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24 avril 2010 6 24 /04 /avril /2010 12:23

         Revue à parution plutôt irrégulière, bien qu'annoncée comme semestrielle, Recherches en psychanalyse, créée en 2004, se veut une revue pluridisciplinaire et ouverte à tous les courants de la psychanalyse non seulement française mais aussi internationale (ce qui est sans doute difficile quand on connaît les nombreux conflits qui traversent la psychanalyse française...). Et surtout universitaire. Car c'est l'ancrage dans l'Université que ses fondateurs projettent, la revue étant l'expression de l'Ecole doctorale de recherches en psychanalyse de l'Université Paris 7-Denis Diderot.

   Elle se présente dans la continuité d'une autre revue, La revue psychanalyse à l'université, existante entre 1975 et 1994, fondée par Jean LAPLANCHE, son directeur pendant les 20 ans de sa parution aux Presses Universitaires de France.

 

        Sous la direction de Sophie de MIJOLLA-MELLOR et de Christian HOFFMANN, la revue n'édite plus que sous forme électronique (sous la responsabilité de Rémy POTIER) (www.revues.org) depuis 2009, en accès libre intégral. (auparavant aux Editions L'esprit du temps, 200 pages par numéro). Animée par d'anciens doctorants et des professeurs (un comité de rédaction de douze personnes), elle assure la publication régulière de travaux de recherches originaux dans le camp de la psychanalyse, "en interaction avec les sciences exactes, les sciences humaines et la médecine".

Dotée d'un comité scientifique international où l'on retrouve entre autres les noms d'Alain ABEHAUSER, de Serge LESOURD, de Roger PERRON ou de Claude de TYCHEY, de France et de Belgique principalement, la revue a déjà abordé de manière fournie des thèmes comme Le crime (2004), L'informe et l'archaïque (2005), Langues et traduction (2005) ou Nouvelles technologies médicales et subjectivité (2006). Un numéro, de mars 2010, porte sur Les expériences exceptionnelles : entre neurosciences et psychanalyse.

 L'un des numéros porte sur psychanalyse, corps et Société, avec des articles sur Incidences du libéralisme sur l'évolution des métiers de la clinique ; La fixation sectaire ; Imagerie médicale et art contemporain, rencontres autour d'un corps virtuel et Exclusion sociale et non-lieux : des espaces urbains à la pulsion. En fin de ce numéro de Recherches... figurent deux articles sur la psychose. Le dernier numéro connu, bilingue (Research in Psychanalysis) date de 2018 (2ème numéro), le 26ème depuis la création de la revue, et porte l'Évaluation des psychothérapie. Notons également le numéro 20 (Recherches en psychanalyse 2015/2) qui porte sur la clinique contemporaine.

        Dans un éditorial paru dans le premier numéro, Sophie de MIJOLLA-MELLOR et Paul-Laurent ASSOUN affirment qu'une telle revue témoigne de "l'effectivité de la psychanalyse à l'Université", se voulant véritablement être l'écho du work in progress dans cette discipline. Ils exposent les thèmes qu'ils entendent privilégier :

- Place donnée au matériel clinique dans l'élaboration théorique ;

- Étude spécifique du texte freudien ou des textes post-freudiens majeurs ;

- Ouverture vers des auteurs étrangers ;

- Travaux d'histoire de la psychanalyse ;

- Interrogations de type épistémologique : critères de "scientificité" notamment ;

- Réflexions sur la cure et ses mécanismes propres ;

- Réflexions sur l'institution (psychanalytique, universitaire, etc.) ;

- Travaux relevant des "interactions de la psychanalyse" avec des champs connexes.

 

    Chaque numéro de revue se fait l'écho - outre le thème central - de la recherche doctorale et expose les thèses de doctorat soutenues dans l'année. C'est dire que le public de la revue se veut surtout universitaire, en direction des étudiants et des doctorants ouverts aux problématiques de la psychanalyse.

Dans le paysage assez fourni des revues en psychanalyse, la revue n'affiche aucune obédience particulière, et se situe dans l'esprit scientifique et critique que l'on peut retrouver dans Vocabulaire de la psychanalyse (PUF) ou le Dictionnaire international de psychanalyse (Hachette Littératures).

 

Recherches en psychanalyse, UFR Sciences Humaines Cliniques, Université Paris VII-Denis Diderot, 26, rue de Paradis, 75010 PARIS.

 www.revues.org. (plus de nouvelles sur over-blog depuis début 2018). Voir le site repsy.org.

 

Actualisé le 21 Avril 2012. Actualisé le 25 novembre 2019.

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22 avril 2010 4 22 /04 /avril /2010 13:10

      La tradition freudienne désigne par Formation réactionnelle l'attitude ou l'habitus psychologique de sens opposé à un désir refoulé, et constitué en réaction contre celui-ci (par exemple la pudeur s'opposant à des tendances exhibitionnistes). En termes économiques, la formation réactionnelle est un contre-investissement d'un élément conscient, de force égale et de direction opposée à l'investissement inconscient. Les formations réactionnelles peuvent être très localisées et se manifester par un comportement particulier, ou généralisées jusqu'à constituer des traits de caractère plus ou moins intégrés à l'ensemble de la personnalité. Du point de vue clinique, les formations réactionnelles prennent valeur symptomatiques dans ce qu'elles offrent de rigide, de forcé, de compulsionnel, par leurs échecs accidentels, par le fait qu'elles aboutissent parfois directement à un résultat opposé à celui qui est consciemment visé. (LAPLANCHE et PONTALIS).

   C'est dans les Trois essais sur la théorie sexuelle de 1905 que Sigmund FREUD donne à la formation réactionnelle une signification générale. Il la considère comme une voie vers la sublimation, avec la différence (avec cette sublimation) que la formation réactionnelle ne change pas seulement de but (satisfaction "culturelle" contre satisfaction directe des pulsions), mais choisit le but directement opposé au but originel. Cette formation réactionnelle, de plus, ne réussit pas complètement ce détournement de but.

Michèle BERTRAND insiste beaucoup sur le versant généralisé de la formation réactionnelle : "la formation réactionnelle peut aussi devenir un trait de caractère permanent et sa signification est alors plus générale : elle n'est pas seulement le symptôme d'une pathologie particulière (qui peut être anodin et courant), mais l'un des processus sociaux en acquérant, comme trait de caractère permanent, des "vertus" qui vont à l'encontre de nos buts sexuels.".  Ce que nous nommons, caractère, écrit Sigmund FREUD, "est en grande partie construit avec un matériel d'excitations sexuelles et se compose de pulsions fixées depuis l'enfance, de constructions acquises et d'autres constructions destinées à réprimer les mouvements pervers qui ont été reconnus non utilisables. Il est ainsi permis de dire que la disposition sexuelle de l'enfant crée, par formation réactionnelle, un grand nombre de nos vertus".  C'est cette voie de recherche que suit ensuite Wilhelm REICH dans sa notion de "cuirasse caractérielle".

   Dans Les Considérations actuelles sur la guerre et sur la mort, publié en 1915, Sigmund FREUD montre que l'altruisme peut avoir pour origine l'égoïsme, et la compassion la cruauté. Des motifs "nobles" peuvent avoir le même effet que des motifs "non nobles". Il explique comment nombre de circonstances, dont la guerre, peuvent révéler cette transformation : la formation réactionnelle est fragile, et la pulsion refoulée peut faire un retour éclatant dans des actes de barbarie. (Michèle BERTRAND).

 

       Pour les rédacteurs de Vocabulaire de la psychanalyse, le terme de formation réactionnelle invite "à un rapprochement avec d'autres modes de formation de symptôme : formation substitutive et formation de compromis. Alors que dans la formation de compromis, nous pouvons toujours retrouver la satisfaction du désir refoulé conjuguée à l'action de la défense (dans l'obsession par exemple), dans la formation substitutive n'apparaît que l'opposition à la pulsion.

 

     Pour les rédacteurs de Les mécanismes de défense, la formation réactionnelle est la transformation du caractère permettant une économie du refoulement, puisqu'à des tendances inacceptables sont substituées des tendances opposées, qui deviennent permanentes. Ils insistent donc, encore plus que Michèle BERTRAND, sur l'aspect structurel de la formation réactionnelle sur la personnalité. Les formations réactionnelles citées par Sigmund Freud, indiquent-ils, ont un point commun : être valorisées par la société, ce que relève Jean BERGERET (1972/1986).

    Les auteurs s'attardent sur ce qui distingue un trait de caractère dû à ce mécanisme de défense d'un trait de caractère spontané. Ils dégagent trois particularités qui, selon eux, "permettent de distinguer les traits de caractère spontanés des traits réactionnels" :

- L'exagération et la rigidité du trait de caractère (manière d'être stéréotypée, selon  Roger MUCCHIELLI (1981) ;

- La propension des instincts inhibés à réapparaître (Pierre JANET, 1903/1976) ;

- L'expression des pulsions instinctives refoulées peuvent s'exprimer indirectement : "un homme rigide et puritain, qui refoule ses désirs sexuels manifestera un intérêt prétendument désintéressé pour la lutte contre la prostitution et la pornographie" (citation savoureuse, sauf erreur, de Sylvie FAURE-PRAGIER, 1973).

   Il est entendu que la distinction entre sublimation et formation réactionnelle n'est pas facile à faire, et nous avons tendance à penser que cela dépend beaucoup de l'environnement social (de sa perception par l'individu et de la perception de l'individu par cet environnement)... Une société qui favorise l'autorité aura sans doute tendance, selon nous, à ne pas considérer certains formations réactionnelles conduisant à une propreté rigoureuse, à une discipline constante, à un respect de la hiérarchie, comme pathologique, même si dans d'autres contextes, les observateurs peuvent juger exagérés ces types de comportement.

    C'est lorsqu'elle est rigide, selon les auteurs de Les mécanismes de défense, que la formation réactionnelle peut être très invalidante. Dans la névrose obsessionnelles par exemple. C'est le cas, dans la "cuirasse du Moi" , particulièrement étudiée par Wilhelm REICH.

 

     Steve ABADIE-ROSIER regroupe les formations réactionnelles, en tant que mécanismes de défense où le sujet réagit avec son matériel inconscient présent dans la cure, comme des attitudes psychologiques symboliquement opposées à un désir refoulé, qui naissent en réaction propre à ce simple désir. "La formation réactionnelle peut ainsi se définir par un contre-investissement d'un élément conscient de force égale et opposable à l'investissement inconscient. Sa topographie, focalisée en un point unique ou généralisée à la globalité de l'être, pourra faire évoluer les traits de caractère, quel que soit leur degré d'intégration à l'ensemble de la personnalité de l'individu." Le psychanalyste clinicien prend comme exemple la propreté. "La propreté peut s'opposer à des tendances scatologiques. Le psychanalyste autrichien Otto Fenichel décrit le cas d'un homme qui, enfant, trouvait sa mère à ce point dégoutante qu'il répugnait à la toucher, bien qu'elle fût une fort agréable personne. Cette peur incestueuse refoulée s'exprimait entre autres, à l'âge adulte, par un sens pathologique de la propreté."

 

Serban INONESCU, Marie-Madeleine JACQUET, Claude LHOTE, Les mécanismes de défense, Nathan Université, 2003. Michèle BERTRAND, article La formation réactionnelle, dans Dictionnaire international de la psychanalyse, Hachette Littératures, 2002. Jean LAPLANCHE et Jean-Bertrand PONTALIS, Vocabulaire de la psychanalyse, PUF, 1976. Steve ABADIE-ROSIER, Les processus psychiques, Les Neurones Moteurs, 2009.

 

PSYCHUS

Complété le 7 avril 2015.

Relu le 26 novembre 2019

 

 

 

 

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20 avril 2010 2 20 /04 /avril /2010 13:06

            Notion métaphorique pour certains psychanalystes, la régression est introduite par Sigmund FREUD dès L'interprétation des rêves (1900). "La régression est sans doute, partout où elle se manifeste, un effet de la résistance qui empêche la pensée d'accéder à la conscience par la voie normale (...)." Qu'est-elle pour lui? Dans un processus psychique comportant un sens de parcours ou de développement, on désigne par régression un retour en sens inverse à partir d'un point déjà atteint jusqu'à un point situé avant lui (ce qui ne fait que traduire un sens littéral). Prise au sens topique, la régression s'opère, selon Sigmund FREUD, le long d'une succession de systèmes psychiques que l'excitation parcourt normalement selon une direction donnée. Dans son sens temporel, la régression suppose une succession génétique et désigne le retour du sujet à des étapes dépassées de son développement (stades libidinaux, relations d'objet, identifications, etc.). Au sens formel, la régression désigne le passage à des modes d'expression et de comportement d'un niveau inférieur du point de vue de la complexité, de la structuration et de la différenciation (LAPLANCHE et PONTALIS).

