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9 mars 2010 2 09 /03 /mars /2010 07:49
            Le philosophe américain spécialisé en psychologie appliquée et en pédagogie, figure du pragmatisme, pourtant influencé par l'oeuvre de HEGEL avec laquelle il veut réconcilier celle de DARWIN et fondateur de l'école-laboratoire de Chicago, est considéré comme le principal philosophe de la démocratie aux États-Unis du XXe siècle. Dans l'ambiance du pragmatisme qu'il partage avec William JAMES et PEIRCE, il cherche à donner à la philosophie une nouvelle signification en en faisant le moyen de résoudre les problèmes les plus pressants de la vie.
De son Manuel de psychologie (1887) à Reconstruction in Philosophy (1940), l'oeuvre de John DEWEY se signale par le vécu des problèmes économiques et sociaux de son pays. Elle ne se dissocie en effet pas de ses engagements politiques.
            
               Situé dans le camp des libéraux sur l'échiquier politique des États-Unis, John DEWEY pense que le sort de la démocratie est lié à la lutte et au triomphe du peuple contre le capitalisme, notamment le capitalisme des financiers new-yorkais. Il soutient la campagne de Théodore ROOSEVELT (1912) malgré les positions de ce candidat sur les questions militaires, comme celle de LAFOLETTE en 1924. Membre de nombreuses organisations, notamment dans l'enseignement, il voyage souvent et est témoin de nombreuses luttes en Chine comme en Turquie. (Gérard DELEDALLE). Attaqué comme communiste (pourtant il se situe constamment par rapport au marxisme en accord avec le diagnostic et en désaccord avec les méthodes et les solutions) ou comme nazi (accusation passe-partout qui permet de discréditer facilement auprès de populations peu conscientisées politiquement), John DEWEY maintient pendant toute sa vie ses positions, vivant sa propre philosophie.
            Généralement, on considère que ses écrits de philosophie politique et sociale les plus importants sont :
- German philosophy and Politics (1915) ;
- The public and its Problems (1927) ;
- Characters and Events (1930) ;
- Individualism, Old and New  (1931) ;
- A Common Faith (1934) ;
- Liberalism and Social Action (1938) ;
- Freedom and Culture (1939) ;
- Education Today (1940).
        D'autres ouvrages plus théoriques sont également cités, comme Philosophy and Civilization (1931), Experience and Education (1938) ou Problems of Men (1946). John DEWEY fut si prolifique que des éditions périodiques après sa mort rassemblent plusieurs écrits sous des titres très divers. Aujourd'hui, avec le recul de l'influence de la philosophie marxisme, ses oeuvres sont traduites en plus grand nombre. Ainsi, en France, on peut trouver Démocratie et Education (Armand Colin, 1990), Oeuvres philosophiques (Université de Pau, 2003), Le public et ses problèmes (Université de Pau, 2003), Reconstruction en philosophie (Université de Pau, 2003)...

         Human Nature and Conduct, publié en 1921 (et réédité en 1994), identifie les problèmes les plus fondamentaux de sa propre société. Le caractère décisif de cet ouvrage est qu'il repose sur l'observation, exprimée avec force, que "une classe de la communauté" a constamment tenté "d'assurer son propre avenir aux dépens d'une autre." John DEWEY comprend les divisions de classes comme les symptômes d'un dysfonctionnement plus profond de la société, d'une absence d'ajustement entre la production et la consommation, qui conduit constamment à saper de bonnes relations sociales. La fabrication, écrit-il, "de choses est frénétiquement accélérée ; et toute invention mécanique utilisée pour gonfler la masse des choses inanimées. En conséquence de cela, la plupart des travailleurs ne trouvent dans leur travail aucun épanouissement, aucun renouvellement, aucune évolution spirituelle, aucune satisfaction... La sottise qu'il y a à séparer la production de la consommation, d'une vie présente plus riche, est rendue manifeste par les crises économiques, par les périodes de chômage qui alternent avec les périodes d'emploi, de travail ou de "surproduction"... (...) Socialement, la séparation de la production et de la consommation, du moyen de la fin, est la racine de la plus profonde division de classes. Ceux qui déterminent les "fins" de la production sont aux postes de contrôle, ceux qui exercent une activité productive isolée constituent la classe dominée. Mais si les derniers sont opprimés, les premiers ne sont pas véritablement libres."  (cité par Robert HORWITZ)
Tout au long de cet ouvrage et dans bien d'autres, le philosophe du pragmatisme se confronte à l'analyse marxiste, n'hésite pas à approuver de nombreux aspects du diagnostic socialiste sur les maux du capitalisme, mais dénonce l'erreur selon lui la plus pernicieuse du marxisme, la plus révélatrice d'une manière de voir les choses : sa proclamation de "la croyance monstrueuse selon laquelle la guerre civile de la lutte des classes est un moyen de progrès social, et non un condensé de tout ce qui y fait obstacle". Le progrès social ne pourra être atteint que par la "méthode de l'intelligence". C'est elle qui permettra une croissance comprise comme bien universel.

        Alors qu'auparavant, l'échec du genre humain à résoudre ses problèmes pouvait s'expliquer par sa méconnaissance du réel, aujourd'hui les découvertes scientifiques le rend "tragiquement dépourvu de nécessité." Pour comprendre l'état de la société, John DEWEY propose, notamment dans Reconstruction in Philosophy (1950) de faire remonter l'échec tragique et frustrant de la "méthode de l'intelligence" à des défauts dans la pratique politique. L'existence d'institutions sociales archaïques inappropriées à une époque technique et industrielle se résume par le "décalage culturel" qu'il faut s'efforcer de combler.
 Il pointe déjà dans Human Nature and Conduct le fait que "les industriels nouveaux sont largement les anciens féodaux, qui vivent dans des banques plutôt que dans des châteaux et brandissent un carnet de chèques au lieu d'une épée". L'auteur décrit dans The Public and its Problems la manière dont les bienfaits de la science sont largement au service des intérêts d'une "classe possédante et capitalisante", alors qu'une diffusion démocratique des bienfaits de la science "signifierait que la science a été assimilée et distribuée". Dans Reconstruction in Philosophy, il clame que c'est seulement dans un ordre social véritablement démocratique que les bienfaits promis par la compréhension de la science développée par Francis BACON - sa référence première dans la découverte de la méthode scientifique - pourront être réellement appliqués au "soulagement de la condition de l'homme".

      L'épreuve des conséquences est difficile lorsqu'on tente d'appliquer la "méthode de l'intelligence" déployée d'abord dans les sciences physiques et naturelles, aux problèmes politiques, économiques et moraux.
"Tout conflit politique sérieux tourne autour de la question de savoir si un acte politique donné est socialement bénéfique ou nuisible" (The public and its problems). Pratique jusqu'au bout, John DEWEY exprime cette problématique surtout aux travers d'exemples, comme par exemple sur les conséquences de la formation d'un syndicat de travailleurs. Rappelons qu'aux États-Unis plus qu'en Europe, c'est par la répression violente que le patronat, organisé lui-même en syndicats plus ou moins cohérents suivant la branche professionnelle, a répondu aux revendications ouvrières, et notamment à leurs tentatives de s'organiser de manière collective. Il n'est pas étonnant donc, que c'est souvent sur des questions de ce genre que John DEWEY pèse le pour et le contre... Il prône souvent pour une organisation "intelligente" des travailleurs qui tienne compte des intérêts des entreprises, intérêts compris dans une acception large englobant ceux des chefs d'entreprise et des ouvriers... Mais derrière cette position qui peut paraître a minima, il y a une réflexion "de type évolutionniste" qui défend une autre répartition des pouvoirs et des compétences à l'intérieur des entreprises elles-mêmes. La croissance ne sera obtenue que par l'association, qui précisément doit dépasser conflits et tensions, cette association reposant sur une conception pluraliste modérée de la société.
     Robert HORWITZ explique que la "théorie démocratique de Dewey peut (...) être le mieux envisagée sous deux chefs. Selon ses propres termes, ce sont :
- une conception pluraliste modérée de la société ;
- l'épreuve de la "conséquence indirecte" pour la définition de l'étendue légitime de l'autorité de l'État."
John DEWEY estime que l'essentiel de la croissance humaine se réalise dans le cadre d'associations, proches concrètement des individus (écoles, familles, clans, voisinages, syndicats, corporations des métiers, clubs de tout genre...). Pour faire face aux conflits entre associations défendant le statut quo ante et les associations visant à garantir un traitement égal aux minorités opprimées, qui conduisent fréquemment à la violence, il faut une représentation politique qui sache résoudre pacifiquement ces conflits. Cette représentation politique, appelée "État", ne peut être, pour que véritablement cette croissance ait lieu, n'avoir qu'une fonction arbitrale (ce qui est le principe de la théorie pluraliste conventionnelle). Il doit avoir une contribution positive pour l'encourager. Il ne peut se résumer à l'État existant dans la période actuelle, car l'arbitrage qu'il rend peut très bien favoriser des activités criminelles (entendues au sens large d'activités anti-bien commun).
    Il développe dans Democracy and Education cet aspect du civisme nécessaire des individus pour entraîner l'État à l'action positive contre des activités qui entravent la croissance. C'est vouloir que l'État s'immisce dans des affaires considérées généralement hors de sa sphère d'intervention : celles de la famille, du clan, du voisinage, pour donner une éducation publique obligatoire, protéger les faibles et les dépendants, égaliser les chances de bénéficier des progrès de la science... C'est, compte tenu de cette nécessité, pour éviter que cet "État" ne tombe entre des mains qui voudraient en faire un instrument totalitaire, que John DEWEY formule cette "épreuve de la conséquence indirecte". Il est nécessaire que les "membres du public" puissent évaluer les conséquences de cette intervention partout de l'État. D'où la multiplication nécessaire de groupes "publics" évaluant  les conséquences de celle-ci, qui sachent rassembler leurs observations en un tout unifié... Ce qui fait poser la question, étant donné l'existence de "publics" divers et de plus en conflits, s'il existe une manière quelconque de le faire...
 Cette question est d'une importance fondamentale, comme l'écrit Robert HORWITZ, dans la mesure où les termes de la théorie de John DEWEY autorisent les membres de chaque "public" à élire les représentants pour traiter des conséquences indirectes engendrées par les activités privées particulières. (Ne pas oublier que dans certains États des États-Unis, il y a énormément d'élections locales qui touchent beaucoup de domaines, y compris la justice, l'éducation, la police...) Cela semblerait exiger l'élection d'un nombre énorme de représentants ou l'invention d'un système par lequel un seul individu serait élu pour représenter de nombreux "publics". Malheureusement, déplore Robert HORWITZ, John DEWEY ne développe pas sa théorie politique au-delà.

     Dans tous ses écrits, John DEWEY néglige délibérément les dispositions institutionnelles et constitutionnelles (sans doute parce qu'il estime qu'elles n'agissent justement pas en faveur de la croissance...) pour faire reposer le progrès social sur l'action des corps de citoyens.
Cela ressort bien, par exemple, dans le texte d'une Conférence de John DEWEY de 1939, La démocratie créatrice, La tâche qui nous attend, organisée en l'honneur de ses 80 ans. Pour lui, la démocratie, créée dans des conditions extrêmement favorables à la fondation des États-Unis, exige maintenant à un effort considérable pour bâtir des conditions favorables à la croissance qu'il appelle de ses voeux.
"Concevoir la démocratie comme un mode de vie personnel, individuel, ne constitue rien de foncièrement nouveau. Pourtant, quand on la met en pratique, cette conception donne une nouvelle signification concrète aux vieilles idées. Elle signifie que seule la création d'attitudes personnelles chez les individus permet d'affronter avec succès les puissants ennemis actuels de la démocratie. Elle signifie que nous devons surmonter notre tendance à penser que des moyens extérieurs - militaires ou civils - peuvent défendre la démocratie sans l'apport d'attitudes si ancrées chez les individus qu'elles en viennent à faire partie intégrante de leur personnalité."
Il insiste beaucoup sur la liberté de communication libre et complète, ce qui résonne d'une manière non équivoque aujourd'hui, à l'heure où les gouvernements tentent d'endiguer les communications circulant de manière électronique...

