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6 juin 2008 5 06 /06 /juin /2008 13:15

        Otto RANK, une psychanalyse de la volonté et du conscient

               Cofondateur de l'Association Psychanalytique Internationale, véritable compagnon intellectuel et administratif de Sigmund FREUD dès 1906, Otto RANK (1884-1939) rompt avec l'orthodoxie qui s'établit (1924) sur la question de l'expérience consciente de l'individu. Avec "Le traumatisme de la naissance" (1924), il insiste sur l'expérience de l'individu confronté brutalement dès sa naissance à la réalité extérieure, avec ce qu'un tel changement compte de violence et de modifications énergétiques.
Alors que les freudiens classiques travaillent sur l'inconscient et les relations avec le père dans l'établissement d'une relation d'objet, Otto RANK place beaucoup plus tôt la formation d'une telle relation d'objet, à travers la mère. De plus, dans la cure, il opte pour une relation plus égalitaire entre le thérapeute et le patient (faisant de la fin de l'analyse le moment du développement indépendant, à l'inverse des analyses interminables). L'objectif est de faire revivre le traumatisme originel pour en tirer une conscience et une volonté d'agir ici et maintenant.
Par là, il influence encore aujourd'hui la manière d'effectuer les thérapies psychanalytiques. Par ailleurs, ses nombreux écrits sur l'art, la poésie (Le motif de l'inceste dans "Poésie et Légende", 1912), contribuent à l'intelligence du mythe, de la religion et de l'éthique. La confrontation dès la naissance de l'individu à son milieu et les conflits qu'elle engendre se traduit également dans ces mythes et ces légendes.

Otto RANK, Le traumatisme de la naissance, Influence  de la vie prénatale sur l'évolution de la vie psychique individuelle et collective, 1924 (Petite Bibliothèque Payot, 1928).


      Georg GRODDECK, une psychanalyse psychosomatique
           Médecin, pratiquant l'hydrothérapie, les massages et la suggestion, Georg GRODDECK (1866-1934), bien qu'admis dans la société psychanalytique de Vienne en 1920, ne s'y intègre pas. Il poursuit des recherches personnelles, tout en s'engageant dans les mouvements syndicaux, plus parfois romantiques que scientifiques, sur les relations entre le corps et l'esprit, entre les troubles somatiques et les processus psychiques inconscients. Il dialogue constamment avec Sigmund FREUD, notamment lors de la publication du "Livre sur le ça" en 1923, poussant ce dernier à approfondir ses conceptions du ça et du Moi. L'inconscient a une influence considérable sur la santé du patient ("Il n'y a pas de maladie qui n'ait sa cause première dans la pulsion sexuelle, et le combat avec cette pulsion") et il amorce le mouvement des multiples thérapies psychosomatiques d'aujourd'hui, notamment en France.
Georg GRODDECK, tout en refusant de fonder une école ("Les disciples aiment que leur maître reste immobile, tandis que je prends pour un imbécile celui qui souhaiterait que je dise demain la même chose qu'hier"), trouve toujours par ses textes rédigés de manière vraiment inhabituelle, un public attaché à la mise en oeuvre d'une thérapie globale efficace des maladies somatiques.

Georg GRODDECK, Détermination psychique et Traitement des affections organiques, 1917; Le livre du ça, 1923 (Gallimard, 1963).

