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11 avril 2009 6 11 /04 /avril /2009 08:40
       Depuis le XIIIème siècle, mais sans doute avons-nous tout simplement peu d'informations sur les périodes précédentes et peut-être l'ombre de l'Empire Romain est-elle encore présente, fleurissent des projets de paix, sous une forme ou une autre, d'au moins Pierre DUBOIS (1250-1320) jusqu'à Aristide BRIAND (1862-1932) et au-delà.
 
     Ces projets de paix, perpétuelle ou non, n'ont pas les mêmes mobiles, même si des auteurs comme Denis de ROUGEMONT (1906-1985) cherchent à dégager de l'histoire intellectuelle de l'Europe une conscience spécifique, liant ces projets, certains d'entre eux en tout cas à l'idée de fédération européenne. C'est d'ailleurs précisément parce que le seul élément qui les lie - faisant fi des relations entre les peuples et encore plus de la forme des gouvernements - réside dans l'idée qu'il ne peut y avoir de bénéfices pour les Puissances que dans la paix. Et que la paix seule peut apporter la stabilité nécessaire à des actions efficaces dans un ensemble géographique soumis à des guerres incessantes. Même si la mythologie, l'idéologie de l'Europe comme entité (Franciszek DRAUS) constitue une escroquerie intellectuelle, l'Union Européenne constitue l'aboutissement d'une histoire longue d'échecs de constitution d'empires par la violence.
   Il ne faut pas perdre de vue que la construction européenne doit plus à la réalité économique et aux nécessités stratégiques d'une époque où dominent les rapports de force Est-Ouest qu'à la force d'une idée qui n'a jamais été dominante. On peut par ailleurs très bien constater la mythologie européenne, comme il y a une mythologie française, anglaise ou allemande, et se réjouir que cette représentation du passé (appelée souvent mensonge) qui sera certainement remplacés par d'autres mensonges (ou représentations orientées de la réalité) par la suite, soit finalement bénéfique à des centaines de millions de personnes.

    Dans l'examen des projets de paix, il faut éviter toute vision téléologique et justificatrice qui les relieraient en quelque sorte tous. Malgré tout, surtout depuis le Projet pour rendre paix perpétuelle en Europe (1713) de l'Abbé de Saint Pierre (1658-1743), l'idée de paix nécessaire s'est imposée peu à peu, même si à de nombreuses reprises, beaucoup de philosophes ou d'hommes politiques ont voulu constater sa réalisation impossible. Il existe une réelle chaine intellectuelle, par les commentaires que ce dernier suscite, qui va de Jean-Jacques ROUSSEAU (1712-1778) à Emmanuel KANT, (1724-1804)  de William PENN (1644-1718)  à Edouard HERRIOT (1872-1957), à condition de bien voir que cette chaine intellectuelle vivifie un projet d'abord diplomatique. Les projets sociaux ou socio-politiques chez Ernest RENAN (1823-1892) ou Aristide BRIAND (1862-1932) ne sont bien entendu pas les mêmes.
  Enfin, c'est bien en Europe et pour l'Europe que l'on se soucie le plus de cette paix difficile, difficile puisqu'il a fallu deux guerres mondiales pour parvenir à une ébauche de paix universelle, que l'on retrouve successivement dans les motivations de la Société des Nations (1919) et de l'Organisation des Nations Unies (1945).

     Pour commencer le parcours de ces différents plans de paix, rien de vaut la constitution d'une liste, même si nous ne nous attardons que sur certains d'entre eux, surtout ceux de l'Abbé de Saint Pierre, d'Emmanuel KANT et de William PENN. Dans cette liste, nous tentons de résumer chacun de ces plans, de dégager leur objectif, suivant l'ordre chronologique, en nous inspirant du travail de compilation d'Edith WYNNER et de Georgia LLOYD réalisé en 1946.

Franciszek DRAUS, Sur les prétendus précurseurs historiques de l'intégration européenne, Conflits Actuels. Edith WYNNER et Georgia LLOYD, Searchlight on Peace Plans, New York E.P. Dutton and Company Inc, 1946.


                                                    PAXUS
 
Relu le 28 février 2019
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30 mars 2009 1 30 /03 /mars /2009 16:07
          Où commence et où s'arrête l'objection de conscience? On ne trouve pas l'expression dans les dictionnaires de  philosophie ou de philosophie politique. Pourtant, l'objection de conscience constitue bien une argumentation qui s'oppose à une opinion pour la réfuter, et l'objecteur de conscience est celui qui, en temps de paix ou en temps de guerre, refuse d'accepter des obligations militaires, en argumentant que ses convictions l'obligent au respect inconditionnel de la vie humaine et s'oppose par là aux institutions politiques.
    Par extension, nombre de médecins refusent de pratiquer l'avortement par objection de conscience, par respect absolu de la vie.