John DEWEY, Démocratie et éducation, Armand Colin, 1990 ; Le public et ses problèmes, Université de Pau, 2003 ; Reconstruction en philosophie, Université de Pau, 2003.
Revue Internationale de philosophie n°245, 2008, entièrement sur l'oeuvre de John DEWEY.
Robert HORWITZ, Article John DEWEY, dans Histoire de la philosophie politique, sous la direction de Léo STRAUSS et de Joseph CROPSEY, PUF, collection Quadrige, 1999. Gérard DELEDALLE, La philosophie américaine, De Boeck Université, collection Le point philosophique, 1998
 
Relu le 19 novembre 2019
      
 
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4 mars 2010 4 04 /03 /mars /2010 10:20
         Pragmatismes en philosophie s'écrit plus au pluriel qu'au singulier, car ces philosophies forment réellement un continent et ne se ressemblent souvent que par le nom qu'elles se donnent ou qu'on leur donne. Leur sens traverse mais dépasse le sens commun d'adaptation de l'action au réel, du dépassement de la théorie par la pratique, du primat donné en extension à la conciliation sur le conflit idéologique.
Le mot Pragmatisme est lié à celui de Pragmatique mais possède tout de même un sens différent.
              
         Avant d'être la doctrine de Charles Sanders PEIRCE (1839-1914), le pragmatisme-pragmatique, en remontant assez loin, peut être attribué à POLYBE (202-126 av J.C. environ) (André LALANDE).
L'expression traduite du latin au sens d'histoire instructive, destinée à diriger la conduite. "Mais ce n'est qu'à demi exact : bien que le texte de son Histoires soit l'origine du sens dont il s'agit, lui-même entend l'expression d'une manière différente. Il explique (...) que son histoire ne concerne ni la mythologie, ni les généalogies, ni la colonisation et les liens de parenté des villes entre elles, mais l'histoire des faits et spécialement des faits politiques, et il ajoute qu'il n'est pas d'enseignement plus profitable que cette histoire des faits."
Le mot pragmatisme est fréquent chez lui. L'histoire pragmatique y possède trois caractères :
- il expose toujours les causes et les effets des événements ;
- il donne partout son appréciation sur la justice ou sur l'opportunité des décisions prises et des actes accomplis ;
 - il accompagne son récit de préceptes politiques, militaires ou moraux.
    Toujours en suivant André LALANDE, Pragmatique "a conservé ce sens dans l'expression Pragmatique Sanction, c'est-à-dire décision fondamentale arrêtée une fois pour toutes et réglant certaines affaires politiques."
         
        Chez les Péripatéticiens, ce mot Pragmatique s'oppose à Logique. SIMPLICIUS écrit : "Une discussion est logique quand elle part des données de la pensée commune, en ne visant qu'à persuader, ou encore quand elle a un caractère très général et même dialectique, de telle sorte que les vérités qu'elle dégage sont cependant capables de convenir à d'autres objets. Au contraire, une discussion est pragmatique quand elle part des principes qui sont propres à l'objet considéré, qui se fondent sur la nature même de la chose, quand, par suite, elle donne une démonstration qui ne convient qu'à son objet".
              
      SCHELLING (1775-1854) emploie le mot pragmatisme pour désigner le procédé de l'histoire pragmatique, au sens où KANT définit cette expression.
       
    Pragmatisme et Pragmatique étaient à la fin du XVIIIe siècle et au début du XIXe très employés en Allemagne dans deux autres sens :
- le premier se rapprocherait assez de notre mot positif dans son acceptation la plus usuelle ;
- le deuxième, pragmatisme exclusif, est uniquement préoccupé de satisfaire l'entendement, n'atteindrait pas les causes profondes des événements et détacherait ceux-ci de Dieu, leur origine suprême.
            
    On s'aperçoit que ces deux mots Pragmatique et Pragmatisme sont l'enjeu d'une non référence à Dieu et sont au coeur d'une problématique qui se veut scientifique, tout en étant perçue de manière négative par certaines auteurs, qui pour autant approuve ce détachement d'une explication faisant appel à la divinité... Ainsi Emile BOUTROUX écrit : "Ce n'est pas une raison pour en revenir purement et simplement à ce pragmatisme peu scientifique qui ne voit dans les diverses philosophies qu'une série d'efforts individuels sans lien entre eux, et qui se borne à expliquer le détail par le détail, sans oser rechercher les lois et les raisons de l'ensemble".

         L'emploi le plus ancien, en anglais, et cela nous intéresse particulièrement, car c'est dans la sphère anglophone que le pragmatisme prend une très grande importance, de Pragmatism, se trouve chez George ELIOT qui associe le pragmatisme superficiel à un comportement qui attribue la même valeur aux renseignements sur le monde extérieur qu'aux idées venues à l'esprit. Ce sens est bien entendu bien plus vague que pour PEIRCE.

        Dans Comment rendre nos idées claires, Charles Sanders PEIRCE expose une doctrine, sans lui donner encore le nom de pragmatisme : "Considérons l'objet d'une de nos idées, et représentons-nous tous les effets imaginables, pouvant avoir un intérêt pratique quelconque, qui nous attribuons à cet objet : je dis que notre idée de l'objet n'est rien de plus que la somme des idées de tous ces effets." (traduction approximative). Cette manière de penser avait pour but de "débarrasser la philosophie du psittacisme et de la logomachie, en distinguant par un criterium précis les formules creuses et les formules vraiment significatives. Les effets pratiques qu'il vise, c'est l'existence d'une expérience possible qui sera ou ne sera pas conforme à l'anticipation de l'esprit.
On peut rapprocher de cette règle le passage où (René) DESCARTES déclare qu'il compte "rencontrer beaucoup plus de vérité dans les raisonnements que chacun fait touchant les affaires qui lui importent et dont l'événement le doit punir bientôt après s'il a mal jugé, que dans ceux que fait un homme de lettres dans son cabinet touchant des spéculations qui ne produisent aucun effet..." (André LALANDE, qui cite Discours de la méthode). D'ailleurs, l'ambition de Charles Sanders PEIRCE, qui a beaucoup lu l'oeuvre de René DESCARTES est d'élaborer une Nouvelle méthode.
    Dans Pragmatisme et Pragmaticisme (terme inventé pour se distinguer du "pragmatisme mondain" de William JAMES), se trouve rassemblés les oeuvres significatives éparses de Charles PEIRCE (de 1868 à 1903, en deux tomes).
Le premier tome, axé sur l'histoire de la logique, constitue une redéfinition de celle-ci, contre le nominalisme et le réalisme. Il prépare la voie à la logique moderne et ses travaux sur le fondement des mathématiques font de lui le précurseur de Bertrand RUSSEL et d'Alfred North WHITEHEAD (Gérard DELEDALLE).
Charles S PEIRCE est également un des fondateurs de la sémiotique, cette science des signes. La lecture de ses oeuvres, les divergences que l'on peut établir tant avec Bertrand RUSSEL, SAUSSURE..., une certaine ressemblance avec la pensée de KIRKEGAARD montrent que rien ne ressemble moins à la philosophie européenne que la philosophie américaine.

          William JAMES pense que "la vérité est une relation entièrement immanente à l'expérience humaine : la connaissance est un instrument au service de l'activité, la pensée a un caractère essentiellement téléologique. La vérité d'une proposition consiste donc dans le fait qu'elle "est utile", qu'elle "réussit", qu'elle "donne satisfaction""(André LALANDE). Plus, en fait : qu'elle est bonne.
Fondateur du premier laboratoire de psychologie d'Amérique en 1875, le philosophe expérimentaliste explique le mieux ses opinions dans ses ouvrages de psychologie. "L' essence d'un objet, c'est sa propriété la plus importante eu égard à ce que je cherche, il faut que cette propriété,  ce caractère ait la prérogative de suggérer certaines conséquences plus nettement que ne le fait la donnée prise en bloc" (The thougt and Character).
Dans la leçon 2 de Le pragmatisme (1907), William JAMES récapitule les trois grands sens du pragmatisme :
      - Le pragmatisme comme méthode critique : le pragmatisme n'est pas une doctrine, mais seulement une méthode. Nous reproduisons la comparaison du corridor de l'hôtel-philosophie, telle faite dans presque tous les ouvrages, y compris les siens, puisqu'elle semble vraiment incontournable : chaque chambre est occupée par un philosophe avec sa doctrine propre, mais tous doivent emprunter le corridor comme voie d'accès ou de sortie. Il n'importe pas donc d'être athée ou théiste, idéaliste ou réaliste, moniste ou pluraliste (dans l'esprit de William JAMES, car d'autres philosophes pragmatiques ne disent pas la même chose sur cette dernière alternative), pour être pragmatiste - le pragmatisme est, au moins en premier, un simple moyen pour rendre clairs les concepts de ces différentes doctrines, que chacun a donc intérêt à utiliser pour le profit de sa pensée. Notons que pour certaines de ces doctrines, cela passe tout de même par une relecture que leurs auteurs rejetteraient sans doute... D'ailleurs, William JAMES ne le cache pas : clarifier le sens d'un concept s'assimile à une opération de traduction, de l'abstrait au concret. Corollaire de cette manière de penser, la conception complète des effets pratiques fournit la signification intégrale du concept étudié (ce qui s'oppose complètement aux réflexions sur la chose en soi). La signification n'est pas une propriété interne du concept et même des croyances. On comprend ce que le pragmatisme peut avoir de destructeur pour certaines doctrines religieuses..., car non seulement le pragmatisme permet une critique systématique de la métaphysique, mais aussi une critique systématique de tous les édifices religieux doctrinaux qui situent l'origine de toute chose au-delà de la pratique des hommes. Cette philosophie se veut une réactualisation et un approfondissement de l'empirisme anglais.
     - Le pragmatisme comme théorie de la vérité. Stéphane MALDERIEUX repère dans les textes "une oscillation entre deux concepts de connaissance ou deux concepts de vérité" : le concept de la vérité-satisfaction, qui est lié à une bonne adaptation de la pensée à la réalité ; et le concept de vérité-vérification, qui est lié à la référence cognitive d'une idée ou d'un objet déterminé. Le premier concept se repère dans Humanisme et vérité (1904), mais se trouve déjà dans Les principes de psychologie (1890), où les fonctions de l'esprit sont expliquées par l'avantage qu'elles procurent à l'homme dans ses rapports à l'environnement, conception naturaliste darwinienne de la connaissance. Le deuxième concept, que William JAMES nomme "empirisme radical", se trouve surtout dans Essays in Radical Empiricism (1903-1907). La vérité vit dans les relations réellement senties entre les expériences elles-mêmes, qui sont tout. La référence objective de l'idée n'est pas une relation qui sauterait par-dessus l'expérience pour atteindre directement et magiquement l'objet, mais une chaîne d'intermédiaires empiriques qu'on peut détailler et nommer en chaque cas, comme on peut suivre une ligne allant d'un point à un autre. "On peut ainsi redéfinir les deux étapes du pragmatisme comme méthode d'interprétation puis d'évaluation : une idée est pourvue de signification si elle est vérifiable (...) et elle est vraie si elle est vérifiée (...)" (Stéphane MALDERIEUX).
      - Le pragmatisme comme moyen de réconcilier empirisme et métaphysique. William JAMES définit sa philosophie comme empiriste, mais non positiviste, en ce sens que les actions des organismes vivants sont finalisées, soumis à une téléologie. Il lutte sur deux fronts, d'autant plus qu'il navigue dans le milieu mondain de l'Amérique : d'une part contre les positivistes, car il refuse d'éliminer concepts et problèmes métaphysiques ou religieux sous prétexte qu'ils seraient démunis de sens ou bien de simples réminiscences d'un mode primitif de penser. Ces manières de penser elles-mêmes modulent l'attitude dans la vie et donc influent sur la vérité ; d'autre part contre les rationalistes qui considèrent que les métaphysiques et les religions n'ont pas d'autres significations que les aboutissements émotionnels et pratiques. En fait, il existe une véritable tension dans la philosophie de William JAMES, tension que par ailleurs PEIRCE s'efforce d'éliminer. Dans ce sens, bien que le pragmatisme ne soit au départ qu'une méthode, William JAMES finit par prendre position contre le monisme pour le pluralisme. Il refuse les conceptions de l'Absolu qu'il pense être véhiculées par les oeuvres de HEGEL qui inondent alors les universités américaines. Le pluralisme permet de prendre en compte les nouveautés réelles dans le monde et plus sans doute que la réalité encore incomplète est toujours en train de se faire.
     C'est l'existence du mal qui le décide de la supériorité du pluralisme. Si le réel est lié aux pratiques bonnes pour l'homme, l'existence du mal provient du fait que les expériences sont toujours à faire pour cerner ce réel. Outre que certaines doctrines, comme le nominalisme, peuvent conduire à une attitude passive et contemplatrice du monde, ce qui est l'inverse de faire les expériences réelles du monde, les choses doivent être améliorées pour correspondre à leur réalité... Le mal n'est pas considéré par William JAMES comme un problème spéculatif à résoudre mais comme un problème pratique à éliminer, individuellement et collectivement (méliorisme). "L'univers mélioriste est conçu d'après une analogie sociale, comme un pluralisme de pouvoirs indépendants. Il réussira d'autant mieux qu'un plus grand nombre de pouvoirs travailleront à son succès. Si aucun n'y travaille, il échouera. Si chacun fait de son mieux, il n'échouera pas (...)" (Some Problems of Philosophy)