                                                                                            PSYCHUS
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5 juin 2008 4 05 /06 /juin /2008 14:00
Jacques LACAN, la psychanalyse du symbolique, de l'imaginaire et du réel.
       Débutant en 1932 par une thèse sur "De la psychose paranoïaque dans ses rapports avec la personnalité" lors de ses études de médecine dans les milieux psychiatriques, Jacques LACAN (1901-1981) se fait surtout connaître en 1936 au XIVème congrès de psychanalyse par une communication sur "le stade du miroir".
 C'est surtout une réflexion sur deux concepts, celui de corps propre (emprunté à Henri WALLON) désignant l'intuition de l'unité de sa personne par le bébé, et celui de représentation, l'image dans le miroir. C'est une première différence entre le Je, celui qui voit son image et qui s'y identifie et le Moi, l'image à laquelle l'enfant s'identifie. Le processus d'identification est une tension entre un Je (sujet de l'inconscient) et un Moi toujours social, posé dans l'ordre de la logique et dans l'ordre social.
Le stade du miroir, c'est donc l'aliénation active du sujet à une image, image qui ne peut servir à ce processus que si elle est reconnue à la fois comme artificielle par l'enfant et désignée comme représentation adéquate par l'adulte.
    Mû par la volonté de revenir à un réel freudisme, Jacques LACAN inaugure donc en 1936 cette triade qui différencie castration (Symbolique), frustration (Imaginaire) et privation (Réel). En 1953, il la fonde sur le structuralisme (de Claude LEVI-STRAUSS), l'inconscient étant structuré comme un langage, l'analyste devant représenter sans cesse chez le psychanalysé le lapsus et autres tournures révélateurs de la personnalité.
Les ruptures dans le monde psychanalytique français sont plus le fait de divergences sur la conception même de la cure (de sa longueur, de sa fréquence, de sa signification pour l'analysé et pour l'analyseur... ) et sur les fondements de la compétence du psychanalyste (médecin ou pas) que sur les orientations doctrinales et sur la théorie lacanienne. En 1953 comme en 1964, deux associations psychanalystes hostiles l'une à l'autre se forment. En fin de compte lorsque Jacques LACAN fonde en 1964 l'Ecole Freudienne de Paris, il apparaît bien isolé. Il l'est encore plus après une autre scission qui donne naissance au Quatrième Groupe en 1969.
  Par ces "Ecrits" en 1966, où il rassemble l'essentiel de ses articles, il conquiert un public important qui croît avec ses "Séminaires" (1969-1980), commencés dans l'ambiance de la contestation étudiante (Université de Vincennes, Paris 8). Même si le style de ses oeuvres (non exemptes d'utilisations abusives et contestées des mathématiques) rebute, Jacques LACAN élabore une pensée qui peut être définie comme une théorie structurale du désir et du langage, qui est  très débattue dans beaucoup de milieux intellectuels.
Ses textes marquent son époque et encore la nôtre, dans un constant effort de conceptualisation. Sa tentative de donner un fondement théorique à la parole de l'analysant qui institue un transfert et constitue ainsi l'Autre comme analyste marque une étape importante dans l'établissement de la psychanalyse comme véritable science de l'inconscient. Le face à face, souvent conflictuel, de la cure s'en trouve éclairci.

Jacques LACAN, Ecrits, Editions du seuil, 1966. Les textes des Séminaires sont disponibles sur Internet, dans divers sites.


 Wilhelm REICH, une psychanalyse de l'énergie sexuelle
   De formation médicale, admis en 1919 à la Société psychanalytique, dirigeant de la polyclinique, fondée par Sigmund FREUD, de 1922 à 1930, Wilhelm REICH (1897-1957) mène toujours de front activités soignantes et activités politiques. Membre du Parti Communiste Allemand, il ne cesse de se dépenser au service des ouvriers.
Très tôt contre Sigmund FREUD et une certaine orthodoxie psychanalytique, qui recourent à l'hypothèse de la pulsion de Mort dans l'élaboration de la théorie, il soutient que la misère sexuelle est liée fondamentalement à l'aliénation économique et sociale. De 1927 ("La fonction de l'orgasme") jusqu'en 1935 ("L'irruption de la morale sexuelle", "La psychologie de masse du fascisme"), il lutte pour la libération sexuelle. En Suède (Revue de psychologie politique et d'économie sexuelle - Sexpol) depuis son exclusion de l'Association Psychanalytique Internationale en 1934, puis aux Etats-Unis (Maine) dès 1939.
       Marxiste jusqu'au bout, Wilhelm REICH veut promouvoir l'analyse et le traitement de ce qu'il appelle "la peste émotionnelle" qui engendre en nombre des êtres pourvus d'une "cuirasse caractérielle" qui les empêchent de mener une vie épanouie (qui déclenche des cancers) et qui les fait participer à leur propre oppression (développement de personnalités autoritaires).
Il pratique la végétothérapie, expérimente à tour de bras sur l'"orgone", cette énergie vitale biologique spécifique qui agirait de la cellule au cosmos dont il veut établir l'existence, publie énormément ("La révolution sexuelle", "L'éther, Dieu et le Diable", "La superposition cosmique").
Son influence est considérable, surtout sur les thèses de la libération sexuelle et la révolution sociale, bien plus que sur ses recherches "biologiques". Dans les années 1960 et 1970, il fait partie des auteurs les plus lus dans la jeunesse contestataire, et des courants socio-psychanalytiques se forment, s'inspirant de ses travaux européens.
   Même si ses visions sur l'énergie cosmique soulèvent plus d'objections que d'adhésions, notamment parce que globale, trop globale, elles négligent le travail de mise en relation et d'articulations intermédiaires entre la cellule et le cosmos, entre le corps et le corps social, l'apport de Wilhelm REICH va bien au-delà de la psychanalyse et suscite encore aujourd'hui de nombreuses recherches et de nombreux combats.

