe à sa ruine, tant que les États-Unis n'en pâtissent pas. Bien entendu, dans cet ouvrage, le lecteur trouve la fameuse lettre adressée au Président ROOSEVELT en 1939 où il le presse d'apporter toute son attention aux possibilités militaires de l'atome. Il reste sur cette ligne jusqu'à l'explosion nucléaire d'Hiroshima.
Puis, à partir de 1945, après la défaite des forces de l'Axe, le scientifique montre autant de zèle à oeuvrer pour l'abolition de l'arme atomique et pour la création d'un gouvernement mondial qu'il en avait mis auparavant en 1933 pour le réarmement des nations démocratiques. Dans ses écrits, il précise sa responsabilité dans la fabrication de la bombe atomique. Regroupés sous diverses rubriques (le militantisme, la nécessité d'une organisation supranationale, la lutte pour la sauvegarde de l'humanité, vers un désarmement mondial, la défense de la liberté de pensée, crépuscule, la menace de l'anéantissement universel) de multiples autres contributions s'échelonnent jusqu'en 1955.
 
    L'éditeur présente le livre de la manière suivante : "Physicien de génie, Einstein a marqué par son oeuvre toutes les données de la science moderne. Il fut aussi un homme de combat au service de la justice et de la paix. Son socialisme humaniste prenait la défense des droits fondamentaux des peuples et des individus. Des prémices de la première guerre mondiale à la guerre froide, son désir de voir s'instaurer une harmonie entre les nations n'a cessé de s'exprimer et jamais Einstein ne s'est laissé décourager par la haine que soulevait son action ou par les désillusions de l'histoire."
 

 

 
 Albert EINSTEIN (1879-1955), physicien théoricien allemand, puis apatride, suisse, et enfin de nationalité helvético-américaine, est surtout l'auteur de travaux scientifiques (théorie de la relativité restreinte en 1905, théorie de la gravitation ou de relativité générale en 1915). En dehors de ces volumineux écrits, il est l'auteur de plusieurs ouvrages généraux : Pourquoi la guerre? (Rivages, 1933), avec Sigmund FREUD ; Comment je vois le monde (Flammarion, 1934, réédition 1989) ; Pourquoi le socialisme? 


Albert EINSTEIN, Le pouvoir nu, Propos sur la guerre et la paix, 1918-1955, Préface de Bertrand RUSSEL, Hermann, éditeurs des sciences et des arts, Collection Savoir/Cultures, 1991, 222 pages. Il s'agit de la traduction en français par Sophie NARAYAN du recueil Einstein on peace, effectuée aux États-Unis en 1955 par Otto NATHAN et Heinz NORDEN.
 
Complété le 4 octobre 2012
Relu le 8 octobre 2019
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10 janvier 2010 7 10 /01 /janvier /2010 10:36
           Les grévistes de la guerre, de 1971, écrit par Jean TOULAT (1915-1994), prêtre catholique, journaliste (membre de la rédaction de La vie), et militant pacifiste et non-violent apporte le témoignage de certaines luttes menées contre la guerre d'Algérie ou le service militaire et constitue un vibrant plaidoyer en faveur de la paix. Il figure parmi les ouvrages qui marquent toute une génération de pacifistes et de chrétiens.

                Le livre s'ouvre contre la poudrière que constitue l'accumulation des armements : "Cela, les Français le savent-ils? Sont-ils conscients de leurs responsabilités devant, d'une part, la tendance à la militarisation du pays et, d'autre part, le "droit" de génocide accordé à quelques hommes? Attendront-ils, comme les Allemands, que le pire survienne pour dire (s'ils survivent) : "Nous ne savions pas? Nous ne voulions pas?". C'est maintenant qu'il faut dire Non. Non à l'ordonnance de 1959. Non à la stratégie anti-cités. Non aux essais atomiques. Non au Terrible et au Foudroyant (il s'agit du nom de sous-marins nucléaires). Non au second PC (poste de commandement) atomique du Mont-Verdun. Non aux ventes d'armes - tous ces refus s'inscrivant à l'intérieur d'un large oui à la vie, au développement, aux vrais moyens de bâtir la paix." 
L'auteur prône la résistance à cette militarisation, et donne tout au long de cet ouvrage, maints exemples : la lutte pour l'obtention d'un statut des objecteurs de conscience en Europe et en France, le refus de participer à la guerre d'Algérie, le combat sous la forme de jeûne de trois anciens d'Algérie, le refus partiel de l'impôt pour protester contre les ventes d'armes, l'occupation d'installations militaires pour dénoncer les essais nucléaires, ou encore la lutte des travailleurs de l'armement pour une autre politique de défense.
    Jean TOULAT ne se contente pas de décrire ces actions en France. il parcourt également des luttes non-violentes menées ailleurs, contre la guerre du Viet-Nam par exemple.

        Au passage, il explique l'évolution du christianisme, d'une morale de paix au cautionnement de la guerre. A la fin du livre, il reprend le commandement tant cité mais peu appliqué : Tu ne tueras pas. Il demande quelle nation, à l'instar du Japon à la fin de la Seconde Guerre Mondiale, renoncera à la fabrication et à l'utilisation des armements.
   
