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17 mars 2011 4 17 /03 /mars /2011 14:16

        Cette association volontaire de deux notions très différentes ne trouve ici sa motivation que dans leur utilisation fréquente dans les milieux de la psychanalyse et de la psychiatrie.

L'activisme est un mécanisme de défense psychique, l'acting-out est une gamme très étendue d'actes incluant ce que la clinique psychiatrique appelle passage à l'acte.

Ils peuvent, dans l'esprit de certains, induire une certaine perception qui allie un peu vite psychiatrie et criminologie dans des cas où elle n'a pas lieu d'être. L'Activisme, qui n'est cité en tant que mécanisme de défense que dans le DSM-IV (1994-1996) de l'American Psychiatric Association, est seulement une stratégie déterminée qui sert de dérivatif et qui est destinée à lutter contre l'angoisse. Tout de suite, peut venir à l'esprit le qualificatif d'activiste qui s'attache - péjorativement - aux partisans de l'action avec tous les dangers qui guettent des conduites extrémistes.

L'Acting-out ou passage à l'acte, en tant qu'acte impulsif désigne lui, la transgression de l'interdit d'agir dans le cadre de la cure classique, la psychothérapie individuelle ou institutionnelle, mais dans la littérature - anglo-saxonne surtout - nous retrouvons souvent ce terme dans le cadre d'études sur la délinquance. Il s'agit de bien les distinguer pour mieux comprendre en quoi l'activisme peut constituer un mécanisme de défense.

 

      L'Activisme est défini comme la Gestion des conflits psychiques ou des situations traumatiques externes par le recours à l'action, à la place de la réflexion ou du vécu des affects, écrivent Serban IONESCU, Marie-Madeleine JACQUET et Claude LHOTE. "On la retrouve couramment dans la vie quotidienne, à travers, par exemple, l'activité fébrile de la future mère sur le point d'accoucher, la pratique sportive de certains cadres dynamiques ou encore des engagements parfois excessifs dans des actions politiques et caritatives." "Pour les chercheurs qui ont collaboré au DSM-IV, l'activisme ne recouvre pas habituellement des comportements pathologiques.

Cette activité de substitution est défensive parce qu'en relation avec des conflits émotionnels sous-jacents. L'activisme serait "un appel à reconnaître que la conduite en question est liées à des conflits émotionnels", ce qui ne veut pas dire pour autant que cette reconnaissance soit toujours possible ou souhaitable. Tel est le cas de cet activisme qui a pour fonction de protéger d'un environnement familial ou conjugal agressif ou insatisfaisant, poussant à investir toujours plus son travail plutôt qu'à participer à la vie familiale. Il y a donc, dans ce mécanisme, participation active d'un Moi conscient qui cherche à fuir, à éviter ainsi la rencontre de l'affect ou de la pensée, sources d'angoisse, et à qui n'échappe pas non plus le caractère inadapté ou excessif de telles conduites. "L'acharnement thérapeutique", comme défense contre l'angoisse des soignants face à un pronostic létal, montre bien par sa formulation même (acharnement), et dans les faits, comment ce qui relève pourtant d'un activisme désespéré est généralement accepté, voire attendu".

Dans l'historique de l'activisme, les mêmes trois auteurs indiquent la proximité entre cet activisme et l'hyperactivité pathologique. MINKOWSKI en 1933, décrit l'activité dans des termes proches de l'activisme défensif. Ils rapprochent l'activisme d'autres mécanismes de défense comme le déni, l'identification projective et l'altruisme. Quant à sa signification pour la pathologie, "le champ nosographique des "pathologies de l'agir" aura peu ou prou à voir avec l'activisme en tant que défense puisqu'il s'agit inconsciemment de "faire" plutôt que d'avoir à dire, à penser ou à éprouver. C'est l'ensemble des conduites addictives mettant en jeu le corps, qui s'articule à cette défense active . "ne pas pouvoir ne pas "boire, se droguer, manger, ne pas manger, s'adonner au jeu, au sport, au travail, à la tentative de suicide ou encore à la sexualité sont autant d'exemples où le comportement s'érige en maître, et ce, de façon répétitive, transformant tous ces consommateurs excessifs en "esclaves de la quantité" (de M'UZAN, 1994). La défense maniaque venant obturer la douleur de la perte ou de la dépression s'offre en premier lieu avec son corollaire qui peut être pris ici à la lettre, la "réparation maniaque" (SEGAL, 1981). L'on connaît ces épisodes d'hyperactivité consécutifs à la mort d'un proche, qui amènent à hospitaliser en urgence des patients présentant des manies de deuil. N. ABRAHAM et TOROK, en 1973, considèrent toutefois que "un certain accroissement libidinal lors du décès de l'objet serait un phénomène répandu, pour ne pas dire universel". Cette tendance active peut alors entraîner honte et culpabilité, ainsi que le révèlent ces propos : "J'ai essayé le voile noir en me souriant dans le miroir, comme une fiancée qui se prépare au grand jour." Dans le registre de l'activisme pathologique, on pourrait ranger les pratiques sportives intensives bien connues des anorexiques qui rationalisent de telles conduites par la recherche de la perte ou du maintien d'un poids considéré comme idéal (BRUSSET, 1990). On peut considérer que le mécanisme de défense qu'est l'activisme remplit habituellement une fonction de suppléance et de compensation bénéfiques, lorsque le mot se trouve temporairement débordé par l'angoisse. Mais comme toutes les autres défenses, son utilisation exclusive, excessive, renverse l'essai d'ajustement en conduite pathologique pour le sujet qui s'en rend esclave, comme pour son entourage."

 

     Tout ceci posé froidement, pourquoi le DSM-IV est-il le seul à exposer ce mécanisme de défense et pourquoi le nom choisi est-il si proche, comme le signalent d'ailleurs nos trois auteurs, du qualificatif d'activiste?.

Le grand Larousse universel distingue, dans sa définition, deux sens du mot activisme en tant qu'activité de substitution à valeur défensive, et tendance à se perdre dans l'action désordonnée :

- Système de conduite qui privilégie l'action concrète, directe, l'initiative personnelle (en partie dans le domaine politique, social).

- Caractère, conduite de celui qui prend l'agitation pour le l'action (sens péjoratif).

A noter également que le DSM-IV accorde à l'hyperactivité (dans la catégorie de troubles : déficit de l'attention et comportement perturbateur) une certaine importance. Cela rejoint-il les préoccupations d'une partie du monde enseignant ou une partie des parents quant au comportement des enfants et des adolescents? 

 Il faut sans doute distinguer l'utilisation précise, confinée, prudente, qui en est faite par le corps médical au sens large et sa signification pour l'ensemble des acteurs asociaux (ce qui n'est jamais complètement disjoint). Une certaine presse peut relier la délinquance des jeunes à cet activisme, se polarisant alors sur des phénomènes psychiques internes et "oubliant" les facteurs économiques et sociaux de celle-ci. Certains intérêts économiques (laboratoires pharmaceutiques) peuvent attirer explicitement l'attention sur cet activisme (attitude très répandue finalement) pour inciter à la consommations de tranquillisants. Or, ici, le comité d'experts du DSM-IV est soupçonné de conflit d'intérêt. Certains acteurs politique, enfin, peuvent utiliser, de manière allusive ou précise, ce qualificatif d'activisme pour traiter à la fois une certaine délinquance et une certaine opposition à la société établie, voire à amalgamer au niveau comportemental une instabilité émotionnelle et l'expression d'une forme de contestation sociale.

 Pour tenter de répondre à la première question posée, il faut sans doute enquêter sur les évolutions de la pratique psychanalyste et psychiatrique aux États-Unis. Le DSM-IV, très utilisé outre-atlantique, cite ce mécanisme de défense "activisme ou activité de substitution (acting-out)", ce qui peut prêter à des confusions. Enfin, pour être honnête, le guide Mini DSM-IV-TR, Critères diagnostiques, publié aux Editions Masson, en 2004 (version française), ne mentionne pas l'Activisme (Il place par contre Hyperactivité). Mais est-ce une version expurgée, soumise au contexte français, où les polémiques sont très vives envers le DSM-IV?

 

      L'acting-out ou passage à l'acte, en tant qu'acte impulsif, est la transgression de l'interdit d'agir dans le cadre de la cure classique, la psychothérapie individuelle ou institutionnelle, c'est-à-dire dans tout abord thérapeutique s'appuyant sur la relation transférielle véhiculée par la parole. Il s'agit dans ce cas d'un "accomplissement de désir" prenant la forme d'agissements directs de la pulsion libidinale ou agressive dans le réel, en relation avec une méconnaissance par le patient du transfert. L'exemple caricatural, parce qu'extrême et pourtant réel de ce type d'acting-out dans ou hors de la cure, est illustré sur le versant agressif, par le patient tirant à bout portant sur son thérapeute ; sur le versant libidinal, par cette patiente d'Anne FREUD, infirmière, qui s'en vint un jour, hors du cadre de la cure, lui sauter dans les bras en public, lorsqu'elle le rencontre incidemment à l'hôpital, lieu de leurs activités professionnelles respectives. (Les mécanismes de défense).

 Jean-Bertrand PONTALIS et Jean LAPLANCHE définissent l'acting-out en psychanalyse comme l'ensemble des actions présentant le plus souvent un caractère impulsif relativement en rupture avec les systèmes de motivation habituels du sujet, relativement isolable dans le cours de ses activités, prenant souvent une forme auto- ou hétéro-agressive. Dans le surgissement de l'acting-out le psychanalyste voir la marque de l'émergence du refoulé. Quand il survient au cours d'une analyse (que ce soit dans la séance ou en dehors d'elle), l'acting-out est à comprendre dans sa connexion avec le transfert et souvent comme une tentative de méconnaitre radicalement celui-ci. Du point de vue descriptif, la gamme des actes qu'on range d'ordinaire sous la rubrique de l'acting-out est très étendue, incluant ce que la clinique psychiatrique nomme passage à l'acte, mais aussi des formes beaucoup plus discrètes à condition que s'y retrouve ce caractère impulsif, mal motivé aux yeux même du sujet, même si l'action semble rationalisée ; pour le psychanalyste, un tel caractère signe le retour du refoulé. Un des apports de la psychanalyse est de mettre en relation le surgissement de tel acte impulsif avec la dynamique de la cure et le transfert.

Mais l'extension du sens de l'acting-out dans d'autres contextes, et non spécifiquement dans l'interprétation psychanalytique classique, le rend relativement vague et variable... 

    

      Sophie de MIJOLLA-MELLOR expose la notion l'acting-out en la comparant à l'acting-in et en faisant de l'acting le point de départ de son explication.

On entend par acting l'expression et la décharge d'un matériel analytique conflictuel par le biais d'un acte au lieu d'une verbalisation. L'acte s'oppose ici au mot, mais tous deux procèdent d'un retour du refoulé donnant lieu dans un cas à une répétition et dans l'autre à un ressouvenir. L'opposition entre acting-out et acting-in tient au fait que les actions ainsi déterminées sont accomplies à l'extérieur de la cure, actions qui s'expliqueraient comme une compensation à la frustration induite par la situation analytique, la règle d'abstinence, etc, ou à l'intérieur de la cure : communication non verbale par les postures corporelles, mais aussi silences prolongés, retards répétés, tentatives pour séduire ou agresser l'analyste. Cette notion acting-out/acting-in est indissociable de la théorie du transfert et de son évolution. Beaucoup d'auteurs se sont intéressés à cette notion, notamment pour souligner le type de personnalités qui sont le plus susceptibles d'agir leur transfert à la place de la remémoration : Anna FREUD souligne l'importance des pathologies pré-oedipiennes, Léon GRINBERG fait l'hypothèse d'une perte d'objet précoce n'ayant pas fait l'objet d'un travail de deuil adéquat. dans ces différents cas, l'approche de l'acting se rapproche de la notion d'une action qui se produit sous la pression de désirs inconscients et mène à un comportement inapproprié, voire disruptif.

 

          La même auteure, Sophie de MIJOLLA-MELLOR, définit le Passage à l'acte comme un type particulier de l'agir, défini par son caractère disruptif, voire délictueux, qu'il soit auto- ou hétéro-agressif, souvent rapporté à la catégorie de la psychopathie. Cette notion est utilisée d'abord dans la clinique psychiatrique et la criminologie avant d'être reprise dans le contexte de la psychanalyse. Elle ne doit pas être confondue avec l'acting-in/acting-out qui est strictement limité au cadre de la cure et à la dynamique du transfert. Elle apparaît, même au-delà de certaines simplifications, susceptibles de renvoyer à des étiologies extrêmement variées, en même temps qu'elle s'intègre dans une perspective philosophique très large entre pensée et action.

     Et cela d'autant plus que le sens psychanalytique restreint ne vient que tardivement et que c'est son sens criminologique qui semble venir à l'esprit le premier. Le terme n'est même pas mentionné dans le Dictionnaire de la psychiatrie de Jacques POSTEL (Larousse, 2003). Par contre, y figure, très brièvement, l'Acting-out, juste en fin d'explication du terme Agressivité, renvoyant directement aux ouvrages de CASTETS, de 1974 (La Mort de l'autre, Essais sur l'agressivité de l'enfant et de l'adolescent, Privat) , de KARLI, de 1982 (Neurologie des comportements d'agression, PUF) et de VINCENT, de 1986 (Biologie des passions, Odile JACOB).

 

      Les processus du passage à l'acte délictueux constituent un chapitre copieux sur l'étude du crime, dans Criminologie, de Raymond GASSIN.