       Maurice BLONDEL (1891-1949), dans L'action, Essai d'une critique de la vie et d'une science de la pratique (1893), expose une doctrine qu'on peut appeler aussi pragmatisme (bien qu'il n'utilise pas ce terme). Elle consiste à montrer dans l'action une réalité dépassant le simple phénomène, un fait auquel on ne peut se soustraire, et dont l'analyse intégrale amène nécessairement à passer du problème scientifique au problème métaphysique et religieux. Quoique nous pensions, voulions ou exécutions, dans l'activité la plus spéculative ou la plus matérielle, il y a toujours un fait suis generis, l'acte, où s'unissent l'initiative et l'agent, les concours qu'il reçoit, les réactions qu'il subit, d'une manière telle que le composé humain se trouve organiquement modifié et comme façonné par son action même, en tant qu'elle soit effectuée. Par son action propre, l'homme dépasse et façonne les phénomènes et lui-même. (André LALANDE)

      Emile BREHIER (1876-1954), dans son Histoire de la philosophie, regroupe comme philosophies de la vie et de l'action, le pragmatisme, les oeuvres de Léon OLLE-LAPRUNE (1839-1898), de Maurice BLONDEL, de Charles PEIRCE, de William JAMES, de Ferdinand Canning Scott SCHILLER (1864-1937), de John DEWEY, et enfin de Georges SOREL (1847-1922).
      Dans la Certitude morale (1880), Léon OLLE-LAPRUNE, professeur à l'école normale, sous l'influence entre autres de RENOUVIER, montre que la certitude n'est atteinte en aucune manière par une voie purement intellectuelle et sans la participation de la volonté. Il applique cela à la vie religieuse et ajoute que l'homme déchu ne saurait atteindre à la vie surnaturelle, si la volonté n'était aidée par la grâce. Son élève, Maurice BLONDEL, voit dans cette manière de voir les choses une solution nouvelle des rapports entre la spéculation et l'action. La philosophie s'est sans doute toujours alimentée à l'inquiétude des âmes penchées vers les mystères de leur avenir ; d'autre part, instinctivement réfléchissante, elle s'est toujours tournée vers les causes et vers les conditions ; et elle laisse une impression équivoque ; elle n'est ni science ni vie, quoiqu'elle soit un peu de l'une et un peu de l'autre ; le rapport de la spéculation à la pratique est d'ailleurs mal défini parce qu'on a d'ordinaire identifié l'action avec l'idée de l'action et confondu la connaissance pratique avec la conscience que l'on en prend. (article dans les Annales de la philosophie chrétienne, 1906).
C'est sur la nature de la foi qu'un ensemble d'auteurs réfléchissent, par rapport à l'action humaine, dans la suite de ces considérations : G. TYRREL, A. CHIDE, P.L. LABERTHONNIERE. L'Eglise catholique (Pie X, encyclique Pascendi, 1907) condamnent ce genre de réflexion au motif qu'elles peuvent conduire à l'agnosticisme, qui interdit à l'intelligence humaine de s'élever à Dieu...
       F. C. S. SCHILLER, professeur à l'université d'Oxford, s'engage à la suite de William JAMES, dans une doctrine voisine qu'il appelle humanisme, à cause des dangers de l'absolutisme idéaliste.
       Georges SOREL s'inspire lui de BERGSON, identifiant l'homo sapiens à l'homo faber, le savant qui construit des hypothèses et qui, faisant cela, fabrique idéalement un mécanisme qui doit fonctionner comme les mécanismes réels ; la science est dirigée non pas vers la connaissance spéculative, comme le veulent les littérateurs, mais vers la création d'un atelier idéal doué de mécanisme fonctionnant avec rigueur (Illusions du progrès). Une hypothèse a pour seule réelle fonction de permettre d'agir sur le réel, non pas de représenter le réel. Il faut donc laisser la place, dans la détermination de l'avenir social, à l'obscur, à l'inconscient et à l'imprévisible. Des croyances agissent par l'action qu'elles entraînent, sur le réel plus (sans doute que l'action par elle-même?) : du coup l'agitateur socialiste, à travers les mythes comme celui de la grève générale, fait apparaître le rôle de la violence dans la transformation sociale et dans l'action sur la nature (Réflexions sur la violence). Non pas parce que cette grève générale peut être mise réellement en oeuvre, mais parce ses virtualités favorisent des actions qui transforment la société...

Emile BREHIER, Histoire de la philosophie, tome 3, XIX-XXe siècle, PUF, collection Quadrige, 2000. André LALANDE, Vocabulaire technique et critique de la philosophie, PUF, collection Quadrige, 2002. Gérard DELEDALLE, La philosophie américaine, De Boeck Université, collection Le point philosophique, 1998.
 William JAMES, Le pragmatisme, Flammarion, collection champs, 2007 ; Essais d'empirisme radical, Flammarion, collection Champs, 2005.
Charles Sanders PIERCE, Pragmatisme et pragmaticisme, Oeuvre I, Cerf, collection Passages, 2002

                                                  PHILIUS

      
Relu le 21 novembre 2019

   
        
                                                                  
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1 avril 2009 3 01 /04 /avril /2009 12:54
     Lorsque Emmanuel KANT rédige ses trois Critiques, il le fait car il pense avoir rencontré dans toute la métaphysique de son époque des obstacles à la compréhension du monde physique. De même certains de ces obstacles - sinon les principaux - font référence à une façon de penser l'univers qui fourmille de confusions de tout genre (qui perpétuent des idées fausses dans la médecine, la cosmologie, les sciences physiques...), issues pour la plupart de présupposés religieux. Toute la scolastique, la même combattue par DESCARTES, garde son emprise - même si elle se voie battue en brèche dans bien des endroits - sur les esprits des hommes et déforme la perception des choses.
En mettant à jour les impasses du dogmatisme et de l'empirisme, Emmanuel KANT veut opérer une critique qui remette à plat, après le doute cartésien et en allant beaucoup plus loin que lui, toutes les théories qui touchent la raison, la perception, le jugement jusqu'à lui. En le faisant, il découvre des antinomies qu'il s'efforce de résoudre.

    Dans Critique de la raison pure, le philosophe continue et poursuit jusqu'à ses conclusions les réflexions de HUME (1711-1776) sur la causalité et sur la réalité. Alors que l'objet étudié est considéré comme perçut directement dans sa réalité, sa compréhension totale passant par une harmonie entre le sujet et l'objet, Emmanuel KANT pense que cet objet ne peux pas être compris comme s'il parvenait à la conscience du sujet, par la sensation de cet objet. Ce qui est perçu, ce n'est pas l'objet proprement dit, c'est l'ensemble des phénomènes liés à cet objet. Plus, c'est l'idée préalable que se fait le sujet de l'objet. Car l'objet est une Chose en Soi distincte de la perception que peut en avoir le sujet.
   Comme l'écrit Jean-Marie VAYSSE, "HUME a en effet persisté à poser le problème en termes pré-coperniciens d'harmonie comme accord du sujet avec un donné en soi qui n'est pas soumis aux conditions subjectives de sa donation. Aussi la véritable question critique doit-elle s'enquérir tant des limites de la connaissance rationnelles que de la connaissance sensible. En effet, si la démarche de la raison se heurte à des contradictions en sa prétention à s'élever au-delà de l'expérience, la connaissance expérimentale découvre ses limites en ne pouvant pas déterminer ses propres limites : si la raison analytique risque de se perdre dans la tautologie, la connaissance empirique ne peut pas dire si les connaissances que nous avons sont vraies et si une connaissance métaphysique est possible."
   A la transcendance du donné, il faut substituer le transcendantal. Par là, Emmanuel KANT veut parler non de ce que le sens commun entend par transcendance (ce qui vient d'une divinité ou du Ciel), mais simplement de que notre pensée comprend, et comment elle comprend un objet. Le véritable transcendantal ne désigne pas pour lui quelque chose se situant au-delà de l'expérience, mais précisément la dimension d'à priori qui la précède et en fonde la possibilité.
  La découverte des jugements a priori sur un objet ou sur l'ensemble de la réalité provient directement d'impasses sur les processus de la connaissance qui brouillent l'esprit et l'empêche d'agir efficacement sur le monde.
   "La critique comme topologie affirme ainsi le primat de la forme sur la matière (nous percevons la forme non la matière d'un objet...) et montre qu'il y a de l'a priori sensible."  C'est - pour Jean-Marie VAYSSE - la grande découverte kantienne : il y a du sensible pur, du sensible non sensible. "La critique suppose ainsi une théorie des facultés (du sujet) isolées comme sensibilité, entendement, raison, montrant à la fois que chaque faculté met en jeu de l'a priori. Celui-ci ne s'ordonne pas à la distinction du sensible et de l'intelligible, car il y a de l'a priori sensible, du sensible formel". Le premier moment de la connaissance est l'intuition empirique. Dans sa réflexion critique, qui veut rapprocher le plus possible les limites des facultés du sujet à appréhender un objet, Emmanuel KANT cherche à reconstituer les vrais cheminements de la connaissance.
    L'entendement, qui va plus loin que l'intuition, est rendu possible par la perception du temps, de l'objet évoluant mais restant le même dans le passé, le présent, l'avenir. L'entendement permet d'établir des règles sur l'objet et le jugement, après l'entendement, permet de décider "si une chose est soumise ou non à une règle".
Il s'agit de sérier et de classer les phénomènes autour des choses, ce qui permet de les identifier et d'agir sur elles, d'effectuer une synthèse de tout ce qui émane des choses, séparément ou ensemble. Pour Jean-Marie VAYSSE toujours, on est là au coeur de la connaissance tel que l'envisage Emmanuel KANT. "Expérience signifie essentiellement connaissance finie, intuitivement réceptive des objets. La possibilité de l'expérience vise ce qui rend possible une expérience finie qui, comme telle, n'est pas nécessairement, mais est éventuellement réelle." Il faut parvenir à bien distinguer le réel de l'effectif : "la réalité n'est pas l'effectif, mais la condition de sa donation. Très important, "on ne connaît pas la nécessité de l'existence des choses, mais seulement de leur état au moyen d'autres états donnés empiriquement selon la loi de la causalité."
Cela revient à redéfinir le concept de l'existence. L'être n'est pas un prédicat réel, mais une simple position. Jean-Marie VAYSSE insiste : "Toute la stratégie critique de destruction de la métaphysique rationnelle (car c'est à cela qu'aboutit Emmanuel KANT), consiste à s'appuyer sur (ce qui précède) : nous ne pouvons connaître que les phénomènes et non les choses en soi, tout usage des catégories en dehors des conditions du schématisme est illégitime, et un concept auquel ne correspond aucune donation de l'objet dans une intuition empirique est vide. La réfutation de la psychologie rationnelle et de la théologie rationnelle repose essentiellement sur la notion d'existence empirique." Cela revient à détruire toute possibilité de preuves de l'existence de Dieu.
   