      L'éditeur présente ce livre ainsi : "Suite à son cri d'alarme, La Bombe ou la Vie, Jean Toulat publie aujourd'hui Les Grévistes de la guerre. L'auteur, à juste titre fait remarquer que nous vivons sur une poudrière, l'arsenal atomique équivalent à quinze tonnes d'explosifs par habitant du globe. Des armes sont vendues "tous azimuts". Plus de trois cent conflits armés ont éclaté depuis 1945. A cette course à la guerre, des hommes et des femmes disent : NON. Objecteurs de conscience, des jeunes demandent un service civil. D'autres renvoient leur livret militaire, affectent à des oeuvres de la vie la part "militaire" de leurs impôts, refusent dans les laboratoires ou les usines de préparer des engins de mort. Des officiers rejettent la doctrine nucléaire de représailles massives. Et partout dans le monde, de Joan Baez et des frères Berrighan aux bouddhistes du Vietnam, se lèvent des militants qui résistent au dieu Mars. Ces "grévistes de la guerre" se veulent en même temps bâtisseurs de la paix. Ils se mettent au service du tiers-monde, fondent des équipes d'action non-violente, cherchent à faire prévaloir, sur la stratégie de la terreur, le dynamisme de l'amour, cette arme absolue. Jean Toulat dédie son enquête à José Beunza, objecteur de conscience espagnol, qui a reçu en prison le Prix Jean XXIII."
 

 

 
     Jean TOULAT, prêtre catholique à Poitiers, journaliste et écrivain, participa à toutes les grandes actions pour la paix des années 1970 à 1990, des luttes du Larzac jusqu'à la critique de La Marseillaise en passant par ses pamphlets contre la peine de mort. Il soutint son action par de nombreux ouvrages : Juifs mes frères (Fayard, 1963), Le Larzac et la paix (1972), L'avortement, crime ou libération (Fayard, 1973), La bombe ou la vie (Fayard ,1969), Objectif Mururoa avec Bollardière (Laffont, 1974), La peine de mort en question (Pygmalion,1977), Combattants de la non-violence : de Lanza Del Vasto au Général de Bollardière (Cerf, 1983), Oser la paix : requête au Président de la République (Cerf, 1985), Les forces de la foi : du cardinal Lustiger à soeur Emmanuelle (1986), Terres promises : de Québec à Jérusalem (1987), Dom Helder Camara (1989), Le Pape contre la guerre du Golfe : Jean-Paul II censuré (1991), avec l'Association Pour une Marseillaise de la fraternité, Pour une Marseillaise de la fraternité (1992)...

Jean TOULAT, Les grévistes de la guerre, Editions Fayard, 1971, 210 pages.
 
 
Complété le 5 Septembre 2012
Relu le 9 octobre 2019
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9 janvier 2010 6 09 /01 /janvier /2010 14:13
        Si l'attitude pacifiste consiste dans la volonté d'éviter la guerre et veut fonder une paix durable et si cette attitude existe pratiquement depuis toujours, même si historiquement nous la trouvons étayée surtout, en Occident du moins, par une version du christianisme (dans d'autres contrée, des versions du bouddhisme possèdent également cette attitude...), l'attitude antimilitariste combat (étymologiquement parlant) le militarisme lorsque celui-ci apparaît dans sa version de masse lors de grandes guerres et singulièrement pendant et après les guerres mondiales.
        Ces deux attitudes ne peuvent être confondues : des pacifismes passent sous silence le militarisme (encore que ce soit aujourd'hui une position difficile, mais tout de même revendiquée, par les Témoins de Jehovah par exemple), et des antimilitarismes ne combattent que les pouvoirs armés issus ou au service de classes considérées comme ennemies. Un certain antimilitarisme révolutionnaire revendique le pouvoir des armes contre la bourgeoisie.
Enfin des mouvements et des personnes s'affirment à la fois antimilitaristes et pacifistes, notamment, mais pas seulement, dans la mouvance anarchiste. Sans oublier des mouvements et des personnes se réclamant de la non-violence, qui refusent la simple attitude pacifiste et combattent le militarisme sous toutes ses formes (armée, économique, sociale, politique, idéologique...).
      Enfin, il convient de bien distinguer ces deux attitudes qui s'en inspirent parfois des multiples révoltes populaires, désertions de masse, insoumissions parfois étendues, contre les armées royales ou républicaines qui émaillent l'histoire politique et militaire de l'Europe.