Y sont distingués des modèles partiels de ce passage à l'acte et le modèle général anti-déterministe de A. K .COHEN. Cet auteur, notamment dans La déviance, part de la constatation que dans les théories traditionnelle l'interaction entre l'acteur et la situation pré-criminelle est traitées comme un épisode unique. Or, selon lui, l'acte délictueux se développe au contraire dans le temps et par une série d'étapes. L'acte est une tentative, un processus de tâtonnement, qui n'est jamais entièrement déterminé par le passé et qui est toujours susceptible de modifier son cours en réponse à des changements intervenant soit dans la personnalité de l'acteur, soit dans la situation pré-criminelle, soit dans les deux. Cette considération, comme beaucoup d'autres dans la criminologie récente, peut amener à une surveillance d'une population d'individus qui se caractérisent par des actes qui sortent de la norme de manière répétée, quoique dans un premier temps, non délictueux. Parmi ces autres considérations figure en très bonne place le modèle du passage à l'acte qui fait résider ce passage dans les fonctions psychologiques du criminel. Le passage à l'acte délictueux est considéré comme un mouvement réactionnel consécutif à un déséquilibre du système psychique d'une personne vulnérable provoqué par un événement conflictuel qui a pour fonction de tendre au rétablissement de l'équilibre psychique de cette personne.  A partir de là, il s'agit de surveiller toutes les situations pré-criminelles.

 

      Cette première approche tente de cerner les possibles dérives d'une notion de mécanisme de défense, l'Activisme (jusqu'à la constitution d'une telle notion), à une notion de conditions de passage à l'acte. Notre lecture est surtout perplexe, de trouver dans une partie de la littérature psychiatrique, accolées des notions qui normalement ne devraient même pas être reliées entre elles. Y-a-t-il seulement le choc entre plusieurs types de littérature (spécialisé et non-spécialisé - anglaise et française), (mais nous en doutons) ? ou existe-t-il réellement une dérive dans le sens des concepts (indice d'une certaine décadence de la littérature scientifique sous l'effet de pouvoirs économiques, si l'on en croit les conditions de l'émergence de la notion d'Activisme) ?

 

Raymond GASSIN, Criminologie, Dalloz, 2003.  Mini DSM-IV-TR, Critères diagnostiques, Masson, 2004. Jean LAPLANCHE et Jean-Bertrand PONTALIS, Vocabulaire de la psychanalyse, PUF, 1976. Sophie de MIJOLLA-MELLOR, Dictionnaire International de la psychanalyse, Hachette Littératures, Grand Pluriel, 2002. Serban IONESCU, Marie-Madeleine JACQUET et Claude LHOTE, Les mécanismes de défense, Théorie et Clinique, Nathan Université, 2003.

 

                     PSYCHUS

 

Relu le 3 mai 2020

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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16 mars 2011 3 16 /03 /mars /2011 13:42

        Plusieurs listes de mécanismes de défense existent en psychanalyse comme en psychiatrie, diversement prises en compte par les praticiens, diversement, disons-le tout net, scientifiques. Comprendre par cette dernière remarque que des listes établies, comme celles du Manuel Diagnostique et Statistique des troubles mentaux (DSM-I à V) élaborée par des comités d'experts aux États-Unis s'avèrent plus des outils statistiques et des moyens d'augmenter les consommations de médicaments au grand bénéfice de laboratoires pharmaceutiques que d'outils en soutien aux malades. L'échelle de fonctionnement défensif que l'Association Américaine de Psychiatrie (APA) propose est toutefois mentionnée avec les réserves qui s'imposent. Il faut ajouter que le regard du milieu psychiatrique n'est pas le même, surtout vis--vis de la liste DSM, que le regard du milieu psychanalytique, surtout en Europe. Jean THUILLIER, neuropsychiatre et pharmacologue français estime que "initiative issue des meilleurs sentiments, les DSM sont des outils pratiques pour ceux qui les emploient sans préjugé. Leur lecture est facile, parfois humoristique dans la présentation des symptômes décrits avec une candeur très anglo-saxonne. Ils suivent la mode. Ainsi l'homosexualité a complètement disparu depuis la première édition comme cela avait été demandé depuis longtemps."

 

        Serban IONESCU, Marie-Madeleine JACQUET et Claude LHOTE  exposent au moins 6 listes de mécanismes de défense (ils les résument dans un grand tableau dans leur livre Les mécanismes de défense) que nous pouvons présenter ici, à commencer par celle, déjà mentionnée, d'Anna FREUD qui détaille ces mécanismes dans Le Moi et les mécanismes de défense (1936).

De nombreux recoupements existent entre ces listes.

- La liste d'Anna FREUD comporte 10 mécanismes, mais dans le texte George Euran VAILLANT en relève au moins 20.

- Celle qui semble la plus longue apparaît sous forme de glossaire, dans l'annexe B d'un article cosigné par G. BIBRING, DWYER, HUNTINGTON et VALEINSTEIN en 1961, portant sur les processus psychologiques étudiés au cours de la grossesse et sur les relations précoces mère-enfant. Cette liste, appelée liste VALEINSTEIN, comprend 43 mécanismes. Outre 9 mécanismes qui apparaissent dans la liste d'Anna FREUD, dix autres mécanismes y figurent, qui se retrouvent aussi dans d'autres listes, à savoir l'Altruisme, l'Ascétisme, le Déni (par exagération ou en fantaisie), le Déplacement, l'Identification (à l'objet aimé, à l'objet perdu, à l'agresseur, auto-punitive), l'Intellectualisme, le Passage à l'acte, la Rationalisation, le Retrait et la Somatisation. Vingt autres mécanismes sont spécifiques à la liste VALENSTEIN : Blocage, Complaisance (ou compliance), la Conduite contra-phobique, le Contrôle, le Contrôle par la pensée, la Dépersonnalisation, la Désexualisation, le Détachement, l'Évitement, la Limitation des fonctions du moi, la Mise en avant des affects, la Ritualisation, la Sexualisation, Faire le clown, Se moquer, Manger et boire, Recourir à la pensée magique, Se cramponner à l'objet, Se tourner vers l'esthétique, Siffler dans le noir, Tomber malade. Citer tous ces noms de mécanismes peut s'apparenter à un inventaire à la Prévert, mais derrière certains se cachent des exagérations de comportement, par ailleurs très banals.

- Celle de LAPLANCHE et PONTALIS, dans le Vocabulaire de la psychanalyse (1967)  est une sorte de panachage entre des mécanismes décrits par Anna FREUD, des défenses décrites par Mélanie KLEIN, ce qui est logique puisqu'il s'agit pour eux de simplement informer sur les mécanismes de défense usuellement recherchés par les psychanalystes. Nous pouvons y trouver donc les "défenses très primaires" décrites par Mélanie KLEIN, qui elle-même n'a pas établi de listes de ce genre : le clivage de l'objet, l'identification projective, le déni de la réalité psychique, le contrôle omnipotent de l'objet, etc. Sous le même nom peuvent se retrouver des mécanismes différents, ainsi le déni de réalité est un mécanisme différent du déni de la réalité psychique de Mélanie KLEIN, ce qui veut dire que lorsqu'un étudiant français trouve dans un article une formule à l'auteur non spécifié, il peut rencontrer des surprises (surtout s'il s'agit d'un article anglais!)... Heureusement ce fameux Vocabulaire de la psychanalyse constitue un guide très précis des différentes conceptions, par exemple de Sigmund FREUD, d'Anna FREUD, de Mélanie KLEIN ou de Jacques LACAN, pour ne nommer que ceux-là.

- Celle de BERGERET, dans Abrégé de psychologie pathologique (1972) comprend 25 mécanismes de défense. Cette liste comprend donc l'Annulation, la Condensation, le Contre-Investissement, le Dédoublement des imagos, le Dédoublement du moi, la Dénégation, le Déni, le Déplacement, l'Évitement, la Forclusion, la Formation de compromis, la Formation réactionnelle, la Formation substitutive, la Formation des symptômes, l'Identification, l'Identification à l'agresseur, l'Identification projective, l'Introjection, l'Isolation, la Projection, le Refoulement, la Régression, le Renversement de la pulsion, le Retournement contre soi et la Sublimation. 

- Celle de l'Association Américaine de Psychiatrie, dans les DSM I à 5, apparaissent différents mécanismes de défense, qui changent d'un Manuel à l'autre (surtout entre I, II et III, IV). C'est dans le DSM-IV de 1994-1996 que se trouve l'échelle de fonctionnement défensif, qui abandonne toute référence aux travaux de la psychanalyse. Aux 18 mécanismes figurant déjà dans le DSM III-R se rajoutent la sublimation et 13 autres mécanismes : Auto-affirmation, Altruisme, Anticipation, Auto-observation, Capacité de recours à autrui, Déni psychotique, Distorsion psychotique, Humour, Identification projective, Identification projective, Omnipotence, Plainte associant demande d'aide et rejet de cette aide, Projection délirante, Retrait apathique. Tous ces ajouts constituent surtout des mécanismes de niveau adaptatif élevé (c'est-à-dire des mécanismes de défense positifs, autant pour le patient que pour son entourage). 

- Celle résultant des travaux (1979-1995) de Robert PLUTCHIK est la plus élaborée car elle opère des regroupements entre différents mécanismes, avec des oppositions entre différents groupes de mécanismes. Basée sur l'étude des relations entre les mécanismes de défense, relations impliquant aussi bien des similitudes que des oppositions, la liste de PLUTCHIK se situe dans un cadre théorique nouveau, la théorie psycho-évolutionniste, qui met en relation les défenses du Moi, les styles de coping et les troubles de la personnalité avec les émotions de base, conçues comme des processus psychobiologiques complexes. 

      A partir de ces différents travaux (bien différents...), les trois auteurs établissent eux-mêmes une liste de 68 mécanismes de défense, dont certains d'ailleurs, de leur propre avis, n'en constituent pas vraiment (manger et boire, siffler dans le noir...). Sur ces 68 mécanismes, ils en détaillent 29.

 

        Mais au-delà de ces listes, ce sont des classifications de mécanismes en fonction de leur "gravité" qui s'avèrent plus intéressantes. 

      La plus connue est celle de G. E. VAILLANT qui regroupe les défenses en quatre catégories :

- défenses psychotiques (avec la projection délirante, la distorsion et le déni psychotique) ;

- défenses immatures, au nombre de 6 : projection, fantaisie schizoïde, hypocondrie, agression passive, activisme et dissociation (ou déni névrotique). Il n'y met pas le clivage, la dévalorisation, l'idéalisation ou l'identification projective.

- défenses névrotiques ou intermédiaires comme le déplacement, l'isolation de l'affect, le refoulement et la formation réactionnelle ;

- défenses matures comme l'altruisme, la sublimation, la répression (ou mise à l'écart), l'anticipation et l'humour.

      Une autre classification se rapproche de celle proposée par G. E. VAILLANT, dans le DSM-IV, où sont décrits 7 niveaux de fonctionnement défensif :

- niveau adaptatif élevé qui regroupe par exemple 8 défenses : anticipation, capacité de recours à autrui (affiliation), altruisme, humour, auto-affirmation, auto-observation, sublimation et répression, qui permettent aux facteurs de stress, accroissent la gratification, autorisent la perception consciente des sentiments, des idées et des conséquences, assurent le meilleur équilibre possible entre les différentes motivations conflictuelles ;

- niveau des inhibitions mentales (ou de la formation de compromis). Les 7 défenses données comme exemple - le déplacement, la dissociation, l'intellectualisation, l'isolation de l'affect, la formation réactionnelle, le refoulement et l'annulation rétroactive - maintiennent en dehors de la conscience les idées, les sentiments, les désirs ou les peurs susceptibles de représenter une menace potentielle ;

- niveau de la distorsion mineure de l'image, regroupant des défenses comme la dépréciation, l'idéalisation et l'omnipotence qui opèrent, afin de réguler l'estime de soi, des distorsions mineurs de l'image de soi ou des autres ;

- niveau de désaveu comme pour le déni, la projection et la rationalisation, qui maintiennent en dehors de la conscience des facteurs de stress, des pulsions, des idées, des affects ou des sentiments de responsabilité déplaisants ou inacceptables, tous étant (ou non) attribués de manière erronée à des causes externes ;

- niveau de la distorsion majeure de l'image comme avec la rêverie autistique, l'identification projective et le clivage de l'image de soi ou des autres, qui produisent une distorsion majeure ou une attribution erronée de l'image de soi ou des autres ;

- niveau de l'agir, comme pour l'activisme, le retrait apathique, la plainte associant demande d'aide et rejet de cette aide et l'agression passive, qui engendrent un fonctionnement défensif qui se caractérise par l'utilisation, en présence de facteurs de stress internes ou externes, de l'action ou du retrait ;

- niveau de la dysrégulation défensive, comme pour la projection délirante, le déni psychotique et la distorsion psychotique, qui témoignent d'un échec de la régulation défensive des réactions du sujet aux facteurs de stress, ce qui entraîne une rupture marquée par rapport à la réalité objective.

        

         La classification de John Christopher PERRY (1990), à connotation psychopathologique plus marquée, comporte elle aussi 7 classes,  :

- défenses action (comme l'agression passive) ;

- défenses bordeline ou limite (comme le clivage) ;

- défenses désaveu (comme le déni) ;

- défenses narcissiques (comme l'omnipotence) ;

- autres défense névrotiques (comme le refoulement) ;

- défenses obsessionnelles (comme l'annulation rétroactive) ;

- défense matures (comme la sublimation).

        

       La classification de Adriaan VERWOERDT de 1972 comprend 3 classes de mécanismes de défense définies, notamment, par la manière dont elles négocient avec les menaces: 

- première classe qui se caractérise par un retrait face à la menace, comme pour la régression révélée par l'hypocondrie ;

- deuxième classe qui réunit des mécanismes qui tentent d'exclure la menace de la conscience, comme le déni, la répression (ou mise à l'écart), la rationalisation, la projection et l'introjection ;

- troisième classe constituée des mécanismes où l'on tente de dominer, de maitriser les menaces, comme l'intellectualisation, l'isolation, le recours aux conduites contra-phobiques ou à  la sublimation.

 

          D'autres classifications existent, celles-ci étant les plus couramment exposées, mais en fait, et les polémiques à l'égard de la présentation du DSM-IV l'indiquent, elles ne sont éclairantes que dans le cadre de leur apparition et de leur devenir dans la vie courante.