       Beaucoup d'auteurs font débuter l'histoire de l'objection de conscience au christianisme primitif. "On voit (...) que deux notions risquent de s'opposer quand on cherche à déterminer la valeur d'une règle sociale : sa légalité et sa légitimité ; sa légalité aux yeux des hommes qui l'ont promulguée ou acceptée, sa légitimité aux yeux de Dieu ou plutôt de ceux qui interprètent ses commandements." (Jean-Pierre CATTELAIN).  Par la suite, les autorités religieuses ne reconnaissent plus cette objection de conscience. La loi est forcément légitime aux yeux de nombre de théologiens et la question ne se pose pas... sauf, mais cela déborde les convictions individuelles, lorsqu'il s'agit de s'opposer à un pouvoir politique qui entend s'autonomiser de l'Église.

      Quelques mouvements réformateurs mettent en avant l'objection de conscience durant la Réforme : les Vaudois et les Hussites de la fin du XIIème siècle, les Anabaptistes, les Frères Moraves en Westphalie. Nombreux sont les groupes religieux qui objectent à certaines prérogatives du pouvoir politique, refusent sa légitimité même, et cela se traduit souvent par leur exil ou leur départ volontaire en d'autres contrées qu'ils espèrent plus propices à l'épanouissement de leur foi. Ainsi, les Frères Suisses au XVIème siècle, les Mennonites aux Pays-Bas, puis aux Etats-Unis, les Amish à partir du XIXème siècle en Alsace et aux Etats-Unis, les Doukhobors en Russie au XVIIIème siècle, les Monachki en Russie au XIXème et au XXème siècles, et les Témoins de Jéhovah qui, eux, souvent restent dans leur pays.
   Avec George FOX et la fondation de la Société des Amis en 1652, s'affirme le droit de tout individu, en conscience, à résister au pouvoir civil si celui-ci lui parait aller à l'encontre de la loi divine ou du simple bon sens. Non qu'il soit bien sûr pas le premier groupe à exprimer ces opinions mais son développement, son émigration aux Etats-Unis où il tente d'implanter une communauté respectueuse de la paix, en Pennsylvannie, donne à ces conviction sans doute le plus grand impact, et ceci dans l'ensemble des sociétés européennes. L'activité des Quakers, que l'on retrouve parfois en bon nombre dans des organisations internationales oeuvrant en faveur de la paix (dans le personnel diplomatique de l'ONU par exemple), persistante et couvrant l'ensemble du globe terrestre, n'est certainement pas étrangère aux solidarités qui s'expriment ici ou là à l'occasion de mouvements d'objection de conscience, qu'ils soient individuels ou collectifs.
 
      De l'objection de conscience, d'abord individuelle, peut venir des mouvements de désobéissance civile plus ou moins importants. Discours de la servitude volontaire de LA BOETIE en 1548, Discours de la désobéissance civile de Henry David THOREAU (1817-1862), des passages de La révolution russe de TOLSTOI, les multiples ouvrages de GANDHI, ceux de Danilo DOLCI, ou plus proche dans le temps et dans l'espace de LANZA DEL VASTO, de Jean-Marie MULLER... scandent diverses étapes, souvent en liaison avec les actions de leurs auteurs, de la réflexion de nombreux objecteurs de conscience. Ce sont en effet autant de références pour des générations d'objecteurs en Occident, et encore aujourd'hui face par exemple aux guerres des Etats-Unis dans le Proche Orient, qui veulent donner à leur action un sens collectif.

        Autant par le regroupement des objecteurs de conscience eux-mêmes que par les tentatives des différents gouvernements de réduire l'influence ou l'impact de leur pensée et de leur action, une sorte de classification s'est établie. On peut distinguer ainsi les différentes objections de conscience :
- à caractère religieux, pour leur grande majorité. Cela va des membres de mouvements réformateurs chrétiens, soucieux de montrer au grand jour leur opposition, aux Témoins de Jehovah, qui se veulent discrets, refusent toute discussion et préfèrent se laisser enfermer en prison plutôt que d'accepter d'effectuer un quelconque service civil ;
- à caractère politique, contre une guerre précise ou contre une politique de défense. Ainsi des objecteurs de conscience se sont joints partout à travers le monde, même s'ils ne sont pas très nombreux, à d'autres acteurs politiques et sociaux pour prôner des alternatives à la défense armée. Se définissant souvent comme non-violents, ils allient leur réflexion à des actions concrètes et souvent spectaculaires contre divers aspects de la "militarisation de la société" ;
- à caractère libertaire, par principe de refus de participer à une société telle qu'elle est, avec son cortège d'injustices et d'atteintes aux libertés. Souvent, l'anarchiste est un insoumis, le refus de la conscription apparaissant même pour les plus politiques d'entre eux comme un devoir civique ;
- à caractère de "convenance personnelle" (!), tout simplement pour échapper au service militaire n'entrant pas dans leur projet d'avenir. Cette catégorie polémique est parfois évoquée par les tenants d'une service civil obligatoire...
- à caractère psychopathologique, que même certains auteurs favorables à l'objection de conscience admettent l'existence. A la suite d'une thèse du docteur CHARLIN en 1952, qui constitue surtout une sorte d'hypothèque des partisans de l'ordre social existant, sur la crédibilité des arguments des objecteurs de conscience. En vertu de cela, dans certains pays, l'examen médical d'incorporation comporte une partie psychiatrique.