     Jean RABAUT, dans sa présentation de nombreux textes antimilitaristes français de 1810 à 1975, indique que le fait antimilitariste "est multiforme dans ses aspects et varié dans ses motivations" et égrène un certains nombre d'éléments qui fait remonter son existence à très longtemps : "horreur de la guerre, qui entraine - ou n'entraine pas - la désobéissance aux ordres, cela fut de tous les temps; lamento du paysans déraciné par la conscription napoléonienne ; répudiation de l'armée de métier au profit des milices citoyennes, qui fut au programme des républicains avancés adversaires du Second Empire ; description violemment naturaliste ou satirique de la vie de caserne, par les romanciers des années 1885-1890, qui, par ailleurs, ne mettaient en cause ni l'institution de l'armée, ni la défense nationale ; négation de l'idée même de patrie, conjuguée avec la volonté de détruire l'État, antimilitarisme radical des anarchistes demeurés fidèles à eux-mêmes sous trois Républiques, mais jamais unanimes lorsqu'il s'agit de préconiser l'insoumission ou la désertion."
Il reprend une définition de l'antimilitarisme, faite auparavant par Madeline MEYER-SPIEGLER dans un travail non publié (Antimilitarisme et refus du service militaire dans la France contemporaine, 2 volumes, thèse de doctorat, 1969, Bibliothèque de la Fondation des sciences politiques) : "Toute attitude, jugement ou comportement qui, soit sur la base d'une doctrine structurée (libertaire, marxiste, démocratique ou non violente), soit simplement en rapport avec des événements précis, des abus plus ou moins graves de la part des autorités militaires ou de certains individus dans l'armée, extériorise à l'égard de l'institution militaire des sentiments qui peuvent aller de la méfiance à l'hostilité systématique ou violente. Cet antimilitarisme peut s'exprimer à travers la littérature et la presse, par la formation de groupes et mouvements ou par l'organisation de mouvements dans l'armée et de désertion. Suivant le cas, il considérera qu'il se suffit à lui-même ou ne sera au contraire qu'un élément dans la lutte révolutionnaire ou dans un effort réformiste où l'armée dans sa forme actuelle est considérée comme un obstacle."

       Dans de nombreux pays existent donc une mouvance à l'intérieur de laquelle des débats forts font rages quand il s'agit de garder une conviction claire face à des événements qui obligent à prendre des positions qui peuvent être ambiguës. Pour seul exemple, citons ici les débats qui agitèrent la mouvance pacifiste et non-violente à l'occasion des événements des années 1980-1990 dans l'ex-Yougoslavie, singulièrement à propos du Kosovo.

     En France, l'affaire Dreyfus fut un véritable révélateur d'un débat sur l'armée, qui revivifie d'une certaine manière des clivages nés de la Révolution et de l'Empire. Aux États-Unis, les horreurs de la guerre de Sécession réveillent des opinions contre l'armée mais surtout contre le militarisme en tant que tel. Si dans le premier pays, l'antimilitarisme prend une forme politique, dans le second, c'est surtout un antimilitarisme culturel qui s'exprime, et l'attitude antimilitarisme, tout comme l'attitude pacifiste d'ailleurs, n'a absolument pas la même force de part et d'autre de l'Atlantique. A cela s'ajoute l'influence des deux guerres mondiales, qui suscitent des positions voisines, mais aussi l'influence des idées révolutionnaires marxistes dont l'intensité et la nature suscitent par contre des positions divergentes.

     L'émergence de l'antimilitarisme, d'un véritable mouvement antimilitarisme, en France, date de l'affaire Dreyfus et de la crise boulangiste. "l'intense ferveur patriotique encouragée par les autorités finit (...) par se cristalliser sur un individu, le général Boulanger, ministre de la Guerre. La popularité extraordinaire dont jouit cet homme lorsqu'il est écarté du pouvoir est à ce point telle que planent un moment sur la République des menaces de césarisme. L'armée étant perçue comme un danger pour le régime républicain, l'émergence des forces qui s'affrontent lors de cette crise bouleverse les rapports jusque là entretenus par les différentes fractions politiques avec l'institution militaire. Plus encore que la crise boulangiste, l'affaire Dreyfus donne lieu, pour la première fois, à une contestation importante de l'armée. Au-delà de la campagne visant à la révision du procès du capitaine injustement condamné pour espionnage, une opposition fondamentale se fait jour en effet entre les droits individuels et l'autorité de l'armée. Passionnant l'opinion publique, l'affaire catalyse l'attention sur la justice militaire, l'esprit de corps des militaires et les pratiques inqualifiables de l'état-major, l'armée apparaissant dès lors comme un "monde à part, société close et majoritairement réactionnaire, voire antirépublicaine" (Madeleine REBERIOUX)" Désormais, le pays est divisé en deux camps distincts : nationalistes, antisémites et militaristes d'un côté ; radicaux, défenseurs des droits de l'homme et antimilitaristes de l'autre." (Michel AUVRAY).
De nombreux auteurs datent de cette affaire Dreyfus, d'ailleurs, la naissance de l'opinion publique comme force de la vie politique française, et de manière récurrente la réflexion antimilitariste n'a pas arrêté de surgir dans de nombreux débats de société.