En fin de compte, les tentatives de systématisation - et celle du DSM-IV en est la plus forte et la plus insistante, donc finalement la plus suspecte - se heurtent au caractère extrêmement évolutif des affections psychiques, tant dans leur degré de gravité que dans leur fréquence d'apparition.

 

         Déjà, les travaux d'Anna FREUD permettent de comprendre, notamment parce qu'elle expose avec grands détails les aspects concrets des mécanismes de défense, plusieurs choses :

- la chronologie de l'apparition des défenses est difficile à établir ;

- les mécanismes de défense ne peuvent apparaître avant que certaines conditions soient remplies ou "avant que les conditions préliminaires de travail" de ces mécanismes "existent". Concrètement dans le cas du refoulement par exemple, il faut que l'enfant ait achevé une différenciation entre le Moi et la Ça. Pour qu'il puisse travailler, le refoulement a besoin d'une structuration de la personnalité. (Joseph SANDLER)

- la présence de certains mécanismes de défense serait normale à certains âges et dangereuse (voire pathologique) avant ou après ;

- une défense peut évoluer au cours de la vie et, dans certains cas, il existerait une véritable séquence développementale. Une telle séquence dénommée aussi par développement ou ligne de développement est évoquée à propos du déni par Anna FREUD.

 

           Pour aller plus loin, dans la réalité clinique, afin d'identifier et traiter des affections psychiques résultants de certains mécanismes de défense, il faut disposer de véritables instruments d'évaluation. Or ces instruments s'avèrent multiples et dispersés et les diagnostics apportés sur les patients peuvent varier considérablement. Et encore plus les thérapeutiques proposées... Ce qui importe dans ces classifications des mécanismes de défense, c'est bien sûr leur utilisation clinique.  

   Le point de départ est l'analyse de défense. Si pour Sigmund FREUD, la libre association des idées est la principale technique, pour Anna FREUD, il importe d'être plus actif pour que s'opère la remontée à l'état conscient des défenses du patient. Son cheminement technique va de l'analyse de la défense à l'étude de sa résistance dans le transfert pour arriver à l'analyse de l'anxiété et de ses origines. Le pronostic est plus favorable lorsque la défense a comme motif la crainte du Surmoi. Comme le conflit, dans ce cas, est intérieur, il peut être liquidé plus facilement, notamment lorsque le Surmoi devient plus accessible à la raison grâce, par exemple, à la connaissance des indications sur lesquelles il est bâti. la peur que provoque le Surmoi est alors diminuée et le Moi n'a plus besoin d'utiliser d'autres procédés défensifs susceptibles d'engendrer des manifestations pathologiques. Ce type d'intervention se heurte à de graves difficultés dans certains états pathologiques où le patient lutte par peur de la puissance de ses pulsions. Lorsque l'analyste rend conscientes et, donc, inopérantes les défenses du patient, ramenant au niveau conscient les activités inconscientes du Moi, l'analyse affaiblit davantage le Moi et favorise le processus pathologique. C'est dire combien l'intervention du thérapeute est délicate lorsqu'il s'agit de s'attaquer directement à l'expression des mécanismes de défense, en l'absence de diagnostic certain, et c'est toute la raison de ces multiples recherches pour le développement de bonnes thérapeutiques... G. E. VAILLANT étudie précisément beaucoup la gestion des défenses au cours des psychothérapies, qui demandent de la patience et du temps. Ce qui ne peut pas passer évidemment par une séquence simple diagnostic relativement rapide-médicaments neurotropes ou psychotropes qui semble être l'objectif recherché par le DMS-IV par exemple... 

 

       Les trois auteurs de Les mécanismes de défense semblent pourtant favorables à ce que l'on se rapproche d'une telle séquence, lorsqu'ils considèrent comme négatives "la réticence (voire la résistance) de certains psychanalystes à l'idée d'un diagnostic ainsi que leur rejet de toute sémiologie - assimilée à une ingérence comportementaliste-psychiatrique stérile (...)".

Ils leur recommandent la lecture de deux ouvrages, Psycho-analytic Diagnosis, understanding Personnality Structure in the Clinical process de Mc WILLIAMS et Psychodynamic Psychiatry in Clinical Practice, the DMS-IV Edition (en attendant la version V, préparée dès 2010 et prévue à la publication pour 2013), de Glen Owens GABBARD.

Même si leurs intentions sont honorables et partent d'une préoccupation que l'on peut partager, la valeur scientifique de ces études est fortement contestée en Europe et aux États-Unis. L'orientation prétendument "a-théorique" du guide, ce qui en soi est relativement suspect, provoque une véritable tempête, malgré l'intention bonne de tenter de constituer un langage commun chez les cliniciens. Le problème provient sans doute des limites mêmes de l'utilisation d'un tel guide, purement descriptif, qui n'aide pas beaucoup en fait dans l'établissement des diagnostics concrets. Le caractère large d'ailleurs de certains mécanismes de défense décrits pose question et laisse ouverte la porte à toutes les manipulations comportementales, ce qui est particulièrement sensible dans le cas de personnes que certains thérapeutes pensent être atteintes de déviance sexuelle. La tempête n'a d'ailleurs pas seulement un caractère de querelle ou de controverse scientifique ; des enquêtes tendent à prouver des conflits d'intérêts entre les membres du comité d'expert et les firmes pharmaceutiques qui auraient peut-être eu un peu trop tendance à rechercher à tout prix des applications thérapeutiques à certaines de leurs trouvailles bio-chimiques. Depuis une dizaine d'années d'ailleurs, la prise de conscience croissante de l'importance de la transparence dans les publications biomédicales se reflète par le nombre croissant de revues médicales qui ont adopté des politiques éditoriales de divulgation de conflits d'intérêt financier et par le soutien recueilli par ces politiques au sein des associations professionnelles Ce mouvement général dans les pays occidentaux pourrait avoir des résultats très directs sur les études psychiatriques, et singulièrement celles portant sur les mécanismes de défense.

 

      Ces trois auteurs ont bien conscience d'ailleurs de certaines dérives sur la terminologie employée dans les publications. Ils tiennent à ce que la différence soit bien établie entre défense et symptôme. Ils signalent que G. E. VAILLANT écrit en 1993 dans The Wisdom of the Ego (Cambridge, Harward University Press) qu'il faut toujours se demander  : "quand une défense est-elle symptôme et quand est-elle adaptative?". Une des meilleures façons d'éviter tout diagnostic imprudent est d'adopter progressivement une approche intégrative des processus psychologiques d'adaptation. Chose qui ne s'est faite, comme ils le présentent, que pour d'autres mécanismes de défense que ceux cités auparavant, des formes socialisées des défenses internes (Laurent MUCCHIELLI), des défenses trans-personnelles qui permettent au Moi de se protéger en manipulant ses relations avec le monde, des mécanismes de défense groupale (Didier ANZIEU, René KAES).

      Dans cette perspective, Daniel LAGACHE (1903-1972) considère que le concept de défense est insuffisant pour expliquer le changement dans la cure psychanalytique et considère comme absolument nécessaire l'introduction du concept de dégagement (Fascination de la conscience par le moi, 1957 ; La psychanalyse et la structure de la personnalité, 1961 ; La conception de l'homme dans l'expérience psychanalytique, 1962).

Il décrit les éléments caractéristiques du dégagement de la manière suivante :

- la reconnaissance, considérée comme essentielle, par le sujet de ses désirs et défenses fantasmatiques ;

- le rôle important que joue la conscience - le Moi conscient - rôle, qui sans être exclusif, est déterminant ;

- la levée de la défense, en tant que préalable du dégagement. Les opérations de dégagement supposent le désinvestissement de la contre-pulsion défensive, son ajournement et, en contrepartie, le surinvestissement de certaines pensées, lequel fait appel à l'attention et à la réflexion.

Daniel LAGACHE précise, aussi, qu'en termes psychologiques, les mécanismes de dégagement font appel à l'intelligence, dans le sens où nous la définissons comme l'ajustement aux situations nouvelles. Il décrit ses différents modes de réalisation (familiarisation du sujet avec la situation traumatique, la prévision qui permet au sujet de se dégager, le remplacement). A la suite d'Otto FENICHEL (1897-1946) qui considère la sublimation comme une défense réussie, D. LAGACHE propose de considérer la sublimation comme un mécanisme de dégagement.

    Dans la même perspective, les études de Richard S LAZARUS (1922-2002) sur le stress psychologique et le coping peuvent être prometteuses. Le coping est l'ensemble des efforts cognitifs et comportementaux destinés à maîtriser, réduire ou tolérer les exigences internes ou externes qui menacent ou dépassent les ressources d'un individu. 

       Karl Augustus MENNINGER (1893-1990), dans un article de 1954, aborde les mécanismes de défense dans une perspective large, celle des processus adaptatifs et d'une hiérarchisation des dispositifs de régulation. Idée reprise par  Bartold Bierens de HAAN, auteur d'un Dictionnaire critique de psychiatrie, en 1969, quand il élabore un modèle du fonctionnement adaptatif qui comprend différentes dimensions de base au nombre de dix, s'exprimant chacune sous forme de coping, de défense, de fragmentation : ceux-ci constituant les trois types de processus ou de mécanismes du Moi. L'idée d'une mise en relation systématique des différents mécanismes du Moi apparaît aussi chez Laurent MUCCHIELLI, chez Serban IONESCU et chez Robert PLUTCHIK. 

          En conclusion, Serban IONESCU, Marie-Madeleine JACQUET et Calude LHOTE écrivent, sans doute avec un certain optimisme, "qu'après une période de mise en évidence et de description des différents mécanismes psychologiques d'adaptation, les chercheurs et les praticiens s'orientent vers l'étude des relations entre ces différents mécanismes. Une approche intégrative pourrait déboucher sur une nouvelle théorie de l'adaptation permettant une vision plus globale du fonctionnement psychique. La diversité de ces mécanismes rend, cependant, indispensable - tout comme dans le cas d'une approche intégrative en psychopathologie - une réflexion épistémologique sur ce thème."

 

Serban IONESCU, Marie-Madeleine JACQUET et Claude LHOTE, Les mécanismes de défense, Théorie et Clinique, Nathan Université, collection Psychologie Fac, 2003.

Sur la polémique à propos des DSM, on peut consulter les sites Internet  http://pharmacritique.20 minutes-blogs.fr, http://arturmary.wordpress.com et http://prescrire.org, le Manuel de psychiatrie, Masson, 2006, notamment l'article de Henri EY et l'étude de James PHILLIPS "On DSM-5 Grief and Depression : When Science and Terminology Get Confused, dans Psychiatric Times, 15/09/2010, ainsi d'ailleurs que d'autres articles dans cette même revue. Jean THUILLIER, La folie, Histoire et Dictionnaire, Robert Laffont, collection Bouquins, 2007.

A noter que cet article sera complété par la suite. 

 

 

                                                                                            PSYCHUS

 

Relu le 4 mai 2020

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11 octobre 2010 1 11 /10 /octobre /2010 08:45

Définitions et orientations 

        Agressivité est défini dans le Petit Robert (comme nom féminin dérivé à partir de l'adjectif Agressif, nom apparu en 1875) comme le Caractère agressif. En psychologie, ce serait selon ce dictionnaire la manifestation de l'instinct d'agression. Conception bien ancrée qui n'est pas du tout en phase avec les connaissance scientifiques actuelles...

       Pierre RENNES, dans Vocabulaire de la psychologie d'Henri PIERON, le défini comme le "comportement caractérisé par l'acte d'attaquer ou d'aller de l'avant et s'opposant à celui de refuser le combat ou de fuir les difficultés".

           Jean BERGERET, dans Dictionnaire international de la psychanalyse, sous la direction d'Alain de MIJOLLA, écrit qu'"au sens propre du terme, l'agressivité correspond à des fantasmes ou à des comportements que Freud a déterminé du point de vue clinique, mais il a, de prime abord, hésité pour en donner une définition répondant aux exigences de ses propres repères métapsychologiques successifs. Ce n'est qu'après avoir montré l'importance de l'ambivalence dans le transfert (1912) qu'il s'est trouvé en mesure de considérer l'agressivité comme une manifestation relationnelle courante, mais n'ayant pas une origine unique ni même homogène. Il n'a jamais changé d'opinion par la suite et a toujours regardé l'agressivité comme l'alliance et la conjonction imaginaires ou symptomatiques de motions affectives hostiles d'une part et érotisées de l'autre."

        Dans le Dictionnaire encyclopédique réalisé sous la direction de Richard GREGORY, "les comportements visant à blesser physiquement un autre individu doivent à l'évidence être considérés comme agressifs : c'est le coeur même de la notion d'agression. Les comportements visant à provoquer une blessure psychologique sont généralement eux aussi inclus dans la définition, et les fantasmes faisant intervenir la blessure d'autrui en sont proches. La question de l'intention est cruciale : une blessure provoquée par accident n'est habituellement pas considérée comme agression." Cette définition relativement proche de la tradition juridique part surtout de la provenance de l'agression, une blessure causée involontairement peut très bien être interprétée par l'organisme qui la subit comme une agression et sa réaction est d'ailleurs analogue à celle suivant une agression "intentionnelle".

De toute manière, l'auteur de l'article insiste sur l'hétérogénéité de l'agression : "Qu'elle qu'en soit la définition, la catégorie des comportements agressifs est très hétérogène, et on a souvent essayé d'établir des subdivisions." Il cite deux exemples  :

- "Dans les études sur les enfants (FESHBACH, 1964 ; MANNING et collègues, 1978), quatre catégories se sont montrée utiles : l'agression spécifique ou instrumentale, visant à obtenir ou à conserver des objets ou des positions donnés, ou l'accès à des activités désirables ; l'agression gratuite ou hostile, visant surtout à irriter ou à blesser un autre individu, sans avoir pour but un objet ou une situation quelconques ; l'agression ludique, qui apparaît lorsque des jeux de combat dégénèrent jusqu'à ce que des blessures soient délibérément infligées ; l'agression défensive, provoquée par les actes d'autrui."