        Par-delà les aspects historiques et les situations très variables suivant les pays (que nous ne manquerons pas par la suite de détailler et de discuter), les tolérances plus ou moins grandes vis-à-vis de l'objection de conscience des États, les services civils plus ou moins longs placés en remplacement des services militaires, l'objection de conscience pose des questions de fonds :
- sur les motivations, toujours, affirmées par les objecteurs de conscience et souvent déniées par les fonctionnaires des pouvoirs publics et certaines autorités politiques et même religieuses. Car comme le rappelle le pasteur Henri ROSER, dans Les cahiers de la Réconciliation de novembre-décembre 1967, on a sacralisé la loi, on a fait de l'obéissance une vertu cardinale, on a divinisé l'État ; l'objecteur de conscience est alors le sacrilège qui récuse la notion de raison d'État et ne rejette la loi écrite que pour lui substituer le pouvoir de la conscience. L'attitude de l'objecteur de conscience est souvent stigmatisée par de nombreux secteurs de la société.
- sur l'attitude envers la société et la démocratie. Cela se révèle bien entendu pas seulement à propos de l'objection de conscience à la guerre ou aux activités militaires, mais aussi à diverses autres aspects, objection médicale, objection à l'impôt pour des questions corporatrices ou sociétaires. Cela fait référence à certains écrits de David Henri THOREAU par exemple : "tout vote est une sorte de jeu, comme les échecs ou le tric-trac, augmenté d'une légère touche morale ; un jeu où le bien et le mal, les questions éthiques sont en jeu" (La désobéissance civile). Cela peut rester une position individuelle isolée. Cela peut refléter l'opposition de vastes parties de la société à un pouvoir politique issu de mécanismes institutionnels, parlementaires et présidentiels, ressentis comme "truqués" ou au moins porteurs de mensonges de grande ampleur...
- sur l'efficacité dans la lutte contre ce à quoi l'objection de conscience s'oppose. Ainsi de nombreux débats ont opposé, par rapport aux combats contre "la militarisation" ou "l'encasernement" ou encore "l'armée bourgeoise capitaliste", les tenants d'une lutte à l'intérieur de l'institution militaire à ceux qui préfèrent concentrer leurs efforts de l'extérieur de celle-ci. Cela reflète bien entendu des divergences d'objectifs politico-sociaux.

Jean-Pierre CATTELAIN, L'objection de conscience, PUF, collection Que sais-je?, 1975. Alternatives non-violentes, n°29-30, 1978, dossier sur l'objection de conscience. Présentation de HEAM DAY, Bible de l'objecteur de conscience, L'Internationale des Résistants à la guerre, 1957. Lanza DEL VASTO, technique de la non-violence, Denoël/Gonthier, 1971. Henry VAN ETTEN, George FOX et les Quakers, Éditions du Seuil, collection "Maitres spirituels", 1956. Jean-Marie MULLER, Lexique de la non-violence, Alternatives non-violentes-Institut de Recherche sur la Résolution des Conflits, 1988.

                                                              PAXUS
 
Relu le 23 janvier 2019

 
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28 mars 2009 6 28 /03 /mars /2009 16:23
        Parmi les grands courants des pacifismes, ceux issus directement de lectures des Évangiles (notamment du Sermon de la Montagne), courent depuis les origines de cette religion jusqu'à nos jours et inspirent non seulement des mouvements chrétiens très divers, mais influencent également les politiques mêmes des institutions religieuses et politiques.

        On peut distinguer le christianisme primitif que certains auteurs situent comme pacifiste et animé du refus de participer aux armées impériales romaines, de celui institué ensuite par l'empereur Constantin par l'édit de Milan de 313 et le concile de 314. L'Empire devient ensuite chrétien et les théologiens admirent le devoir chrétien de le défendre. St Augustin (354-430) fit de la paix le souverain bien de la Cité terrestre et céleste. Il devient la référence du monde médiéval occidental pour la doctrine de l'Église sur la guerre et la paix.
      L'Église, qui ne condamne pas la guerre en soi, s'efforce à la fois d'affirmer la prépondérance de son pouvoir sur celui des rois et des princes, et d'instaurer des périodes de Paix de Dieu ou de trêve de Dieu, au moins entre les membres de la Chrétienté (face à l'Islam notamment, et aux hérésies de toute sorte...). Par la question des croisades, l'Église introduit la notion de guerre juste, et les guerres de religion ensuite marquent définitivement la fin des restes d'un pacifisme chrétien institutionnalisé.