      Au sein du mouvement ouvrier, dans maintes circonstances critiques, notamment la révolution de 1848 ou la Commune de Paris de 1870, le problème de la construction d'une organisation de défense, par dessus les frontières, entre travailleurs partageant la même condition sociale, la question de la position de l'armée s'est trouvée posée. Mais comme l'écrit Gérard BENSUSSAN, "il faut attendre le tournant du siècle, les dernières années du XIXe, pour que la question du militarisme et (...) de l'antimilitarisme se posent comme questions à caractère hautement politique (...).
En France, en Allemagne et en Russie des antimilitarismes se développent, suivant des chemins différents. Citons simplement dans cet article qui n'est qu'introductif, pour la France, les traits antipatriotique, humaniste et pacifiste bien personnifiés dans la figure et l'activité de  Georges YVETOT (1868-1942), anarcho-syndicaliste qui fonde en 1902 la Ligue antimilitariste, pour l'Allemagne les combats de Rosa LUXEMBOURG (1871-1919) et sa polémique contre Max SCHIPPEL  (1859-1928), la première très active dans le mouvement marxiste international, pour la Russie, dans la foulée de la révolte du cuirassé Potemkine, vécu comme expérience révolutionnaire de masse, les réflexions de LÉNINE  et de TROTSKY et leurs activités antimilitaristes révolutionnaires au sein de la IIIe internationale jusqu'au début des années 1930.
Les conférences de Zimmerwald (1915) et de Kienthal (1916) reflètent les différents débats sur la question nationale (opposition Rosa LUXEMBOURG-LÉNINE). Le mouvement ouvrier international est tiraillé entre les positions d'union sacrée en France et en Allemagne et les positions internationalistes (insurrectionnelles). L'antimilitarisme et le pacifisme constituent deux thèmes majeurs qui traversent les Internationales Ouvrières jusqu'après la Seconde Guerre Mondiale. L'émergence d'un pacifisme d'État, ou supposé tel, prôné par l'Union Soviétique entre les deux guerres mondiales, d'un pacifisme en fait instrumentalisé par un État, exprimé dans la création de nombreuses organisations, prolongé (à travers la création du Mouvement de la paix par exemple), pendant les années de la guerre froide, contribue à la division de pratiquement toute la gauche politique européenne.

    L'antimilitarisme et le pacifisme constituent une bonne partie du sentiment diffus dans la jeunesse entre les deux guerres mondiales et aujourd'hui encore. Entre question sociale, question nationale, et conflit entre générations, beaucoup de jeunes sont confrontés directement (service national) ou indirectement (à l'occasion de crises politiques concernant la course aux armements par exemple)  à l'institution militaire en France ou dans le monde (nous songeons aux débats suscités par la participation à l'occupation de la Palestine chez les jeunes militaires israéliens par exemple), dans leur choix de vie. De nombreuses associations - anarchistes, pacifistes, antimilitaristes, non-violentes, leur proposent alors leurs propres cheminements intellectuel et moral.

 
Nicolas FAUCHON, Pacifisme et antimilitarisme dans l'entre-deux-guerres (1919-1939), Spartacus, 1983. Yolande COHEN, Les jeunes, le socialisme et la guerre, Histoire des mouvements de jeunesse en France, Les classiques des sciences sociales, http://classiques.uqac.ca, 1989. Michel AUVRAY, objecteurs, insoumis, déserteurs, Histoire des réfractaires en France, Stock/2, 1983. Jean DEFRASNE, le pacifisme, PUF collection Que sais-je?, 1983. Gérard BENSUSSAN, article Antimilitarisme dans Dictionnaire critique du marxisme, PUF collection Quadrige, 1999. Jean RABOT, L'antimilitarisme en France, 1810-1975, Faits et documents, Hachette, 1975.

                                                                 PAXUS
 
 
Relu le 11 octobre 2019




    

     
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6 janvier 2010 3 06 /01 /janvier /2010 10:50
            Les thèmes de la guerre et de la paix, ainsi que la philosophie d'intervention de l'organisation internationale sont abordés de manière générale par les articles 10, 11, 12 et 13 de la SDN et les articles 2 du chapitre 1 de l'ONU.

SDN

   Article 10
        Les membres de la Société s'engagent à respecter et à maintenir contre toute agression extérieure l'intégrité territoriale et l'indépendance politique présente de tous les membres de la Société... (voir article précédent du blog)

  Article 11
         Il est expressément déclaré que toute guerre ou menace de guerre, qu'elle affecte directement ou non l'un des membres de la Société, intéresse la Société toute entière et que celle-ci doit prendre des mesures propres à sauvegarder efficacement la paix des Nations...(voir article précédent du blog)

 Article 12, alinéa 1
         Tous les membres de la Sociétés conviennent que s'il s'élève entre eux un différend susceptible d'entrainer une rupture, ils le soumettront soit à une procédure de l'arbitrage, soit à l'examen du Conseil. En aucun cas, ils ne doivent recourir à la guerre avant l'expiration d'un délai de trois mois après la sentence des arbitres ou le rapport du Conseil.