Wilhelm REICH, L'irruption de la morale sexuelle, 1932 (Petite Bibliothèque Payot, 1972) ; La lutte sexuelle des jeunes, 1932 (François Maspéro, Petite Collection Maspéro, 1972) ; La psychologie de masse du fascisme, 1933 (PBP, 1972) ; L'analyse caractérielle, 1933 (Payot, 1973) ; La fonction de l'orgasme (texte autobiographique), 1947 (L'Arche éditeur, 1952) ; La révolution sexuelle, 1948 (Union Générale d'Editions, 10/18, 1971) ; La superposition cosmique, 1953 (PBP, 1999).
Roger DADOUN, Cent fleurs pour Wilhelm REICH, PBP, 1975.


                                                                                            PSYCHUS
 
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4 juin 2008 3 04 /06 /juin /2008 13:28
       Anna FREUD, la psychanalyse clinique des enfants
              Alors que son père, Sigmund FREUD, pratique très peu la psychanalyse d'enfants, Anna FREUD (1895-1982) y passe une très grande partie de son travail.
 Installée en 1938 en Angleterre, elle se consacre aux services de l'éducation et de l'entraide aux enfants victimes de la  guerre, tant directement vers les enfants eux-mêmes, que vers les éducateurs et les enseignants envers lesquels elle a une grande influence.
 Dès son premier livre de 1936, "le Moi et les Mécanismes de défense" où elle fut la première à établir une distinction entre les défenses reconnues comme des motions pulsionnelles dérivées et les défenses contre les affects douloureux. Comme dans "Le Normal et le Pathologique chez l'enfant" en 1965, elle développe une psychanalyse des enfants différence de la psychanalyse des adultes, tellement le champ des troubles infantiles déborde les catégories traditionnelles de névrose, psychose et perversion. Toujours tendue vers les perspectives thérapeutiques, sa psychanalyse veut se servir des potentialités de l'enfant afin de lui permettre d'exprimer harmonieusement sa libido et son agressivité et d'atténuer les tendances destructrices induites par des environnements défavorables. Contrairement à Mélanie KLEIN et à son courant auquel elle s'oppose frontalement dès 1941, Anna FREUD pense que les rêves des enfants ne sont pas sources d'association sur lesquelles on pourrait agir. Le jeu et le dessin, simples matériels d'observation, ne sont pas directement interprétables. Comme l'enfant n'est pas considéré comme capable d'avoir conscience de sa souffrance, il est nécessaire d'établir une séduction active et délibérée de l'analyste, en s'appuyant sur les soignants et les parents. Il ne peut y avoir de transfert au cours de l'analyse, contrairement à ce que pense Mélanie KLEIN, et l'analyste ne peut venir qu'en plus et non en place des parents. Tant sur le plan clinique que sur le plan théorique, il faut suivre l'évolution des mécanismes de défense du Moi de l'enfant pendant tout son développement.

   Anna FREUD, Le MoI et les Mécanismes de défense, 1936 (PUF, 1946); Les Conférences d'Harward, 1952 (PUF, 1994); Initiation à la psychanalyse pour éducateurs, 1956 (Privat, 1968); Le Normal et le Pathologique chez l'enfant, 1965 (Gallimard, 1968).