      Selon Jean-Marie VAYSSE, qui s'appuie sur une lettre de 1798 de KANT à Christian GARVE, le point de départ de sa réflexion lui a été donné, non par les questions de l'immortalité de l'âme et de l'existence de Dieu, mais par l'antinomie de la raison pure. "Ce sont les contradictions auxquelles la raison se trouve acculée qui donnent le vertige au philosophe", lorsqu'il aborde les idées cosmologiques, au nombre de quatre :
- la totalité de l'assemblage du donné phénoménal,
- la totalité de la division du donné phénoménal,
- la totalité de l'origine du phénomène,
- la totalité de la dépendance de l'existence des changements phénoménaux.
     Ce qui lui donne le vertige, c'est l'ensemble des phénomènes de l'ensemble des choses que le sujet est appelé à connaître... Ce vertige est causé par l'ampleur des questions soulevées tout simplement par la recherche scientifique. Au fur et à mesure que la connaissance progresse, les questions n'arrêtent pas de se multiplier... et l'esprit est pris entre la volonté de tout connaître, ou au moins d'avoir une vision globale, et l'ampleur de ce qu'il ne connaît pas encore, compte tenu du fait qu'il a commencé tout le processus par l'apprentissage de la capacité réduite de l'homme, une fois qu'il a tout simplement écarté la présence et l'intervention divines... La manière dont fonctionne le sujet amène du coup quatre antinomies :
- celle du commencement ou de l'absence de commencement du monde dans l'espace et le temps,
- celle du simple et du composé,
- celle de la liberté ou du déterminisme,
- celle du nécessaire ou du contingent.
   Rappelons qu'une antinomie est la présence de deux raisonnements aussi valables et exposables l'un que l'autre et pourtant contradictoires.
       Pour KANT, pourtant, ces antinomies ont une solution, qui repose sur la différence entre le phénomène et la chose en soi. Les deux premières antinomies sont caractérisées comme mathématiques, car elle se rapportent à l'intuition du phénomène et les deux dernières déclarées comme dynamiques car se rapportant à l'existence. Les deux premières sont renvoyées dos à dos car elles reposent sur une confusion entre le phénomène et la chose en soi. Les deux dernières sont toutes les deux vraies, et sont le noyau, toujours selon Jean-Marie VAYSSE du "contenu positif de la Dialectique transcendantale". Si la raison semble humiliée - et HEGEL se fera fort de redresser l'esprit de cette humiliation - "dans sa prétention à une connaissance a priori et si elle doit, par conséquent, se subordonner à la législation de l'entendement, elle ne perd pas ses droits". "La limitation du savoir théorique ouvre la raison sur l'horizon de l'agir et sur la question de l'essence de la liberté humaine." C'est l'objectif de la deuxième Critique, Critique de la raison pratique.

        Il faut se rendre compte que tout au long du texte (très gros) de Critique de la raison pure, Emmanuel KANT revient constamment et met en balance des impasses du dogmatisme et de l'empirisme, faisant de la philosophie un véritable champ de bataille. Même si, rétrospectivement, car entre nous et Emmanuel KANT se sédimentent plus de deux siècles de réflexions parfois contradictoires, les arguments qui prétendent trouver une solution aux antinomies peuvent paraitre faibles et non complètement sortis d'un contexte déiste, l'essentiel est d'avoir mis en évidence des obstacles qui s'opposent à la réelle connaissance scientifique. Contrairement à ce que l'on pense dans nos contrées plus ou moins laïcisées, les débats entre science et religion font encore rage dans le monde.

         Dans ce texte, nous avons beaucoup utilisé l'ouvrage, que nous recommandons chaudement, de Jean-Marie VAYSSE, La stratégie critique de KANT, paru en 2005 aux Éditions ellipses. On peut aussi se reporter à l'article KANT du Vocabulaire des philosophes écrit par le même auteur dans la même maison d'éditions.
   Par ailleurs, des approches différentes, complémentaires ou non, rédigées par Joel WILFERT (ellipses, 1999), par Olivier DEKENS (Armand Colin, 2005), et Luc FERRY (Grasset, 2006) sont utiles pour comprendre les conceptions des antinomies d'Emmanuel KANT.
   Et bien entendu, la lecture de Critique de la raison pure, d'Emmanuel KANT, parue en 1781, modifié en 1787, disponible chez Gallimard (on a utilisé surtout l'édition de 1980, dans la collection folio/essais, au commentaire instructif, mais il en existe depuis plusieurs autres...) est indispensable. Elle requiert beaucoup de temps et on ne peut que trop conseiller d'effectuer sa lecture en parallèle avec des regards sur les commentaires des auteurs précédemment cités, sous peine sans doute d'erreurs d'interprétation (que nous espérons ne pas avoir commises!!!). Car la lecture directe fait utiliser des mots et des tournures de phrases même dont les sens ont changé depuis deux siècles....

                                                              PHILIUS
   
 
Relu le 5 mars 2019
       
 
      
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25 mars 2009 3 25 /03 /mars /2009 14:41
          Antinomie, en droit et en théologie, est la contradiction réelle ou apparente entre deux lois ou deux principes, dans leur application pratique à un cas particulier.
        En philosophie, c'est le nom donné par Emmanuel KANT à une contradiction naturelle, qui résulte, non d'un raisonnement faux, mais des lois mêmes de la raison, toutes les fois que, franchissant les limites de l'expérience, on cherche à savoir de l'univers quelque chose d'absolu. Dans La dialectique transcendantale, chapitre de sa Critique de la raison pure, le philosophe la définit, justement, comme un conflit entre les lois de la raison pure :
"contradictions où la raison pure s'engage nécessairement, dans la cosmologie rationnelle, lorsqu'elle cherche l'inconditionné dans le phénomène (soit dans la série totale infinie des conditions, soit dans un premier terme absolu), et, lorsque par suite, elle traite le monde soumis aux conditions de l'expérience possible, comme s'il y avait une réalité en soi, théoriquement déterminable. Ces contradictions se traduisent par quatre couples de propositions cosmologiques ; chacun de ces couples s'appelle une antinomie ; mais en même temps leur ensemble constitue l'Antinomie de la raison pure." (André LALANDE).
      Il y a aussi chez KANT une antinomie de la raison pratique, touchant le concept du souverain bien, discutée dans sa Critique de la raison pratique ; une antinomie du jugement téléologique, touchant le mécanisme et la finalité et une antinomie du goût,  discutées dans sa Critique de la faculté de juger.
          En un sens plus large, mais aussi plus lâche, tout conflit, apparent ou réel entre les conditions d'une même fin ou entre les conséquences de deux raisonnements qui paraissent démonstratifs l'un de l'autre, constitue une antinomie.
          Il faut se garder de donner un sens trop extensif à la notion d'antinomie, Toutes les contradictions ne sont pas des antinomies, non plus que n'importe quel paradoxe. D'autre part, une antinomie n'est pas nécessairement une aporie : il y a des solutions aux antinomies (KANT) ; elles sont elles-mêmes le mouvement du réel et autorisent la progression dialectique (HEGEL) ; on peut forger des instruments destinés à les éviter (RUSSELL) (Françoise ARMENGAUD).

          Les thèses des antinomies, comme l'indique Jean-Marie VAYSSE dans le Vocabulaire des Philosophes "sont rationalistes et expriment l'aspiration de la raison à constituer une totalité, alors que les antithèses sont empiristes et aboutissent au scepticisme."
Quand on discute de l'antinomie, on rentre quasiment au coeur du système philosophique... dans lequel nous baignons sans nous en apercevoir. Car depuis la diffusion de la philosophie d'Emmanuel KANT, les hommes ne pensent plus de la même façon qu'avant aux choses non immédiatement accessibles, et singulièrement quasiment tous les philosophes après lui. Pour comprendre l'antinomie chez KANT, il faut d'abord faire son cheminement intellectuel, ou du moins ce que nous en reconstituons, en boucle en quelque sorte, puisque nous avons déjà été influencé par ce cheminement-là!
Ce qui nous facilite peut-être la tâche, c'est que KANT refuse de se placer directement dans le vocabulaire de la philosophie classique, jugeant nécessaire d'en forger de nouveaux pour comprendre le monde, ce qui nous dispense d'avoir à comprendre (complètement du moins, et d'ailleurs ce serait sans doute difficile aujourd'hui) les philosophes antiques ou du moins d'être obliger de rentrer dans la compréhension de leur vocabulaire.
    Ainsi, on peut partir d'une thétique, entendu comme ensemble de doctrines dogmatiques, l'antithétique étant un conflit entre des connaissances d'apparence dogmatique, sans que l'on puisse accorder notre approbation à l'une plus qu'à l'autre. L'antithétique transcendantale est tout simplement la recherche sur les causes et les résultats de l'antinomie de la raison pure qui est un conflit de la raison avec elle-même. "Les antinomies sont produites par les Idées cosmologiques qui trouvent leur origine dans un syllogisme hypothétique et nous donnent l'idée d'une première hypothèse dans un rapport de causalité. Il y a là conflit entre deux énoncés nécessaires qui s'opposent comme une thèse et une antithèse, chacun se démontrant par la réfutation de l'autre." (Jean-Marie VAYSSE)

          Cette question de l'antinomie touche à l'interprétation du concept de la "chose en soi", qui constitue la plus difficile mais aussi d'une des plus fécondes de toute la philosophie moderne. Dans la théorie de la connaissance (cette connaissance étant bien entendu l'objet de la discussion kantienne), se heurtent deux "visions dogmatiques" de la réalité en soi :
"- du côté du réalisme parce que, en admettant même que l'idée d'une causalité de la chose en soi sur les représentations conceptuelles du sujet ait un sens, une telle explication conduirait inévitablement à nier le caractère a priori de la connaissance scientifique ;
"- du côté de l'idéalisme puisqu'il est clair que l'homme est un être fini et que son entendement n'est pas, comme le serait l'entendement divin, capable de créer les objets par le simple fait de les penser. En quoi l'idéalisme ne parvient pas à rendre compte de l'incontestable passivité de la représentation." (Luc FERRY)
     FICHTE reprend la problématique kantienne dans son ensemble en voulant réaliser la solution critique de l'antinomie du réalisme et de l'idéalisme. (chapitre 3 de KANT, une lecture des 3 critiques)

            HEGEL reprend lui aussi, mais sous une forme telle qu'il est presque impossible de poser termes à termes, les antinomies kantiennes et ses réflexions, car le projet hégélien ne se place pas au même niveau que le projet kantien. Le déplacement du sens des concepts rend difficile les connexions et les comparaisons.
  "Les réfutations hégéliennes des antinomies présentent deux sortes de reproches. D'une part, dans certains textes, HEGEL présente une réfutation dont la structure est d'incomplétude dialectique. Kant a présenté les antinomies en termes de contradiction dialectique "essentielle et nécessaire", mais il en conclut au résultat simplement négatif de cette contradiction. Or, si une contradiction formelle entraîne l'annulation de l'opposition, c'est le propre d'une contradiction dialectique de voir son opposition intégrée et donner lieu à la progression vers un contenu nouveau, synthétique. Dans cette première sorte de textes, le reproche hégélien est le suivant : alors qu'il a découvert une contradiction dialectique, KANT en envisage les conséquences comme s'il s'agissait d'une contradiction formelle ; il considère que thèse et antithèse doivent être annulées et donner lieu à la reprise correcte du même contenu, l'Idée du monde, dont on fera un usage non plus constitutif mais régulateur." (André STANGUENNEC)

        Quand l'on prend l'antinomie au sens large, on peut faire comme Pierre BOURDIEU dans une "Note brève sur l'antinomie de la protestation collective", datant de 1984. A propos de l'aménagement institutionnel de l'expression des revendications collectives, le sociologue pose la question : "s'agit-il d'une antinomie indépassable, liée à la nécessité de concentrer le capital symbolique en une seule personne (...) pour lui conférer le maximum de force ou d'un effet de la distribution inégale des instruments de production de la parole, même et surtout critique?" il pose la question de l'antinomie de la position du porte-parole, qui tire sa force du groupe exprimé, fut-ce au prix d'un "plébiscite forcé du silence" de ce groupe désireux de faire entendre sa voix critique.