 Article 13
     1 - Les Membres de la Société conviennent que s'il s'élève entre eux un différend susceptible, à leur avis, d'une solution arbitrale ou judiciaire et si ce différend ne peut se régler de façon satisfaisante par la voie diplomatique, la question sera soumise intégralement à un règlement arbitral ou judiciaire.
     2 - Parmi ceux qui sont en général susceptibles d'une solution arbitrale ou judiciaire, on déclare tels les différends relatifs à l'interprétation d'un traité, à tout point de droit international, à la réalité de tout fait qui, s'il était établi, constituerait la rupture d'une engagement international, ou à l'étendue, ou à la nature de la réparation due pour une telle rupture.
     3 - La cause sera soumise à la Cour permanente de Justice internationale, ou à toute juridiction ou cour désignées par les Parties ou prévues dans leurs conventions antérieures.
     4 - Les Membres de la Société s'engagent à exécuter de bonne foi les sentences rendues, et à ne pas recourir à la guerre contre tout Membre de la Société qui s'y conformera. Faute d'exécution de la sentence, le Conseil propose les mesures qui doivent en assurer l'effet.
 

ONU

   Chapitre I Article 2
          L'Organisation des Nations Unies et ses membres, dans la poursuite des buts énoncés à l'article 1, doivent agir conformément aux principes suivants :
          1 - L'Organisation est fondée sur le  principe de l'égalité souveraine de tous ses Membres.
        2 - Les Membres de l'Organisation, afin d'assurer à tous la jouissance des droits et avantages résultant de leur qualité de Membre, doivent remplir de bonne foi les obligations qu'ils ont assumées aux termes de la présente Charte.
        3 - Les Membres de l'Organisation règlent les différends internationaux par des moyens pacifiques de telle manière que la paix et la sécurité internationales ainsi que la justice ne soient pas mises en danger.
        4 - Les Membres de l'Organisation s'abstiennent dans leurs relations internationales, de recourir à la menace ou à l'emploi de la force, soit contre l'intégrité territoriale ou l'indépendance politique de tout État, soit de toute autre manière incompatible avec les buts des Nations Unies.
        5 - Les Membres de l'Organisation donnent à celle-ci pleine assistance dans toute action entreprise par elle conformément aux dispositions de la présente Charte et s'abstiennent de prêter assistance à un État contre lequel l'Organisation entreprend une action préventive ou coercitive.
       6 - L'Organisation fait en sorte que les États qui ne sont pas membres des Nations Unies agissent conformément à ces principes dans la mesure nécessaire au maintien de la paix et de la sécurité internationales.
      7 - Aucune disposition de la présente Charte n'autorise les Nations Unies à intervenir dans les affaires qui relèvent essentiellement de la compétence nationale d'un État ni n'oblige les Membres à soumettre des affaires de ce genre à une procédure de règlement aux termes de la présente Charte ; toutefois, ce principe ne porte en rien atteinte à l'application des mesures prévues au Chapitre 7.

   La SDN ne connaît d'abord que des différends et ses interventions sont d'abord dans le domaine juridique, dans une approche d'arbitrage. L'article 11 du Pacte vise une intervention préventive avant que ce différend ne dégénère. Paul BARANDON, décrivant le champ d'application de l'article 11 par rapport aux articles suivants (12, 13, 15 et 16) met l'accent sur cette action préventive, à l'initiative de n'importe quelle partie. Durant la vie de cette organisation, c'est avec beaucoup de réticences que ses Membres dépassent ce cadre. Tout est fait, du moins d'une manière théorique pour que l'intervention soit rapide et obligatoire, afin d'éviter la guerre ouverte.

  L'ONU affirme sa personnalité juridique d'instance obligatoire pour une intervention, prenant le modèle étatique à son compte. Elle est perçue, analyse René-Jean DUPUY, comme "toute organisation (...) de deux façons : de l'extérieur comme un agent juridique au sein de la communauté internationale et, de l'intérieur, comme un englobant, rassemblant des États sur le principe égalitaire de la démocratie interétatique, lequel postule chez eux un comportement de bonne foi et de renonciation au recours de la force."
Faisant la comparaison avec la SDN, le juriste se situe dans une perspective historique du droit :
"La Société des Nations n'ayant qu'incomplètement retiré à ses membres le droit à la guerre, le Pacte Briand-Kellog de 1928, a eu pour ambition d'en prononcer la condamnation générale. Cependant, prohibant la guerre, cet instrument ne devait pas assurer la paix. Le Pacte met en place une communauté conventionnelle à laquelle a manqué le relais institutionnel. C'est en vain qu'on a cherché à le mettre en harmonie avec le système de la SDN. La rencontre de la communauté et de la société internationale ne devait se réaliser qu'avec l'article 2, paragraphe 4, de la Charte des Nations Unies, prohibant non seulement le recours à la force, mais aussi toute menace de l'utiliser. On retient moins l'idée de protection d'un État contre une éventuelle agression que celle de la paix de la communauté internationale. Cette conception objective se rattache au concept d'ordre public et suppose un appareil structurel, le Conseil de Sécurité, pour le faire respecter. Plus qu'une norme sociétaire, la règle prohibitive est une règle communautaire puisque sa portée s'étend aux États non membres.
La disposition de la Charte a été complétée en 1974 par la définition de l'agression, donnée par l'Assemblée Générale. Vainement tentée depuis la SDN, cette définition a été saluée comme un progrès. En réalité, elle devait renforcer la répugnance du Conseil de Sécurité à la constater. Dès lors que l'agression constitue le "crime suprême" contre l'humanité, les cinq membres permanents du Conseil ne peuvent s'accorder pour qualifier d'agression une action militaire engagée par l'allié ou le client de l'un d'eux. Si bien qu'à la constatation de l'agression, le Conseil de Sécurité préfère celle de "rupture de la paix", notion neutre, ne comportant pas de condamnation."  
Après avoir mit justement l'accent sur cette frilosité bien diplomatique, qui entrave le début même de l'action de l'ONU, René-Jean DUPUY attire l'attention sur le fait que les conflits envisagés sont interétatiques, alors que précisément la plupart des conflits sont d'ordre interne, "sous-produit du conflit mondial, sécularisation des guerres de religion".