        C'est à la marge de l'Église que s'affirment ensuite des pacifismes chrétiens (qui se disent en tout cas chrétiens...), sans grandes influences sur le moment.
       Pierre DUBOIS (1255-1312), avocat normand, confie à Philippe le Bel, roi de France, un plan de paix perpétuelle entre tous les États chrétiens (1307).
       St Thomas (1225-1274) précise les conditions d'une guerre juste, qui interdirait les guerres féodales.
       Antonio MARINI, avocat dauphinois, suggère au roi de Bohême, Podiebrad, un Projet de paix chrétienne perpétuelle (1463), qui sera repris à plusieurs reprises par la suite en autant de tentatives de constituer un tribunal supranational d'arbitrage des conflits entre les différentes royautés.
      Inspirés à la fois par la sagesse antique et l'évangélisme chrétien, ÉRASME (1469-1536), Thomas MORE (1478-1535) proposent, à l'encontre d'un Nicolas MACHIAVEL, de réglementer la guerre ou plus de la bannir, comme moyen de résoudre des questions de frontières ou de possessions.
      
      C'est dans le sillage de la Réforme que naît un nouveau pacifisme chrétien préconisé par des Églises d'origine anabaptiste et par la Société des Amis (Quakers). Des émigrants britanniques et hollandais, entre autres, tentent d'établir dans le Nouveau Monde où ils s'exilent, des règles de  vie inspirées d'un pacifisme plus ou moins intransigeant. Dans la descendance de ce pacifisme, TOLSTOI (1828-1910) s'inscrit de manière discutable pour la théologie officielle : la renonciation à la guerre passe "en effet par une simplification outrageuse du christianisme (...) associée à un antiétatisme presque anarchiste" (Shinji KAYAMA).

        Les pacifismes chrétiens contemporains sont multiples et représentés par des organisations et des personnalités très diverses, dont certaines s'appuient sur les encycliques Pacem in Terris de 1963 ou Gandum et Spes de 1965 (Vatican 2). Des voix isolées ici et là rencontrent un certain écho dans le contexte de certaines luttes sociales ou antimilitaristes, et sous la pression d'un mouvement de sécularisation qui balaie à grande vitesse les influences morales des Églises officielles, du moins en Occident. On pense à René COSTE, à Jacques GAILLOT, à Jean et Pierre TOULAT en France par exemple. Les attitudes pacifistes vont de la résistance non-violente à certaines activités militaires (Larzac, essais nucléaires...), de la condamnation totale de la guerre à l'idée d'une limitation sélective de celle-ci. Des réflexions sur la paix doivent répondre par exemple à d'autres mouvements dans l'Église qui luttent contre la pauvreté, en Amérique Latine notamment où progresse jusque dans les années 1980  la théologie de la libération.
         
     La rédaction du Dictionnaire Critique de Théologie, dans un chapitre intitulé Théologie systématique pense que la discussion proprement théologique sur la paix se trouve à l'entrecroisement de plusieurs problématiques.
- Celle de l'anthropologie spirituelle, qui veut que si la paix règne entre Dieu et l'homme, elle doit régner également entre l'homme et lui-même. On retrouve là l'influence de certains philosophes qui ne craignent pas de s'affirmer chrétiens comme Paul RICOEUR.
- Celle de la communion, où l'Église a le devoir d'être présente dans l'histoire comme communauté pacifiée. L'idée d'une ontologie de la communion n'a qu'une faible force descriptive. Par contre, comme l'Église est la seule société à croire possible une existence fidèle aux Béatitudes, elle doit vouloir incarner concrètement la paix qu'elle annonce dans énormément de ses textes. Autant dire, qu'entre l'attitude de l'Église Catholique et les objectifs affichés de paix universelle, il existe énormément de chemin à faire...
- Celle du lieu où la béatitude des artisans de paix doit être audible. Pas seulement dans l'Église, mais également dans la Cité : les chrétiens sont citoyens. Les théologiens ont tendance à penser, même s'ils n'en donnent pas toujours les bonnes impulsions dans les lieux officiels où ils se trouvent, que les chrétiens n'auront de véritable pouvoir ou influence sur la vie de la Cité que s'ils donnent d'abord l'exemple dans les communautés où ils veulent partager leur foi. Responsabilités politiques et responsabilités ecclésiales sont indissociables. C'est d'ailleurs pourquoi l'Église ou les Églises tentent toujours d'avancer des arguments spirituels sur nombre de sujets de société (politiques familiales, recherches scientifiques), avec le souvenir des temps anciens où elles faisaient la loi terrestre, et avec des habitudes d'activités politiques (on le voit dans des pays comme l'Italie et l'Espagne) qui ne provoquent d'ailleurs pas toujours, c'est un peu une litote, des effets pacifiques.