Article Antinomie, ANDRE LALANDE, Vocabulaire technique et critique de la philosophie, PUF, collection Quadrige, 2002. Article Antinomie, Françoise ARMENGAUD, Encyclopedia Universalis, 2004. Article KANT, Jean-Marie VAYSSE, Le Vocabulaire des philosophes, philosophie moderne (XIXème siècle), Ellipses, 2002. Luc FERRY, Kant, une lecture des trois "critiques", Grasset, 2006. André STANGUENNEC, Hegel critique de Kant, PUF, philosophie d'aujourd'hui, 1985. Pierre BOURDIEU, Note brève sur l'antinomie de la protestation collective, in Developement, Démocracy and the Art of Trespassing : essays in honor of Albert HIRSCHMAN, Paperbook edition, 1988, repris dans Propos sur le champ politique, Presses Universitaires de Lyon, 2000, article trouvé sur le site de www.homme-moderne.org.

                                                                                PHILIUS
 
Relu le 28 janvier 2019
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21 mars 2009 6 21 /03 /mars /2009 09:11
     Débuter un survol historique, relativement libre,  du concept d'opposition par l'examen de la pensée de Descartes et de sa postérité peut sembler paradoxal lorsque l'on sait que c'est KANT qui introduit, à l'état de thème philosophique explicite le concept d'opposition polaire, de couples des contraires contrastés.
     En fait, la pensée philosophique, insérée et agissante dans un contexte social mouvant, est formée de filiations incomplètes et suit des évolutions sinueuses le plus souvent ambiguës : l'avancée ou le recul d'une conception, comme celle des oppositions, dépend souvent de l'influence des réflexions qui les ont précédées dans le temps. Pour qu'une idée s'impose, il faut souvent qu'au préalable d'autres idées cèdent sous le coup de contestations de leur validité. Cela est tout à fait le cas pour la pensée critique de KANT, préparée en quelque sorte par la pensée du doute méthodique de DESCARTES.
    Plus, l'ensemble des réflexions cartésiennes préparent ou plutôt rendent possibles, dans la mesure où elles se diffusent rapidement dans les sociétés européennes du XVIIème siècle, l'ensemble des réflexions kantiennes.

     L'oeuvre de DESCARTES, avec toutes les précautions qu'il prend (il demande même pour certains textes les avis des maîtres de Port Royal...), en empruntant le vocabulaire de la philosophie traditionnelle, apporte une révolution qui ébranle toute la scolastique, toute cette philosophie, métaphysique comprise, qui veut réconcilier harmonieusement les apports d'auteurs grecs antiques et le message de christianisme, dans l'intérêt bien compris de groupes sociaux qui dominent une société à ordres.
    Si l'on suit Frédéric de BUZON et Denis KAMBOUCHNER, "la révolution accomplie par DESCARTES en philosophie tient, pour toute une part, à sa réforme de la notion de l'âme. Dans la philosophie de l'École, l'âme humaine reste en premier lieu définie comme la forme substantielle du corps, qui lui fait remplir toutes ses fonctions et accomplir tous ses mouvements. (...). Avec DESCARTES, l'âme perd tout rôle dans les fonctions de base de la vie. En outre, les fonctions auparavant rapportées à l'âme sensitive (sensations, imagination, passions, appétits, mouvements volontaires) sont désormais clairement subordonnées à l'entendement et à la volonté, facultés principales d'un âme raisonnable ou esprit qui n'est plus une partie de l'âme, mais cette âme tout entière qui pense." Sans parler de dualisme cartésien, car DESCARTES va beaucoup plus loin finalement en n'accordant plus grand chose comme fonction à l'âme. Le philosophe français sépare corps et âme, pour ne plus discuter, dans l'ensemble de sa métaphysique que du corps...". Je ne suis donc, écrit-il dans la deuxième Méditation (Méditations métaphysiques), précisément parlant, qu'une chose qui pense, c'est-à-dire un esprit, un entendement ou une raison."
     Par ailleurs, après avoir élaboré une preuve de l'existence de Dieu, DESCARTES évacue purement et simplement les dogmes religieux et s'attache à la construction d'une méthode qui permet de découvrir les vraies réalités dans le monde aussi sûrement, selon lui, que l'élaboration des mathématiques. Fondant la recherche de la vérité non pas à partir de Dieu, mais à partir des instruments naturels de l'homme, l'aimable philosophe introduit les germes d'une révolution qui ouvre la voie à une investigation scientifique débarrassée de références religieuses.

       Pour Pierre GUENANCIA, "on voit à quel point la découverte de l'extériorité ou de l'altérité véritable est, chez DESCARTES, indissociable de la possibilité d'une intellection pure, du détachement de l'esprit des sens et de l'imagination qui sont  "des façons de penser" par lesquelles l'homme rapporte tout à lui et mesure toute chose ou idée à la capacité de s'en faire une image, proportionnant ainsi tout objet à l'idée que l'esprit forme de soi-même" (Méditation sixième). Utilisant un procédé issu du scepticisme antique, le doute est utilisé par DESCARTES pour établir les vérités qui lui résistent. Ce doute considère comme provisoirement fausses les opinions (sur les choses et sur la réalité de l'homme lui-même) qui ne sont que vraisemblables ou probables. Il met en question, de façon radicale, l'existence des choses correspondant aux idées ou représentations que l'esprit peut avoir. Le doute conduit à une suspension du jugement affirmant l'existence du corps propre, du monde, de Dieu. Ce doute radical traverse tout et surtout les vérités établies par tous les pouvoirs constitués, qu'ils soient intellectuels, matériels, spirituels.
Pourquoi DESCARTES établit-il sa méthode en grande partie et au départ sur le doute? Parce que précisément, l'ensemble des sciences naturelles, la médecine, la physique... est sujet à son époque à des confusions terribles qui empêchent de comprendre réellement le monde. DESCARTES ne veut pas établir d'opposition aux doctrines pour des motifs socio-politiques (il en est très très loin!) ou autres, mais tout simplement parce qu'il veut gouverner sa vie, et aider les autres à la gouverner la leur, en fonction de la réalité (Traité des passions), seule manière d'aboutir au bonheur, ou d'essayer d'y aboutir, ce qui est l'objectif recherché par nombre de philosophies depuis l'Antiquité.
     Pour ceux qui ne seraient pas convaincus de cette confusion dans le siècle de DESCARTES, il n'est que trop conseillé d'aller visiter des bibliothèques où sont proposées les oeuvres touchant à la médecine ou à la nature écrites dans les siècles antérieurs... Si le lecteur trouve une de ces oeuvres, dans leur époque considérée comme la plus sérieuse, classée aujourd'hui dans la rubrique Merveilleux ou encore Occultisme (voir ces très nombres traités d'alchimie), ou encore Fantaisies et qu'il la replace dans la rubrique Sciences, il peut bien voir ces confusions. La plupart de ces livres n'est que difficilement disponible de nos jours, étant considéré comme sans aucun intérêt, alors qu'à leur époque, ces livres figuraient dans les bibliothèques publiques et privées les plus sérieuses...

        Jean Luc MARION pense que cette problématique du doute joue encore en notre siècle. Pour lui chacune des Médiatations métaphysiques "peut se relire comme le lieu théorique d'une des interrogations essentielles de la pensée actuelle." Ce qu'il appelle le paradigme cartésien agit encore sur notre façon de voir les choses.

       Bien entendu, DESCARTES n'offre pas de théorie des oppositions, mais ouvre la voie, selon Pierre GUERNANCIA aux réflexions postérieures de KANT. Sur la question par exemple de la comparaison de Dieu et du roi dans les rapports avec les sujets, DESCARTES, dans deux lettres tirées d'une correspondance abondante que l'on continue aujourd'hui de traduire et de diffuser, traitent de deux questions, l'une sur le caractère libre de la création par Dieu des vérités dites éternelles (de logiques, de mathématiques), l'autre sur la compatibilité entre le libre arbitre humain et la toute puissance de Dieu. "On se trouve là devant quelque chose d'assez approchant de ce que KANT nomme le conflit de la raison avec elle-même, une antithétique : nous devons accepter également deux thèses qui sont contradictoires entre elles".

       En mettant le doute en avant dans la méthode, DESCARTES prépare, sans l'entreprendre et surtout sans vouloir l'entreprendre, puisqu'il se pose en défenseur de la foi chrétienne (et catholique), la destruction de toute une manière de penser le monde et la place de l'homme dans l'univers. Et même s'il aborde très peu les questions directement politiques, il prépare également les mises en cause de toutes les prétendues harmonies sociales et les mises au grand jour des oppositions de toute nature. En ce sens, les gardiens officiels de la Chrétienté ne se trompaient pas sur la dangerosité d'une telle philosophie pour tous les pouvoirs établis sur les illusions des mondes harmonieux, que ce soit au ciel ou sur la terre.
   DESCARTES et le cartésianisme ne pressentent bien entendu pas de tels bouleversements : "la méthode cartésienne n'est pas le substitut d'une doctrine, mais plutôt ce qui devrait pouvoir mettre un terme aux incessants et stériles conflits doctrinaux" (Pierre GUENANCIA). Loin d'indiquer la nécessité d'une science des limites de la raison (ce qu'est la critique kantienne), l'oeuvre de DESCARTES veut montrer comment on peut passer progressivement des choses les plus simples au choses les plus compliquées, et que cela devrait pouvoir permettre à la pensée de découvrir toutes les réalités du monde, en délaissant des questions peu importantes finalement, l'origine du monde ou les activités divines, car de toute façon ces questions-là sont inaccessibles à l'entendement humain.

Frédéric de BUZON et Denis KAMBOUCHNER, article DESCARTES de La Vocabulaire des Philosophes, Philosophie classique et moderne (XVII-XVIIIème siècle), Ellipses, 2002. Pierre GUENANCIA, Lire DESCARTES, Gallimard, collection folio/essais, 2000. Jean-Luc MARION, Le paradigme cartésien de la métaphysique, Laval théologique et philosophique, vol 53, n°3, 1997, disponible sur Internet au site www.erudit.org.