   Mélanie KLEIN, la psychanalyse des enfants
         Formée surtout par Sandor FERENCZI qui s'intéresse alors beaucoup au cas du "petit Hans" en 1914, Mélanie KLEIN (1882-1960) s'établit très tôt à Londres (1925) et entreprend la construction d'une théorie psychanalytique un peu différente de celle de Sigmund FREUD, quoiqu'elle est toujours d'accord avec lui sur la pulsion de Mort. Les stades du développement libidinal ne sont pas rigoureusement programmé dans le temps mais se recouvrent parfois. L'Oedipe, que Sigmund FREUD plaçait tardivement, est à l'oeuvre beaucoup plus tôt, lors des stades archaïques et dépend autant des pulsions orales et anales que des pulsions génitales. Le SurMoi le précède probablement et sous une forme très sévère. Ses modèles de l'angoisse, des défenses et des relations, ses descriptions des positions dépressives et schizo-paranoïdes provoquent des controverses si importantes que deux sociétés psychanalytiques opposées voient le jour en Angleterre. Les descriptions fantasmatiques souvent crues qu'elle fait dans "La psychanalyse des enfants" (1932) font de l'amour et de la haine de véritables protagonistes d'une guerre interne chez l'enfant. L'effort que l'enfant désireux de contrôler ses pulsions destructrices, anthropophages, cannibales, doit faire pour s'intégrer dans des relations saines avec les parents et les autres, doit être soutenu par une cure serrée favorisant le transfert affectif vers l'analyste, à travers l'interprétation fine des rêves et des jeux. La plupart des psychanalyste aujourd'hui, sans être kleiniens au sens strict, admettent ses théories.

  Mélanie KLEIN, Essais de psychanalyse, série de conférences de 1923 à 1945, publié en 1947 (Payot, 1968); La psychanalyse des enfants, 1932 (PUF, 1959). Mélanie KLEIN et Joan RIVIERE, L'amour et la haine, le besoin de réparation, 1968, Petite Bibliothèque Payot. KLEIN, HEIMAN, ISAACS et RIVIERE, Développements de la psychanalyse, 1952 (PUF, Quadrige, 2001; première édition 1966).

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30 mai 2008 5 30 /05 /mai /2008 15:58

         La dissidence d'Alfred ADLER et la psychologie adlérienne

  Même si Affred ADLER (1870-1937) a renoncé sur le tard à qualifier sa théorie de psychanalytique, lui préférant celui de la psychologie individuelle, l'un des premiers disciples de Sigmund FREUD (qu'il rejoignit en 1901) gardera dans son oeuvre l'aspect conflictuel de la nouvelle discipline. Contre la primauté de la libido et la notion de refoulement, il rompt en 1911 pour développer une théorie personnelle : au centre de toute névrose comme au centre de tout fonctionnement psychologique, se trouve la lutte contre le sentiment d'infériorité, d'insuffisance, une lutte animée par un principe de "protestation virile", le désir sexuel n'étant que l'expression de cette visée de puissance et de domination.
   La compensation et la surcompensation, les stratégies de retournement et de contournement du sentiment d'infériorité, qu'il soit physique ou social, définissent une palette assez large de caractères, qui possèdent des traits de nature agressive (vanité, jalousie, envie, avarice, haine... ) ou non agressive (isolement, angoisse, pusillanimité, instincts indomptés exprimant une adaptation amoindrie...). Ses études sur le développement de l'enfant, notamment sur les symptômes d'inadaptation, ont beaucoup été suivis aux Etats-Unis, où il a émigré en 1933.

   Alfred ADLER, La compensation psychique de l'infériorité des organes, 1907 (Payot, 1956) ; Le tempérament nerveux, 1912 (Payot, 1926) ; Connaissance de l'homme, 1927 (Payot, 1949) ; L'enfant difficile, Payot, 1949.
Rudolph DREIKURS, La psychologie adlérienne, Blond et Gay, 1971. Sous la direction d'Alain de MIJOLLA, Dictionnaire international de la psychanalyse, Hachette, collection Pluriel, 2005.  La plupart des oeuvres d'Alfred ADLER sont disponibles en France chez Payot (Petite Bibliothèque Payot).