- "En ce qui concerne les adultes (TICKLOENBERG et OCHBERG, 1981) (il y a la) classification suivante de la violence criminelle : violence instrumentale, dont le motif est le désir conscient d'éliminer la victime ; violence émotionnelle, perpétrée sous le coup d'une forte colère ou d'une forte peur : violence par félonie, survenant à l'occasion d'un autre crime ; violence anormale, crimes de déments et des psychopathes sévères ; violence "dyssociales", actes de violences approuvés par le groupe de référence de leur auteur, qui les considère comme une réponse appropriée à la situation." 

        Ces définition ont été utiles à un moment de la réflexion, mais ils présentent des difficultés quand on examine les motivations en situation réelle. En outre, nous dirions que ces définitions mélangent fâcheusement les notions de violence et d'agressivité. Heureusement, le Dictionnaire ne s'y attarde pas et examine la complexité des motivations, les facteurs prédisposant immédiats à l'agression, le conflit entre groupes et les causes ultimes.

    Pour ce qui est de la complexité des motivations, elle est mise en évidence par les études de nombreuses espèces où se partagent les motivations spécifiques au contexte (nourriture, territoire) et tendances antagonistes à attaquer ou à fuir un rival. "La diversité du comportement pouvait être comprise en termes de variations de niveaux absolus et relatifs des diverses motivations (...). De manière analogue, il semble probable que chez l'homme, les divers types d'agression puissent être analysés comme diverses combinaisons des variables sous-jacentes dont il est fait l'hypothèse. Des possibilités évidentes sont "l'avidité spécifique", c'est-à-dire la motivation d'acquérir des objets ou des situations précises ; la domination, c'est-à-dire la motivation d'élever sa position ou de se pousser en avant ; et la peur (...), ainsi que la propension elle-même à se comporter de manière agressive, c'est-à-dire à blesser autrui (...)."

    Sur les facteurs prédisposant immédiats à l'agression, "certains auteurs ont considéré l'agression comme ne dépendant que de facteurs émotionnels, et d'autres, comme spontanée et devant inévitablement s'exprimer. (...) Mais aucune de ces deux manières de voir n'est exacte (...) Sans rejeter aucune (des) idées (comme la catharsis), les chercheurs ont tenté d'identifier les causes premières de l'agression." Mais, "rejetant toute idée d'un facteur primordial, les chercheurs actuels tentent d'identifier l'ensemble des facteurs, internes ou externes à l'individu, qui modifient l'incidence de l'agression."

    Dans la suite du développement sur l'agressivité, l'auteur met surtout en avant (causes ultimes) les facteurs de l'évolution, en termes de bénéfices/risques pour les espèces.

          Jacques GERVET, dans le Dictionnaire du darwinisme et de l'évolution, indique que "la mode est un peu passée de tenter un traitement neuro-chirurgical des individus agressifs ; cela signifie sans doute que des conceptions moins simplistes ont remplacé une conception localisant précisément des structures responsables de l'agressivité."

Il rappelle la définition donnée par Henri LABORIT à l'agressivité : toute forme d'activité capable de détruire une forme organisée. "Cette définition très extensive peut englober bien des conduites qui ne sont pas agressives au sens des éthologistes. KARLI a tenté, quant à lui, d'étudier plus précisément le réglage du "comportement du Rat tueur de souris (conduite "muricide"), ce comportement possédant grossièrement certains traits des conduites agressives au sens habituel".

Après avoir rappelé les principaux résultats devenus classiques de ces expériences, l'auteur conclue, avant d'aborder des considérations touchant à la génétique,  qu'"en définitive, si l'on essaie de préciser un peu les termes, une conduite agressive implique une mobilisation générale de l'organisme, des conditionnements variés... en sorte qu'on ne peut guère la ramener à un processus physiologique ayant quelque spécificité. Cela ne signifie certes pas qu'il est impossible de diminuer l'"agressivité" d'un être par voie physiologique : que l'on pense par exemple aux "camisoles chimiques" ; mais l'effet produit n'est, aujourd'hui encore, pas extrêmement spécifique et affecte également d'autres fonctions."

Contrairement au dictionnaire encyclopédique réalisé sous la direction de Richard GREGORY, Jacques GERVET signale que "aucun généticien professionnel ne se proposerait aujourd'hui d'étudier "la génétique" de l'agression". Pour autant, les études sur l'hérédité de l'agressivité, sous forme d'influences de la présence de certaines formules chromosoniques sur certains comportement, continuent et continuent de susciter des débats. L'auteur insiste sur un cas de recherche et pense "qu'il illustre les fautes récurrentes de raisonnement commises à propos d'un problème sensible, et qu'il montre pourtant à quel point les généticiens, quant à eux, insistent aujourd'hui sur l'absence de relation causale simple entre une variation génétique et l'émergence d'un trait complexe comme celui qui se manifeste sous la forme d'une réaction taxée d'agressive."

 

Conflit, agressivité, emprise

   Dans son Introduction à ce triptyque de notions, Alain FINE, dans la véritable "somme" sur la psychanalyse publiée sous la direction de Alain de MIJOLLA et de Sophie de MIJOLLA MELLOR, écrit que "si le conflit est d'emblée en place maîtresse chez Freud, comme enjeu intrapsychique, en rapport direct avec la libido et le sexuel, il faudra attendre un long temps dans l'évolution de ses idées pour que l'agressivité s'autonomise du libidinal et prenne rang de pulsion autonome. L'emprise, tôt citée comme pulsion, n'a pas vraiment pris rang de concept central dans sa théorisation ; recouvrant le champ du pouvoir, ce terme, aurait, dans ses avancées ultérieures, surtout été utilisé dans un sens phénoménologique décrivant des conduites ou des comportements ou pour désigner l'action de ce que nous subissons, "être sous l'emprise de"."

Le docteur en médecine, membre titulaire de la Société psychanalytique de Paris, membre de l'Institut de psychosomatique, poursuit : "Il y aurait conflit, au sens psychanalytique du terme, lorsque s'opposent dans le sujet des exigences internes incompatibles, agressivité comme tendances ou ensembles de tendances qui s'actualisent dans des conduites réelles ou fantasmatiques vis-à-vis d'autrui, emprise dont le but est de dominer l'objet par la force, sans a priori sexuel et sans le souci de lui nuire. Mais le conflit peut s'externaliser, être projeté à l'extérieur et s'exprimer de façon manifeste et déformée dans des désordres de conduite, notamment à l'égard de l'objet visé, aboutissant, alors, à l'agressivité et à l'emprise. Ces divers engagements peuvent certes êtres vus sous l'angle phénoménologique, mais, en psychanalyse, ils doivent être compris sur des bases métapsychologiques."

   Au départ donc, présente toujours Alain FINE, ces trois termes "étaient intimement liés à la libido impliquée dans tous les phénomènes psychiques, incluant dans leurs visées l'ambivalence et l'hostilité. C'est que Freud avait réussi aussi à lutter, à ce moment, contre une "relégation" de la théoris de la libido entreprises par Adler et Jung. P. Denis (1992) suggère pour les mêmes raisons, hostilité (en tant que pulsion autonome) et emprise n'auraient pas eu l'ampleur attendue.

L'hypothèse d'une "pulsion d'agression" a pris origine dans une conférence donnée par Adler (juin 1908), intitulée "Le sadisme dans la vie et dans la névrose." Freud, tout en marquant son intérêt pour les pulsions d'Adler (sur sa théorie des pulsions, bien entendu...), écrit alors dans une lettre à Abraham : "Je ne puis me résoudre à admettre une pulsion spéciale d'agression à côté des pulsions déjà connues de conservation et sexuelles et de plain-pied avec elles. Il me paraît qu'Adler a mis à tort comme hypostase d'une pulsion spéciale ce qui est un attribut universel et indispensable de toutes les pulsions, justement leur caractère "pulsionnel", impulsif, ce que nous pouvons décrire comme étant la capacité de mettre la motricité en branle. Des autres instincts, il ne resterait alors plus rien d'autre que leur relations à un certain but, puisque leurs rapports aux moyens d'atteindre celui-ci leur auraient été enlevés par la pulsion d'agression." Freud préfère alors penser que l'agressivité contient des composantes depuis longtemps familières de la libido sexuelle ; il n'y a pas encore de dualité entre pulsions érotiques et pulsions agressives, l'agressivité est intrapulsionnelle et peut être retrouvée à l'intérieur même des pulsions sexuelles. La motricité mise en branle rappelle l'idée d'emprise (...). (...)."

"A ce moment de la théorisation freudienne, c'est l'agressivité en tant que pulsion autonome, et non pas les conduites agressives, qui est déconsidérée. Dans sa clinique qui évoque "les conflits d'ambivalence", notamment, il parle même de pulsions, de tendances hostiles. Enfin le complexe d'Oedipe est d'emblée décrit comme conjonction de désirs amoureux et hostiles ; conflit, agressivité et emprise se donneraient ici la main. Rappelons par ailleurs que, dans le cadre théorique de la première dualité pulsionnelle, l'explication de conduites et de sentiments agressifs, tels le sadisme, la haine, sont cherchés dans un jeu complexe des deux grandes séries de pulsions représentées par celles du sexuel et de l'autoconservation, puis du Moi."

     Ces trois notions, loin des enjeux polémiques, évoluent ensuite dans la théorisation de Freud, avec l'introduction de nouveaux concepts qui les ont affinées. Au fur et à mesure de ces développements théoriques, nombre d'adeptes, de collaborateurs ou de disciples de Freud retiendront ou rejetteront telle ou telle interprétation.... Nombreux ceux-ci qui préférerons de loin s'en tenir à l'un ou l'autre stade de sa réflexion sans le suivre plus avant, tout en gardant cette relation intime entre agressivité et libido.

 

Sous la direction de Richard L. GREGORY, Le cerveau, cet inconnu, Dictionnaire encyclopédique, Université d'Oxford, Robert Laffont, collection bouquins, 1993. Sous la direction d'Alain de MIJOLA, Dictionnaire international de la psychanalyse, Hachette Littérature, collection Grand Pluriel, 2002. Henri PIERON, Vocabulaire de la psychologie, PUF, collection Quadrige, 2000. Sous la direction de Patrick TORT, Dictionnaire du Darwinisme et de l'Evolution, PUF, 1996. Alain FINE, Expression et aménagement du pulsionnel, dans Psychanalyse, Sous la direction de Alain de MIJOLLA et de Sophie de MIJOLLA MELLOR, PUF, collection fondamental, 1999.

 

Complété le 9 mars 2020

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31 mai 2010 1 31 /05 /mai /2010 15:42

    Dans l'introduction de La violence et l'image, Florian HOUSSIER propose à juste titre pour explorer le "rapport étroit que nous entretenons avec l'image violente" de revenir à la notion même d'image.

Car il n'y a pas d'image violente en soi, qu'elle que soit son véhicule, notamment dans le cinéma, considéré comme "l'achèvement dans le temps de l'objectivité photographique (André BAZIN). "Considérant (...) qu'il n'y a d'image violente en soi, les psychanalyste ont rarement posé d'emblée la question de l'image sous l'angle de sa potentielle violence : les rapports entre images violentes et passage à l'acte traversent pourtant le champ médiatique à chaque événement violent posé par des sujets se réclamant de tel ou tel film porteur d'une image iconique (Scarface, Scream...). Les exemples cliniques évoquent l'existence d'un transfert de chacun à l'image dite violente, interrogeant par rebond les liens familiaux ou thérapeutiques. L'abord clinique de l'image s'impose en tant que voie moderne et actuelle de la dynamique transférielle : par la culture (films, dessins animés, jeux video, ou encore mangas), la politique ou encore comme support psychothérapeutique, par l'utilisation d'atelier video."

Il s'agit de partir de la place de l'image dans le développement de l'individu, affectif et cognitif, pour ensuite déceler l'impact de la violence de l'image. Ce n'est qu'après voir bien compris l'importance de l'image dans la vie de l'individu que nous ne nous laisserons pas emporté par une atmosphère paranoïaque entretenue par certains médias. 

 

      L'attitude de normalisation sociale qui prévaut dans les études sociologiques à propos du rôle de l'image dans certains passages à l'acte et même dans l'existence de certains conflits est bien rendue par le résumé qu'entreprend Farzaneh PAHLAVAN de "50 ans de recherches sur l'effet de la violence médiatisée : "...les spécialistes en science sociale ont mis en évidence de nombreux effets indésirables de cette médiatisation de la violence, et ont avancé diverses explications. La violence médiatisée peut contribuer :

- à l'apprentissage de pensées, d'attitudes, et de comportements agressifs ;

- à une désensibilisation émotionnelle vis-à-vis de l'agression et des victimes de cette agression dans le monde réel ;

- à induire la peur d'être pris comme cible de l'agression."

    Les études de S. L. SMITH et Edward DONNERSTEIN de 1998 sont mises en avant à ce propos. Ces auteurs s'appuient eux-mêmes pour établir ce panorama sur l'approche cognitivo-néoassociationiste (David L BERKOVITZ, 1989 et Barbara J WILSON, 1995, Daniel LINZ, Edward DONNERSTEIN et Steven PENROD, 1988) en ce qui concerne l'effet à court terme de la violence médiatisée sur l'agression ; sur les théories de l'apprentissage social (BANDURA, 1971, Rowell R HUESMANN et L D  ERON, 1986 par exemple) sur l'effet à long terme de la cette violence médiatisée sur l'agression et sur les études de comportements sociaux (George GEBNER, 1969 ; Craig A. ANDERSON et Brad J. BUSHMAN, 2001, entre autres) sur la peur induite par cette médiatisation. 