                                                                      PHILIUS
   
  
Relu et complété le 30 janvier 2019
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15 mai 2008 4 15 /05 /mai /2008 09:51
   Il est des ouvrages d'histoire que l'on se plaît à consulter car ils allient souci de l'exactitude et  de vision d'ensemble. Le livre de Pascal CHARBONNAT, préfacé par Guillaume LECOINTRE, biologiste, est ce ceux-là : dans un domaine (les relations entre sciences et société) où la bataille idéologique fait actuellement rage (créationnistes contre évolutionnistes, religieux réactionnaires contre scientifiques progressistes), il permet de connaître - enfin - une histoire du matérialisme depuis ses origines grecques jusqu'au début du XXIe siècle.
On voit à quel point le matérialisme, apparu au VIIe siècle avant J-C, a frayé son chemin jusqu'au Ier siècle de notre ère, puis s'est éteint jusqu'au XVIIe siècle où il renaît et se développe tout au long des XVIIIe au XXe siècle. On comprend comment beaucoup d'oeuvres de naturalistes (on pense à DESCARTES et à LEIBNIZ entre autres) se sont trouvés en butte à la répression ecclésiastique la plus féroce, comment les monothéismes, providences des absolutistes de tout genre, désireux de passer pour l'incarnation de Dieu sur Terre ont drainé un obscurantisme persistant. Et comment l'esprit scientifique est toujours menacé par le dogmatisme religieux, alors qu'il vient de sortir meurtri du stalinisme et du maoïsme dans certaines régions du monde. Il est difficile de résumer un débat encore en cours comme le montre la conclusion de l'auteur et la préface de Guillaume LECOINTRE.
 
     On suivra avec la même intensité ce débat, où l'évolutionnisme se taille parfois la part du lion, dans la collection Matériologiques fondée aux Editions Syllepse par Marc SILBERSTEIN. Je recommande en particulier l'ouvrage de Jean DUBESSY et de Guillaume LECOINTRE, "Intrusions spiritualistes et impostures intellectuelles en sciences", paru dans la même collection en 2003.
   
       Le matérialisme est l'un des courants philosophiques, selon l'auteur, qui a suscité le plus de controverses, ce qui lui a valu d'être malmené et caricaturé à de nombreuses reprises. Cet ouvrage se propose de montrer le contenu réel de ses concepts, d'en fournir une définition nouvelle et de le relier à ses racines idéologiques et sociales. Dans chaque période, de l'Antiquité au XXe siècle, il est au coeur d'enjeux idéologiques de premier plan, parce qu'il est à l'intersection des progrès de la connaissance et des préoccupations métaphysiques.
     Jusqu'à présent, il n'existait pas d'histoire complète et synthétique de ce courant de pensée, alors qu'il a joué un rôle fondamental dans la vie scientifique et culturelle du monde occidental. La seule entreprise de ce genre fut l'ouvrage de Friedrich Albert LANGE (1828-1875), publié en 1866 et traduit en France en 1910, devenu largement incomplet. Cet ouvrage, Histoire du matérialisme (avec Critique de son Importance à notre époque), de 857 pages, réédité par les Editions Coda (avec une préface de Michel ONFRAY) et maintenant (pour l'instant, espérons-le) épuisé, faisait déjà l'exposé des philosophies de DEMOCRITE à D'HOLBACH. Pascal CHARBONNAT reprend le projet avec une autre ampleur, donnant réellement aux philosophies matérialistes le statut de fil rouge conducteur pour comprendre une grande partie de l'histoire de l'humanité.
 
     L'auteur veut décrire le panorama d'un champ conceptuel en constante agitation, uni par l'idée que les mythes et le sacré ne sont pas les seuls horizons pour penser la place de l'homme dans l'Univers. Il s'agit de rendre compte tout en indiquant où passent les lignes de fracture.
L'enseignement de l'histoire des idées en France néglige encore cet héritage intellectuel, en le confiant à un cercle restreint de spécialistes. Cet ouvrage voudrait indiquer que les interrogations soulevées par le matérialisme s'adressent à tous. Il est en effet indispensable, selon l'auteur, que cette philosophie soit mieux représentée dans les programmes et manuels, qui semblent oublier qu'une part importante de la population ne se réfère pas à la transcendance pour donner un sens au monde. L'histoire du matérialisme est également incontournable pour saisir les enjeux du travail des sciences de notre temps. En dévoilant comment les savoirs d'aujourd'hui sont les fruits de luttes contre des traditions conservatrices, elle invite à ne verser ni dans une positivisme naïf, ni dans une défiance figée à l'égard des résultats scientifiques. Etre matérialiste consiste moins à désenchanter le monde qu'à en restituer le libre cours. 
 
     Pascal CHARBONNAT, professeur de lettres et d'histoire-géographie dans un lycée professionnel parisien et docteur en philosophie, est l'auteur, après ce livre de Quand les sciences dialoguent avec la métaphysique (Vuibert, 2011, 224 pages). Préfacé par Francine MARKOVITZ-PESSEL, il s'agit de la réécriture pour le grand public d'une thèse d'épistémologie et d'histoire des sciences. Il s'attaque à la téléologie et au créationnisme pour lequel l'auteur à des lignes fermes, en même temps qu'il montre comment la science est sortie de la coque métaphysique.
 

 


    Pascal CHARBONNAT, Histoire des philosophies matérialistes, préface de Guillaume LECOINTRE, Editions Syllepse, collection Matériologiques, 2007, 650 pages.

 
Complété le 26 Juin 2012. Relu le 20 juin 2020
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15 mai 2008 4 15 /05 /mai /2008 08:29
      Tirer une philosophie d'une petite centaine de fragments, parfois très très maigres, relèverait de l'impossibilité pure et simple, si la postérité d'HERACLITE d'Ephèse (540-460 av J-C à peu près), dit l'Obscur, le misanthrope, n'était si importante. Près de 200 philosophes, commentateurs et doxographes citent HERACLITE et ses écrits (notamment un "Sur la nature" introuvable) comme s'il s'agissait d'une référence bien connue : de PLATON (Hippias, Cratyle, Théétete), ARISTOTE (Ethique à Nicomaque, Métaphysique, Physique), SEXTUS EMPIRICUS, PLOTIN, DIOGENE LAERCE, LUCIEN, SENEQUE, à MARC-AURELE... Aimé de PLATON, haï d'ARISTOTE, honoré des stoïciens, admiré des chrétiens, HERACLITE semble développer une pensée "de référence" à laquelle tout esprit se sent obligé de répondre ou de se l'approprier.

       Voici le fragment le plus long (ou le moins court) parvenu jusqu'à nous :
"de cette explication qui existe toujours, les hommes demeurent ignorants, à la fois avant de l'avoir entendue et après l'avoir entendue pour la première fois. Car bien que toutes choses se produisent conformément à cette explication, ils sont comme des gens dépourvus d'expérience, même lorsqu'ils s'essaient à des gestes ou à des paroles tels que moi je les rapporte, lorsque je définis chaque chose selon la nature et dis comment elle est ; mais le reste des hommes échouent à comprendre ce qu'ils font éveillés, tout comme ils oublient ce qu'ils font durant leur sommeil."
   Jean-François PRADEAU, dans son introduction aux "Fragments" (FLAMMARION, 2004) dégage de ce fragment en en citant le contexte (l'écrit de celui qui le cite, lequel permet le plus souvent de comprendre le fragment plus que le contenu du fragment lui-même) deux significations possible du logos, deux interprétations distinctes du "projet héraclitéen" :
- La compréhension cosmologique du logos (structure objective et rationnelle de la réalité dans son ensemble) communément admise,
- et la compréhension épistémologique (connaissance de cette réalité) qui a la faveur de cet auteur.
Pour lui, HERACLITE constate que les hommes ne font pas un usage convenable de la faculté de connaître ; ils ne distinguent pas les connaissances fausses de celles qui sont vraies. HERACLITE conçoit un ordre de l'univers qu'il est possible de connaître. Pour nous, contemporains d'une ère scientifique et technique, cela est une évidence, mais pour les Grecs de l'époque d'HERACLITE, cela constitue quelque chose qui va à l'encontre de nombreuses croyances. Bien entendu, c'est par d'autres fragments que nous connaissons ce que précisément HERACLITE conçoit.

     Si PLATON semble faire d'HERACLITE l'une de ses sources de réflexion, ARISTOTE lui reproche son refus de respecter la règle de non-contradiction comme de dire que tout se meut éternellement, éléments justement qui s'oppose selon lui à toute possibilité de connaissance. ARISTOTE semble se servir d'HERACLITE contre PLATON, dans l'hypothèse (réfutée en partie par les auteurs de "Philosophie grecque" PUF) d'une contradiction entre les deux figures de la philosophie antique. Lorsque les stoïciens en font leur ancêtre intellectuel, c'est pour prendre appui sur sa conception du changement perpétuel dans un monde constant, dans une réalité éternelle, ordonnée par un principe divin et rationnel, dans un monde aux transformations cycliques, dans un monde qui disparaît et renaît de cycle en cycle. Le christianisme tirera du stoïcisme beaucoup d'éléments héraclitiens. Le logos divin, à la fois cause et principe d'intelligibilité de la réalité ne pouvait que les séduire. 
    PLATON et ARISTOTE attestent tous deux qu'HERACLITE prônait la représentation du monde où toutes choses changent et se meuvent perpétuellement ; ces changements relatifs s'inscrivent dans l'unité de toutes choses. La relativité des jugements sur le monde prend toujours l'aspect d'une opposition des contraires : ce qui est bon dans un cas est mauvais dans l'autre, ce qui est bon pour l'un est mauvais pour l'autre. Toutes choses sont faites de feu, sont de feu, selon des qualités et des quantités variables et tout possède du feu et y retourne. Pur matérialiste, HERACLITE condamne la poésie d'HOMERE et d'HESIODE, leurs dieux et leur conception anthropomorphique de la divinité. Enfin, HERACLITE semble être le premier des auteurs grecs à soutenir qu'il est nécessaire d'ordonner le "gouvernement des affaires humaines" à l'ordre rationnel et divin du monde, conception que le stoïcisme et le christianisme rejoignent.
  
    Pour éclaircir ce qui est (trop) concentré ci-dessus, voici quelques citations de fragments :
- Ce cosmos-ci, le même pour nous, nul des dieux ni des hommes ne l'a fait, mais il était toujours, est, et sera, feu éternel s'allumant en mesure et s'éteignant en mesure (CLEMENT D'ALEXANDRIE, Stromates V)
L'ordre de ce monde-ci, nul des dieux ni des hommes ne l'a fait, mais il a toujours été, est et sera : un feu toujours vivant, s'allumant et s'éteignant au fur et à mesure. (variante de traduction)
- Héraclite dit, n'est-ce pas?, que tout passe et rien ne demeure ; et comparant les choses au courant d'un fleuve, il ajoute qu'on ne saurait entrer deux fois dans le même fleuve (PLATON, Cratyle)
- Les choses froides se réchauffent, le chaud se refroidit, l'humidité s'assèche, le sec se mouille. (TZETZES, Commentaires sur l'Iliade)
 - Même chose être vivante et être morte, être éveillée et être endormie, être jeune et être vieille : car ceux-ci se changent en ceux-là et ceux-là se changent en ceux-ci. (PLUTARQUE, Consolation à Apollonius)
Et comme même chose il y a en nous et la vie et la mort, et l'éveil et le sommeil, et la jeunesse et la vieillesse : car ces choses en se transformant sont celles-là, et celles-là à nouveau deviennent celles-ci. (variante de traduction)
- Il faut savoir que la guerre est commune à tous, que la discorde est la justice, et que toutes choses naissent et meurent selon discorde et nécessité (ORIGENE, Contre Celse)
Il faut savoir que la guerre est commune et que le droit est conflit et que toutes choses adviennent par le conflit et la nécessité (variante de traduction)
- Dieu est jour et nuit, hiver et été, guerre et paix, richesse et famine (tous les contraires, voilà ce qu'il veut dire) ; il prend des formes variées, tout comme l'huile d'olive qui, quand elle se mêle aux épices, reçoit un nom conforme à l'odeur de chacun d'eux. (HYPPOLYTE, Réfutation de toutes les hérésies).
Dieu est jour-nuit, guerre-paix, satiété-faim, tous des opposés, c'est cela qu'il faut comprendre ; il subit des changements de même que le feu qui, lorsqu'il est mêlé à des épices, prend tour à tour le nom de la senteur de chacune d'elles. (variante de traduction).
- La maladie rend la santé plaisante et bonne, la faim la satiété, la fatigue le repos (STOBEE, III)
- Les liaisons sont des touts et ne sont pas des touts, l'accord et le désaccord, le consonant et le dissonant : de l'un proviennent toutes choses, et de toutes choses provient l'un (PSEUDO-ARISTOTE, Du monde)
- Le savoir ne consiste qu'en une seule chose ; reconnaître qu'une pensée gouverne toutes choses à travers tout (DIOGENE LAERCE, IX)
- Il vaut mieux pour les hommes que tout ce qu'ils souhaitent ne se produisent pas (STOBEE, I)
- Guerre et conflit et haine vont, au sein du Logos, de pair avec l'harmonie qui est essentiellement harmonie des contraires (PSEUDO-ARISTOTE, Du monde)
          
      Les auteurs de "Philosophie grecque" concluent ainsi leur passage sur HERACLITE : L'univers héraclitéen se présente à nous dans toute sa multiplicité, dans toutes ses contrariétés ; on y voit une lutte éternelle, impitoyable. Pourtant, c'est la lutte qui garantit aux choses leur existence, une coexistence (le mot à mon avis est mal choisi) faite de conflits qui conserve les natures et les identités de ces choses, et qui s'achève selon des lois justes et déterminées. Voilà la vision d'HERACLITE, vision qui ne doit rien à une imagination poétique ou à un mysticisme ésotérique. C'est une vision qui s'est fondée sur une analyse rationnelle, étayée sur un empirisme scrupuleux et qu'une âme qui n'avait rien de barbare a toujours contrôlée.
         