         Dans les Trois essais sur la théorie sexuelle (1905), le fondateur de la psychanalyse évoque la notion de fixation, inséparable de la régression. La fixation est le fait que la libido s'attache fortement à des personnes ou à des imagos, reproduit tel mode de satisfaction, reste organisé selon la structure caractéristique d'un de ses stades évolutifs. La fixation peut être manifeste et actuelle ou constituer une virtualité prévalente qui ouvre au sujet la voie d'une régression. La notion de fixation est généralement compris dans le cadre d'une conception génétique impliquant une progression ordonnée de la libido (fixation à un stade). Elle est inséparable donc d'une conception du développement humain, qui est pensé par l'ensemble des spécialistes et des professionnels de la psychologie ou de la psychanalyse comme une succession de stades de plus en plus complexes. On peut la considérer, en dehors de toute référence génétique, néanmoins, dans le cadre de la théorie freudienne de l'inconscient, comme désignant le mode d'inscription de certains contenus représentatifs (expériences, imagos, fantasmes) qui persistent dans l'inconscient de façon inaltérée et auxquels la pulsion reste liée. (LAPLANCHE et PONTALIS).

Selon la conception freudienne, plus précisément, de la sexualité infantile, la fonction sexuelle se développe suivant un rythme gradué, chacune des pulsions partielles pouvant, soit suivre une évolution achevée en s'intégrant au courant général sous le primat de l'organisation génitale oedipienne, soit s'arrêter en chemin, s'attarder en se fixant à une phase antérieure du développement sexuel ou à un objet primitif de satisfaction. Dans la clinique, les perversions comme les symptômes névrotiques sont les témoins des traces de ces inscriptions libidinales du passé. (Claude SMADJA)

 

       En définitive, la Régression et la Fixation, sont plutôt des concepts descriptifs, et bien entendu les invoquer ne suffit pas pour comprendre sous quelle forme le sujet fait retour au passé.

       Dans la cure, la régression est indispensable au travail, elle fait partie du processus analytique, implique la notion de changement et appartient au processus de guérison, pense  Donald Woods WINNICOTT (1896-1971). La régression est une forme de défense et reste au service du Moi. Du côté de l'analyste, la régression formelle lui permet une autre écoute (Martine MYQUEL). Cette conception de la régression est tout-à fait celle développée par Anna FREUD (Le Moi et les mécanismes de défense).

      Michael BALINT (1896-1970) (Les voies de la régression, 1959) distingue les régressions maligne et  bénigne. La régression bénigne entraîne des effets thérapeutiques, bénéfiques, et fait même partie de la technique psychanalytique. La régression maligne est pathogène, susceptible d'entraîner le patient dans des difficultés insurmontables. C'est d'ailleurs la raison pour laquelle la régression, en tant que mécanisme, est redoutée par des générations d'analystes.

Michelle Moreau RICAUD résume les travaux de Michael BALINT qui ont eu beaucoup d'influences chez les analystes. Il élabore un diagnostic différentiel, parvenant à évaluer les relations d'objet pendant la cure, entre deux syndromes nommés "Faisceau A et faisceau B" avec leurs caractéristiques constantes : confiance mutuelle ou pas, demandes modérées ou insatiables avec états d'assuétude, etc. pour éviter "l'apparition d'une forme maligne de régression", il prône le développement de techniques analytiques adaptées : l'analyste "discret" (non omnipotent, non inutilement intrusif) doit créer une atmosphère sûre et permissive dont le patient a besoin, le temps nécessaire à la régression et ce qu'il nomme "new beginning" (nouveau commencement).

       De son côté, Pierre MARTY (1918-1993), l'un des fondateurs du courant de la pensée psychosomatique française, développe une conception originale de la fixation. Pour cet auteur, le système fixation-régression est à la base de toute organisation fonctionnelle et étend son champ d'activité des fonctions psychiques jusqu'aux fonctions somatiques. Au cours des désorganisations psychosomatiques, la présence de fixations, qu'elles soient psychiques ou somatiques, constitue des paliers d'arrêt au courant contre-évolutif, à partir desquels une réorganisation psychosomatique peut s'opérer. Ainsi, selon ce point de vue, le système fixation-régression représente, dans l'évolution individuelle de chaque sujet, l'ensemble de ses aptitudes défensives. (Claude SMADJA)

 

      Les auteurs de l'ouvrage de référence sur Les mécanismes de défense définissent la régression comme un retour - plus ou moins organisé et transitoire - à des modes d'expression antérieurs de la pensée, des conduites ou des relations objectales, face à un danger interne ou externe susceptible de provoquer un excès d'angoisse ou de frustration. Ils indiquent que de nombreux auteurs se sont attachés à l'étude de la régression :  Mélanie KLEIN (1932), Paula HEIMANN (1952),  Michael BALINT (1968),  Harold SEARLES (1965), Donald Woods WINNICOTT (1947/1975), Maurice BOUVET (1956/1972), Pierre MARTY (1967), Françoise DOLTO (1973/1988). Ils donnent finalement à la régression une importance plus grande qu'accordée par Sigmund FREUD dans le développement humain. Les exemples de régression fourmillent surtout (mais pas exclusivement) dans la littérature concernant la clinique infantile, et nous ne reprendrons ici qu'une observation de Françoise DOLTO rapportée par les auteurs, faite sur un enfant ayant vécu des expériences précoces de déprivatisation maternelle :

"Il ne regarde plus autrui, son expression mimique se fige dans la détresse ou dans l'indifférence à tout ce qui lui arrive (...) Parfois, heureusement, il garde un intérêt électif pour un animal ou un objet, une collection d'objets semblables. (...) La perte (d'un objet d'une collection, de cuillers, dans ce cas) le plonge dans une intense panique. Cet enfant fait une régression et s'accroche à une seule perception, associée à la fois, pour lui, au souvenir d'un plaisir partiel de son corps et quelque chose représentant pour lui de façon fétichiste, sa relation avec sa mère".

 

Serban IONESCU, Marie-Madeleine JACQUET et Claude LHOTE, Les mécanismes de défense, Natan Université, 2003. Jean LAPLANCHE et Jean-Bertrand PONTALIS, Vocabulaire de la psychanalyse, PUF, 1976. Claude SMADJA, article Fixation, Michelle Moreau RICUAD, article Régression bénigne/maligne et Martine MYQUEL, article Régression, dans Dictionnaire International de psychanalyse, 2002.

 

                                                                         PSYCHUS

 

Relu le 27 novembre 2019

 

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16 avril 2010 5 16 /04 /avril /2010 15:10

        Publié à Vienne en 1936, Le Moi et les mécanismes de défense, constitue une tentative d'Anna FREUD (1895-1982), psychanalyste et pionnière de l'analyse des enfants, d'intégrer la psychanalyse à la psychologie. Cette oeuvre, très proche de l'analyse concrète des patients qu'elle fréquente, élabore une théorie devenue classique des mécanismes de défense en psychanalyse.

Texte assez facile à lire, même s'il réclame de l'attention, relativement court et découpé en petites parties, il comporte quatre grandes parties, Théorie des mécanismes de défense, Exemples d'évitements de déplaisir et de danger réels, Exemples de deux types de défense et Mécanismes de défense déclenchés par la peur des pulsions trop puissantes, L'ouvrage reste très près de la théorie psychanalytique classique élaborée par son père, Sigmund FREUD. Il constitue encore aujourd'hui une bonne introduction aux questions de défense psychique.

 

 

       La première partie, Théorie des mécanismes de défense, divisée en 5 chapitres, contrairement à ce que pourrait laisser entendre un tel titre, est très éloignée d'une présentation schématique.

    Le premier chapitre, Le Moi, objet de l'observation, commence par présenter une définition de la psychanalyse, qui veut s'éloigner d'une approche trop courante en littérature la présentant exclusivement comme une analyse de l'inconscient. Ce qui est vrai historiquement ne doit pas s'opposer à voir autant les couches superficielles que les couches profondes de la personnalité, dans ses relations avec l'extérieur. Ce qui importe, dans l'analyse psychanalytique, c'est de se centrer toujours sur le Moi, en tant qu'observateur (observé du coup). Cela permet de se rendre compte que la perception des émois instinctuels passe toujours par le Moi : ce que l'on observe dans la cure psychanalytique, c'est bien le Ça déformé par le Moi, et jamais le Ça lui-même. "Tous les actes défensifs du Moi contre le Ça s'effectuent sans tapage, invisiblement. Nous devons nous contenter d'en faire ultérieurement la reconstitution,  jamais nous ne les observons au moment même où ils se produisent. C'est ce qui arrive, par exemple, dans le cas d'un refoulement réussi." C'est la même chose qui survient lors d'une formation réactionnelle réussie.

 "Nous remarquerons que toutes nos connaissances nous ont été fournies par l'étude des poussées venues d'une direction opposée, c'est-à-dire des poussées du Ça vers le Moi. Si le refoulement réussi nous semble à tel point obscur, le mouvement en sens contraire, c'est-à-dire le retour du refoulé tel que nous l'observons dans les névroses, nous semble lui, parfaitement clair. Ici, nous suivons pas à pas la lutte engagée entre l'émoi instinctuel et la défense du Moi. De même, c'est la désagrégation des formations réactionnelles qui permet le mieux d'étudier la manière dont ces dernières se sont produites. Du fait de la poussée du Ça, l'investissement libidinal, jusque là masqué par la formation réactionnelle, se trouve renforcé. C'est ce qui permet à l'émoi instinctuel de se frayer un chemin jusqu'au conscient. Pendant un certain temps pulsion et formation réactionnelle sont, toutes deux à la fois, perceptibles dans le Moi. Une autre fonction du Moi - sa tendance à la synthèse - fait que cet état, extrêmement favorable à l'observation analytique, ne persiste que quelques instants. Un nouveau conflit s'engage entre les rejetons du Ça et l'activité du Moi, conflit qui doit aboutir soit à la victoire de l'une des parties intéressées, soit à la formation d'un compromis entre les deux. Si, grâce au renforcement de son investissement, l'attaque du Ça cesse et un état de quiétude psychique défavorable à toute observation s'instaure à nouveau."

Dans ce premier chapitre, Anna FREUD dresse vraiment le tableau du conflit entre le Moi et le Ça, en référence directe à la deuxième topique de son père.

     Dans le second chapitre, elle expose l'Application de la technique psychanalytique à l'étude des instances psychiques. La technique hypnotique dans la période pré-analytique élimine le Moi durant la recherche et cela nuit à la réussite finale, même si le succès parait d'abord spectaculaire. L'association libre doit être utilisée surtout pour déterminer le genre de mécanisme défensif utilisé par le Moi, sans fixer trop de règle fondamentale analytique (absence de résistances qu'il faut au contraire comprendre). Ensuite, l'interprétation des rêves, l'interprétation des symboles, l'analyse des actes manqués et surtout l'interprétation du transfert, doivent permettre de poursuivre l'observation.

Elle appelle transfert "tous les émois du patient dus à ses relations avec l'analyste." Ces émois proviennent de relations objectales anciennes qu'il s'agit d'observer, à travers les modalités de cette relation avec l'analyste. Elle distingue le transfert d'émois libidinaux (permettant d'observer le Ça du patient - à travers la nature des sentiments exprimés, involontaires et non maîtrisés), le transfert de défense, très différent (avec les déformations du Ça effectuées par le Moi, qui s'exprime par la manière dont le patient "joue" avec l'analyste), et l'agir dans le transfert qui modifie les "rapports de force" entre le Ça et le Moi. Si elle insiste sur ces distinctions, c'est pour montrer "que les difficultés techniques de l'analyse sont relativement moindres là où il s'agit de rendre conscients les dérivés du Ça."  Le maniement par l'analyste du transfert affectif requiert l'utilisation souple de ces diverses techniques. Il faut à la fois comprendre la nature des résistances, la nature des affects en jeu et les habitudes de défense du Moi, car il faut analyser les opérations défensives inconscientes du Moi pour reconstituer les transformations subies par les instincts.