         Il est intéressant de lire un passage du livre (Chrétiens devant la guerre et la paix) d'un partisan du pacifisme chrétien et de la non-violence, Christian MELLON, qui écrit dans une période de guerre froide prolongée :
"Qu'on le veuille ou non, la paix est une oeuvre politique, puisqu'elle concerne la manière dont les hommes organisent les rapports entre sociétés, entre États. De plus, par fidélité à certaines exigences éthiques essentielles, l'Église peut être amenée à "condamner" telle ou telle guerre, à mettre en garde contre telle ou telle politique de défense. Certains, chrétiens ou non, estiment alors que l'Église sort de son rôle, qu'elle "s'occupe de politique". Ne devrait-elle pas se contenter de prêcher l'Évangile et laisser aux politiques et aux militaires la liberté totale de définir les moyens de défense d'un peuple? (...) Nous n'aborderons pas ici la question très générale de la légitimité des prises de position de l'Église dans des domaines qui recoupent le moral et la politique. Si l'on estime que les Églises s'occupent de ce qui ne les regarde pas quand elles s'intéressent aux droits de l'homme, au mal-développement, à l'euthanasie ou aux risques de guerre nucléaire, inutile d'aller plus loin. Dans le cas contraire, on peut avancer, mais en sachant que cette question est complexe. En effet, si l'Évangile reste pour tout chrétien et pour l'Église comme corps la source d'inspiration de toute action, y compris politique, il ne se présente pas comme un livre de "recettes" qu'il suffirait d'appliquer pour résoudre les problèmes de la vie en société."

Jean DEFRASNE, Le pacifisme, PUF, collection Que sais-je?, 1983. Shinji KAYAMA, article Paix dans Dictionnaire Critique de Théologie, sous la direction de Jean-Yves LACOSTE, PUF, Quadrige, 1998. Christian MELLON, Chrétiens devant la guerre et la paix, Éditions Le Centurion-CERAS (Centre de Recherche et d'Actions Sociales, Jésuites), collection "Église et Société", 1984. Albert PAYET, Pacifisme et christianisme aux premiers siècles, Bibliothèque rationaliste,Les oeuvres représentatives, 1934.
 
PAXUS
 
Relu le 24 janvier 2019
 
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24 mars 2009 2 24 /03 /mars /2009 10:40
     Même si le livre de l'objecteur insoumis au service civil des années 1970 a déjà plus de vingt ans, ce qui rend sa dernière partie un peu obsolète, quoique toujours intéressante, même si aujourd'hui l'abolition du service militaire dans de nombreux pays européens, en France notamment réduit notablement l'intérêt de l'objection de conscience à l'institution militaire, les longs développements historiques, depuis qu'il y a des armées jusqu'à l'époque contemporaine fait de celui-ci un ouvrage très utile. Utile pour appréhender et comprendre l'épaisseur d'une histoire des réfractaires, utile car demain nul ne sait quelle forme peut revêtir de nouvelles obligations militaires des citoyens, utile enfin car l'histoire des réfractaires est intimement liée à l'histoire de la conquêtes des libertés publiques.
    
    Comme l'écrit Michel AUVRAY, "une histoire des réfractaires indissociablement  liée à celle de la conscription, tant il est vrai que l'objection comme l'insoumission sont conditionnées par les formes et l'étendue des obligations militaires ; tant il est vrai, aussi, que c'est l'obligation du service armé qui crée l'objection au service militaire, l'insoumission et, fréquemment, la désertion".  "Chaque fois que des hommes ont été astreints à participer à la guerre et à sa préparation, chaque fois que les gouvernements ont voulu imposer l'enrôlement forcé, des individus et des groupes humains ont refusé de se soumettre aux autorités, de contribuer à des massacres qu'ils réprouvaient. (...) des hommes, peu nombreux, trop peu nombreux il est vrai, se sont opposés à ce que des chefs, princes, rois, empereurs et autres présidents se servent d'eux pour satisfaire leurs appétits guerriers, leur soif de puissance ou de gloire, leurs intérêts économiques."
      Une très grande partie du livre est consacrée aux réfractaires de la Révolution française et de l'Empire, comme à ceux de l'Algérie française (1954-1962). Un gros tiers porte sur les luttes en France contre l'institution militaire depuis 1962, depuis la grève de la faim de Louis LECOIN pour l'obtention d'un statut des objecteurs de conscience. Défavorable au service civil, l'auteur est partie prenante des conflits internes aux mouvements de résistance à la militarisation. Beaucoup de ceux qui ont accompli les deux ans de service civil, soit légalement, dans des filières organisées par les associations loi 1901 de solidarité et parfois de lutte.. contre l'armée et financées par les pouvoirs publics, soit illégalement car refusant des affectations imposées, notamment à l'Office National des Forêts, ne se retrouveront pas dans certains propos de Michel AUVRAY. Co-fondateur du journal Objection, l'auteur décrit toutefois relativement bien, même si c'est plutôt bref,  ce qui s'est passé autour du mouvement au Larzac contre l'extension du camp militaire.

     Si dans l'annexe la liste des journaux et périodiques, comme celle des adresses utiles, relève plus de l'histoire que de l'actualité et n'est guère utilisable bien entendu, la bibliographie comporte beaucoup d'éléments qui permet au lecteur d'aller beaucoup plus loin que le livre.
 