     "Bien que l'existence et la mesure de ce lien soient souvent mises en cause, depuis les années 1970 les études empiriques ont mis en évidence l'effet progressif de la violence médiatisée sur l'apprentissage et l'expression de l'agression. Dans les sociétés contemporaines, les individus sont soumis massivement à la violence, réelle et fictive. L'explosion des médias au cours du XXe siècle a permis la transmission rapide et massive d'informations violentes. D'où le sentiment d'insécurité et le sentiment d'être un expert chez les individus. Ce flux torrentiel d'informations et de modèles violents ne peut que les amener à développer une vision négative de la société humaine, à les préparer à se défendre avant d'être attaqués. 

      La coïncidence de cette expansion avec la montée de l'agression dans le monde réel  a amené certains chercheurs à poser la question de savoir si la violence médiatisée n'est pas simplement le reflet de la violence que les individus vivent quotidiennement, plutôt que sa cause réelle.

Pour répondre à cette question, il faut faire la part des choses. Les médias diffusent différents types de violences : la violence de la vie réelle, c'est-à-dire les actualités, mais aussi la violence fantasmée, imaginée, fictivement construite. Les individus, surtout les plus jeunes, ceux qui ne sont pas encore capables de dissocier la part réelle de la part fictive, sont influencés par toutes ces images. Le développement d'une vision négative et menaçante du monde social peut créer chez l'enfant et l'adolescent le sentiment que la survie et le succès social dépendent de la combinaison aléatoire de facteurs dont le contrôle se fait aussi de façon aléatoire. Il suffit donc d'être au mauvais endroit au mauvais moment pour subir une agression. Dans cette vision où tout est aléatoire, les jeunes peuvent décider de créer et d'écrire leur propre histoire. Dans cette réécriture de l'histoire individuelle, les jeunes peuvent choisir les éléments de base qu'ils peuvent contrôler plus facilement, par exemple, leur santé, leur apparence, la musique qu'ils aiment et l'endroit où ils l'écoutent. Le nombre de plus en plus important de "raves" parties, "free" parties ou autres regroupement aléatoires montre que même l'aléatoire peut devenir un choix."

 

       Serge TISSERON évoque les statistiques nord-américaines qui mettent en relief que 75% des enfants "qui regardent la télévision plus de quatre heures par jour dans leurs premières années... n'adopteront pas plus la violence que ceux qui la regardent moins d'une heure!"

De quoi relativiser les conclusions de ce genre d'études qui se focalisent plutôt sur les 25% restant, en plaçant systématiquement l'image d'une part et l'enfant d'autre part, sans faire beaucoup référence à leur situation familiale, à leur environnement scolaire, à ses fréquentations. C'est l'intrication des images violentes avec de nombreux autres facteurs qu'il faut considérer. 

  Cet auteur rappelle que sous le vocable "violence des images" se cache trois formes très différentes de violence :

- celle des situations présentes sur les écrans ;

- celle que les images font à leurs spectateurs ;

- l'usage que ceux-ci peuvent faire des modèles qu'elles leur proposent.

En partant de là, nous pouvons comprendre que l'impact de ces images dépendent beaucoup de la personnalité de l'individu qui les reçoit. Les enfants, les plus fragiles spectateurs, sont confrontés à deux problèmes bien distincts. "D'abord, les charges émotionnelles considérables qu'elles leur communiquent, même dans les programmes qui leur sont officiellement consacrés ; et ensuite, l'incapacité où ils sont le plus souvent de pouvoir rapporter à un genre précis les images qu'ils voient."

     Mais toutes les analyses demeureront faussées si nous n'avons pas à l'esprit ce qu'est réellement l'image pour notre esprit et notre corps dès la plus petite enfance. Serge TISSERON explique que "lorsque le bébé découvre les images, ce sont d'abord des images sensorielles, émotionnelles et motrices, confondues avec les états du corps qu'elles produisent, et il y est pris bien plus qu'il ne les maîtrise. Sa posture est beaucoup plus proche à ce moment de celle du rêveur qui se sent faire partie du rêve qu'il produit lui-même que de celle d'un sujet regardant une image intérieure. Il est dans l'image, éprouvant des sensations, des émotions et des états du corps mêlés indissolublement à des représentations visuelles. Autrement dit, ce que le bébé découvre dans le moment où il hallucine l'état de bien-être que lui procure normalement la tétée, c'est la possibilité de se sentir contenu dans l'image autant que celle de contenir l'image à l'intérieur de lui".

L'auteur reprend et résume de très nombreuses études de psychologie (entreprises avant la grande vogue de la bébélogie)  de D. W.  WINNICOTT à Didier ANZIEU sur l'acquisition des premières représentations visuelles placées de plus en plus sous le regard intérieurs : "Il acquiert la possibilité de reconnaître qu'il porte l'image de sa mère à l'intérieur de lui alors que celle-ci se trouve à ce moment absente de son champ visuel. Bref, il passe d'une image qui est un espace visuel, sensoriel et moteur à l'intérieur duquel il se trouve, à une représentation visuelle devant laquelle il se trouve. Et, à partir de cette première expérience, il tentera toujours de fabriquer des images matérielles qui lui permettent de revivre ce même moment fondateur. Se trouver à volonté "dedans" - elles créent alors l'illusion de le "contenir" avec d'autres personnes qui y apparaissent comme "réelles" - ou "devant", dans une distance critique par rapport à elles. Tous les dispositifs d'images - depuis la peinture jusqu'aux écrans à cristaux liquides en passant par le cinéma et la télévision - répondent à ces deux objectifs (...) : fabriquer des images qui créent une illusion de présence réelle de plus en plus intense en s'offrant comme des espaces à explorer ; et en même temps permettre à leurs spectateurs de prendre à volonté de la distance par rapport à elles en les transformant."

  Les images qui nous entourent, du fait de ce processus originel, possèdent sur nous des pouvoirs spécifiques, d'enveloppement et de transformation. Ces images, loin d'être simplement des contenus actifs ou latents, font partie finalement d'une dynamique où nos désirs ont la première place. Les lecteurs attentifs de ce blog auront compris que cette approche s'avère finalement très "kantienne" dans son esprit, les choses n'étant ce qu'elles sont pour nous, pas seulement en soi, ce que nous en faisons en même temps que nous les fabriquons ou nous les découvrons... 

  Le problème pour le spectateur est de s'approprier des images de manière à satisfaire ces désirs premiers, malgré leur violence. Des images qui provoquent l'angoisse ou le dégoût chez certains laissent indifférents d'autres ; des images qui paraissent violentes à certains ne provoquent pas de réaction chez d'autres... Et ce qui fait la différence entre des enfants pris dans un réseau d'angoisse et réagissant par certains mécanismes de défense, et d'autres qui savent très tôt faire la différence entre la réalité et ces images violentes réside souvent dans l'accompagnement dont ils bénéficient ou non dans la réception de celles-ci. Le comportement des ou de l'adulte qui regardent ces images en même temps que lui possèdent une grande influence sur la manière dont il les interprète, et s'il est seul face aux images, sans repères, il risque fort d'être dans une incertitude source d'angoisse. Même devant des images destinées aux enfants (dessins animés de la matinée à la télévision), ils risquent de comprendre le monde comme traversé de conflits violents impossibles à résoudre autrement que par la violence.

      François MARTY qui évoque les images violentes à l'adolescence montre que "ce qui fait violence est d'abord ce qui touche au fantasme inconscient, ce qui échappant au refoulement, comme dans un rêve mal bordé qui dérape en cauchemar, se dévoile trop crûment à la conscience du sujet. Ce qui est violent, c'est d'abord ce à quoi on ne s'attend pas, ce qui déborde sa propre capacité à intégrer ce qui arrive. C'est le modèle même du traumatisme (...)."  Nous pouvons considérer avec cet auteur que la violence est au coeur de la vie, comme elle est au coeur de l'expérience pubertaire (l'adolescent vit véritablement l'irruption de nouvelles sensations dans son corps qui mue brusquement à cet âge de la vie comme une violence...). Tout le monde peut constater (et toutes les études psychologiques le montrent) que l'adolescent recherche les expériences, les images violentes.

"Nous pouvons faire l'hypothèse que les adolescents sont attirés par la violence de l'image, comme une façon pour eux de trouver une voie de figuration à leur propre violence, celle que leur fait vivre le fantasme pubertaire ; une façon de (se) représenter ce qu'ils éprouvent pour devenir plus familier avec leur propre monde interne qu'ils ne parviennent que difficilement à percevoir (ils auraient plutôt tendance à le fuir), encore moins à interpréter. A l'adolescence, la perception prend le pas sur la symbolisation. Ainsi, l'image de soi est investie de façon considérable comme support du narcissisme. De la même façon, cette image peut être violemment attaquée (scarification, tatouage, piercing) dans des moments de décharges clastiques où l'image de soi est haïe. L'investissement de l'image et de l'enveloppe corporelle montre l'importance et en même temps la fragilité des investissements narcissiques et objectaux ainsi que la sensibilité extrême aux excitations comme voie paradoxale conduisant à l'auto-apaisement, sur le modèle des procédés auto-calmants décrits par G. SZWEC (1993) et C. SMADJA (1993). L'image est d'abord surface sensible avant de devenir support de sens. Elle est support de projection du monde interne avant d'être regardée et interprétée, perçue et relue comme une réalité externe qui donnerait en quelque sorte des nouvelles de soi-même. L'adolescent se regarde dans l'image qu'il perçoit et qu'il redessine mentalement. Elle est autant figuration d'un état interne qu'elle est écho (et, à ce titre, elle devient création) du monde interne. ce sont ces entrelacs qui donnent à l'image autant de poids pour l'adolescent."

 

 

Serge TISSERON, Florian HOUSSIER, François MARTY, dans La violence de l'image, Collège International de L'Adolescence (CILA) (site : www.cila-adolescence.com), Editions in press, 2008. Farzaneh PAHLAVAN, Les conduites agressives, Armand Colin, collection Cursus, 2002. Russel GEEN et Edward DONNESTEIN, Human Agression : theories, research and implication for social policies, San Diego, londres, Academic Press, 1998.

 

                                                                                                            ARTUS

 

Relu le 3 décembre 2019

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6 mai 2010 4 06 /05 /mai /2010 14:47

   La sublimation est classiquement définie comme le processus postulé par Sigmund FREUD pour rendre compte d'activités humaines apparemment sans rapport avec la sexualité, mais qui trouveraient leur ressort dans la force de la pulsion sexuelle. Il a décrit comme activités de sublimation principalement l'activité artistique et l'investigation intellectuelle. La pulsion est dite sublimée dans la mesure où elle est dérivée vers un nouveau but non sexuel et où elle vise des objets socialement valorisés. Si Sigmund FREUD écrit notamment que "la pulsion sexuelle met à la disposition du travail culturel des quantités de forces extraordinairement grandes et ceci par suite de cette particularité, spécialement marquée chez elle, de pouvoir déplacer son but sans perdre, pour l'essentiel de son intensité", il n'élabore pas véritablement, une théorie de la sublimation. (LAPLANCHE et PONTALIS).

Du coup, la délimitation avec les processus limitrophes de formation réactionnelle, d'inhibition quant au but, d'idéalisation, de refoulement, reste à l'état d'indication. Le mécanisme de sublimation reste une hypothèse peu élaborée, même si elle est beaucoup reprise dans la littérature psychanalytique. Les auteurs du Vocabulaire de la psychanalyse estiment que "l'absence d'une théorie cohérente de la sublimation reste une des lacunes de la pensée psychanalytique".

Bien entendu, le peu d'approfondissement d'une telle notion fait prêter le flanc à toute la psychanalyse à l'accusation de pansexualisme immodéré... Heureusement, de nombreux auteurs tentent bien de faire comprendre la distinction fondamentale entre sexualité et leurs formes très focalisées (la génitalité, entre autres).

 

      C'est dans ce sens qu'écrit Sophie de MIJOLLA-MELLOR : "la sublimation apparaît comme un destin pulsionnel privilégié, parce que l'énergie libidinale, en se dérivant, permet une réalisation qui est de plus valorisée par le Surmoi et la société. Toutefois, il peut y avoir une retransformation où la force pulsionnelle originelle reprend le dessus (resexualisation des pulsions homosexuelles sublimées). La désexualisation ne suffit pas à spécifier le processus sublimatoire qui ne se confond pas avec l'inhibition ou la formation réactionnelle, mais elle y tient une place fondamentale comme capacité d'échanger le but qui est à l'origine sexuel contre un autre qui est "psychiquement parent" avec le premier. L'autre aspect du processus sublimatoire concerne l'objet pulsionnel qui est "socialement valorisé". Toutefois Freud s'est vivement opposé à tout risque de confusion entre sublimation et idéalisation, cette dernière consistant dans une surestimation de l'objet donné comme "sublime"."

  Plus loin, elle signale que "Freud a cependant toujours souligné les risques que comporte la sublimation des pulsions lorsqu'elle s'effectue aux dépens du sexuel et prive le sujet de satisfactions immédiates". 

 

       Les auteurs de Les mécanismes de défense décèlent dans l'oeuvre de Sigmund FREUD deux sens :

- désexualisation d'une pulsion s'adressant à une personne qui pourrait (ou qui a pu) être désirée sexuellement. La pulsion, transformée en tendresse ou en amitié, change de but, mais son objet reste le même ;

- dérivation de l'énergie d'une pulsion sexuelle ou agressive (on notera l'ajout par ces auteurs) vers des activités valorisées socialement (artistiques, intellectuelles, morales). La pulsion se détourne alors de son objet et de son but (érotique ou agressif) primitifs, mais sans être refoulée. C'est le sens le plus habituel.

  Le premier sens est ignoré de la majorité des auteurs et le second est source de désaccords constants entre ceux qui l'ont étudié.

D'où surtout des questions...

- La sublimation est-elle une défense? C'est ce pensent LE GUEN (1985), Anna FREUD (1936/1989), FENICHEL (1945/1953), positions critiquées par LAGACHE (1961/1982), que suivent entre les lignes Jean LAPLANCHE et Jean-Bertrand PONTALIS,  et GUILLAUMIN (1974)...