        En définitive, la vision que nous avons d'HERACLITE, à travers ses fragments, vaut plus à travers la postérité, toujours interprétative, que sur la vérité de sa philosophie même. Toutefois, le fait que cette vision du mobilisme universel soit perpétrée à travers les siècles, loin d'un fixisme par trop favorable aux ordres sociaux établis, nous indique une permanence de la compréhension du monde qui repose sur les contradictions dynamiques de toutes ces "choses" qui le composent.

  HERACLITE, Fragments, Traduction et présentation par Jean-François PRADEAU, GF Flammarion, 2004) ; PHILOSOPHIE GRECQUE, sous la direction de Monique CANTO-SPERBER, PUF, 1998 ; PHILOSOPHES ET PHILOSOPHIE, tome 1, sous la direction de Bernard MORICIERE, Nathan, 1996.

                                                                      PHILIUS
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10 mai 2008 6 10 /05 /mai /2008 16:45
                 Le concept d'opposition (opoz en radical international, gegensatz ou gegensetzung ou encore widerstreit en allemand, opposition en anglais, opposizione en italien) - contradiction et contrariété - est non seulement l'un des acquis les plus anciens de la logique formelle (ARISTOTE), mais aussi l'un des plus féconds, tant il permet d'analyser des phénomènes aussi divers que traitent, dans le désordre historiquement, la linguistique, l'anthropologie, la psychologie, la sociologie, la cosmologie....
  
         D'abord, l'opposition est la relation de deux objets placés l'un en face de l'autre, ou de deux mobiles qui s'écartent ou se rapprochent d'un même point (Vocabulaire technique et critique de la philosophie).
 
         Par métaphore, André LALANDE précise : tout ce qui est antithétique. Il rappelle que, par exemple, des idées plus saines se sont faites sur la nature des phénomènes chimiques le jour où on a découvert le caractère opposé des bases et des acides. Pour ceux qui ne sont pas férus en chimie, il s'agit de substances qui, misent en contact, réagissent, parfois violemment (chaleur intense, explosions, effervescence...) et qui se neutralisent en donnant des sels. De même, en physique, toute action appelle une réaction et c'est par ce principe qu'on lance des fusées. Les minéraux s'opposent donc, les végétaux et les animaux également, et l'on comprend qu'une petite pincée d'anthropomorphisme suffise pour qu'on parle des forêts agressives, de racines combattantes, de combats des chefs dans une fourmilière... Sans tomber dans cette dérive, on peut s'adonner à une logique des oppositions qui traverse l'univers... de notre compréhension en tout cas du monde.
 
        Gabriel TARDE, dans son "L'opposition universelle" explique qu'"il importe beaucoup de ne pas confondre les deux formes sous lesquelles l'opposition se présente à nous, l'une sous laquelle le combat des deux termes juxtaposés a lieu dans l'individu même (résistance) et l'autre dans laquelle l'individu n'adopte que l'un des termes opposés (lutte).. et où le combat n'a lieu que dans ses rapports avec d'autres hommes".
 
     En logique (KEYNES, formal logic), deux termes sont dits opposés quand ils sont ou corrélatifs, ou contraires, ou contradictoires ; deux propositions quand, ayant le même sujet et même prédicat, elles diffèrent soit en qualité, soit en quantité, soit à la fois en quantité et en qualité.
Les quatre sortes d'opposition sont la contrariété, la subcontrariété (deux propositions particulières opposées, l'une affirmative, l'autre négative), la contradiction et la subalternation (rapports des deux propositions subalternes). Si l'on cite ici de la logique pure, ce n'est pas pour ajouter une complexité à un article déjà complexe... mais pour dire simplement que dans l'effort pour comprendre ce que TARDE appelle l'opposition universelle, les hommes comme les choses s'opposent, mais aussi qu'à l'intérieur des hommes et des choses existent également des oppositions...
     C'est d'un monde de conflits partout que les logiciens veulent discuter. Dans l'effort pour comprendre le monde, nombre d'auteurs ont acquis la conviction qu'ils le comprennent mieux en mettant en évidence ces oppositions. C'est une conception si générale, qu'on se demande si - tout comme le conflit semble consubstantiel à la relation - la façon dont le cerveau humain, jusqu'ici en tout cas, parvient à utiliser plus efficacement les choses physiques dans lequel il baigne, comme toute compréhension opérationnelle, doit passer par une vision conflictuelle du cosmos.
                    Déjà toute la pensée antique grecque travaille et est travaillée par la logique des oppositions, et le fait que les sociétés grecques étaient des sociétés guerrières n'y est certainement pas étranger.
      La réalité formelle est étudiée par ARISTOTE selon quatre types d'opposition (Alain DELAUNAY, article Opposés, Encyclopedia Universalis, 2004) : les relatifs (double, moitié...), la privation (cécité, surdité...), la contrariété (bien, mal...), la contradiction (repos, mouvement).
On doit mentionner HERACLITE par la mise en parallèle systématique des opposés : jour et nuit, hiver et été, guerre et paix, surabondance et famine. Selon Jean-François PRADEAU, qui l'introduit dans la dernière édition des fragments retrouvés de ses pensées, HERACLITE a cherché à concilier deux hypothèses qui peuvent paraître contradictoires : d'une part que tout se meut et change, d'autre part qu'il existe un monde un et ordonné, soumis à une loi comme à une mesure. On y reviendra bien sûr, dans l'étude d'ensemble de la deuxième partie.
    Cette conception des oppositions qui traversent et forment le monde physique comme le monde social, a un pendant oriental incontournable : le yueng et le yuang chinois sur lequel nous reviendrons également.
       
       Dans une deuxième partie, nous tenterons de suivre le cheminement intellectuel, en le faisant historiquement si possible, d'auteurs tels que DESCARTES (encore, diront certains, mais je m'en explique dans la note au bas de cet article), KANT, FICHTE, SCHELLING, HEGEL, FREUD, Lancelot WHYTE, Robert BLANCHE, JOCOBSON, Claude LEVI-STRAUSS, WALLON, PIAGET et quelques autres...

Note un peu liminaire : On oppose souvent dans les études de genre, si j'ose dire, le cartésianisme français au romantisme allemand, sans mentionner qu'une continuité existe entre philosophes qui connaissent très bien, mieux que leurs lecteurs et commentateurs du reste, leurs prédécesseurs. DESCARTES fut très lu pendant la période de la prépondérance intellectuelle française et au-delà. De même, plus tard, lorsque les oeuvres d'HEGEL seront publiées et commentées à leur tour, il sera de bon ton de se positionner comme hégélien ou kantien. Or les lignes de partage se situent plus du côté des positions socio-politiques et économiques des auteurs, du côté de leur attitude face aux pouvoirs constitués, qu'ils soient ecclésiastiques ou politiques que du côté d'une pensée plus ou moins déiste sur la réalité du monde. Précisément sur le conflit, on distingue bien les philosophes qui confirment l'ordre établi, de ceux qui le contestent. Les philosophes, même quand ils discutent logique pure, sont tributaires de la...logique de leur position sociale et ce ne sont pas les encyclopédistes qui ont écrit le contraire!