 

         Tout cela, explique t-elle dans le troisième chapitre (Étude analytique et procédés de défense du Moi) car "l'analyste a pour mission de rendre conscient l'inconscient à quelque instance qu'appartienne ce dernier, il doit aussi porter aux éléments inconscients des trois instances la même attention objective."  Le lecteur doit apporter pour comprendre la suite, une attention à l'exposé théorique fait auparavant, même si, admet-elle, il est long et difficile...

Cette difficulté, pensons-nous, que rencontre le lecteur, surtout s'il ne possède pas une "culture psychanalytique minimum", est que souvent il n'a aucune idée de la pratique concrète et aussi parce que les processus inconscients ne sont vraisemblablement pas percés à jour à l'heure actuelle. La première étape pour "soigner" nombre d'affections mentales (bénignes ou graves) est précisément de faire comme les fondateurs de la psychanalyse : prendre conscience de l'existence de l'inconscient, comprendre pourquoi et comment les affects ne s'expriment tout bonnement pas librement, et observer...  Quand le patient ne peut venir à bout de ses problèmes psychiques, précisément, l'analyste doit posséder une connaissance, même si elle est lacunaire, et elle l'est véritablement, pour l'aider à voir ce qui l'empêche de bien se sentir, et cela est particulièrement vrai lorsqu'il s'agit d'enfants.

  "... l'attitude du Moi en face des efforts analytiques comporte trois modalités. Le Moi, quand il exerce la faculté d'auto-observation (...), fait cause commune avec l'analyste, met à la disposition de celui-ci ses capacités et lui procure, grâce aux rejetons des autres instances qui ont pénétré dans son domaine, une image de ces dernières. Le Moi se pose en adversaire de l'analyste quand il se monde, au cours de son auto-observation, partial, plein de mauvaise foi et lorsque, enregistrant et transmettant consciencieusement certains renseignements, il en falsifie et rejette d'autres et les empêche de venir au jour : il va ainsi à l'encontre du travail analytique, lequel exige de voir, sans en rien excepter, tout ce qui peut émerger. Enfin, le Moi est lui-même objet de l'analyse dans la mesure où l'activité défensive qu'il exerce sans cesse se poursuit inconsciemment et ne devient qu'à grand peine consciente, à peu près comme l'activité inconsciente de quelque émoi instinctuel interdit."

       Pendant l'analyse, écrit Anna FREUD dans ses considérations sur la Défense contre l'instinct et la Résistance, "le Moi devient agissant partout où il cherche, par une action antagoniste, à empêcher la poussée du Ça. Or, le but de la psychanalyse étant d'assurer aux idées qui représentent la pulsion refoulée l'accès au conscient, c'est-à-dire justement de susciter de pareilles poussées, il s'ensuit que les mesures de défense adoptées par le Moi contre l'apparition de ces idées prennent automatiquement le caractère d'une résistance active contre l'analyse."... et contre l'analyste, ce qui peut s'exprimer par une certaine agressivité... "A côté des résistances dites du Moi, poursuit-elle, nous savons qu'il existe des résistances de transfert, différemment constituées et aussi certaines forces antagonistes difficilement surmontables qui dérivent de l'automatisme de répétition. Ainsi toute résistance ne résulte pas nécessairement d'un acte défensif du Moi, mais tout acte de défense du Moi contre le Ça, au cours de l'analyse, ne peut se traduire que par une résistance aux efforts de l'analyste".

      Sur la Défense contre les affects, nous pouvons lire que "le Moi n'est pas seulement en conflit avec les rejetons du Ça qui essayent de l'envahir pour avoir accès au conscient et à la satisfaction. Il se défend avec la même énergie contre les affects liés à ces pulsions instinctuelles."

       Sur les Manifestations permanentes de défense, Anna FREUD fait directement référence aux travaux de Wilhelm REICH (Analyse logique des résistances, 1935) : Toutes les manifestations - certaines attitudes du corps - révélatrice de l'activité défensive du Moi se transforment en traits de caractère définitifs, devenus des "cuirasses de caractère".

       La Formation des symptômes, dans les domaines de l'hystérie ou des névroses est liée directement à la forme de résistance déployée. Il s'agit, de trouver et d'utiliser une Technique analytique qui permette de déceler les modes de défense contre les pulsions et les affects. Tout l'effort d'analyse des enfants d'Anna Freud, surtout que pour eux la méthode des associations libres ne donne pas beaucoup de résultats, est d'obtenir d'eux des renseignements directs sur leurs rêves et leurs émotions, dans les jeux, les dessins, etc. Il s'agit de faire évoluer l'enfant dans son propre univers mental exprimé, pour reprendre un autre vocabulaire que celui de la psychanalyste. Et c'est l'expérience, précisément qui permet de construire des techniques d'analyse, qui "nous donne les moyens de liquider les résistances du Moi".

    Le Chapitre 4, qui porte sur les Mécanismes de défense, part des études de Sigmund FREUD, notamment dans Les psychonévroses de défense (1894), l'étiologie de l'hystérie, et surtout dans Inhibition, symptôme et angoisse (1926). Elle envisage à sa suite le rôle de refoulement comme mode particulier de défense, à mettre en relation avec les "autres procédés spéciaux de défense". Elle cite, "parmi les procédés de défense utilisés dans la névrose obsessionnelle, la régression et les modifications réactionnelles (formations réactionnelles) du Moi, l'isolation et l'annulation rétroactive."  Elle tire de l'ouvrage, toujours de Sigmund FREUD, A propos de quelques mécanismes névrotiques dans la jalousie, la paranoïa et l'homosexualité, les mécanismes de défense nommé introjection ou identification et la projection. Du travail sur la théorie des instincts, le retournement contre soi-même et la transformation en contraire (destin des pulsions). A ceux-ci, elle ajoute ceux appartenant plutôt "au domaine de la normalité qu'à celui de la névrose, la sublimation ou déplacement du but instinctuel. Ainsi sont réunis ces dix méthodes différentes, et dans chaque cas particulier, le praticien doit observer les conséquences de leur mise en oeuvre sur la personnalité du patient.

  Dans la suite de son exposé, qui est loin de faire systématiquement le tour de ces méthodes, l'une après l'autre, elle effectue une Comparaison entre les divers effets de ces mécanismes dans des cas particuliers. Ainsi, elle puise dans son expérience des cas de garçons et de filles  mettant en oeuvre ces mécanismes de défense. Ce qu'il faut retenir surtout, au-delà d'une organisation stricte des méthodes de défense, dont elle renonce d'en établir la chronologie, c'est la valeur descriptive de ce qui se passe chez ces enfants.

Anna FREUD insiste beaucoup sur le fait que le refoulement "peut bien être englobé dans le concept général théorique de la défense et comparé aux autres procédés défensifs spéciaux". Il se place néanmoins selon elle sur un plan tout à fait différent. Les mécanismes de défense tels que le refoulement et la sublimation apparaissent très tôt, et de plus, ce sont eux qui réclament de la part du Moi la plus grande énergie et la plus grande constance.

 

     Le chapitre 5, Orientation des processus de défense suivant l'angoisse et le danger, examine successivement, de manière plus précise les Motifs de la défense contre les pulsions (peur du SurMoi dans la névrose des adultes et Crainte réelle dans la névrose infantile). L'auteure montre bien le face à face du Moi face à la fois au SurMoi et au Ça, et met bien en évidence cette balance de la peur du Moi face à l'angoisse devant les menaces de l'extérieur (punitions en cas d'infraction aux interdictions formelles des parents) et face aux puissantes pulsions du Ça qui se manifestent de façon imprévisible dans le cours du développement de l'enfant. Constamment, le Moi qui veut se construire (besoin de synthèse du Moi), doit jouer entre diverses menaces de l'équilibre qu'il met en place au cours du temps, événement après événement. Elle pense que dans le travail de l'analyse, il est plus difficile de traiter certains états pathologiques où le patient lutte par peur de la puissance de ses instincts que ceux qui relèvent de la contrainte extérieure (mise en place d'un SurMoi puissant), où la modification des méthodes éducatives peuvent avoir beaucoup d'effets bénéfiques.

 

 

     La deuxième partie, Exemples d'évitement de déplaisir et de danger réels, traitent des stades préliminaires de la défense. Les chapitres 6, 7 et 8 du livre abordent La négation par le fantasme, La négation par actes et paroles et la rétraction du Moi.

   Le chapitre 6 sur La négation par le fantasme commence par un rappel : la doctrine psychanalytique est issue de l'étude des névroses. C'est-à-dire d'aspects pathologiques qui laissent dans l'ombre les mécanismes "normaux". C'est en psychologie que ces aspects nullement pathogènes sont laissés, et c'est pourquoi la négation par le fantasme est jugé comme accessoire. Alors qu'il est probablement le premier mécanisme de défense du Moi. Le petit enfant, à cette époque de l'existence, "est encore trop faible pour se dresser activement, pour se protéger à l'aide de ses forces physiques contre le monde extérieur et pour modifier se dernier à sa guise." Anna FREUD se base sur le fameux cas du petit Hans étudié par son père et sur le cas d'autres enfants pour mettre en relief la manière dont le fantasme d'un animal par exemple remplace dans son esprit une réalité trop dure. "Les thèmes sur lesquels ont brodé ces deux enfants ne sont nullement originaux et nous les retrouvons, de façon tout à fait générale, dans les contes et dans la littérature enfantine" (éléments qu'étudie plus tard Françoise DOLTO). C'est un renversement total de la réalité qu'opère ses histoires intérieures et ces contes pour le bénéfice d'un Moi qui substitue à une réalité inmodifiable des fantasmes  qui s'expriment  tant dans le rêve que dans l'état de veille. La persistance de ce mode de défense chez l'adulte entraîne des conséquences importantes, et généralement ce mode disparaît assez rapidement lors de la fin de la petite enfance.

    La négation par actes et paroles étudiée dans le chapitre 7 part de cette forme de défense qui évolue avec l'âge : "Pendant plusieurs années le moi infantile, tout en conservant un sens intact de la réalité, garde le privilège de nier tout ce qui, dans cette réalité, lui déplaît. Il use amplement de cette faculté et, ce faisant, ne se cantonne pas dans le seul domaine des représentations et des fantasmes, il ne se borne pas à penser, il agit. Pour parvenir à transformer la réalité, il se sert des objets extérieurs les plus divers. On retrouve fréquemment aussi, dans les jeux enfantins, en général, et dans ceux où l'enfant adopte un rôle, en particulier, cette même négation de la réalité."

Dans une présentation dynamique, Anna FREUD met en relation l'évolution de l'enfant dans ce sens avec l'existence des différentes écoles pédagogiques : "Le conflit toujours existant entre les différentes écoles pédagogiques (Froebel contre Montessori) peut se résumer ainsi : dans quelle mesure l'éducateur doit-il inciter l'enfant - et cela dès le plus jeune âge - à assimiler la réalité? Jusqu'à quel degré peut-on laisser le jeune être se détourner de cette réalité en favorisant chez lui la construction d'un monde imaginaire?"  Dans l'équilibre délicat entre l'entrée dans le monde de la réalité et la protection d'un Moi fragile, entre les excitations extérieures et les excitations pulsionnelles, c'est surtout la fonction de synthèse du Moi qui permet à l'enfant d'entrer progressivement dans une dynamique positive (d'échanges réels) avec le monde extérieur. Tout dépend de l'attitude des éducateurs, pris au sens large, dans leur compréhension des mesures protectrices du Moi, entre consentement trop large, qui risque de conforter l'enfant dans sa négation et répression trop forte qui augmente l'angoisse et réoriente de manière trop importante la défense contre la vie instinctuelle, ce qui aboutit au développement de névroses véritables.