- De quelles pulsions s'agit-il? Sigmund FREUD n'a pas étudié les pulsions d'agression et les auteurs dénichent seulement dans une lettre de 1937 à Marie BONAPARTE qu'il admet la possibilité d'une sublimation partielle de l'instinct de destruction (sic). Il signale l'éventualité du transfert de composantes libidinales narcissiques agressives et même érotiques dans le travail professionnel (1930). Les sympathisants des thèses de Mélanie KLEIN mentionnent une "désagressivation" des instincts (resic). En se fondant sur les derniers travaux de Sigmund FREUD sur l'instinct de mort, que de nombreux auteurs assimilent peut-être un peu vite à des pulsions agressives, ils spéculent (plus qu'ils ne démontrent) sur leur sublimation...

- Quel est le champ de la sublimation? Autrement dit y aurait-il quelques analogies ou quelques logiques entre la sublimation et la socialisation?   L'éventail des opinions à ce sujet est très grand : cela va de la totalité de la culture humaine à seulement quelques aspects de la vie intellectuelle ou artistique.

 

   Steve ABADIE-ROSIER, classant la sublimation dans les mécanismes pulsionnels de défense, le présente comme le contraire du refoulement. Cette défense renforce la libido : c'est un processus de transposition du but pulsionnel. "Il ne s'agit pas d'une renonciation à une satisfaction, qui sera trouvée par un moyen détourné. Freud a défini le terme pour décrire un type particulier d'activité humaine (la création littéraire, artistique et intellectuelle) sans rapport avec la sexualité mais tirant sa force de la libido, qui se déplace vers un but non sexuel en investissant des objets socialement valorisés.

La sublimation est un mécanisme de défense adapté à une conduite correcte, et finit par prendre toute sa valeur au travers de l'adaptation à la réalité. Plus concrètement, la sublimation va permettre à l'être humain de mettre au service de la société ses traits de caractère selon la profession qu'il aura choisie d'exercer. A travers la sublimation, où le complexe d'Oedipe a été résolu, le développement social pourra ainsi se réaliser avec et grâce aux autres, sans établir de conflit entre les désirs et les craintes et, par référence à Jung, se fera sans relation déstabilisante entre l'animus, notre partie masculine, et l'anima, notre part féminine."

 

    Élisabeth ROUDINESCO et Michel PLON rappellent que ce terme, dérivé des beaux-arts et de l'esthétique (sublime, élévation), de la chimie (sublimer, passage de l'état solide à l'état gazeux, sans passer par l'état liquide), et des la psychologie (subliminal, au-delà de la conscience), conceptualisé par Simund FREUD en 1905 pour rendre compte d'un type particulier d'activité humaine sans rapport apparent avec la sexualité, mais tirant sa force de la pulsion sexuelle, est utilisé par nombre de psychanalyste avec des acceptions analogues, mais pas seulement comme un mécanisme de défense.

  C'est dans ses Trois Essais sur la théorie sexuelle (1905) que FREUD donne sa première définition de la sublimation. Par la suite, dans toute son oeuvre, et notamment dans les textes regroupés sous la catégorie de la psychanalyse appliquée, elle sert à comprendre le phénomène de la création intellectuelle.

Avec l'introduction de la notion de narcissisme et l'élaboration de sa deuxième topique, il ajoute à l'idée de sublimation celle de désexualisation. Ainsi, dans Le Moi et le Ça, il souligne que l'énergie du Moi, en tant que libido désexualisée, est susceptible d'être déplacée sur des activités non sexuelles. La sublimation devient dépendante de la dimensions narcissique du Moi.

     C'est les héritiers de FREUD, le concept de sublimation n'a guère subi de modifications. Néanmoins, les partisans d'Anna FREUD considèrent ce mécanisme comme une défense, conduisant à la résolution des conflits infantiles, alors que ceux de Mélanie KLEIN y voient une tendance à restairer le bon objet, détruit par les pulsions agressives. En 1975, le psychanalyste français Cornelius CASTORIADIS, dans L'institution imaginaire de la société, élabore une théorie originale de la sublimation en transposant le concept dans le domaine du fait social.

    

     Alain de MIJOLLA et Sophie de MIJOLLA MELLOR, dans leur examen des processus de défense, posent la question de l'inscription des procédés de régression, de sublimation, d'identification dans les modes de défense. Sont-ils au seul service du Moi?  Pour lutter contre les seules exigences pulsionnelles? Ou pour diminuer la conflictualité interne?

Ils estiment, en comparant certains textes freudiens concernant la régression par exemple, ils lisent en 1917 que la régression se soustrait à l'influence du Moi pour satisfaire aux exigences de la pulsion, alors qu'en 1926, "Si le Moi parvient à amener la pulsion à régresser, il lui a porté une atteinte, au fond plus énergique que ne le permettrait le refoulement". Par rapport au refoulement renvoyant les Représentant-représentations dans l'Inconscient, il semble que la régression affecte la pulsion elle-même dans l'Inconscient."   Dans l'économie générale et le fonctionnement du psychisme, ces procédés, dont la sublimation, ne peuvent pas être appréhendés seulement comme simples mécanismes de défense. Ils sont inhérents à l'activité psychique la plus générale, tout comme le refoulement d'ailleurs. S'ils sont au service du Moi, ils le débordent souvent : parfois ils l'aident, parfois ils font éviter le refoulement.

 

Serban IONESCU, Marie-Madeleine JACQUET et Claude LHOTE, Les mécanismes de défense, Nathan Université, 2003. Sophie de MIJOLLA-MELLOR, article Sublimation dans Dictionnaire international de la psychanalyse, Hachette Littératures, 2002. Jean LAPLANCHE et Jean-Bertrand PONTALIS, Vocabulaire de la psychanalyse, PUF, 1976. Steve ABADIE-ROSIER, Les processus psychiques, Les neurones moteurs, 2009. Élisabeth ROUDINESCO et Michel PLON, Dictionnaire de la psychanalyse, Le Libre de Poche, 2011. Sous la direction de Alain de MIJOLLA et Sophie de MIJOLLA MELLOR, Psychnalyse, PUF, 1996.

 

Complété le 18 décembre 2014. Complété le 19 décembre 2019.

 

PSYCHUS

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5 mai 2010 3 05 /05 /mai /2010 13:07

      Le retournement contre soi ou retournement sur la personne propre, pour reprendre la terminologie du Vocabulaire de la psychanalyse, est le processus par lequel la pulsion remplace un objet indépendant par la personne propre. Tout de suite, d'ailleurs, Jean LAPLANCHE et Jean-Bertrand PONTALIS renvoient directement au Renversement dans le contraire.

Ce renversement (d'une pulsion) dans le contraire est défini comme le processus par lequel le but d'une pulsion se transforme en son contraire, dans le passage de l'activité à la passivité.

Sigmund FREUD, dans Pulsions et destins des pulsions (1915), en envisageant les "destins pulsionnels", compte parmi eux, à côté du refoulement et de la sublimation, le renversement dans le contraire et le retournement sur la personne propre. Il y indique que ces deux processus - le premier concernant le but, le second l'objet - sont étroitement liés l'un à l'autre, comme il apparaît dans les deux exemples majeurs cités dans ce livre, celui du sado-masochisme et celui du voyeurisme-exhibitionnisme, qu'il juge impossible de décrire séparément.

Anna FREUD (Le moi et les mécanismes de défense) range ces deux mécanismes parmi les mécanismes de défense et se demande s'il ne fallait pas y voir les processus défensifs les plus primitifs, en référence à l'identification à l'agresseur.

 

    Rappelons avec Roger PERRON que le renversement est la transformation d'une idée, d'une représentation, d'une figure logique, d'une image du rêve, d'un symptôme, d'un affect... en son contraire et que ce processus affecte les destins de la pulsion, notamment dans la transformation de l'amour en haine, mieux précisée dans la notion de retournement. C'est à partir de l'interprétation des rêves de ses patients que Sigmund FREUD dégage ce mode de fonctionnement, qu'il théorise dans Pulsions et destins des pulsions.

Jean-Baptiste DÉTHIEUX résume ces mouvements du sadisme-masochisme et du voyeurisme-exhibitionnisme : "Dans le sadisme s'exerce une manifestation d'agressivité à l'égard d'un sujet pris comme objet. Si l'objet de la pulsion devient la personne propre, le but pulsionnel initial se modifie dans le même temps, passant de l'activité à la passivité, le sadisme s'exerçant maintenant sur celle-ci. Le retournement sur la personne propre s'y montre à l'oeuvre sans qu'il y ait encore soumission du sujet à une autre personne. La névrose obsessionnelle serait représentative de ce stade intermédiaire, qualifié par Freud d'autopunitif plutôt que de masochique. Un dernier temps consistera dans la recherche d'une personne étrangère pour exercer le rôle actif auquel renonce alors le sujet, qui se soumet ainsi à un contrôle masochique (on laisse ici ce mot à la responsabilité de l'auteur...). On voit comment, tout le long de ce cheminement du sadisme au masochisme, le retournement sur la personne propre se déploie parallèlement à la transformation de l'activité en passivité lors de cette inversion des rôles entre celui qui exerce le sadisme et celui qui le subit. Un autre couple d'opposés, le voyeurisme-exhibitionnisme, met en scène de façon privilégiée ces mêmes mécanismes. Il est possible de retrouver ici les trois stades successivement en jeu dans l'exemple précédent. Ainsi, c'est tout d'abord "regarder" comme on dirige une activité sur un objet étranger, puis se soumettre au retournement de la pulsion de regarder sur une partie du corps propre. Enfin, l'introduction d'un élément tiers permet de devenir l'objet du regard d'un autre."

 

    Les auteurs de Les mécanismes de défense tentent de résumer cela dans leur propre définition du Renversement dans le contraire : Mécanisme où une pulsion conflictuelle est, non seulement refoulée, mais aussi remplacée par la pulsion opposée. "Trois synonymes ont été utilisés, le premier par (Sigmund) Freud, les deux autres par Anna Freud, pour désigner ce mécanisme de défense :

- renversement dans le contraire (1915/1968) ;

- transformation en contraire (1936/1993) ;

- retournement en contraire (1936/1993). 

Ces auteurs affichent une nette préférence pour le premier terme. 

  Dans la relation de ce mécanisme avec d'autres mécanismes de défense, les mêmes auteurs écrivent d'abord que "le renversement est un contre-investissement qui intervient dans quantité d'autres mécanismes de défense. Tout d'abord, le retournement sur soi-même est un mode particulier du renversement, puisque la transformation porte sur l'objet des pulsions agressives, qui se déplacent d'autrui sur la personne elle-même. Le lecteur attentif aura bien noté cette nomination de pulsions agressives, typique de certains milieux psychanalytiques et psychiatriques, dénoncée par d'autres plus prudents... Ils citent le lien avec la formation réactionnelle, l'identification à l'agresseur, la défense par le refuge dans la rêverie, l'ascétisme de l'adolescent et la projection paranoïaque. 

  Sur la pathologie correspondante, "contrairement à la formation réactionnelle, qui (...) est liée à la névrose obsessionnelles, le renversement peut être, dans certains cas, associé à l'hystérie."

Mais ils insistent surtout sur le refuge dans la rêverie qui "s'installe chez l'adulte (et qui) perd le caractère anodin qu'elle avait dans l'enfance, puisqu'elle risque de modifier les relations avec la réalité, en favorisant le désintérêt pour le monde extérieur".

 

   Par ailleurs, les auteurs de Les mécanismes de défense, et c'est au bénéfice d'une meilleure clarté sans doute, consacrent au Retournement contre soi-même un chapitre différent. Ils le définissent comme "Refus inconscient par un sujet de sa propre agressivité, qu'il détourne d'autrui pour le reporter sur lui-même. Ce mécanisme de défense peut être à la source de sentiments de culpabilité, d'un besoin de punition, d'une névrose d'échec, de tentatives d'autodestruction." 

Cette définition, à forte connotation psychiatrique (ce qui n'enlève rien de son utilité), vient des études de Sigmund FREUD sur le masochisme. Sans doute le plus intéressant sur cette question, et cela au-delà de la problématique du fondateur de la psychanalyse sur la pulsion de mort (tendance à l'autodestruction), sont les réflexions de HESNARD (1949). "Serait-ce parce que ceux qui ont recours à cette défense ont des pulsions agressives anormalement développées, et qu'ils n'ont trouvé que ce moyen pour les contenir? (le masochisme)". HESNARD refuse cette explication. Il ne s'agit pas de monstres, mais "d'innocents déformés par une éthique personnelle sadique. Sur eux, plus que sur les autres, a pesé dangereusement le poids de l'interdiction." C'est leur "frein moral" qui est anormalement puissant. Chez eux existe une "hypermorale morbide", une "éthique absurde" opposée à la morale normale, c'est-à-dire à une morale compatible avec l'hygiène mentale et la santé."  C'est la sévérité de l'éducation qu'il blâme et non une quelconque pulsion agressive excessive. 

Les auteurs regrettent une certaine confusion entre les notions de Retournement contre soi-même et de Renversement dans le contraire (et nous d'ailleurs avec eux...).

  Sur la signification de ce mécanisme de défense pour la pathologie, "le sentiment de culpabilité joue un rôle très important dans les névroses" (selon Sigmund FREUD). HESNARD va plus loin, en avançant que toute la maladie mentale est liée à la culpabilité. Sigmund FREUD souligne  que c'est surtout dans certaines formes de la névrose obsessionnelle que le sentiment de culpabilité est aigu. La mélancolie, pour lui, est le terrain d'élection de l'auto-agressivité. 

A l'inverse, signalent les mêmes auteurs, l'absence totale du sentiment de culpabilité est décrite par WINNICOTT (1958/1969).