   L'éditeur présente ainsi cet ouvrage : "Ils sont dit "Non!". Non à la guerre, à sa préparation. Non à l'uniforme, à l'enrôlement forcé. Non à la servitude et aux contraintes militaires. Objecteurs, insoumis, déserteurs, réfractaires, ils appartiennent au mouvement social le plus mal connu. Et non moins méconnu de ceux qui ont pour lui une sympathie certaine. La jeunesse de ses membres comme ses développements relativement récents laissent même accroire qu'il est sans passé, sans histoire. C'est cette histoire, les histoires parallèles et convergentes de ces refus d'obéissance qui sont parfois de véritables engagements que voilà ici retracées pour la première fois. Des tout premiers chrétiens aux déserteurs de l'Ancien Régime, des insoumis de la Révolution à ceux du Ier Empire, des fusillés "pour l'exemple" de 1914-1918 aux opposants à la guerre d'Algérie, des objecteurs légalement reconnus aux insoumis "totaux", renvoyeurs de papiers militaires et autres objecteurs à l'impôt, voici l'histoire des réfractaires en France, des origines à nos jours : l'histoire de ceux qui refusent de se soumettre aux obligations militaires comme celle des résistants à la militarisation de la société. Une histoire inséparable de celle des libertés, profondément actuelle, éclairant la signification des changements en cours. Une histoire passionnante, qui plonge ses racines dans les rapports qu'entretiennent le peuple et l'armée, l'individu et le pouvoir."
 
Au moment (début 2019) de possibles rétablissements en France d'un service militaire universel obligatoire, quel que soit sa forme, ce livre sur l'objection de conscience et l'insoumission retrouve sans doute une certaine actualité...
 

 

   
Michel AUVRAY, objecteur, puis insoumis au service civil, l'un des fondateurs en 1974 du journal Objection, a écrit aussi L'âge des casernes, Histoire et mythes du service militaire (Éditions de l'Aube, 1998).

Michel AUVRAY, Objecteurs, insoumis, déserteurs, Histoire des réfractaires en France, Stock/2, 1983, 440 pages.
 
Relu le 29 janvier 2019
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11 novembre 2008 2 11 /11 /novembre /2008 16:06
 
      Publié en France en 1968, ce livre iconoclaste à bien des égards se présente (ironiquement?) comme un "rapport sur l'utilité des guerres" qui aurait été commandité par le gouvernement américain et élaboré par quinze experts dans la perspective de faire face à une "situation de paix permanente".
     Destiné donc, le jure l'économiste J.K. GALBRAITH, à analyser les conséquences de l'absence de guerre dans toute une série de domaines - économiques, politiques, sociaux et culturels - le "rapport" étudie les fonctions de la guerre de manière extrêmement froide, on en jugera à la lecture très aisée de deux centaines de pages d'un texte  assez aéré.  On y trouve par exemple des considérations sur la guerre en tant que facteur de libération sociale (elle procure les réajustements nécessaires aux critères du comportement social civique), en tant que stabilisateur des conflits entre générations et en tant que clarificateur des idéologies...
       Les fonctions économiques de la guerre sont particulièrement étudiées dans ce rapport, celle-ci étant considérée comme régulatrices d'un système économique sujet à des crises régulières.
  
     Le grand mérite de ce "rapport" est de mettre l'accent sur les fonctions non militaires de la guerre, notamment sur les aspects curatifs à propos des conflits sociaux, et à son corollaire immédiat sur la fonction étatique de contrôle social des citoyens. Dans sa seconde partie, il examine d'ailleurs les substituts à ces fonctions non militaires, dans la situation particulière angoissante d'une prolongation indéfinie de la paix. Pour l'économie, il préconise "une consommation de richesses, à des fins totalement non productives, d'un niveau comparable à celui des dépenses militaires telles que les rendent nécessaires l'ampleur et la complexité de chaque société". Dans le domaine politique, un "substitut durable posant en principe l'existence d'une menace externe d'ordre général pesant sur chaque société, menace d'une nature et d'une intensité suffisantes pour exiger, d'une part, l'organisation, de l'autre, l'acceptation d'une autorité politique." En écologie, il faut trouver un moyen de contrôle démographique de l'espèce humaine aussi performant que la guerre... On le comprend, le "rapport", tout en mettant en garde les responsables politiques contre certaines conséquences catastrophiques de la paix, est loin de faire des propositions concrètes et précises, ce que l'on peut déplorer, si l'on garde le ton général de l'ouvrage...
 