    Le chapitre suivant sur La rétraction du Moi examine un phénomène parallèle à l'élaboration des fantasmes, divers procédés employés par le Moi "pour éviter toute souffrance venue soit du dedans soit du dehors". Cette rétraction du moi appartient autant aux procédés "normaux" qu'aux procédés pathologiques. Toujours à partir d'exemples concrets, elle décrit ce mécanisme de défense, qu'elle distingue de l'inhibition : "toute la différence entre l'inhibition et la rétraction du moi consiste en ce que, dans le premier cas, le moi se défend contre ses propres processus internes tandis que, dans le second, il se dresse contre les excitations extérieures". Ce processus de rétraction s'inscrit pour Anna FREUD dans le processus normal de l'enfance. Elle conclue sur le fait qu'étant donné le peu d'indépendance dont jouit l'enfant, "les adultes peuvent, à leur gré, favoriser ou étouffer chez lui l'éclosion d'une névrose". Ainsi, elle cite l'exemple d'une mère que l'état de son enfant inquiète et dont l'orgueil est blessé chercher à le protéger en lui évitant d'affronter des situations pénibles dans le monde extérieur. Tout est dans l'attention qu'elle témoigne et on peut mesurer combien est délicat le dosage de liberté à accorder, sans tomber dans l'état phobique à l'égard d'accès d'angoisse.

 

    La troisième partie aborde des exemples de deux types de défense, l'identification avec l'agresseur et une forme d'altruisme (Chapitres 9 et 10). La quatrième et dernière partie se focalise sur l'étude des phénomènes de la puberté : Mécanismes de défense déclenchés par la peur des pulsions trop puissantes (Chapitres 11 et 12).

 

    Dans sa conclusion, Anna FREUD commence, avant de faire une sorte de bilan des connaissances actuelles, par une sorte de mise en garde : "Quand nous connaîtrons mieux l'activité inconsciente du Moi, nous serons sans doute en mesure d'établir une classification bien plus rigoureuse". Les exemples qu'elle donne, tirés de son expérience clinique, lui permettent toutefois "de supposer que le Moi met en branle le mécanisme de la négation quand il s'agit d'idées de castration et de pertes d'objet aimés. La cession altruiste des pulsions instinctuelles, d'autre part, semble être utilisée de préférence, dans certaines conditions déterminées, lorsqu'il s'agit de triompher d'humiliations narcissiques." Elle pense que les connaissances sont mieux "établies" sur les rapprochements entre les diverses activités de défense du Moi contre les dangers qui menacent soit du dedans soit du dehors. "Le refoulement sert à évincer les dérivés du Ça comme la négation à supprimer les excitations extérieures. La formation réactionnelle préserve le Moi d'une réapparition de ce qui a été refoulé, les fantasmes grâce auxquels la situation réelle est renversée empêchent la négation d'être ébranlée par l'ambiance. L'inhibition de l'émoi pulsionnel correspond à une rétraction du Moi, destinée à éviter tout déplaisir causé par le monde extérieur. L'intellectualisation des processus instinctuels agit en tant que protection contre un danger intérieur et équivaut à une vigilance perpétuelle du Moi contre les dangers extérieurs. Tous les autres mécanismes de défense qui, à la manière du retournement en contraire ou du retournement contre soi, se manifestent par une altération des phénomènes pulsionnels eux-mêmes, trouvent leur contrepartie dans les tentatives faites par le Moi pour parer au danger extérieur en intervenant activement afin de modifier l'ambiance. toutefois, je ne puis m'étendre davantage ici sur ces sortes d'activités du Moi". A lire la suite, le lecteur se rend compte de la mobilité extrême des mécanismes de défense et de la multiplication de véritables tactiques au fur et à mesure que les événements interviennent et que de nouvelles pulsions naissent dans le corps de l'individu.

"Bien que le Moi, écrit-elle à la fin de sa conclusion, ne dispose pas, dans le choix des mécanismes de défense, d'une totale liberté, il n'en est pas moins vrai que l'importance de son rôle nous frappe quand nous étudions ces mécanismes. L'existence même des symptômes névrotiques prouve que le Moi a été submergé. Tout retour des pulsions refoulées, toute formation ensuite de compromis trahissent un échec de la défense projetés, partant une défaite du Moi. Le Moi est vainqueur quand ses mesures de défense sont efficaces, c'est-à-dire quand il arrive, par elles, à limiter la production d'angoisse et de déplaisir, à assurer au sujet, même dans des circonstances difficiles, grâce à une modification des pulsions, une certaine dose de jouissance pulsionnelle. Ainsi s'établissent, dans la mesure du possible, d'harmonieuses relations entre le Ça, le Surmoi et les puissances du monde extérieur."

 

     Elsa SCHMID-KILSIKIS indique que "l'oeuvre d'Anna FREUD, et plus particulièrement (cet) ouvrage, a directement alimenté un courant de pensée que l'on pourrait qualifier de "psychanalyse de la conscience" et qui a surtout pris son essor aux États-Unis grâce aux adeptes de l'Ego-psychology (Hartmann, Kris et Loewenstein), mais elle a surtout indirectement permis une utilisation psychologique des données de la psychanalyse freudienne, utilisation entre autres sur le terrain de ce qu'il est convenu d'appeler de nos jours la "pédagogie psychanalytique" ainsi que dans le cadre des tests dits de personnalité." Nous pouvons ajouter que cet ouvrage se situe dans la longue lutte-polémique entre Anna FREUD et Mélanie KLEIN en ce qui concerne la psychanalyse des enfants.

 

Anna FREUD, Le Moi et les mécanismes de défense, Presses Universitaires de France, Bibliothèque de psychanalyse, 2001, 170 pages environ. Traduction de Das ich und die abwehrmechanismen, Imago Publishing, London, 1946. Réédition de l'ouvrage de 1949 (15ème édition). L'ouvrage originel de 1936 porte le titre complet de Das Ich und die Abwehrmechanismen, Wege und Irrwege in der Kinderentwicklung, Wien, Internationaler Psychoanalytischer Verlag.

Elsa SCHMID-KILSIKIS, article Le moi et les mécanismes de défense, dans Dictionnaire international de la psychanalyse, Hachette Littératures, 2002.

 

 

Relu le 28 novembre 2019

 

 

 

 

 

 

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13 avril 2010 2 13 /04 /avril /2010 16:18

           Selon Anna FREUD, le mot défense "est le plus ancien représentant d'un point de vue dynamique en théorie psychanalytique". Elle cite plusieurs textes phares de Sigmund FREUD (Les psychonévroses de défense, 1894 - Étiologie de l'hystérie, Autres observations sur les psychonévroses de défense, Inhibition, symptôme et angoisse - 1926) qui montrent à quel point la notion de défense est liée aux découvertes de la psychanalyse. Plusieurs auteurs (LAPLANCHE, MIJOLLA, entre autres) estiment d'ailleurs que le refoulement, en tant que mode défense psychique, ou plutôt sa mise en évidence, est étroitement liée à la compréhension de l'inconscient.

 

            Le refoulement est cité, toujours par Anna FREUD comme le premier des mécanismes de défense du Moi contre les pulsions négatives. Alors que le fondateur de la psychanalyse tend à définir le refoulement de manière plus restrictive qu'elle, l'auteure de Le Moi et les mécanismes de défense pense que "théoriquement parlant, le refoulement peut bien être englobé dans le concept général théorique de la défense et comparé aux autres procédés défensifs spéciaux. Toutefois, en ce qui a trait à ses conséquences, il se place sur un plan tout-à-fait différent de celui des autres procédés. Au point de vue quantitatif, le refoulement agit plus radicalement, c'est-à-dire qu'il peut maîtriser certaines pulsions en face desquelles les autres procédés restent inopérants. Son action se produit une fois pour toutes, mais le contre-investissement qui s'effectue afin de l'assurer est, lui, une institution permanente qui exige une continuelle dépense d'énergie. Au contraire, à chaque nouvelle poussée instinctuelle, les autres mécanismes de défense doivent se mettre en branle. Si le refoulement est le plus efficace des mécanismes, il en est aussi le plus dangereux. Le morcellement du Moi, provoqué dans des domaines entiers de la vie affective et instinctuelle par le retrait de la conscience, peut à tout jamais détruire l'intégrité de la personnalité. Le refoulement devient la base d'une formation de compromis et de névroses. Les conséquences des autres techniques de défense ne sont pas d'une moindre gravité, mais même quand elles prennent une forme aiguë, se maintiennent mieux dans les limites du normal. Elles se manifestent par d'innombrables modifications, altérations et déformations du Moi qui peuvent en partie accompagner la névrose et, en partie, s'y substituer."

Ses tentatives de chronologie (dans la vie d'un individu) de l'apparition des mécanismes de défense du Moi sont contrariées dans ses propres expériences et sans doute, selon elle-même, "il est préférable de renoncer à un semblable travail" et de se concentrer sur les situations capables de mettre en branle les mécanismes de défense. C'est donc une démarche contraire à celle de Mélanie KLEIN, qui cherche à découvrir quels sont les premiers mécanismes de défense qui apparaissent dans la vie d'un enfant, les découvrant très tôt, dès le plus jeune âge, dans des phantasmes qu'elle décrit de manière assez effrayante, et qui suscite bien des interrogations.

 

     Mais qu'est-ce le refoulement? Jean-Bertrand PONTALIS et Jean LAPLANCHE en donnent les définitions suivantes :

- Au sens propre : opération par laquelle le sujet cherche à repousser ou à maintenir dans l'inconscient des représentations (pensées, images souvenirs) liées à une pulsion. Le refoulement se produit dans les cas où la satisfaction d'une pulsion - susceptible de procurer par elle-même du plaisir - risquerait de provoquer du déplaisir à l'égard d'autres exigences.

Le refoulement est particulièrement manifeste dans l'hystérie mais joue un rôle majeur dans les autres affections mentales ainsi qu'en psychologie normale. Il peut être considéré comme un processus psychique universel en tant qu'il serait à l'origine de la constitution de l'inconscient comme domaine séparé du reste du psychisme.

- En un sens plus vague : le terme de refoulement est parfois pris par FREUD dans une acception qui le rapproche de celui de "défense", d'une part en tant que l'opération du refoulement prise au sens (premier) se retrouve au moins comme un temps dans de nombreux processus défensifs complexes (la partie est alors prise pour le tout), d'autre part en tant que le modèle théorique du refoulement est utilisé par FREUD comme prototype d'autres opérations défensives. (Vocabulaire de la psychanalyse).

      Dans l'oeuvre de Sigmund FREUD, la notion de refoulement apparaît comme corrélative de celle d'inconscient. C'est une opération dynamique qui implique le maintien d'un contre-investissement et toujours susceptible d'être mise en échec par la force du désir inconscient qui cherche à faire retour dans la conscience et la motilité. Le risque toujours présent de provoquer du déplaisir "à l'égard d'autres exigences" mentionné dans la définition, fait directement référence aux exigences de l'environnement de la personne qui exige la non libre expression de ce désir inconscient.

Ce n'est que dans les années 1911-1915 que le fondateur de la psychanalyse s'attache à donner une théorie articulée du refoulement, en y distinguant différents temps. Dans l'article Le refoulement, de 1915, Sigmund FREUD distingue un refoulement au sens large (comprenant 3 temps) et un refoulement au sens étroit qui n'est que le second temps du précédent.

Les rédacteurs du Vocabulaire de la psychanalyse présentent ces temps ainsi :

- premier temps : refoulement originaire, qui porte sur les signes, les représentants de la pulsion : il se crée ainsi un premier noyau inconscient fonctionnant comme pôle d'attraction à l'égard des éléments à refouler ;

- deuxième temps : le refoulement après coup, processus double, alliant à cette attraction une répulsion de la part d'unes instance supérieure, qui s'attaque directement à la pulsion ;

- troisième temps, le retour du refoulé, sous forme de symptômes, rêves, actes manqués, etc.

   En conclusion, ils écrivent que l'opération du refoulement "peut être envisagée dans le triple registre de la métapsychologie :

- du point de vue topique : si le refoulement est décrit dans la première théorie de l'appareil psychique comme maintien hors de la conscience, FREUD n'assimile pas pour autant l'instance refoulante à la conscience. C'est la censure qui en fournit le modèle. dans la seconde topique, le refoulement est tenu pour une opération défensive du Moi (partiellement inconscient) ;

- du point de vue économique, le refoulement suppose un jeu complexe de désinvestissements, réinvestissements et contre-investissements, portant sur les représentants de la pulsion ;

- du point de vue dynamique, la question majeure est celle des motifs de refoulement : comment une pulsion dont la satisfaction engendre par définition du plaisir en vient-elle à susciter un déplaisir tel qu'il déclenche l'opération du refoulement ?"

 

      C'est à peu près la même façon de présenter les choses que nous pouvons trouver sous la plume de Jean-François RABAIN dans le Dictionnaire International de la psychanalyse.