 

    Pour J. Christophe PERRY et ses collaborateurs, le Retournement contre soi-même, baptisé Agression passive, constitue bien un Mécanisme de défense à part entière. Pour eux "l'individu réagit à des conflits affectifs, ou bien à des causes de stress internes ou externes en exprimant indirectement et sans conviction une agressivité envers les autres. Une façade de conciliation apparente masque une résistance cachée aux autres. L'agression passive se caractérise par la décharge de sentiments hostiles ou vindicatifs d'une manière indirecte, voilée, sans assurance, à l'encontre d'autrui. L'agression passive se développe souvent en réaction à des exigences fortes d'action indépendante ou de performances de la part du sujet ou lorsqu'on a déçu les désirs du sujet ou son sentiment d'avoir droit à une prise en charge, que le sujet ait exprimé ce souhait ou pas."  

 

        Caractéristique de la démarche généralement adoptée par les auteurs qui se référent aux catégories du DSM IV, leur manière d'aborder le Retournement contre soi-même, se veut descriptive dans sa fonction, dans le diagnostic différentiel d'avec d'autres Mécanismes de défense et sa cotation.

Côté fonction de ce Mécanisme, "la personne qui utilise l'agression passive s'attend à être punie, frustrée ou éconduite si elle exprime des besoins ou des sentiments directement envers quelqu'un en position de pouvoir ou d'autorité sur elle. Le sujet se sent impuissant et plein de ressentiment. Cette attente est plus particulièrement prononcée dans les relations hiérarchiques. Le ressentiment s'exprime par une prise de position passive : le sujet a droit précisément aux choses qu'il ne revendique pas ouvertement, ou prétend à une exonération particulière. Il tire aussi un certain plaisir du malaise que son comportement d'agression passive provoque chez les autres." "Dans les cas extrêmes, le ressentiment n'est pas simplement exprimé de façon indirecte à l'encontre de l'autre, mais en fait, il est retourné contre le soi, en une manière d'atteindre l'autre."

Côté diagnostic différentiel, il s'agit de ne pas le confondre avec l'hypocondrie (où la demande d'aide est formulée ouvertement...), avec le comportement destructeur ou dangereux (où il s'agit d'un passage à l'acte) ou le Déplacement (où le sujet peut exprimer de l'hostilité mais choisir la mauvaise cible ou réagir à la mauvaise provocation).

Côté cotation sont définis trois degrés : 0, où il n'y a aucun signe d'agression passive ; 1, où existe une utilisation probable d'agression passive et 2, où l'utilisation de l'agression passive est évidente. Les auteurs détaillent les indices des cotes 1 et 2. 

 

Serban INOESCU, Marie-Madeleine JACQUET, Claude LHOTE, Les mécanismes de défense, Nathan Université, 2003. Roger PERRON article Renversement et Jean-Baptiste DÉTHIEUX, article Retournement sur la personne propre, dans Dictionnaire international de la psychanalyse, Hachette LIttératures, 2002. Jean LAPLANCHE et Jean-Bertrand PONTALIS, Vocabulaire de la psychanalyse, PUF, 1976. J. Christophe PERRY, Julien Daniel DESPLAND, Bertrand HANIN et Claire LAMAS, Mécanismes de défense : principes et échelles d'évaluation, Elsevier Masson, 2009.

 

                                                                                                                                                PSYCHUS

 

Relu le 21 décembre 2019

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4 mai 2010 2 04 /05 /mai /2010 16:10

           L'identification avec l'agresseur est un mécanisme de défense identifié et décrit par Anna FREUD en 1936 (Le moi et les mécanismes de défense). Le sujet, confronté à un danger extérieur (représenté typiquement par une critique émanant d'une autorité), s'identifie à son agresseur, soit en reprenant à son compte l'agression telle quelle, soit en imitant physiquement ou moralement la personne de l'agresseur, soit encore en adoptant certains symboles de puissance qui le désignent. Selon Anna FREUD, ce mécanisme serait prévalent dans la constitution du stade préliminaire du SurMoi, l'agression restant alors dirigée sur l'extérieur et n'étant pas encore retournée contre le sujet sous forme d'autocritique. (LAPLANCHE et PONTALIS). 

Rappelons ici simplement que l'identification est le processus psychique inconscient par lequel une personne rend une partie plus ou moins importante de sa personnalité conforme à celle d'un autre qui lui sert de modèle. Décrit primitivement par Sigmund FREUD dans des contextes psychopathologiques, le mécanisme de l'identification en est venu à désigner un mode premier de la relation aux autres et a été intégré parmi les processus constitutifs de la psyché. Elle doit être distinguée de l'imitation, qui est une démarche volontaire et consciente (Alain de MIJOLLA).

 

            Si FERENCZI recourt à l'expression d'identification à l'agresseur dans un sens bien particulier (l'agression envisagée est l'attentat sexuel de l'adulte, vivant dans un monde de passion et de culpabilité, sur l'enfant présumé innocent), Anna FREUD voit ce mécanisme à l'oeuvre dans des contextes très variés et le comportement observé est le résultat d'un renversement des rôles, l'agressé se faisant agresseur.

 

        Dans le chapitre 9 de son ouvrage Le moi et les mécanismes de défense, Anna FREUD écrit :

"Les habituels modes de défense sont relativement faciles à découvrir tant que le moi les utilise séparément et dans sa lutte contre un danger déterminé. Découvre-t-on la négation? C'est qu'il y a un péril extérieur. Décèle-t-on un refoulement? C'est que le moi se défend contre des excitations instinctuelles. Mais quand on a affaire à l'inhibition et à la rétraction du moi, procédés en apparence très ressemblants, la distinction entre conflit interne et conflit externe devient déjà moins aisée. Et les choses se compliquent encore lorsque plusieurs processus de défense s'imbriquent ou encore lorsque qu'un seul et même mécanisme joue tantôt contre l'extérieur tantôt contre l'intérieur, ce qui est tout à fait le cas de l'identification." L'identification, qui contribue à la formation du SurMoi et par là joue un rôle important dans la répression des pulsions, peut constituer, selon elle, "en se combinant avec d'autres mécanismes, l'un des moyens de lutte les plus puissants contre les objets extérieurs générateurs d'angoisse."

  Anna FREUD, à partir de l'exemple de jeunes enfants, s'appuie entre autres sur les analyses de son père dans Au-delà du principe du plaisir, pour analyser la combinaison du mécanisme de l'identification ou de l'introjection à un autre "important mécanisme". L'enfant joue le rôle de l'agresseur, en lui empruntant ses attributs ou en imitant ses agressions : il se transforme de menacé en menaçant (sur le mode fantasmatique toujours bien entendu). Les enfants, en intériorisant les critiques d'autrui, construisent leur personnalité, la formation de leur instance morale. "Quand un enfant ne cesse d'intérioriser, d'introjecter les qualités de ses éducateurs, quand il fait siennes leurs particularités et leurs opinions, il fournit continuellement au SurMoi le matériel nécessaire à l'évolution de celui-ci. Toutefois, à cette époque (avant cinq ans), l'enfant ne prend pas encore très au sérieux la formation de l'instance morale. La critique intériorisée n'en est pas pour autant immédiatement transformée en auto-critique". Elle se dissocie de l'activité répréhensible de l'enfant pour se tourner vers le monde extérieur. "Grâce à un nouveau processus de défense, c'est une attaque directe dirigée contre le dehors qui succède à l'identification avec l'agresseur".  Dans les trois exemples de très jeunes enfants qu'elle cite, "même après que la critique extérieure a été introjectée, la peur d'une sanction et le délit ne sont pas encore associés dans l'esprit du patient. A l'instant même où la critique s'intériorise, le délit est repoussé dans le monde extérieur, ce qui revient à dire que le mécanisme d'identification avec l'agresseur se complète par un autre procédé de défense, par une projection, au-dehors de la culpabilité." "La véritable moralité ne commence qu'au moment où la critique intériorisée ayant fait siennes les exigences du surmoi coïncide avec la perception qu'à le moi du délit personnel."

   "La combinaison particulière d'introjection et de projection appelée ici "identification avec l'agresseur" ne peut être considérée comme normale que si le moi n'en fait usage que contre les personnes qui ont sur lui quelque autorité, c'est-à-dire dans ses efforts pour affronter les objets d'angoisse. Ce même mécanisme de défense perd de son inocuité et acquiert un caractère pathologique quand il est transféré à la vie amoureuse".

   Dans ses études, Anna FREUD n'a de cesse de montrer les combinaisons cumulatives des mécanismes de défense. Par exemple, "quand ce même mécanisme de projection est employé contre des pulsions amoureuses d'ordre homosexuel, il se combine avec d'autres mécanismes encore. Le retournement en contraire - dans le cas présent, le retournement de l'amour en haine - parachève l'oeuvre de l'introjection et de la projection et provoque l'apparition de délires paranoïaques."

 

       Les auteurs de Les mécanismes de défense définissent l'Identification à l'agresseur (ou avec l'agresseur, la formule varie suivant les ouvrages, et cette dernière est celle utilisée par Anna FREUD... suivant la traduction de son ouvrage...) comme mécanisme utilisé par un sujet confronté à un danger extérieur, qui s'identifie à son agresseur selon différentes modalités :

- soit en reprenant à son compte l'agression telle quelle ;

- soit en imitant physiquement ou moralement la personne de l'agresseur ;

- soit en adoptant certains symboles de puissance qui le caractérisent.

 Ils reprennent d'ailleurs la définition donnée par LAPLANCHE et PONTALIS. 

  La conception d'Anna FREUD n'est pas complètement reprise par tous les auteurs, et la question est de savoir si l'on est en présence d'un mécanisme bien spécifique  ou s'il constitue une forme particulière d'identification. De plus, Daniel LAGACHE situe plutôt l'identification à l'agresseur à l'origine de la formation du Moi idéal ; dans le cadre du conflit de demandes entre l'enfant et l'adulte, le sujet s'identifie à l'adulte doté de toute-puissance, ce qui implique une méconnaissance de l'autre, sa soumission, voire son abolition. René SPITZ (le non et le oui, 1957) utilise beaucoup cette notion. Pour lui le retournement de l'agression contre l'agresseur est le mécanisme prépondérant de l'acquisition du "non" verbal et gestuel, situé vers le 15ème mois. 

   Pour les auteurs de cet ouvrage, "le repérage de ce mécanisme dans la clinique s'avère utile, notamment dans le cadre des comportements délinquants où la capacité de certains jeunes à inspirer la terreur, à faire le "caïd" en réunissant autour d'eux une cour de "serviteurs" soumis à leurs règles, en vivant à l'aise dans le monde de la délinquance, sans pour autant passer à l'acte de façon grave, pourrait relever de l'identification à l'autre dangereux".

  "De nos jours, finissent-ils leur chapitre sur ce mécanisme, la fréquence des antécédents de maltraitance infantile chez des parents eux-mêmes maltraitants s'éclaire par ce mécanisme d'identification à l'agresseur. On peut supposer que s'ajoute à la compulsion de répétition inhérente au traumatisme de "défaut fondamental" d'acquisition de limites entre soi et l'autre, présent chez ces adultes à la suite de leurs propres sévices d'enfants." BOURGUIGNON (1984) décrit ces parents aux "personnalités narcissiques".

 

Serban IONESCU, Marie-Madeleine JACQUET, Claude LHOTE, Les mécanismes de défense, Nathan Université, 2003. Alain de MIJOLLA, article Identification à l'agresseur, dans Dictionnaire international de la psychanalyse, Hachette Littératures, 2002. Anna FREUD, Le moi et les mécanismes de défense, PUF, 2001. Jean LAPLANCHE et Jean-Bertrand PONTALIS, Vocabulaire de la psychanalyse, PUF, 1976.

                                                               PSYCHUS

 

Relu le 22 décembre 2019

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3 mai 2010 1 03 /05 /mai /2010 13:30

    L'introjection est le processus par lequel le sujet fait passer, sur un mode fantasmatique, du "dehors" au "dedans", des objets et des qualités inhérentes à ces objets. Cette notion, introduite par Sandor FERENCZI (Introjection et transfert, 1909), est proche de celle de l'incorporation, qui constitue son prototype corporel, mais elle n'implique pas nécessairement une référence à la limite corporelle. l'introjection est en rapport étroite avec l'identification (LAPLANCHE et PONTALIS). "... alors que le paranoïaque projette à l'extérieur des émotions devenues pénibles, le névrosé cherche à inclure dans sa sphère d'intérêt une part aussi grande que possible du monde extérieur, pour en faire l'objet de fantasmes conscients ou inconscients (....). Je propose d'appeler ce processus inverse de la projection, : introjection."

  L'introjection joue un grand rôle chez des auteurs comme Karl ABRAHAM et Mélanie KLEIN. Cette dernière s'est beaucoup attachée à décrire les "aller et retour" fantasmatiques des "bons" et "mauvais" objet (introjection, projection, réintrojection...).

 

     Pour Pierre SABOURIN, l'introjection  est un processus psychique fondamental dans le développement de l'enfant, en relation avec les fantasmes d'incorporation, directement liés au départ avec ce qu'il ressent en premier de l'environnement, par la bouche et le toucher. Sigmund FREUD reprend en 1915 dans Pulsions et destins des pulsions et en 1916-1917 dans Deuil et mélancolie, cette notion introduite par Sandor FERENCZI. Karl ABRAHAM la développe ensuite dans sa description des étapes de la phase orale. C'est en concevant le fonctionnement de ce mécanisme que peuvent se comprendre de graves pathologies du narcissisme.

Le texte désormais classique Introjection et transfert abonde en descriptions frappantes et en formules très suggestives. Pour ceux qui veulent se plonger dans les oeuvres de Mélanie KLEIN, nous recommandons d'abord de le lire. Sandor FERENCZI écrit par exemple : "Le névrose est en quête perpétuelle d'objets d'identification, de transferts ; cela signifie qu'il attire tout ce qu'il peut dans sa sphère d'intérêts, il les introjecte". Le schizophrène "retire totalement son intérêt au monde extérieur (...), le paranoïaque essaye d'en faire autant", mais il rejette cet intérêt hors de son "Moi" et projette ses désirs dans le monde. "Le Moi" du névrosé est pathologiquement dilaté, tandis que le paranoïaque souffre pour ainsi dire d'un rétrécissement de moi".