     La difficulté  a bien été perçue par les juristes qui travaillent autour ou dans le système des Nations Unies. 
Selon Jean CHARPENTIER par exemple, pour qui la tendance la plus récente (le texte date de 1991) "consiste (...) à anticiper sur la naissance des différends en demandant aux États de prendre les dispositions nécessaires pour les prévenir. Dans cette perspective a été adoptée en mars 1988 par le Comité spécial de la Charte des Nations Unies et du raffermissement du rôle de l'Organisation un projet de "Déclaration relative  à la prévention et à l'élimination des différends et des situations qui risquent de mettre en danger la paix et la sécurité internationales et au rôle de l'ONU dans ce domaine" qui a été entériné par l'Assemblée Générale lors de sa 34ème Session."
 Les récents développements de conflits intraétatiques et l'apparition de formes de terrorisme médiatisées accentuent de manière générale cette référence globale de l'ONU à une notion d'ordre public international. Mais l'absence de volonté de membres du Conseil de Sécurité, par diplomatie isolationniste notamment, empêche l'organisation d'appliquer ses principes.

Jean CHARPENTIER, René-Jean DUPUY, Articles sur l'article 2 de la charte, dans La Charte des Nations Unies, Economica, 1991. Paul BARANDON, Le système juridique de la Société des Nations pour la prévention de la guerre, librairie Kundig/A Pedone, 1933.
 
 
Relu le 15 octobre 2019
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4 janvier 2010 1 04 /01 /janvier /2010 07:54
             Nous poursuivons ici la comparaison entre les textes fondamentaux des deux organisations internationales, sur les buts et objectifs qu'elles se sont assignés.
 

SDN 
           Article 10
                   Les Membres de la Société s'engagent à respecter et à maintenir contre toute agression extérieure l'intégrité  territoriale et l'indépendance politique présente de tous les Membres de la Société.
                   En cas d'agression ou de menace ou de danger d'agression, le Conseil avise aux moyens d'assurer l'exécution de cette obligation.

         Article 11
                  Il est expressément déclaré que toute guerre ou menace de guerre, qu'elle affecte directement ou non l'un des Membres de la Société, intéresse la Société toute entière et que celle-ci doit prendre des mesures propres à sauvegarder efficacement la paix des Nations.
                  En pareil cas, le Secrétaire général convoque immédiatement le Conseil, à la demande de tout Membre de la Société.
                  Il est en outre déclaré que tout Membre de la Société a le droit à titre amical, d'appeler l'attention de l'Assemblée ou du Conseil sur toute circonstance de nature à affecter les relations internationales et qui menace par suite de troubler la paix ou la bonne entente entre nations dont la paix dépend.
 


ONU

    Chapitre 1 Article 1
                 Les buts des Nations-Unies sont les suivants :
                        1 - Maintenir la paix et la sécurité internationale et à cette fin, prendre les mesures collectives efficaces en vue de prévenir et d'écarter les menaces à la paix et de réprimer tout acte d'agression ou autre rupture et réaliser, par des moyens pacifiques, conformément aux principes de la justice et du droit international, l'ajustement ou le règlement de différends ou de situations de caractère international, susceptibles de mener à une rupture de la paix.
                        2 - Développer entre les nations des relations amicales fondées sur le respect du principe de l'égalité de droits des peuples et de leur droit à disposer d'eux-mêmes, et prendre toutes autres mesures propres à consolider la paix du monde.
                        3 - Réaliser la coopération internationale en résolvant les problèmes internationaux d'ordre économique, social, intellectuel ou humanitaire, en développant et en encourageant le respect des droits de l'homme et les libertés fondamentales pour tous, sans distinction de race, de sexe, de langue ou de religion.
                        4 - Être un centre où s'harmonisent les efforts des nations vers ces fins communes.
 
Chapitre 9 Article 55
               En vue de créer les conditions de stabilité et de bien être nécessaires pour assurer entre les nations des relations pacifiques et amicales fondées sur le respect du principe de l'égalité des droits à disposer d'eux-mêmes, les Nations Unies favoriseront :
a) Le relèvement des niveaux de vie, le plein emploi et les conditions de progrès et de développement dans l'ordre économique et social.
b) La solution des problèmes internationaux dans les domaines économique, social, de la santé publique et autres problèmes connexes et la coopération internationale dans les domaines de la culture intellectuelle et de l'éducation.
c) Le respect universel et effectif des droits de l'homme et des libertés fondamentales pour tous, sans distinction de race, de sexe, de langue ou de religion.