     En quatrième de couverture, on peut lire cette introduction : "Quinze experts réunis en secret par le gouvernement américain "d'examiner avec réalisme les problèmes qui se poseraient aux États-Unis si une situation de "paix permanente" se produisait? Ont-ils été également chargés de préparer un programme de gouvernement pour le cas où cette hypothèse viendrait à se réaliser? Et leurs travaux ont-ils vraiment eu pour conclusion qu'une situation de paix permanente présenterait pour "la stabilité de la société" de tels dangers qu'ils en sont venus à envisager le maintien du "système fondé sur la guerre" comme préférable à celui qui serait fondé sur la paix?
La lecture de ce rapport laisse le problème entier. Oeuvre de pure imagination ou monumentale indiscrétion? Dans sa préface J. K. GALBRAITH déclare "garantir l'authenticité de ce document, dans la mesure où il peut être fait confiance en sa parole et sa bonne foi". Le sérieux de l'argumentation, la précision des raisonnements, la froideur, le manque de subjectivité, le détachement absolu de toute idée ou sentiment préconçu font de ce rapport un document passionnant par son intelligence et terrifiant par son cynisme. Il est comme l'annonce d'une nouvelle civilisation : celle où les questions de vie et de mort ne dépendront plus du coeur des hommes mais des circuits des machines à penser."
Il est à noter que dans ses conclusions, le Rapport propose une méthodologie pour une Agence de Recherches sur la Guerre et la Paix, orientée vers l'exploration dans tous les domaines évoqués de substituts aux bienfaits apportés par la guerre...  vu que "malheureusement" l'état de guerre semble devoir prendre fin...
 


     Rapport sur l'utilité des guerres, La paix indésirable?, Préface de H McLandres, pseudonyme de J.K GALBRAITH, Introduction de Léonard LEWIN, Calmann-Lévy, 1968, 209 pages. Traduction de l'ouvrage américain "Report from iron mountain on the possibility and desirability of peace", paru en 1967 chez Leonard C.LEWIN.
 
Complété le 1er novembre 2018
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26 août 2008 2 26 /08 /août /2008 14:56

     D'emblée, le pacifisme a mauvaise presse encore, que ce soit dans le langage courant (ce qu'atteste la plupart des dictionnaires de langue française) ou dans les milieux politiques institutionnels (surtout en France où le spectre des accords de Munich de 1938 plane toujours). Pourtant, les pacifismes ne peuvent se comprendre qu'en se plaçant dans une perspective historique longue. Nous sommes très loin désormais d'une culture guerrière de l'Antiquité ou du Moyen-Age. Les innombrables écrits de glorification et d'exaltation de la guerre sont difficiles à trouver en librairie. Surtout avec l'avènement du christianisme, la culture guerrière a fait place progressivement à une culture pacifique.

   Pour autant, l'ensemble des activités humaines, plus orientées aujourd'hui sur la coopération que sur le conflit, reste sous-tendue par une vision négative des pacifismes. Avant d'entrer dans une analyse des dynamiques sociales qui orientent le destin de l'humanité vers des avenirs qui laissent de moins en moins place à un image positive de la guerre, il est intéressant de se livrer à un effort de définition et de classification.
  On peut effectuer une classification par type de motivations des acteurs sociaux ou encore  une classification qui donne une échelle qui va du pacifisme intégral et inconditionnel à l'anti-pacifisme intégral, soit l'esprit guerrier digne des klingons de la série  télévisée de science fiction Star Trek ou mieux pour rester dans les degrés des pacifismes stricto sensu, du pacifisme à tout prix justifié moralement au pacifisme instrumental qui ne croit pas réellement aux vertus de la paix. Reste aussi une forme de classification suivant l'évolution historique, des Perses antiques à l'irénisme contemporain.

    Tout en se réservant toutes ces possibilités, qui seraient longues à détailler dans cet article, on peut s'inspirer de la classification établie en 1927 par Max SCHELER, dans son livre "L'idée de paix et le pacifisme", reprise par Yves SANTAMARIA. Ce philosophe allemand, adepte de la coopération économique et politique internationale distinguait ainsi :
        - le "pacifisme héroïque" du refus de la guerre décliné sous sa forme individuelle, dicté our des raisons morales, sans exclure des raisons d'efficacité politique ou sociale. Une forme collective de ce pacifisme peut exister, et souvent ses adeptes refusent le terme "héroïque" pour affirmer sa nécessité, sous forme de désobéissance civile massive par exemple.
         - le "pacifisme chrétien", demi-pacifisme qui privilégie le règlement négocié des conflits et leur humanisation, mais qui laisse une large place aux guerres justes, qualifiées par les Eglises de défensive, même quand elles prennent la forme de croisades plutôt offensives.
         -  le "pacifisme économique", des économistes utilitaristes, anglo-saxons notamment, favorables au libéralisme et souvent opportuniste.
         - le "pacifisme juridique" qui ancre de plus en plus, progressivement, de manière multi-séculaire dans des institutions la théorie du "droit naturel" et du "droit des gens". La criminalisation progressive de la guerre, favorisée par l'impérialisme anglo-saxon est considérée par nom de conservateurs, notamment allemands, comme une mystification.
             - le "demi-pacifisme" du "communisme" et du socialisme marxisme qui en fait une matrice de la guerre idéologique contre le capitalisme. Il est du même ordre que l'anti-militarisme anti-bourgeois pour une fraction importante des tenants de la révolution marxiste.