                                                                                                                               PHILIUS
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29 avril 2008 2 29 /04 /avril /2008 14:38
   Le philosophe, mathématicien et physicien René DESCARTES, est reconnu, surtout dans la sphère francophone mais aussi bien au-delà, comme le plus grand des philosophes français et là aussi, parfois bien au-delà. Si en France sa célébrité ne tient pas toujours à son génie, mais à une simplification de sa doctrine, une sorte de mauvais cartésianisme, il est mieux étudié au-delà des frontières, comme auteur d'une oeuvre complexe, marquante, riche d'implications. Les grands métaphysiciens du XVIIe siècle (MALEBRANCHE, SPINOZA, LEIBNIZ) construisent par la suite leurs systèmes en réfléchissant à celui de René DESCARTES. Soit pour le défendre, soit pour le déconstruire pour affirmer le leur. Les analyses de LOCKE, de BERKELEY, de HUME trouvent leur source dans le cartésianisme. La fameuse "révolution copernicienne" de KANT est, à certains égards, une reprise de la primauté accordée, par le penseur français, au sujet pensant sur tout objet pensé. HEGEL le tient pour un héros et HUSSERL donne à ses conférences prononcées à Paris en 1926 le titre de Méditations cartésiennes. (Ferdinand ALQUIÉ).
    Le projet cartésien d'une science universelle s'amorce dès 1629 avec ses Règles pour la direction de l'esprit, et se renforce dans ses ouvrages suivants : tour à tour Le discours de la méthode (1637), Les méditations sur la philosophie première (1641), Les principes de la philosophie (1644), Les Passions de l'âme (1649) qui alternent avec des oeuvres proprement scientifiques, dessinent les contours, pas seulement d'une méthode, mais également d'une vision du monde. De nombreux écrits ne sont publiés qu'après sa mort, à cause des craintes de censures et de poursuites, par les autorités religieuses notamment. Parmi elles figurent Le Monde (1664 et 1667), L'Homme, trois volumes de correspondance éditées par CLERSELIER (1657, 1659, 1667), Règles pour la direction de l'esprit (1684 et 1701)....
           En quoi René DESCARTES, ce philosophe et mathématicien du XVIIème siècle, intéresse t-il une réflexion sur le conflit?
Après tout, l'image que l'on a du cartésianisme se résume pour beaucoup à la pensée profonde que si l'on pense, on existe! Sans s'attacher pour l'instant à sa postérité intellectuelle - de MALEBRANCHE à HUSSERL - et aux nombreuses "Méditations cartésiennes", tentons de dégager plusieurs thèmes abordés par DESCARTES qui nous intéressent ici.
       - Cogito : Le point de départ de la métaphysique de DESCARTES est le doute. Un doute sur tout, y compris sur le doute lui-même. De ce doute radical, il en tire la certitude de la pensée qui doute :"Je pense donc je suis" (Discours de la méthode, 1637).
C'est dans les "Méditations métaphysiques" (1641) que s'affirme l'idée que ce qui établit le cogito, c'est l'existence de l'âme, opposée aux incertitudes du corps dont la sensibilité est source d'erreurs et d'illusions. Dans la Méditation Troisième, la pensée appelle pour exister un être extérieur à elle, car toutes ses idées sont par essence des renvois à l'extériorité. La solitude du moi trouve son répondant (puisque la pensée ne peut être cause d'elle-même) dans l'idée que cet extérieur, c'est Dieu. Contrairement au thomisme ambiant, DESCARTES pense que pour être assuré de l'existence du monde extérieur, il faut d'abord connaître l'existence de Dieu, cause de sa seule idée. Dans une ambiance qui n'est pas la liberté de pensée, DESCARTES est obligé de donner à l'expression de sa pensée une tournure qui peut la rendre confuse. Dans sa Méditation Cinquième, DESCARTES fait alors appel à un procédé analogue à celui appliqué aux mathématiques pour dissiper cette obscurité. Ce qui nous intéresse ici, c'est le face à face entre moi et Dieu, qui semble exclure l'autre. En fait les auteurs qui reprendront ces méditations feront souvent l'analogie, voire l'identité, entre Dieu et l'autre. Toute une réflexion sur l'altérité en découlera, d'où aussi toute réflexion sur le conflit.
         - Liberté : Dieu - source de toute pensée - ne nous trompe pas. Alors pourquoi l'erreur existe t-elle?
Pour fonder philosophiquement sa méthode, DESCARTES, dans sa Méditation Quatrième, veut montrer que l'erreur ne vient pas de Dieu, qu'il nous appartient de l'éviter. Le jugement des choses résulte de l'entendement qui perçoit les idées et de la volonté qui donne ou refuse son consentement. C'est ce qui fonde la liberté, source d'erreur. Pour éviter l'erreur, qui vient de notre nature sensible, de notre corps (Méditation Sixième), il faut persévérer dans l'exercice de la liberté, c'est-à-dire dans la connaissance. Pour répondre aux demandes pressantes de ses lecteurs, qui ne se satisfont pas de ses explications, il écrit plus tard "Les passions de l'âme" (1649). Il y développe une théorie de la générosité, "générosité qui fait qu'un homme s'estime au plus haut point qu'il se peut légitimement estimer consiste seulement, partie en ce qu'il connaît qu'il n'y a rien qui véritablement lui appartienne que cette libre disposition de ses volontés, ni pourquoi il doive être loué ou blâmé sinon parce qu'il en use bien ou mal, et partie en ce qu'il sent en soi-même une ferme et constante résolution d'en bien user, c'est-à-dire de ne manquer jamais de volonté pour entreprendre et exécuter toutes les choses qu'il jugera être les meilleures : ce qui est suivre parfaitement la vertu."  C'est par cette réflexion concrète sur la nature de l'homme que DESCARTES permet de penser à la fois la liberté et l'altérité.
            - Libre arbitre et souveraineté : Dans ses "Lettres à la princesse Elisabeth", DESCARTES soutient que même si Dieu - prescience divine - sait à l'avance ce que nous allons faire, cela ne change rien à la connaissance que nous avons de notre liberté.
Même si DESCARTES ne cessera de témoigner d'un retrait à l'égard des questions politiques (Lettre à Brégny, 1650), une interprétation politique de l'abstention cartésienne, audacieuse certes, est possible (Pierre GUENANCIA, 1983). Le primat de la liberté-individualité aurait valeur de protestation contre toutes les formes de totalisation. Apprendre à dire Je renvoie le libre arbitre non seulement à une difficile liberté dans le monde, mais aussi à la liberté de soi vis-à-vis des autres, et notamment des puissants. En acceptant de commenter "Le Prince" de MACHIAVEL pour Elisabeth de Bavière, DESCARTES montre une "esquisse de ce qu'aurait pu être sa philosophie politique" (Alain RENAUT, Dictionnaire des Oeuvres Politiques). Même si DESCARTES approuve le processus de la raison d'Etat présenté par les "Discours sur Tite-Live", il rattache toujours la relativité politique à un absolu moral. Oui à la raison d'Etat d'un prince éclairé... s'il est éclairé. Et cette morale s'inscrit dans un principe de solidarité pour le bien commun. L'éclairage apporté par ces "Lettres à Elisabeth" permet de mieux comprendre les idées de DESCARTES sur la souveraineté. Par là, il ne s'agit pas de la souveraineté d'abord, au sens politique, mais au sens de liberté d'agir dans le monde. Il ne s'agit pas d'abord du libre arbitre au sens des libertés publiques, mais au sens de liberté de jugement sur les choses, de capacité à comprendre réellement le monde. En mettant en avant que la science d'une chose, c'est en avoir une véritable connaissance, acquise par méthode et non par conjecture personnelle ou examen de l'opinion de l'autre, on peut comprendre que DESCARTES inclue également le politique dans son expérience du doute absolu. Le cartésianisme n'est pas seulement une rationalisation dans la manière de découvrir et de comprendre le monde physique, c'est aussi le début d'une réflexion - par essence conflictuelle - sur la conduite du monde politique.
     
       Pierre GUENANCIA indique bien les enjeux de son oeuvre. Dans sa recherche des conditions de l'ordre - dans une croyance forte en l'existence de Dieu, René DESCARTES estime qu'il ne peut y avoir d'opposition (de "combat") qu'entre les passions et les volontés et que ce sont les unes et les autres qui exercent sur l'âme un empire. "Le pouvoir de l'âme est celui que ses volontés ont sur elle - la différence peut paraitre formelle ou même verbale, mais pourtant l'idée de l'âme qui suit ses volontés et fait ce qu'elle veut stricto sensu parait à bien des égards plus cartésienne que l'idée de l'âme qui commande. 
Quoi qu'il en soit, le conflit ou le combat entre les passions et les volontés n'oppose pas des "personnages" distincts, mais se ramène plutôt à un rapport entre des forces que l'incommensurabilité résultant de leur origine différente n'empêche pas d'agir l'une contre l'autre. N'est-il pas d'ailleurs assez inadéquat de parler de conflits entre des volontés et des passions qui "émeuvent" également l'âme mais ne semblent pas pouvoir agir les unes sur les autres, du moins pas directement, ce qui dans la philosophie si peu disposée à admettre une action à distance équivaut à : pas par elles-mêmes. Il y a un tiers, le corps, dont dépend, selon Descartes, conscient comme personne de son pouvoir fondamental, c'est-à-dire de sa causalité propre, cette singulière propriété de l'âme d'être sujette aux passions : le corps sur lequel l'âme par ses volontés ne peut agir que s'il est d'abord "bien disposé".
Si la physiologie cartésienne explique pourquoi la passion ne peut manquer d'être sentie par l'âme "comme une sorte de volonté" (Alquié), la morale consiste à dissocier nos passions de nos volontés afin que nous ne tenions pas pour propre à notre âme ce qui seulement proche d'elle. C'est cette condition que nous pouvons chercher à rendre proche et sensible ce qui nous est propre (...). La passion dispose l'âme à vouloir telle chose ; elle se fait passer pour une volonté sans que l'on puisse d'ailleurs parler ici d'une tromperie naturelle ou, à plus forte raison, de la ruse d'un malin génie. L'universalité du mécanisme rend nécessaire ce mode d'apparition de la passion à la conscience. Si la passion ne nous faisait pas, ou plutôt ne nous disposait pas à vouloir la chose qu'elle représente comme aimable, désirable, bonne, etc, elle n'aurait justement pas d'empire sur notre ême, cet empire que nos volontés ou mieux nos jugements devraient seuls avoir sur nous. Mais justement la passion ne fait que disposer notre âme, elle ne la détermine pas, elle ne la contraint pas à vouloir. A la différence de la plupart des philosophes, Descartes ne conçoit pas l'action de la passion comme une détermination, comme l'action d'une cause produisant nécessairement son effet. (...)."

 René DESCARTES, Discours de la méthode, 1637 ; Méditations métaphysiques, 1641; Les passions de l'âme,  1649; Lettres à la princesse Elisabeth, 1643-1649. Il existe, à l'instar des commentaires sur son oeuvre de nombreuses éditions. Notons que, puisque ces éditions sont libres de droits, qu'on trouve la plupart de ses oeuvres sur le site d'UQAC. Sinon citons Oeuvres de Descartes, F G Levrault, traduction de Victor COUSIN, 1824-1826, disponible sur le site GALLICA, Descartes, Oeuvres, traduction de Charles ADAM et Paul TANNERY, Leopold Cerf, 1897-1913 en 13 volumes. Une nouvelle édition complétée de la précédente est disponible chez Vrin-CNRS, 1964-1974, en 11 volume. Descartes, Oeuvres et lettres, textes présentés par André BRIDOUX, Bibliothèque de la Pléiade, nrf, Gallimard, 1953. Enfin, souvent utilisé existe Descartes, Oeuvres philosophiques, textes établis, présentés et annotés par Ferdinand ALQUIÉ, en 3 volumes (de 1618 à 1650), Classiques Garnier, 1963-1973.
Alain RENAUT, article Descartes du Dictionnaire des Oeuvres politiques, PUF, 1986; Sous la direction de Bernard MORICHERE, article Descartes de Philosophes et Philosophie, tome 1, Nathan, 1996; Denis KAMBOUCHNER, article Descartes du Vocabulaire des Philosophes, tome 2, Ellipses, 2002; Ferdinand ALQUIE, article Descartes,  dans Encyclopedia Universalis, 2004; Pierre GUENANCIA, Lire Descartes, Gallimard, folio essais, 2000.
 
Complété le 7 juin 2013.

                                                                PHILIUS
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24 avril 2008 4 24 /04 /avril /2008 08:48

 

    Au coeur même du conflit se situe sans doute l'altérité. La nécessité ou le sentiment de cette nécessité de sauvegarder son identité, de se situer autre que l'autre, déclenche des actes de différenciation de l'autre. La conscience de l'existence de l'autre passe par la conscience de l'existence de soi et l'existence de soi par la conscience de l'existence de l'autre. Faire reconnaître sa conscience à l'autre fait partie de sa propre existence et exister ne peut se faire sans l'autre, car si je suis isolé dans l'univers, si l'autre ne me reconnaît pas comme ayant une existence propre, cela s'avère... invivable!
 
    Or, dans les relations avec l'autre, être et avoir conduit au conflit. Combattre pour être et avoir, c'est exister. Mais exister suppose l'existence de l'autre, car il est la base de ma définition de moi-même. Sans l'autre, je n'ai pas d'identité. Mais si je m'identifie totalement à l'autre, si ce que je suis et ce que j'ai sont totalement ce qu'est et ce qu'a l'autre, alors mon identité n'est tout simplement pas.
Penser l'altérité, c'est aussi penser l'identité. Si je combats impitoyablement, inversement, l'autre, et vise à le détruire,  je ne suis pas non plus, car son existence même - passée, présente et future - constitue le préalable de ma propre existence.  Si je détruis l'être et l'avoir de l'autre, je me détruis aussi, et pourtant dans l'entreprise de mon identification propre, je peux passer toute mon existence à tenter de détruire totalement l'autre. Et paradoxalement, si j'y parviens, je me détruis moi-même puisque une partie au moins de mon être et de mon avoir vient de son existence physique ou morale.
Cela parait abstrait, mais il suffit de remplacer "autre" par "père", "mère", "frère", "ami", "compagnon" ou "compagne" pour se rendre compte du concret de la chose. On peut penser aussi que les réflexions qui précèdent "poussent le bouchon un peu loin", mais c'est ce qui se passe effectivement, dès la première étincelle de conscience, si l'on en croit les acquis de la psychologie et de la psychanalyse.
Bien des philosophes, DESCARTES, KANT, HEGEL, RENOUVIER, SCHELER, HEIDEGGER, SARTRE, LEVINAS, RICOEUR, comme FENELON, MERLEAU-PONTY et bien d'autres ont écrit sur l'altérité. D'une manière ou d'une autre, ils ont tenté de cerner ce qui faisait l'altérité et l'identité.
Et même si tous n'ont pas relié cette notion au conflit, du moins directement, les implications d'une grande partie de leur philosophie y mènent. Le propos de ce qui précède n'est maladroitement qu'une énième tentative de le faire.
                                                                        
PHILUS

 

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