Chapitre 9 Article 56
             Les Membres s'engagent, en vue d'atteindre les buts énoncés à l'article 55 à agir, tant conjointement que séparément, en coopération avec l'Organisation.

    Dans ses réflexions à propos des interdictions de guerre et d'agression, Paul BARANDON estime que "le droit commun du Pacte de la Société des Nations ne contient aucune interdiction absolue de la guerre, mais seulement des interdictions relatives. Toutefois, du fait de l'adoption du Pacte Briand-Kellog par le droit SDN, ces interdictions se sont intégrées dans la renonciation générale à la guerre que contient l'article 1 de ce Pacte. C'est pourquoi les organes de la Société des Nations (Comité des Onze de 1930 et sous-comité de la 2e Commission de l'Assemblée de 1930), chargés de préparer une révision du Pacte de la Société en tenant compte du Pacte Briand-Kellog, ont proposé au Pacte SDN les amendements indispensables pour mettre son texte primitif en harmonie avec le nouvel état de droit."
L'interdiction de la guerre, de relative est devenue absolue, du fait de ce Pacte Briand-Kellog du 27 Août 1928. Pour de nombreux diplomates, c'était la consécration d'années d'effort, de batailles juridiques internes à la SDN et en dehors d'elle, sans tenir réellement compte de certaines réalités sur le terrain, mais ces réflexions écrites en 1933 appartiennent à une période où la SDN n'est pas tout-à-fait sur le déclin et joue encore un grand rôle.
Rappelons ici simplement les termes de ce Pacte Briand-Kellog, qui dans son article 1 dispose que "Les Hautes Parties contractantes déclarent solennellement au nom de leurs peuples respectifs qu'elles condamnent le recours à la guerre pour le règlement des différends internationaux, et y renoncent en tant qu'instrument de politique nationale dans leurs relations mutuelles." Cette disposition était préparée par la résolution adoptée par l'Assemblée de la SDN du 24 septembre 1927 qui interdisait la guerre d'agression, considérée comme "un crime international".
     Toutefois, même après cela "ne tombent pas sous le coup de l'interdiction de recourir à la guerre, les mesures militaires d'extrême urgence (guerre défensive) dirigées contre une guerre "illégale", "guerre d'agression", pas plus que l'assistance prêtée à un État victime d'agression ni les mesures prises, dans le cadre des articles 18 et 16 du Pacte, en vue de réprimer une agression injustifiée (guerre de sanction), ni les mesures proposées par le Conseil, en vertu de l'alinéa 4 de la l'article 13 du Pacte pour faire procéder à l'exécution d'une sentences arbitrale (guerre d'exécution)."
Les débats internes eux-mêmes montrent bien les limites de cette interdiction dans le traitement de cas concrets, comme le conflit sino-japonais de Mandchourie de 1931, où les Parties en cause, notamment, refusent d'entendre parler d'état de guerre et où l'ensemble des parties jugent préférable de ne pas soulever le problème des représailles militaires.

    Mohammed BEDJAOUI, dans la somme consacrée à la Charte des Nations Unies en 1991, revient longuement sur les circonstances historiques de rédaction de ces articles sur les buts et objectifs.
Même si "le but des buts" apparaît bien comme étant la paix, les débats sur les priorités de l'organisation en matière de justice et de paix, se révèlent beaucoup dans les dispositions des articles suivants consacrés à cette action. Dans une logique qui vient tout droit de l'article de la SDN qui indique le rôle prépondérant du Conseil, "en vérité le souci était de reconnaître au Conseil de Sécurité le pouvoir d'appréciation le plus large possible, sans offrir à quiconque, par une interprétation subjective des parties des principes de justice, un échappatoire permettant de mettre en cause la régularité de n'importe quelle mesure collective ou d'en retarder l'application. La rupture de la paix est un phénomène qui se prête à une observation concrète et objective et sa répression ne saurait dépendre d'appréciations subjectives."
Bien entendu, même si la paix "prend ici un nouveau nom qui est l'égalité des peuples et leur liberté (...), il est bien moins que sûr que les rédacteurs de la Charte aient désiré la libération des peuples coloniaux. Leur souci a été plus, semble-t-il, de viser l'égalité des droits des peuples déjà libres, c'est-à-dire de s'assigner comme but l'égalité des États, grands ou petits, mais déjà constitués. Mais certains buts ou principes recèlent déjà, une dynamique propre qui permet une récupération et une utilisation extensive et inattendue."
  La Charte des Nations Unies s'en tient donc à un triptyque Paix, Égalité et Liberté des peuples, avec l'ambition de faire de cette organisation le lieu "d'un dialogue permanent entre les peuples pour la recherche des solutions aux problèmes qui les préoccupent et l'organe privilégié de la coordination des efforts et des activités déployées pour réaliser ces fins communes."
   L'auteur pense qu'un bilan des Nations Unies "reste mitigé au regard de ces buts". Au fait que "l'objectif de maintien de la paix aura été atteint pendant 40 ans", dans un environnement bien plus dangereux que celui où baignait la SDN, du fait de l'existence des armes nucléaires, plusieurs correctifs doivent être mentionnés :
- si un conflit mondial a pu être évité, de nombreux conflits locaux et régionaux n'ont laissé que "26 jours de paix depuis la Seconde Guerre Mondiale" ;
- le mérite du maintien de la paix ne revient souvent pas à l'ONU. "Il serait plus exact d'affirmer qu'il a été le fait des grandes puissances concernées. La plupart des négociations significatives et des décisions ont vu le jour hors des Nations Unies."
   Globalement, "la volonté d'asseoir la paix sur le développement économique, social et culturel des peuples, exprimée au paragraphe 3 de l'article 1" - qui a donné la constitution de nombreux organismes spécialisés - "a donné sa dimension réelle au problème de la paix, mais l'échec des efforts des Nations unies en matière de développement souligne alors la menace qui pèse sur la paix elle-même."
 