Insistons comme lui sur la conception dynamique du refoulé et de l'inconscient : "l'inconscient tend à faire resurgir dans la vie consciente et dans les comportements des productions qui sont en connexion plus ou moins lointaines avec lui et que Freud nomme les "rejetons de l'inconscient". Ces "rejetons" englobent par exemple les symptômes, les fantasmes, les lapsus ou les associations signifiantes en cours de séance d'analyse. Ils sont donc les "dérivés du refoulé" et se voient à leur tour l'objet de nouvelles mesures de défense." Dans l'article de 1915 sur Le refoulement, Freud écrit : "Le refoulement ne tient pas, en effet, tous les rejetons du refoulé originaire à l'égard du Conscient. Quand ses rejetons se sont suffisamment éloignés du représentant refoulé, soit par adoption de déformations, soit par le grand nombre de maillons intermédiaires intercalés, alors l'accès au Conscient est libre pour eux. C'est comme si la résistance du conscient à leur endroit était une fonction de leur éloignement par rapport au refoulé originaire."

 

      Dans le premier temps de la théorie du refoulement figure le refoulement originaire. Encore aujourd'hui, cette notion reste obscure ; c'est dans ses effets qui FREUD indique son existence : dans les fixations névrotiques. Ces fixations névrotiques, qui se manifestent selon des symptômes variés mais stéréotypés, résultent d'un "contre-investissement" constant et dépensier en énergie. Jusqu'à la fin de sa vie, le fondateur de la psychanalyse a recherché la nature de ce contre-investissement, soit dans des éléments biologiques (piste que Wilhelm REICH pour sa part suivra le plus loin possible...), soit dans l'étude de la phylogenèse (Totem et Tabou, où il est constamment influencé par la croyance en la transmission des caractères acquis), soit encore dans la mise en évidence des contenus inconscients, qui s'ils sont refoulés, ne sont jamais pour lui détruits. Les symptômes, d'ailleurs, qui nuisent à la santé psychique de ses patients, s'expliquent débord par un retour du refoulé au niveau conscient. Sigmund FREUD indique les conditions générales du retour du refoulé : affaiblissement du contre-investissement, renforcement de la poussée pulsionnelle (sous l'influence biologique de la puberté par exemple), survenue d'événements qui évoquent le matériel refoulé.

   Mais de manière plus pratique, la psychanalyse n'a de sens que surtout dans la pratique, c'est la "levée du refoulement", processus par lequel est opérée la suppression des lacunes mnésiques, qui constitue une sorte de "preuve" de l'existence du refoulement. La travail de la cure permet de mettre en place des termes intermédiaires préconscients sans que la prise de conscience du refoulé ait à "remonter" jusqu'à l'Inconscient. (Jean-François RABAIN). Dans l'histoire de la psychanalyse, c'est d'abord l'hypnose qui fait disparaître les symptômes, puis ensuite la technique des associations d'idées ou d'autres techniques qui permettent le retour au conscient des éléments refoulés. Pour Claude LE GUEN, "la levée du refoulement, avec la libération d'énergie libidinale qu'elle suscite et l'unification du Moi qu'elle provoque, demeure la pierre de touche du changement dans la cure comme de sa vocation thérapeutique".

 

     Serban IONESCU et ses collaborateurs, dans leur ouvrage sur Les mécanismes de défense, indiquent les caractéristiques du refoulement. Ils discutent de la définition qu'ils en donnent : "Rejet dans l'inconscient de représentations conflictuelles qui demeurent actives, tout en étant inaccessibles à la prise de conscience. Le retour du refoulé, dont les conséquences peuvent être anodines ou pathologiques, intervient en cas d'échec ou d'insuffisance du refoulement".

Cette définition amène deux questions :

"Comment distinguer refoulement et oubli?"

"Existe-t-il un refoulement normal?"

   L'oubli est sélectif puisqu'il porte sur des souvenir biographiques et non sur des connaissances acquises. Il s'agit pour Daniel WIDLOCHER (né en 1929) (1992) d'un trouble mnésique affectant la mémoire épisodique. L'oubli peut être une technique qui permet de "trier" les informations utiles de celles qui ne le sont pas, et il est donc nécessaire au fonctionnement efficient du système nerveux. Il existe donc un refoulement sain. Ce qui pose problème, c'est quand le refoulement amène d'évidents troubles de fonctionnement de la personnalité, soit de façon intermittentes (lors de crises), soit de manière permanente. Et toute la difficulté soulevée par les auteurs réside dans le fait qu'il n'existe probablement pas de refoulement sain dans une société non exempte de dysfonctionnements (pour rester modéré). Et que l'opération de refoulement en elle-même affecte de manière probablement non discriminante des éléments d'informations normalement nécessaires et des éléments provenant directement ou indirectement des pulsions. Il faut remarquer que dans les termes employés, c'est souvent plus le retour du refoulé qui semble poser problème aux auteurs (et sans doute à FREUD) que le refoulement proprement dit.

       Le domaine où finalement l'apport de leur paragraphe est le plus instructif et le plus éclairant est finalement la pathologie :

après avoir rappelé que pour FREUD "ce n'est pas le refoulement lui-même qui a des effets morbides, mais seulement le retour du refoulé, dû à l'insuffisance ou à l'échec du refoulement, et sans doute aussi à une vulnérabilité de la personne", (ce qui n'est sans doute pas une perception partagée par tous les psychanalystes...), les auteurs décrivent les effets morbides observés. Ce sont avant tout les symptômes hystériques (hystérie de conversion..).

Mais un autre symptômes fréquent est une fatigue perpétuelle, car le Moi, signalait déjà Freud, s'épuise en actions de défense. Otto FENICHEL (1897-1946) développe ce point de vue et constate "'l'appauvrissement général de la personnalité névrotique qui consume son énergie dans la réalisation de son refoulement."  D'où les tentatives de lever ce refoulement. Et, dirions-nous l'impossibilité de dissocier le patient de son environnement familial et social, car loin d'être la seule cause des troubles, "le retour du refoulé" peut être aussi, comme nous le voyons avec les études de Gérard MENDEL, l'occasion de réfléchir  et d'agir sur l'ensemble des caractéristiques des maladies mentales qui affectent toute une population.

Bien entendu, là comme ailleurs, la psychanalyse s'avère ne pas être une "technique neutre", et les auteurs de cet ouvrage semble se positionner selon les vues de la société établie en général. Ils semblent s'inscrire plus, du coup, dans une perspective psychiatrique, que dans une perspective psychanalytique.

 

         Gérard POMMIER estime par ailleurs qu'il existe "une adéquation entre le fonctionnement de l'appareil psychique que décrit la psychanalyse et ce qu'expose un neurophysiologiste comme EDELMAN." Le refoulement correspondrait à une disparité synchronique spécifique. L'étude des conditions physiologiques de la conscience, en plongeant dans l'architecture neurologique et neuroendocrinienne des différentes régions du cerveau permettrait du même coup de comprendre, par les changements de fonctionnement observés, comment s'opère le refoulement, comment se forme finalement l'inconscient. Il s'agit d'une recherche, qui a déjà largement dépassé d'ailleurs une conception de localisations des fonctions par zones anatomiques, qui pourrait, selon lui, démontrer la véracité de l'approche de la psychanalyse. Sans méjuger de cette approche, beaucoup de praticiens la jugent un peu superflues.

 

Gérard POMMIER, Comment les neurosciences démontrent la psychanalyse, Flammarion, 2004. Serban INOSESCU, Marie-Madeleine JACQUET, Claude LHOTE, Les mécanismes de défense, Théorie et clinique, Nathan Université, 2003. Jean-François RABAIN, dans Dictionnaire international de la psychanalyse, sous la direction d'Alain de MIJOLLA, Hachette littératures, 2002. Jean LAPLANCHE et Jean-Bertrand PONTALIS, Vocabulaire de la psychanalyse, PUF, 1976. Anna FREUD, Le Moi et les mécanismes de défense, PUF, 2001.

 

                                                                  PSYCHUS

 

Relu le 30 novembre 2019

 

 

 

 

 

 

 

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1 juillet 2009 3 01 /07 /juillet /2009 13:08
      Défense, en psychanalyse désigne un ensemble d'opérations dont la finalité est de réduire ou de supprimer toute modification susceptible de mettre en danger l'intégrité et la constance de l'individu, pris comme unité bio-psychologique. dans la mesure où le moi se constitue comme instance qui incarne cette constance et qui cherche à la maintenir, il peut être décrit comme l'enjeu et l'agent de ces opérations (LAPLANCHE et PONTALIS).
       Dès Études sur l'hystérie (1895), Sigmund FREUD cherche à décrire les différentes modalités du processus défensif et à donner un modèle métapsychologique à celles-ci. D'emblée, cette théorie se réfère, comme ce sera constamment le cas par la suite, à une opposition entre les excitations externes qu'on peut fuir ou contre lesquelles existe un dispositif de barrage mécanique qui permet de les filtrer et les excitations internes qu'on ne peut pas fuir. Contre cette agression du dedans qu'est la pulsion, se constituent les différents procédés défensifs.
 
       Dans Le Projet de psychologie scientifique (1895), le fondateur de la psychanalyse aborde le problème de la défense de deux façons, comme l'indiquent Jean LAPLANCHE et Jean-Bertrand PONTALIS :  
- Il recherche l'origine d'une défense primaire dans une expérience de douleur, tout comme il a trouvé le modèle du désir et de son inhibition par le moi dans une expérience de satisfaction ;
- il cherche à différencier une défense normale et une défense pathologique.
      "La première opère dans le cas de la reviviscence d'une expérience pénible ; il faut que le moi ait déjà pu, lors de l'expérience initiale, commencer à inhiber le déplaisir par des investissement latéraux. Lorsque l'investissement (écrit Sigmund FREUD) de la trace mnésique se répète, le déplaisir se répète aussi, mais les frayages du moi sont eux aussi déjà en place ; l'expérience montre qu'à la seconde fois, la libération (de déplaisir) est moins importante et finalement, après plusieurs répétitions, elle se réduit à l'intensité convenant au moi, d'un signal. Une telle défense évite au moi le risque d'être submergé et infiltré par le processus primaire, comme c'est le cas avec la défense pathologique."
       "Sigmund FREUD trouve la condition (de cette défense pathologique) dans une scène sexuelle qui en son temps n'avait pas suscité de défense, mais dont le souvenir réactivé déclenche, de l'intérieur, une montée d'excitation. L'attention est tournée (écrit Sigmund FREUD) vers les perceptions qui d'habitude donnent l'occasion à la libération de déplaisir. (Or) ici ce n'est pas une perception, mais une trace mnésique qui, de façon inattendue, libère du déplaisir et le moi en est informé trop tard".
"La condition, terminent les deux auteurs du Vocabulaire de la psychanalyse, de la défense pathologique est ainsi le déclenchement d'une excitation d'origine interne, provoquant du déplaisir, et contre laquelle aucun apprentissage défensif n'a été établi. Ce n'est donc pas l'intensité de l'affect en soi qui motive l'entrée en jeu de la défense pathologique, mais des conditions bien spécifiques qui ne se retrouvent ni dans le cas d'une perception pénible ni même lors de la remémoration d'une perception pénible. Ces conditions ne sont réalisées pour Freud que dans le domaine de la sexualité".
          D'emblée également, Sigmund FREUD, dans Les mécanismes psychiques des phénomènes hystériques, rédigé avec BREUER en 1893, traite du mécanisme de défense. Il cherche à spécifier d'autres affections psychonévrotiques que l'hystérie, par la façon particulière dont la défense s'exerce. Selon le type d'affection considéré, le mécanisme de défense diffère. Dans Les nouvelles remarques sur les phénomènes de défense de 1896, il distingue ainsi les mécanismes de la conversion hystérique, de la substitution obsessionnelle, de la projection paranoïaqe. Par la suite, dans les articles qui suivent, nous aurons l'occasion de présenter les diverses théories sur ces affections (hystéries, psychoses, névroses...) et les différentes explications sur les mécanismes de défense correspondants.