        La dissidence jungienne et la "psychanalyse" de l'inconscient individuel et collectif.

    Dès l'origine, Carl JUNG entendait suivre la voie de l'étude des psychoses et des mythologies. Rompant avec Sigmund FREUD en 1914, il voulait en fait depuis longtemps "libérer" la théorie et la pratique de tout ce qui touchait trop directement et trop crûment à la sexualité, à l'animalité de l'homme. La psychologie analytique qu'il fonde veut décrire les invariants de l'âme, elle-même de nature "paradoxale" : "Le conflit entre la Nature et l'Esprit n'est que la traduction de l'essence paradoxale de l'âme" écrit-il. Inventeur des notions d'intraversion et d'extraversion, il développe de nombreux concepts dont ceux des concepts-de-soi, d'individuation, d'archétypes... Il définit les quatre fonctions d'orientation du Conscient que sont la sensation, la pensée, le sentiment et l'intuition. Parfois, d'ailleurs, lorsque l'on lit ses livres, on a l'impression d'être dans des ouvrages de philosophie...
   Attachant beaucoup d'importance à l'introspection, il note les similitudes entre les dynamiques décrites par les alchimistes (personnellement, il me rappelle par certains côtés Gaston BACHELARD...) et celles des organisateurs inconscients structurant les processus à l'oeuvre chez ses analysés. Dans l'histoire de la culture occidentale, il existe un lien, une continuité entre la mythologie de la psyché pré-chrétienne, ces visions alchimistes et les images qui apparaissent de nos jours dans les rêves, avec des éléments communs à tous les individus.
Son courant a inspiré de nombreuses études psychothérapeutiques (travailler avec le dialogue intérieur de l'enfant...) et des analyses très en prises sur les angoisses contemporaines (modèle sociopsychologique du phénomène OVNI, que je ne partage pas du tout d'ailleurs, le trickster, sur lequel nous reviendrons...).

  Carl JUNG, Types psychologiques, Gerg, 1977 ; Wotan, 1936 ; Les racines de la conscience, études sur l'archétype, Buchet Chastel, 1971 ; Métamorphoses de l'âme et ses symboles, Gerg, 1993.
Sous la coordination de Aimé AGNEL, Le vocabulaire de Carl Jung, Ellipses, 2005.

                                                                                                   PSYCHUS
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28 mai 2008 3 28 /05 /mai /2008 11:53
  Les milieux de la psychanalyse sont si complexes (sans jeux de mots) et souvent traversés de conflits (sans jeux de mots non plus) qu'il est parfois difficile - malgré ou à cause d'une bibliographie surabondante - de retrouver les différentes conceptions du conflit qui s'y élaborent encore.
   Toutefois, comme précisément la notion de conflit psychique se trouve au coeur de la psychanalyse, on peut distinguer plusieurs courants, souvent antagonistes ou concurrents - qui ont réellement d'ailleurs des problèmes psychologiques à régler entre eux... D'ailleurs, dès l'origine de l'application de l'analyse psychanalytique au sein du groupe fondateur, selon les principes mêmes du conflit psychique et de ses projections en de multiples rebondissements, Sigmund FREUD (1856-1939) et ses disciples semblent avoir exacerbé entre eux des éléments longtemps refoulés. Ces courants adoptent vis-à-vis du conflit psychique des attitudes différentes, suivant leur analyse de développement de l'enfant, de l'adolescent et de l'homme et suivant aussi leurs préférences politiques et idéologiques. Souvent, ils mêlent - un peu trop sans doute - dans leurs écrits, l'exégèse des oeuvres du fondateur à leurs propres expériences de la cure psychanalytique, ce qui peut rendre obscures certaines notions.
   Pour comprendre les conceptions de ces courants, le mieux sans doute est de commencer par l'oeuvre de Sigmund FREUD lui-même, qui reste une grande référence aujourd'hui.