     Anne-Cécile ROBERT, journaliste au journal Le Monde diplomatique, comme d'ailleurs beaucoup d'analystes de la situation internationale, estime que l'ONU ne rempli pas entièrement son rôle par rapport aux quatre buts assignés en 1945.
"Le développement des relations internationales, écrit-elle, depuis une trentaine d'années (elle écrit en 2015) fait courir à l'ONU un véritable risque de marginalisation. Elle n'est pas le point de mire prévu en 1945. Si le Conseil de Sécurité continue de trôner au sommet des dispositifs de maintien de la paix, une sorte de répartition des tâches semble se dessiner à l'échelle mondiale : les États sollicitent les agences techniques de l'ONU pour clarifier ou réguler des enjeux pratiques ou réaliser des actions de terrain (développement, coopération technique...) ; pour les grandes questions politiques, ils se montrent plus enclins à mobiliser les organisations régionales (Union Européenne par exemple) ou des groupes de puissances, comme le G 8 ou le G 20.
La première attitude avait été prévue par la Charte de San Francisco qui permet aux États de se regrouper dans des structures plus petites ou plus limitées dans leurs objectifs à condition que la primauté de l'ONU soit reconnue et assurée. Les traités fondateurs de l'Union Européenne reconnaissent d'ailleurs la supériorité de l'organisation universelle.
Le cas des "G" se révèle plus délicat. (...) Ils n'ont certes pas de pouvoir coercitif mais l'hégémonie politique de facto de ce club de pays riches est visible au travers d'une sorte de chaine de commandement non écrite. Celle-ci aboutit aux organes décisionnaire des institutions financières internationales (IFI) où les mêmes pays riches détiennent le pouvoir. (...) Les "G" se drapent de leur statut de conférence diplomatique pour, finalement, ne rendre de compte à personne et surtout pas à l'ONU." 
Il faut voir au-delà d'un problème de moyens (des grands pays suspendent parfois leurs contributions financières au gré de leurs intérêts propres...) une absence de volonté politique, une crise plus profonde.
"Instance suprême du maintien de la paix, le Conseil de sécurité se trouve lui aussi dans une situation délicate. Les États se montrent de plus en plus réticents à fournir soldats et moyens aux opérations qu'il décide. D'une manière générale, austérité oblige, les gouvernements rechignent à verser leur contribution financière à l'ONU et à ses agences. (...) En outre, l'inexistence opérationnelle de l'état-major international prévu par la Charte de San Francisco rend le Conseil de sécurité dépendant de l'OTAN." 
Et surtout, "assistons-nous pas à une sorte de banalisation du recours à la force comme solution aux différends, en violation (...) de la Charte. (...) Dans les domaines scientifiques, juridiques, sanitaires, etc, la coopération internationale est réelle et permanente. Des dizaines de traités, des milliers de résolutions et de rapports techniques sont négociés chaque année dans le locaux des agences de l'ONU sur les sujets les plus divers. Les diplomates et les juristes s'y livrent parfois à des conflits de basse intensité sur d'obscurs amendements ou formulations. Mais sur des questions essentielles, la coopération internationale - au sens de la volonté de construire une vision commune des enjeux et les outils pour y répondre  - semble marquer le pas."
Dans la géopolitique du troisième millénaire qui commence, l'ONU ne semble pas exercer son rôle légitime en droit de centre de la vie internationale. 
 
   

Mohammed BEDJAOUI, article  Chapitre 1 buts et principes, dans la Charte des Nations Unies, Editions Economica, 1991. Paul BARANDON, le système juridique de la Société des Nations pour la prévention de la guerre, 1933. Anne-Cécile ROBERT, Une organisation centrale, dans L'ONU dans le nouveau désordre mondial, Sous la direction de Romuald SCIORA, Les Editions de l'Atelier, 2015. 
 
PAXUS
 
 
Relu le 16 octobre 2019

              
                 

 
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