        C'est surtout Anna FREUD, dans Le Moi et les mécanismes de défense (1936), qui développe cet aspect de la recherche psychanalytique. Elle donne une liste au début de son ouvrage, de dix mécanismes de défense :
                       - le refoulement ;
                       - la régression ;
                       - la formation réactionnelle ;
                       - l'isolation ;
                       - l'annulation rétroactive ;
                       - la projection ;
                       - l'introjection ;
                       - le retournement contre soi ;
                       - la transformation en contraire ;
                       - la sublimation.
   Mais, tout au long de son ouvrage, comme le remarquent plusieurs auteurs, nous pouvons en relever au moins vingt. Mais avant de les examiner, il importe, comme l'écrivent Serban IONESCU et ses collaborateurs, de poser un certain nombre de questions :
- Existe t-il des différences entre le terme de mécanisme de défense et d'autres termes employés lorsqu'on parle de défense ?
- Qui se défend ? Quelle instance psychique (selon les topiques freudiennes) ? (une question que ces auteurs ne posent pas dans leur livre)
- Si c'est le Moi qui se défend, contre quoi se défend-il?
- Pour quels motifs le Moi se défend-il ?
- Que signifie une défense réussie ? (en terme d'efficacité?)
- Qu'est-ce qu'une défense adaptative?
- Existe-t-il des défenses normales et des défenses pathologiques?
- Comment définir les mécanisme de défense?

      A ces questions, les auteurs de psychanalyse y répondent, directement ou indirectement, de manières très différentes. Entre les conceptions d'Anne FREUD, de Mélanie KLEIN ou de Wilhelm REICH, existent des contradictions très importantes.

     Par ailleurs, d'autres auteurs, qui ne relèvent pas de la discipline psychanalytique, abordent cette question de la défense psychique à partir d'une approche neurobiologique (Henri LABORIT... ) ou l'intègrent globalement dans les défenses de l'organisme devant la douleur, la peur ou les atteintes à son intégrité (Léon BINET... )... Sans compter les multiples approches psychologiques et psychiatriques...
 
Anna FREUD, Le moi et les mécanismes de défense, PUF, collection de bibliothèque de psychanalyse, 2001. Serban IONESCU, Marie-Madeleine JACQUET, Claude LHOTE, Les mécanismes de défense, théorie et clinique, Nathan université, 2003. Jean LAPLANCHE et Jean-Bertrand PONTALIS, Vocabulaire de la psychanalyse, PUF, 1976.

                                                                                  PSYCHUS
 
Relu le 21 avril 2019

   



      
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30 juin 2009 2 30 /06 /juin /2009 12:43
              L'inconscient collectif est essentiellement, mais pas uniquement, un concept de la psychologie analytique de Carl Gustav JUNG, développé notamment dans Métamorphoses de l'âme et ses symboles (1950), réécriture de Métamorphose et symbole de la libido (1912) et dans Les racines de la conscience (1953). En 1934, le fondateur de cette forme "dissidente" de la psychanalyse définit l'inconscient collectif comme la partie inconsciente de la psyché collective, les autres parties de cette psyché étant la conscience du monde perceptible et la conscience elle-même. L'inconscient collectif se distingue de l'inconscient personnel et il en est le complément dans la mesure où il constitue une strate de la réalité qui ne découle pas du vécu personnel, n'est pas une acquisition personnelle, mais est inné, universel, plus ou moins le même partout et chez tous les individus.
 
      Selon David TRESAN, "l'idée jungienne de l'inconscient collectif recouvre à la fois celle d'un réceptacle passif où viennent s'inscrire l'histoire de toutes les réactions humaines vis-à-vis du monde et celle d'un substrat actif, fondement d'où émerge toute réalité. Jung a d'abord décrit les éléments constitutifs de l'inconscient collectif comme étant des images archaïques ou primordiales ou ancestrales, puis il a parlé d'archétypes qui se manifestent dans la conscience à travers des images, des affects puissants et des schèmes de comportement. Quand les énergies de l'inconscient collectif font irruption dans la conscience, celle-ci en est altérée et les réactions peuvent aller de la folie à un réagencement complet des attitudes de la base de la personnalité."

         Ce concept se situe en fait au croisement de l'expérience clinique (association libre des idées pendant la cure) et de la philosophie, versant tradition hermétique. Michel CAZENAVE se demande si la dénomination d'inconscient collectif est la mieux choisie. "Cet inconscient n'est effectivement pas une espèce d'inconscient plus ou moins hypostasié qui serait partagé par l'ensemble d'un groupe, mais un ensemble structurel dont les archétypes sont les catégories sans qu'on les pense eux-mêmes comme des réalités purement psychiques. Dans ses textes, toujours selon Michel CAZENAVE, c'est une totalité dynamique de la conscience qui est proposée par Carl JUNG, "dans une perspective paradoxale de conjonction des opposés : étant donné le surgissement de la conscience à partir de l'inconscient, il existe une unité disjonctive de ces deux termes qui impose l'idée que, à rigoureusement parler, il y a une certaine identité de la psyché avec la conscience en même temps que différenciation dans l'horizon de l'"âme entière"".

      Il faut souligner que l'inconscient jungien n'est pas l'inconscient freudien. ce dernier s'insère dans une topique qu'ignore Carl JUNG qui situe l'inconscient comme une catégorie qui fait partie de la recherche sur l'âme depuis plusieurs siècles. Dans Conscience et Inconscient (Chapitre V de Réflexions théoriques sur la nature du psychisme dans Les racines de la conscience) il écrit :
     "L'inconscient n'est pas l'inconnu pur et simple, c'est le psychisme inconnu, c'est-à-dire tout ce dont nous présupposons que, s'il venait à la conscience, il ne se distinguerait en rien des contenus psychiques connus de nous. D'un autre côté, il nous faut aussi y compter le système psychoïde sur composition duquel nous ne pouvons rien dire directement. Cet inconscient ainsi défini décrit un état de fait extraordinairement flou : tout ce que je sais, mais à quoi je ne pense pas momentanément ; tout ce dont je fus conscient autrefois, mais qui est maintenant oublié ; tout ce qui est perçu par mes sens, mais à quoi mon conscient ne fait pas attention ; tout ce que je sens, pense, me rappelle, veux et fais sans dessein et sans attention, c'est-à-dire inconsciemment ; tout ce qui est futur, qui se prépare en moi et ne viendra que plus tard. Ces contenus sont pour ainsi dire tous plus ou moins susceptibles de conscience ou furent du moins conscient autrefois et peuvent le redevenir d'un moment à l'autre."

       Il y a conflit pour Carl JUNG lorsqu'une force antagoniste inconsciente s'oppose au moi, et que celui-ci ne la refoule pas aussitôt. On assiste alors à une "dissociation relative" de la personnalité, caractéristique de la névrose. C'est par le refoulement du conflit lui-même qu'on se forge une illusion, "l'illusion qu'il n'existe pas", et l'on transforme "une souffrance connue" en une souffrance inconnue encore plus torturante. En tenant le conflit conscient - notamment lors de la cure par l'association libre d'idées - et en en faisant l'objet d'un débat interne, le moi peut reconnaître les deux pôles opposés (conscient/inconscient, masculin/féminin, bien/mal...) comme "nécessaires l'un à l'autre et solidaires". Pour le fondateur de la psychologie analytique, le conflit moral est "fondé en dernière analyse, sur l'impossibilité apparente d'acquiescer à la totalité de la nature humaine", et c'est là que joue l'inconscient collectif. Le conflit moral est donc toujours présent dans la confrontation du moi avec l'ombre et le soi, qui engage le sujet dans les aléas et les souffrances du processus d'individuation (ou d'individualisation). Le conflit entre plusieurs devoirs, qui définit celui-ci, ne peut jamais être résolu sur le mode rationaliste ou métaphysique ; il doit être enduré jusqu'à ce qu'un symbole (un troisième terme de nature irrationnelle) rassemble les points de vue contraires en une seule image composite. C'est par un conflit conscient, et la tension qu'il instaure que le moi, s'ouvrant à la réalité complexe du soi, découvre son entièreté paradoxale, consciente et inconsciente. Le soi est un concept limite qui rend compte de l'existence d'un centre archétypique de la personnalité totale, consciente et inconsciente.(Aimé AGNEL)
   La conception du conflit de Carl JUNG est donc très différente de celle de son ami d'une décennie. Il refuse absolument de "restreindre" le conflit psychique autour de la pulsion sexuelle, et l'inconscient ne se centre absolument pas sur la sexualité, même entendue au sens le plus large.

Carl Gustav JUNG, Métamorphoses de l'âme et des symboles, Georg Editeur, 1993 ; Les racines de la conscience, Buchet/Chastel, 2005.
Aimé AGNEL, Michel CAZENAVE, Le vocabulaire de Jung, Ellipses, 2005 ; David TRESAN, article Inconscient collectif dans Dictionnaire international de la psychanalyse, Hachette littératures, 2002.

                                                             PSYCHUS
 
Relu le 26 mars 2019

       
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26 juin 2009 5 26 /06 /juin /2009 12:24
              Les continuateurs d'une vision freudienne des pulsions s'efforcent de restituer ce que Sigmund FREUD veut vraiment dire sur les pulsions dans son oeuvre, se gardant ainsi de s'orienter vers la psychanalyse de Mélanie KLEIN et n'entrant pas dans les considérations d'Anna FREUD. Parmi eux, Jean LAPLANCHE (notamment à travers le Vocabulaire de la psychanalyse que nous utilisons beaucoup parce qu'il est particulièrement clair) et Daniel LAGACHE, qui, lui-même à travers son oeuvre, tente de concilier les meilleurs apports de la Psychanalyse et de la Psychologie.

            Jean LAPLANCHE relève la nouveauté de la théorie freudienne sur la pulsion de mort par rapport à la construction psychanalytique originelle et souligne qu'elle provient d'une réflexion à la fois clinique et dialectique sur la genèse du sado-masochisme. Il suggère que la théorie de l'étayage soit utilisée comme schéma directeur pour comprendre ce problème du sado-masochisme.
 "D'une part, en effet, l'étayage implique que la sexualité, la pulsion, apparaît à partir des activités non sexuelles, instinctuelles - le plaisir d'organe à partir du plaisir de fonction. Toute activité, toute modification de l'organisme, tout ébranlement est susceptible d'être la source d'un effet marginal qui est précisément l'excitation sexuelle au point où se produit cet ébranlement. L'étayage est donc cet appui de la sexualité naissante sur des activités non sexuelles, mais le surgissement effectif de la sexualité n'est pas encore là. Celle-ci n'apparaît, comme pulsion isolable et repérable, qu'au moment où l'activité non sexuelle, la fonction vitale, se détache de son objet naturel ou le perd. Pour la sexualité, c'est le moment réfléchi qui est constitutif, moment de retournement sur soi, "auto-érotisme" où l'objet a été remplacé par un fantasme, par un objet réfléchi dans le sujet." "Les historiens de la pensée freudienne, et Freud lui-même, admettent que, après 1920, ce qui est considéré comme le temps premier est le temps réfléchi, masochiste : se faire souffrir ou se détruire soi-même. C'est de ce masochisme primaire que dériverait aussi bien, par retournement, le sadisme que le masochisme pervers : trouver un autre susceptible de me faire souffrir." Au contraire, avant 1920, et notamment dans Pulsions et destins des pulsions, ce serait l'activité tournée vers un objet extérieur qui serait première (détruire l'autre, le faire souffrir, l'agresser...), donc le sadisme, tandis que le masochisme ne serait que le retournement de cette première attitude, un retournement d'ailleurs aisément compréhensible en fonction des obstacles rencontrés à l'extérieur et surtout de la culpabilité qu'entraîne l'agression."
    C'est toute cette problématique de retournement, forme active-forme réfléchie-forme active qui implique cette fameuse pulsion de mort. Agression et contre-agression alternent dans la psychologie du sujet et Jean LAPLANCHE ne peut que constater - à l'intérieur toujours de cette théorie, en examinant la fameuse étude On bat un enfant (1919) sur la genèse d'un fantasme sado-masochiste - cette malléabilité de l'énergie pulsionnelle. "...la sexualité néo-formée semble pouvoir prendre comme point de départ n'importe quoi : bien sûr les fonctions vitales, mais aussi, à la limite, la relation "oedipienne" elle-même dans son ensemble, prise comme relation naturelle ayant une fonction de préservation et de survie".
  