   Sigmund FREUD et ses variations du conflit psychique.
     Le traitement des hystéries, des névroses, de ses patients - d'abord parti d'une approche neurologique et psychiatrique - l'amène à se questionner longuement sur sa propre thérapeutique.
Puis il alterne, dès "Etude sur l'hystérie" (avec J BREUER en 1893) et surtout "L'interprétation des rêves" (1900), pratique et théorie pour l'analyse, au-delà des symptômes, de la vie psychique de ses patients et de l'homme en général.
L'étude du développement repose chez Sigmund FREUD sur, à la fois l'observation (souvent indirecte) de quelques  enfants et la reconstruction de positions infantiles à partir des névroses adultes. Il forge une "métapsychologie" qui explique les phénomènes de la vie intérieure des individus. Pour simplifier, car l'esprit scientifique de FREUD tendait toujours à douter de l'aspect définitif de ses découvertes, il élabore une première topique vers 1895-1920, la différenciation Conscient-Préconscient-Inconscient, et une seconde topique vers 1920-1939 qui distingue le Moi, le Ca et le SurMoi. L'opposition du principe du plaisir au principe de réalité, l'existence des pulsions (distinguées des instincts) dont les manifestations s'organisent en fonction de l'expérience personnelle, constituent les principes majeurs de la nouvelle discipline qu'il fonde, la psychanalyse, et qu'il s'efforce assez tôt d'institutionnaliser (la première "Société psychologique du mercredi" devient en 1908 la "Société psychanalytique de Vienne").
  Le conflit psychique, dont le moteur est la vie sexuelle elle-même, se déroule dans la première topique entre les pulsions sexuelles et les pulsions d'autoconservation, et dans la dernière topique entre les pulsions de vie (Eros) et les pulsions de mort (Thanatos). Les pulsions de vie regroupent les pulsions sexuelles et les pulsions d'autoconservation alors que les pulsions de mort tendent à la réduction complète des tensions et se manifestent sous la forme de l'autodestruction et de l'agression. Pour Sigmund FREUD, le conflit est avant tout interne et les conflits interpersonnels n'ont de sens que dans la mesure où ils réveillent ou expriment des conflits internes. Et dans les relations avec les autres, le mécanisme du refoulement des pulsions sexuelles est primordial. Le développement de l'enfant entraîne chez lui fixations et régressions, si ces refoulements sont exagérés et ne constituent pas seulement des sublimations. Les névroses et les psychoses se manifestent alors, interviennent, font partie même, de la personnalité de l'individu qui développe ces refoulements. A chaque étape du développement physique de l'enfant, de nombreuses modalités d'expressions des pulsions se font jour et ils se heurtent aux répressions extérieures.
Le complexe d'Oedipe, avancé tant dans "Les trois essais sur la sexualité" (1905), que dans "Totem et Tabou" (1912) est au coeur de la théorie psychanalytique. Le triptyque Mère-Père-Fils ou Mère-Père-Fille est le creuset de toutes les relations futures de l'individu.
  Et une grande partie du travail de Sigmund FREUD (pris entre sa rigueur intellectuelle, la nécessité de propager la nouvelle discipline et la polémique qui, très tôt, s'instaure entre lui et ses nombreux disciples) a été de sérier, de classer à la fois les phases du développement humain et les diverses sortes de symptômes des névroses et des psychoses et de fonder une étiologie des "maladies mentales". Loin d'en rester à une étude de l'individu, FREUD ne cesse, surtout vers la fin de sa vie, de tenter de relier le destin de la personne au destin de l'humanité.

   Sigmund FREUD, La science des rêves (1900); Psychopathologie de la vie quotidienne (1901); Trois essais sur la théorie de la sexualité (1905); Cinq leçons sur la psychanalyse (1909); Totem et Tabou (1912); Inhibition, symptôme et angoisse (1926) ; Daniel LAGACHE, La psychanalyse, PUF, collection que sais-je?, 1976 ; Roger PERRON, Histoire de la psychanalyse, PUF, même collection, 1997 ; BIDEAU, HOUDE et PEDINIELLI, L'homme en développement, PUF, 2002.


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