 

      Les auteurs de Les mécanismes de défense définissent l'introjection comme l'inclusion fantasmatique de l'objet, d'une partie de celui-ci, ou du lien à ce dernier, qui sert de repère au moi par l'appréhension de l'objet extérieur dont le détachement est alors possible. Le mécanisme d'introjection ne peut être conçu qu'en alliance avec la projection.  (HEINEMANN, 1952/1980)

"Dérivé des nécessités pulsionnelles, le but de l'introjection vise à éviter l'angoisse (ce en quoi il constitue un mécanisme de défense) et à augmenter les fonctions psychiques. Ce processus se caractérise donc par le fait qu'il ne se contente pas d'avoir une visée défensive mais contribue dans le meilleur des cas à l'enrichissement du moi."

     Dans l'étude intéressante des relations de ce mécanisme avec d'autres mécanismes de défense, ces auteurs soulignent cette interaction constante de l'introjection et de la projection, "constituant ainsi le monde interne et donnant forme à l'image de la réalité externe et ce, tout au long de la vie." "Cela ne veut pas dire pour autant qu'il y ait renversement entre ce qui est projeté et ce qui est introjeté. Simplement, le vide provoqué par l'expulsion déclenche un travail d'intériorisation substitutif". Cette transformation de l'objet externe en objet interne nécessite un travail de scission (mécanisme du clivage). "Selon ce schéma classique, ce qui est projeté au dehors est du déplaisir, ce qui est introjeté se rattache au plaisir."

    C'est la raison pour laquelle, selon les mêmes auteurs, "dans le travail progressif d'internalisation propre à la psyché, l'introjection est le temps premier d'un processus plus complexe menant à l'identification, définie comme une façon de s'approprier les qualités d'autrui et visant un enrichissement du moi. Les variantes de ce mécanisme d'identification, l'identification projective, l'identification à l'agresseur, relèvent davantage d'un usage défensif." Anna FREUD consacre beaucoup de textes à bien faire faire la distinction entre l'identification proprement dite et le mécanisme premier d'introjection. "C'est à partir du processus de clivage et des modes de défense primaire que sont l'introjection et la projection, que le refoulement pourra lutter contre les pulsions destructrices."

     Les "maladies de l'introjection" vont être provoquées, poursuivent-ils, par la carence ou l'excès de ce processus.

 

Serban INOESCU, Marie-Madeleine JACQUET, Claude LHOTE, Les mécanismes de défense, Nathan Université, 2003. Pierre SABOURIN, articles sur l'introjection, dans Dictionnaire international de la psychanalyse, Hachette littératures, 2002. Jean LAPLANCHE et Jean-Bertrand PONTALIS, Vocabulaire de la psychanalyse, PUF, 1976. Sandor FERENCZI, Psychanalyse 1, Oeuvres complètes (1908-1912), Payot, 1968.

 

Relu le 24 décembre 2019

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1 mai 2010 6 01 /05 /mai /2010 12:27

        La projection, dans son sens psychanalytique, est l'opération par laquelle le sujet expulse de soi et localise dans l'autre, personne ou chose, des qualités, des sentiments, des désirs, voire des objets, qu'il méconnaît ou refuse en lui. Il s'agit-là d'une défense d'origine très archaïque et qu'on retrouve à l'oeuvre particulièrement dans la paranoïa mais aussi dans des modes de pensée "normaux" comme la superstition (LAPLANCHE et PONTALIS).

    Sigmund FREUD la découvre d'abord dans la paranoïa (Nouvelles remarques sur les psychonévroses de défense, 1896).

 Il insiste ensuite à plusieurs reprises sur le caractère "normal" d'une telle opération et ne l'invoque que rarement à propos de la situation analytique. Par contre, dans la métapsychanalyse, la projection constitue un élément dans la conception de la pulsion. Il fait jouer un rôle essentiel à la projection, couplée avec l'introjection, dans la genèse de l'opposition sujet (moi)-objet. "... Le sujet prend dans son moi les objets qui se présentent à lui en tant qu'ils sont source de plaisir, il les introjecte (FERENCZI) et, d'autre part, il expulse de lui ce qui dans son propre intérieur est occasion de déplaisir (mécanisme de la projection)". Ce processus d'introjection et de projection s'exprime dans le langage de la pulsion orale, par l'opposition ingérer-rejeter. c'est là l'étape de ce que Freud a nommé le moi-plaisir-purifié. Les auteurs qui envisagent cette conception freudienne dans une perspective chronologique se demandent si le mouvement projection-introjection présuppose la différenciation du dedans et du dehors ou si elle constitue celle-ci. C'est ainsi qu'Anna FREUD écrit : "Nous pensons que l'introjection et la projection apparaissent à l'époque qui suit la différenciation du moi d'avec le monde extérieur.". Elle s'oppose ainsi à l'école de Mélanie KLEIN qui a mis au premier plan la dialectique de l'introjection-projection du "bon" et du "mauvais" objet, et y a vu le fondement même de la différenciation intérieur-extérieur."

    Les auteurs du Vocabulaire de la psychanalyse estiment que cette conception laisse "en suspens une série de questions fondamentales pour lesquelles on ne trouverait pas chez lui de réponse univoque". il en est ainsi de la difficulté qui concerne ce qui est projeté, de sa conception même de la paranoïa... C'est une différence dans la conception même de la paranoïa qui permet aux auteurs d'écrire que deux acceptions de la projection se dégagent :

- le sujet envoie au-dehors l'image de ce qui existe en lui de façon inconsciente. Ici la projection serait comme un mode de méconnaissance, avec, en contrepartie, la connaissance en autrui de ce qui, précisément, est méconnu dans le sujet ;

- le sujet jette hors de lui ce dont il ne veut pas et le retrouve ensuite dans le monde extérieur. Ici, la projection se définirait non dans "ne pas vouloir connaître", mais dans "ne pas vouloir être".

   La première perspective ramène la projection à une illusion, la seconde l'enracine dans une bipartition originaire du sujet et du monde extérieur (Forclusion).

   Dans le transfert au cours de la cure psychanalytique comme dans la vie courante, la projection est très liée au processus d'identification.

 

        Roger PERRON insiste sur les deux mécanismes bien distincts de projection, l'un correspond à une projection "normale", l'autre à une projection pathologique. La projection normale est décrite par Sigmund FREUD dans Totem et Tabou (1912), et elle est constitutive de la perception elle-même et de la construction du réel. La projection pathologique, mentionnée à plusieurs reprises dans Pulsions et Destins des pulsions (1915), se déroule quand le processus s'emballe et aboutit à une construction du réel si distordue que le fonctionnement psychique devient phobique ou paranoïaque. La notion de projection "est de celle qui, après Freud, ont suscité d'intéressantes élaborations, en particulier dans l'école anglaise chez Mélanie KLEIN et ses successeurs, avec la notion connexe d'identification projective. Wilfred BION, en particulier a distingué une identification projective excessive, au service du principe du plaisir, et qui correspond pour l'essentiel à ce qu'en décrivait Mélanie KLEIN, et une identification projective réaliste, mode de communication primitif au service du principe de réalité."

     Par ailleurs, nous rapporte Christian GAILLARD, JUNG définit la projection "comme une première représentation objectivée des contenus inconscients au-delà des états dits de "participation mystique" et "d'identité archaïque", et il montre comment on peut être amené à en déjouer les leurres tout en faisant là l'expérience de la vie symbolique". Il s'agit là d'une notion importante de la psychologie analytique, qui fait le lien entre la vie intérieure de l'individu et les schémas intérieurs de tous les individus de l'espèce humaine.

 

       Les auteurs de Les mécanismes de défense, quant à eux, définissent la projection comme l'"opération par laquelle le sujet expulse dans le monde extérieur des pensées, affects, désirs qu'il méconnaît ou refuse en lui et qu'il attribue à d'autres, personnes ou choses de son environnement."

 Cette opération d'expulsion, "relève avant tout d'une mise en oeuvre défensive, qui soulage le moi d'un déplaisir et se manifeste dans bien des modes de pensée ou de fonctionnement non pathologiques." Ils se réfèrent aux études de Didier ANZIEU (1961/1970) et de Serge LEBOVICI (1992) sur les processus d'investigation de la personnalité.

    Dans leur discussion sur les relations entre la projection et d'autres mécanismes de défense, ils citent le refoulement et l'introjection. Daniel WIDLOCHER  (1971-1972) pense, au sujet de la construction du réel par le moi, à la "projection identificatoire". Ils avancent que "toute la pratique thérapeutique d'inspiration psychanalytique portant sur l'adulte ou sur l'enfant, le névrosé ou le psychotique, s'étaye sur ce processus de projection". Avec d'autres depuis,  Françoise DOLTO (1949),  Gisèle PANKOW (1969),  Margaret MALHER (1968), Frances TUSTIN (1972),  Harold SEARLES (1965), Anna FREUD (1963/1993) affirme que ce processus de projection sert à établir d'importants liens positifs. Le transfert en particulier repose (...) sur cette potentialité projective puisqu'il est la reproduction du vécu infantile réveillé pour être remanié dans la cure." Ainsi, poursuivent-ils, "le transfert comme le rêve s'inscrivent dans la tendance primordiale à ramener le présent au passé, le dedans au dehors, le sujet et l'objet. "C'est le retour triomphant du même, la projection, à l'instar du transfert, est régies par l'automatisme de répétition (Mahmoud SAMI-ALI, 1970). Elle peut donc servir de révélateur (Loïck VILLERBU, 1993) comme de levier thérapeutique. Après tout, projeter, c'est aussi se projeter en avant et faire des projets."

 

Serban IONESCU, Marie-Madeleine JACQUET, Claude LHOTE, Les mécanismes de défense, Nathan Université, 2003. Roger PERRON, article projection, et Christian GAILLARD, article Projection et "participation mystique" (psychologie analytique), dans Dictionnaire international de psychanalyse, Hachette littératures, 2002. Jean LAPLANCHE et Jean-Bertrand PONTALIS, Vocabulaire de la psychanalyse, PUF, 1976.

 

Relu le 28 décembre 2019

 

 

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30 avril 2010 5 30 /04 /avril /2010 09:08

      Ce mécanisme psychologique dégagé par Sigmund FREUD surtout dans Inhibition, symptôme et angoisse (1926) est un mécanisme par lequel le sujet s'efforce de faire en sorte que des pensées, des paroles, des gestes, des actes passés ne soient pas advenus ; il utilise pour cela une pensée ou un comportement ayant une signification opposée. (LAPLANCHE et PONTALIS). Une action est annulée par une seconde action comme si aucune des deux n'avait eu lieu, alors qu'en réalité toutes les deux ont eu lieu.

Ce mécanisme de défense se présente sous des modalités diverses et les rédacteurs du Vocabulaire de la psychanalyse dégagent deux conceptions :

- l'une mettant l'accent sur le conflit interpulsionnel où l'on retrouve en dernière analyse l'ambivalence de l'amour et de la haine ;

- l'autre situant le conflit entre les pulsions et le moi, celui-ci pouvant touver un allié dans une pulsion opposée à celle dont il se protège.

Ces auteurs tendent à rattacher le mécanisme d'annulation rétroactive à un comportement normal très répandu ; toutefois, ils soulignent qu'il s'agit toujours d'atténuer ou d'annuler la signification, la valeur ou les conséquence d'un comportement.

 

      Pour Elsa SCHMID-KITSIKIS, ce mécanisme, avec celui de l'isolation, est caractéristique de la névrose obsessionnelle. "La notion d'annulation rétroactive a acquis de nos jours une certaine connotation psychologique. Elle est souvent confondue avec la notion de comportement ou d'attitude ambivalente. Par ailleurs, il est probablement nécessaire de la distinguer, en raison du caractère "magique" de la défense, de la série des mécanismes découverts par Freud : refoulement, forclusion, négation (ou dénégation), désaveu (ou déni), série qui porte de nos jours la dénomination d'ensemble de travail du négatif."

 

    Les auteurs de Les mécanismes de défense, la définissent comme "illusion selon laquelle il serait possible d'annihiler un événement, une action, un souhait, porteurs de conflits, grâce à la toute-puissance d'une action ou d'un souhait ultérieurs, censés avoir un effet de destruction rétroactive". Ils signalent que ce mécanisme n'apparaît que ponctuellement dans l'oeuvre de Sigmund FREUD (L'homme aux rats, Inhibition, symptôme et angoisse...) mais que tous les auteurs qui ont étudié les mécanismes de défense le reprennent, à commencer d'ailleurs par sa fille Anna FREUD.

Pour eux, ce mécanisme se présente sous trois formes légèrement différentes :

- Elle s'exprime par la succession de deux formules verbales ou de deux conduites différentes, la seconde supprimant la première dans l'esprit de la personne qui utilise ce mécanisme ;

- L'action qui possède le pouvoir magique de destruction doit être l'inverse de la première action pour être efficace. Otto FENICHEL (1945/1953) montre que l'action est répétée d'une façon identique, mais dans un état d'esprit contraire qui accompagnait la première action ;

- Une expérience désagréable est répétée en inversant les rôles et annulée de cette façon. En fait, ce mécanisme est proposé sous d'autres noms : renversement de la passivité en activité ou identification à l'agresseur.

    Les auteurs indiquent qu'il ne faut pas confondre ce mécanisme de défense avec des opérations aussi courantes que le regret, le remords, le désir d'expiation, qui n'ont rien de pathologiques. Les psychanalystes rattachent presque tous l'annulation rétroactive à la névrose obsessionnelle.

 

Serban IONESCU, Marie-Madeleine Jacquet, Claude LHOTE, Les mécanisme de défense, Nathan Université, 2003. Elsa SCHMID-KITSIS, article Annulation rétroactive dans Dictionnaire International de psychanalyse, Hachette Littératures, 2002. Jean LAPLANCHE et Jean-Bertrand PONTALIS, Vocabulaire de la psychanalyse, PUF, 1976.

 

                                                              PSYCHUS

 

Relu le 22 novembre 2019

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