         Daniel LAGACHE, dans Situation de l'agressivité (1960), court texte qui constitue une référence dans les études de psychanalyse sur l'agressivité, estime que "les difficultés d'une théorie psychanalytique de l'agressivité tiennent pour une large part aux hypothèses - pour ne pas dire hypothèques de la métapsychologie classique. Posant la sexualité et l'agressivité comme des entités distinctes, initialement investies sur le corps isolé, c'est en les faisant jouer l'une avec l'autre que Freud rend compte de leur investissement objectal. L'évidence de leur indifférenciation dans la sexualité est attribuée à leur "intrication". L'hypothèse de l'intrication, devant le sadisme et le masochisme, entraîne celle de la désintrication. Enfin, l'interprétation ne parvenant pas à montrer de toute activité qu'elle est sexuelle ou agressive, Freud suppose une troisième forme d'énergie, l'énergie neutralisée, procédant pour lui de la libido désexualisée et sublimée, pour certains de ses successeurs de la sexualité et de l'agressivité, et pouvant faire retour à l'une ou à l'autre. Bien que ces vues se laissent en partie tout au moins, transposer en relations, le langage dans lequel elles sont exprimées fait penser aux "entités métaphysiques" dans le sens qu'Auguste Comte donne à ce terme."
   Pour réellement entrer dans la compréhension du sadisme, du masochisme, du sado-masochisme et partant de l'agressivité, Daniel LAGACHE tient à faire une distinction claire entre plusieurs niveaux de compréhension, qui entremêlés, et ils le sont hélas parfois un peu trop dans l'oeuvre de Sigmund FREUD, entraînent plutôt la confusion.
  Tour à tour, il faut distinguer et tenter de ne pas trop relier directement, car l'expérience clinique psychanalytique et les connaissances biologiques ne le permettent pas, trois éléments :
- la tendance au passage de l'organique à l'anorganique (l'inorganique pour prendre un terme plus utilisé de nos jours) est ce qu'il y a le plus de spéculatif dans l'argumentation. C'est à un niveau purement descriptif qu'il faut situer cet élément, pour désigner une sorte de réification du sujet (viscosité ou inertie psychique) dans laquelle la routine et la sclérose se sont substituées durablement ou définitivement au renouvellement et à la création ;
- la tendance à la "réduction des tensions", notion acceptable si on ne la pousse pas à l'absurde, la réduction de toute tension ;
 - le masochisme primaire assimilée à la passivité et à la dépendance.
 
     La nature humaine est suffisamment complexe pour que l'on ne relie pas immédiatement à tout bout de champ les dynamismes biologiques les plus simples à l'oeuvre dans le cerveau ou dans le corps entier aux divers types de relations avec les autres. Il y a bien sûr toute une chaîne dynamique, largement en feedback, multiples pour prendre un terme de thermodynamique, entre les différents types d'attitude, notamment liée à l'agression et à l'auto-agression, entre les comportements et l'état de l'organisme. Mais pour l'instant encore, la compréhension de ce dynamisme reste du ressort d'une métapsychologie.
   Pulsions de vie et pulsions de mort constituent des hypothèses largement utilisées par diverses écoles psychanalytiques, des notions globalement refusées en psychologie, en tout cas dans les acceptions freudiennes. C'est parce que, de manière sous-jacentes ou affirmées, ces hypothèses ou ces notions sont partie intégrantes de maintes théories de l'agressivité, et partant des phénomènes de violence dans les conflits inter-personnels notamment, mais pas seulement, que l'on ne peut faire l'économie d'une étude des pulsions en elles-mêmes.
    Cela étant dit et posé pour la suite, on ne peut pas non plus dissocier ces théories de l'attitude générale de leurs auteurs sur les questions sociales et politiques, à commencer par celle du fondateur de la psychanalyse.

Jean LAPLANCHE, Vie et mort en psychanalyse, Editions Flammarion, collection Champs, 1970. Daniel LAGACHE, Situation de l'agressivité, dans Oeuvres IV 1956-1962, Agressivité, structure de la personnalité et autres travaux, PUF, collection Bibliothèque de psychanalyse, 1982.

                                                                  PSYCHUS
 
Relu le 29 mars 2019
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24 juin 2009 3 24 /06 /juin /2009 14:15
          Pulsion de mort et pulsion de vie sont deux grands catégories de pulsions que Sigmund FREUD oppose dans sa dernière théorie. Les pulsions de vie tendent à constituer des unités toujours plus grandes et à les maintenir. Désignés par le terme d'Eros, elle recouvrent non seulement les pulsions sexuelles mais aussi les pulsions d'auto-conservation. Les pulsions de mort tendent à la réduction complète des tensions, à ramener l'être vivant à l'état anorganique. Tournées d'abord vers l'intérieur et tendant à l'autodestruction, elles seraient secondairement dirigées vers l'extérieur, se manifestant sous la forme de la pulsion d'agression ou de destruction (LAPLANCHE et PONTALIS).

         Dans Au-delà du principe du plaisir (1920), Sigmund FREUD introduit cette deuxième théorie des pulsions, annoncée dans Pulsions et destins des pulsions (1915), par ses considérations sur le sadisme et la haine, approfondie dans Le problème économique du masochisme (1924), amoindrie toutefois dans Inhibition, symptôme et angoisse (1926) avant d'être résumée dans Abrégé de psychanalyse (1938).

        Dans Pulsions et destins des pulsions, le sadisme et la haine sont mis en relation avec les pulsions du moi : "... les vrais prototypes de la relation de haine ne proviennent pas de la vie sexuelle, mais de la lutte du moi pour sa conservation et son affirmation". Sigmund FREUD voit dans la haine une relation aux objets plus anciennes que l'amour. Jean LAPLANCHE et Jean-Bertrand PONTALIS indiquent que lorsqu'à la suite de l'introduction du narcissisme, il tend à effacer la distinction des deux sortes de pulsions de la théorie précédente, pulsions sexuelles et pulsions du moi en les ramenant à des modalités de la libido, on peut penser que la haine lui parait alors présenter une difficulté particulière à se laisser déduire dans le cadre d'un monisme pulsionnel. la question d'un masochisme primaire désignait le pôle du nouveau grand dualisme pulsionnel. 
A l'issue de ses réflexions sur le sadisme et le masochisme, il écrit : "...amour et haine, qui se représentent à nous en tant qu'opposés matéreisl complets, ne sont pourtant pas entre eux dans une relation simple. Ils ne procèdent pas du clivage d'un élément originaire commun, mais ils ont des origines diverses et sont passés chacun par son propre développement, avant de s'être formés en opposés sous l'influence de la relation plaisir-déplaisir. Il en résulte ici pour nous la tâche de rassembler ce que nous savons de la genèse d'amour et haine."
 "La haine, en tant que relation à l'objet, est plus ancienne que l'amour ; elle prend source dans la récusation, aux primes origines, du monde extérieur dispensateur de stimulus, récusation émanant du moi narcissique. En tant que manifestation de la réaction de déplaisir suscitée par des objets, elle demeure toujours en relation intime avec les pulsions de conservation du moi, en sorte que pulsions du moi et pulsions sexuelles peuvent facilement en venir à une opposition qui répète celle de haïr et aimer. Quand les pulsions du moi dominent la fonction sexuelle, comme au stade de l'organisation sadique-anale, elles confèrent au but pulsionnel lui aussi les caractères de la haine."

       Dans Au-delà du principe du plaisir, Sigmund FREUD part de celui-ci, du transfert affectif, pour réfléchir sur les tendances à répétition comme obstacle au principe du plaisir, en passant par des considérations biologiques, philosophiques, donnant effectivement comme l'écrit Jean LAPLANCHE, un caractère spéculatif à sa nouvelle théorie des pulsions.
Vers la fin de ce texte, il écrit qu'"il est encore permis de se demander si les sensations de plaisir et de déplaisir peuvent être produites aussi bien par des excitations liées que par des excitations non liées. Or, il parait tout à fait incontestable que les processus non liés, c'est-à-dire primaires, sont capables d'engendrer, aussi bien du côté du plaisir que du côté du déplaisir, des sensations beaucoup plus fortes que celles enregistrées par les processus liés, secondaires. Les processus primaires sont également antérieurs aux secondaires, car à l'origine, il n'en existe pas d'autres, et nous sommes en droit de conclure que si le principe du plaisir n'y avait été à l'oeuvre, il n'aurait jamais pu se manifester ultérieurement. Nous arrivons ainsi, en dernière analyse, à un résultat qui est loin d'être simple, à savoir qu'à l'origine de la vie psychique la tendance au plaisir se manifeste avec beaucoup plus d'intensité que plus tard, mais d'une façon moins illimitée, avec de fréquentes interruptions et de nombreux arrêts. A des périodes plus avancées, plus mûres, la domination du principe du plaisir est bien mieux assurée, mais pas plus que les autres tendances et penchants, ceux qui se rattachent à se principe n'ont réussi à échapper à la liaison. Quoi qu'il en soit, le facteur qui, dans les processus d'excitation, donne naissance au plaisir et au déplaisir doit exister aussi bien dans les processus secondaires que les processus primaires."
Dans son exposé, Sigmund FREUD pose bien entendu que le lecteur ait suivi les études précédentes de la psychanalyse. Aussi  écrit-il, toujours dans la perspective du développement humain, du bébé à l'âge adulte d'une part, dont il a déjà décrit les étapes, et d'autre part en tenant des progrès qu'il fait dans l'élucidation des processus primaires et secondaires, les premiers étant directement animés par les pulsions, réalisant l'écoulement de l'énergie psychique, les seconds supposent la liaison de cette énergie (sur des objets), et interviennent comme système de contrôle et de régulation en tenant compte de la réalité extérieure du sujet.

   Pour résumer la conception de Sigmund FREUD :
- la pulsion de mort représente la tendance fondamentale de tout être vivant à retourner à l'état anorganique. Cela concorde avec la formule selon laquelle une pulsion tend au retour à l'état antérieur ;
- la libido a pour tâche de rendre inoffensive cette pulsion destructrice et s'en "débarrasse" en la dérivant en grande partie à l'extérieur, en la dirigeant contre les objets du monde extérieur, assez tôt à l'aide de la musculature. Cette pulsion s'appelle alors pulsion de destruction, pulsion d'emprise, volonté de puissance.
- une partie de cette pulsion est placée directement au service de la fonction sexuelle (sadisme) et une autre partie ne suit pas ce déplacement vers l'extérieur ; elle demeure dans l'organisme où elle est liée de façon libidinale (masochisme originaire, érogène).

      Dans Le problème économique du masochisme que Sigmund FREUD n'aborde qu'une fois posée l'hypothèse de la pulsion de mort, il distingue trois formes de masochisme : érogène (plaisir en la douleur), féminin (expression de l'être féminin dans les deux sexes) et moral (comportement lié au sentiment de culpabilité). Le masochisme érogène originel permet le premier domptage de la pulsion de mort par la libido à l'intérieur de l'individu, protégeant celui-ci de la destruction. Le masochisme féminin est décrit à partir des symptômes chez les hommes soumis à des fantasmes qui visent à obtenir des satisfactions surtout masturbatoires. Derrière les châtiments et humiliations, qui font par ailleurs transition avec le masochisme moral par la culpabilité, se dévoile la mise en scène infantile d'une situation caractéristique de la féminité (selon les canons en vigueur à l'époque bien entendu, position combattue entre autres par les féministes) qui signifie être-castré, être-coïté ou enfanter. La passivité du masochisme reste liée pour Sigmund FREUD à la féminité et l'activité du sadisme à la masculinité. Cela renvoie bien entendu à sa propre définition des stades de développement de l'enfant. Le masochisme moral est la recherche du déplaisir dans l'inconscience de la satisfaction sexuelle masochiste ainsi trouvée en relation avec le sentiment de culpabilité. (Denys RIBAS).

       Dans Inhibition, symptômes et angoisse, Sigmund FREUD considère que l'angoisse, "quelque chose de ressenti" face à une situation ramène au vécu de l'événement de la naissance. Dans ce texte, il s'appuie souvent sur les travaux d'Otto RANK (sur le traumatisme de la naissance). Les relations entre la formation du symptôme et le développement de l'angoisse sont traités sans faire référence à la théorie des pulsions. Jean LAPLANCHE et Jean-Bernard PONTALIS sont frappés "de voir le peu de place que Freud réserve à l'opposition des deux grands types de pulsion, opposition à laquelle il ne fait jouer aucun rôle dynamique. (...) Quand Freud se pose explicitement la question de la relation entre les instances de la personnalité qu'il vient de différencier - ça, moi et surmoi - et les deux catégories de pulsions, on note que le conflit entre instances n'est pas superposable au dualisme pulsionnel". Sigmund FREUD reprend un modèle du conflit psychique antérieur à Au-delà du principe du plaisir, comme si l'hypothèse spéculative était insuffisamment étayée par des faits cliniques, et que le développement de la personnalité pouvait s'expliquer surtout par les relations topiques entre les trois instances, l'énergie psychique passant de l'un à l'autre. Chacune des pulsions (d'objet et du moi) que l'ont voit s'affronter effectivement dans le texte recouvre une union de pulsions de vie et de mort. Celles-ci semblent perdre toute capacité d'explication de ce qui se passe.