     Jean DEFRASNE dans son petit livre "Le pacifisme" ne réfute pas une telle classification, mais l'enchaînement historique des événements est si complexe que l'on trouve des pacifismes mêlés à presque toutes les tendances idéologiques, des royalistes aux républicains, des démocraties aux dictatures... C'est dans les réalités telles qu'elles se sont mises en place que les pacifismes trouvent leurs expressions, plus que dans les écrits des philosophes. C'est face d'ailleurs aux réalités et aux conséquences de tout ordre des guerres que se sont développés et affirmés des états d'esprits de moins en moins guerriers ou de plus en plus pacifiques, voire pacifistes...
       Sans aucun doute, les pacifismes ne trouvent leurs meilleures justifications qu'en regard des valeurs des acteurs qui les incarnent, des projets de société qu'ils entendent défendre. C'est en regard de leurs conceptions sur la justice et la liberté notamment que l'on mesure les vérités qu'ils renferment. On peut penser que les pacifismes se conjuguent à l'humanisme, au cosmopolitisme, au socialisme, au fédéralisme, plutôt qu'au nationalisme ou au libéralisme, mais seules les réalités concrètes nous montrent leur vérité. L'avenir seul dira, avec l'action de tous les membres de l'humanité, si la paix n'est qu'une idée.

  Jean DUFRASNE, Le pacifisme, PUF, collection Que sais-je?, 1995
  Yves SANTAMARIA, Le pacifisme, une passion française, Armand Colin, 2005

                                                                                                             PAXUS
         
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10 juillet 2008 4 10 /07 /juillet /2008 12:41

      Écrit par Erica FRATERS, qui n'est que l'anagramme du mot Réfractaires et le nom collectif de nombreux anciens participants à l'Action Civique Non Violente (ACNV), ce livre témoigne de la résistance d'une foule de "citoyens ordinaires" à la guerre coloniale d'Algérie.
  
     Préfacé par l'avocat Jean-Jacques de FELICE, qui eut à défendre de nombreux réfractaires contre l'Etat français d'alors, rédigé par d'anciens membres du mouvement de désobéissance civile suivant un ordre chronologique qui permet d'en comprendre les motivations et les actions, ce livre se veut à l'honneur des insoumis, des objecteurs, des réfractaires de toute origine, qui eurent le courage de s'opposer physiquement et moralement à une guerre qui a encore aujourd'hui des répercussions sur les mentalités collectives, tant en Algérie qu'en France.
   Abondamment illustré de photographies d'époque, de reproduction d'articles de presse, pourvu d'une solide charpente de rappels historiques et en fin d'ouvrage doté de biographies d'acteurs de l'ACNV, il permet une réelle remémoration collective de cette époque troublée. Jetant une lueur sur les différences entre légalité et légitimité sur lesquelles nous aurons l'occasion de revenir, il montre le cheminement et l'engagement de ceux qui permettront quelques années plus tard l'instauration d'un statut des objecteurs de conscience et d'un service civil.
Ce livre raconte aussi l'histoire de l'action non-violente en France depuis la fondation de la communauté de l'Arche en 1957 à la résistance des réfractaires traduits devant les tribunaux en 1963. 
  
     Non dénué d'émotion pour ceux qui y ont participé, cet exercice de mémoire, initié sur le plateau du Larzac, montre une partie de la société civile en action et est très utile pour qui veut réfléchir sur ses possibilités d'agir ici et maintenant.
   
       L'éditeur présente ce livre de la manière suivante : "Quarante ans après la fin de la guerre d'Algérie, un groupe d'anciens réfractaires et de solidaires décident de témoigner. Avoir l'envie de se rencontrer pour se raconter tant d'années après était particulièrement déraisonnable. Déraisonnables, ils avaient déjà montré qu'ils pouvaient l'être. Leur livre nous apprend comment ils ont décidé ensemble de dire non et d'attiser une conscience, si actuelle, de la désobéissance civile comme forme incontournable de toute civilisation humaine..."  
Est reproduite en quatrième de couverture, également, un extrait de la préface : "Honneur à vous, les insoumis, les déserteurs, les objecteurs, les réfractaires qui avez le courage de "résister", de dire non, à la pacification, à la torture, aux répressions, aux camps d'internement, le courage de "désobéir aux ordres", à la loi même, aux violations des droits de l'homme, droits individuels et collectifs, droit à l'autodétermination et à l'indépendance du peuples algérien (...). Vous étiez et vous restez modestes, vous faisiez ce que vous dictait votre conscience, et vos refus étaient multiples, variés, personnels ; ils étaient riches de leur diversité."
 

   

 

  

   Erica FRATERS, Réfractaires à la guerre d'Algérie, 1959-1963, Avec l'Action Civique Non Violente, Editions Syllepse, 2005, 224 pages. Préface de Jean-Jacques de FÉLICE, avocat.
Site www.syllepse.net.
Complété le 4 avril 2013.
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