      Dans Abrégé de psychanalyse, au chapitre Théorie des pulsions, on peut lire ce court texte  dont on reprend ici une grande partie, tant il parait être pour Sigmund FREUD le dernier état de sa réflexion.
   "La puissance du ça exprime la finalité propre de la vie de l'individu ; elle tend à satisfaire les besoins innés de celui-ci. Le ça n'a pour finalité ni la conservation de la vie ni une protection contre les dangers. Ces dernières tâches incombent au moi qui doit également découvrir le moyen le plus favorable et le moins dangereux d'obtenir une satisfaction, compte tenu des exigences du monde extérieur. Quant au surmoi, bien qu'il représente d'autres besoins encore, sa tâche essentielle consiste à réfréner les satisfactions.
Nous donnons aux forces qui agissent à l'arrière-plan des besoins impérieux du ça et qui représentent dans le psychisme les exigences d'ordre somatique, le nom de pulsion. Bien que constituant la cause ultime de toute activité, elles sont, par nature, conservatrices. (...). On peut ainsi distinguer une multitude de pulsions et c'est d'ailleurs ce que l'on fait généralement. Il importe de savoir si ces pulsions ne pourraient pas se ramener à quelques pulsions fondamentales.
Nous avons appris que les pulsions peuvent changer de but (par déplacement) et aussi qu'elles sont capables de se substituer les unes aux autres, l'énergie de l'une pouvant se transférer à une autre. Ce dernier phénomène reste imparfaitement expliqué. (...), nous avons résolu de n'admettre l'existence que de deux pulsions fondamentales : l'Éros et la pulsion de destruction (...) Le but de l'Éros est d'établir de toujours plus grandes unités, donc de conserver : c'est la liaison. Le but de l'autre pulsion, au contraire, est de briser les rapports, donc de détruire les choses.(...)
 Dans les fonctions biologique, les deux pulsions fondamentales sont antagonistes ou bien combinées. C'est ainsi que l'action de manger est une destruction de l'objet avec pour but final l'incorporation. Quant à l'acte sexuel, c'est une agression visant à accomplir l'union la plus intime. Cet accord et cet antagonisme des deux pulsions fondamentales confèrent justement aux phénomènes de la vie toute la diversité qui lui est propre. (...). Toute modification dans la proportion des pulsions unies l'une à l'autre a les retentissements les plus évidents. Un excédent d'agressivité sexuelle fait d'un amoureux un meurtrier sadique, une diminution notable de cette même agressivité le rend timide ou impuissant.
  Il ne saurait question de confiner chacune des deux pulsions fondamentales dans une quelconque des régions du psychisme, car on les rencontre nécessairement partout. Voici comment nous nous représentons l'état initial : toute l'énergie disponible de l'Éros, que nous appelons libido, se trouve dans le moi-ça encore indifférencié et sert à neutraliser les tendances destructrices qui y sont également présentes. (...) Ensuite, il devient relativement facile d'observer les destins ultérieurs de la libido. En ce qui concerne la pulsion de destruction, cette observation est plus malaisée.
 (...) A l'époque où s'instaure le surmoi, des charges considérables de la pulsion d'agression se fixent à l'intérieur du moi et y agissent sur le mode auto-destructeur. C'est là l'un des dangers qui menacent la salubrité du psychisme et auxquels l'homme s'expose quand il s'engage dans la voie de la civilisation. Refréner son agressivité, en effet, est en général malsain et pathogène. on observe souvent la transformation d'une agressivité entravée en auto-destruction chez un sujet qui retourne son agression contre lui-même (...). (L')individu aurait certainement préféré infliger ce traitement à autrui (s'arracher les cheveux dans un accès de colère). Une fraction d'auto-destruction demeure en tous les cas à l'intérieur de l'individu jusqu'au moment où elle réussit à le tuer, pas avant, peut-être que sa libido soit entièrement épuisée ou avantageusement fixée. Il nous est ainsi permis de supposer que l'individu meurt de ses conflits internes, tandis que l'espèce, au contraire, succombe après une lutte malheureuse contre le monde extérieur, lorsque ce dernier ce modifie de telle façon que les adaptations acquises ne suffisent plus." 
Le reste du texte évoque le destin de la libido dans le ça et le surmoi, dont Sigmund FREUD nous dit qu'il est difficile de le cerner.

Sigmund FREUD, Abrégé de psychanalyse, PUF, collection bibliothèque de psychanalyse, 2004 ; Inhibition, symptôme et angoisse, PUF, collection Quadrige, 2002 ; Au-delà du principe du plaisir, dans Essais de psychanalyse, Petite Bibliothèque Payot, 1986 ; Pulsions et destins des pulsions dans Oeuvres complètes, PUF, 1994.
Jean LAPLANCHE et Jean-Bertrand  PONTALIS, Vocabulaire de la psychanalyse, PUF, 1976. Denys RIBAS, article sur les masochismes, dans Dictionnaire international de la psychanalyse, Hachette littératures, collection Grand Pluriel, 2002.

                                                    PSYCHUS

Le prochain article, expose les analyse de Jean LAPLANCHE et de Daniel LAGACHE sur la pulsion de mort, pour compléter l'approche freudienne orthodoxe de cette notion, souvent vulgarisée à très mauvais escient.
 
Relu le 29 mars 2019
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11 juin 2009 4 11 /06 /juin /2009 14:35
            En dépit du fait, comme le dit Sylvie METAIS, que le terme Complexe, à cause de sa vulgarisation, a perdu "toute spécificité conceptuelle", il garde une pertinence pour la description de certaines structures psychologiques ou psychanalytiques.
On rappelle par ailleurs qu'un complexe n'est pas un fait physique à proprement parler. Dans certains commentaires, on perçoit la confusion - exemple pris sur une contribution, entre complexe de castration et castration. Cette dernière induit des phénomènes psychologiques tout-à-fait autres (et bien plus appuyés et graves physiquement et socialement..) sur les individus castrés, qui ont peu de choses à voir avec le complexe de castration présent dans toute l'humanité, sous une forme ou une autre. Pour être tout à fait clair, et dans le même ordre d'idées, le complexe d'infériorité n'est pas l'infériorité réelle... Sur ce point toutefois (mais bien plus à propos du complexe d'infériorité qu'à propos du complexe de castration), des auteurs de la psychanalyse divergent sur la liaison entre réalités physiques et sociales et sentiment individuel constitutif de la personnalité...
  
    A partir de la lecture notamment de L'interprétation des rêves de Sigmund FREUD et de ses expériences d'associations de mots et d'idées, Carl Gustav JUNG établit en 1934 une théorie en 3 points :
- Le complexe, définit alors comme un ensemble de représentations et de souvenirs à forte valeur affective, partiellement ou totalement inconscients, absorbe une certaine quantité d'énergie psychique qu'il détourne de la conscience, ce qui provoque des comportements inadaptés (lapsus par exemple) ;
 - Il forme une entité psychique autonome au sein de la psyché, et cela d'autant plus qu'il est lié à des représentations inconscientes (dans les cas extrêmes constitution de personnalités parcellaires) ;
 - La névrose peut se comprendre comme une dissociation de la personnalité.
    Sigmund FREUD, de son côté, distingue trois sens, décrits par Jean LAPLANCHE et de Jean-Bertrand PONTALIS :
- Un sens originel qui désigne un arrangement relativement fixe de chaînes associatives ;
- Un sens général qui désigne un ensemble plus ou moins organisé de traits personnels, l'accent étant mis sur les réactions affectives. Mais Sigmund FREUD refuse de suivre la voie d'Alfred ADLER qui aboutit à imaginer à partir des complexes des types psychologiques.
- Un sens plus strict qu'on trouve dans l'exemple de Complexe d'Oedipe et qui désigne une structure fondamentale des relations interpersonnelles et la façon dans la personne trouve sa place dans la société. Les complexes de castration, paternel, maternel, parental... appartiennent en fait pour Sigmund FREUD au fonctionnement du Complexe d'Oedipe. L'expression Complexe d'Oedipe apparait d'ailleurs dès 1900 dans L'interprétation des rêves.

      Alfred ADLER (1870-1937), d'abord co-fondateur avec Sigmund FREUD de la Société psychanalytique de Vienne, puis un des premiers "dissidents", construit sa propre théorie, la psychologie individuelle, sur le sentiment d'infériorité, dès 1907, avec Les infériorités organiques et leur retentissement psychique. Le complexe d'infériorité désigne l'ensemble des attitudes, des représentations et des conduites qui sont des expressions plus ou moins déguisées d'un sentiment d'infériorité ou des réactions de celui-ci.
Alors que pour Sigmund FREUD, le sentiment d'infériorité n'est pas électivement en rapport avec une infériorité organique, n'est pas un facteur étiologique entier, mais doit être compris et interprété comme un symptôme, Alfred ADLER centre toute sa psychologie là-dessus.
      Dans Connaissance de l'homme (1923), rassemblement des textes d'une série de conférences données par Alfred ADLER après la guerre de 1914-1918, il introduit le sentiment d'infériorité de la façon suivante :
  "On peut poser en principe que tous les enfants dont les organes sont inférieurs s'engagent facilement dans une lutte avec la vie, qui les entraîne à défigurer leur sentiment de communion humaine, si bien que ces individus en viennent tout aussi facilement à se donner pour consigne de s'occuper toujours plus de soi-même et de l'impression à produire sur le milieu ambiant, que des intérêt des autres. Ce que nous disons ds organes plus ou moins déficients s'applique aussi aux influences qui du dehors s'exercent sur l'enfant, se font sentir comme une pression plus ou moins lourde dont il porte la charge, et peuvent provoquer une position hostile envers le milieu. Le tournant décisif a lieu déjà de très bonne heure. Dès la seconde année, il est possible de constater que de tels enfants n'inclinent guère à se sentir aussi bien équipés que les autres, leurs égaux de naissance et également fondés en droit de se joindre à eux, à faire avec eux cause commune ; poussés par un sentiment de leur diminution, ils sont portés plus que d'autres enfants à exprimer une attente, un droit d'émettre des exigences. Or, si l'on considère qu'à proprement parler tout enfant est un mineur en face de la vie et ne pourrait subsister sans posséder à un degré notable le sentiment de sa communion avec ceux qui sont placés auprès de lui, si l'on saisit cette petitesse et cette contrainte si persistante qui lui donne l'impression de n'être que difficilement adapté à la vie, on est obligé d'admettre qu'au début de toute existence psychique se trouve, plus ou moins profondément, un sentiment d'infériorité. Telle est la force impulsive, le point d'où partent et se développent toutes les impulsions de l'enfant à se fixer un but dont il attend tout apaisement et toute sauvegarde pour l'avenir de sa vie, et à se frayer une voie qui lui parait susceptible de lui faire atteindre ce but."
  "C'est le sentiment d'infériorité, d'insécurité, d'insuffisance, qui fait qu'on se pose un but dans la vie et qui aide à lui donner sa conformation. Dès les premières années de l'enfance, le désir de se pousser au premier rang, d'obliger l'attention des parents à se porter sur vous. Tels sont les premiers indices de cette impulsion ouverte à être apprécié, estimé, qui se développe sous l'influence du sentiment d'infériorité, et qui amène l'enfant à se fixer un but où il apparaîtra supérieur à son milieu ambiant". D'où toute une série de comportement de compensations, qui explique l'impulsion de puissance qui marque la culture humaine. D'où aussi la nécessité de trouver des remèdes à des comportements qui peuvent être préjudiciables aux autres, tout en favorisant, en s'appuyant sur les facultés de l'enfant, le développement de sa personnalité, de son Moi.

     Complétant cette approche, Rudolf DREIKURS signale qu'"à l'origine Adler a pensé que le sentiment d'infériorité était la force pulsionnelle la plus importante chez l'homme. A ses yeux, la vie était un mouvement permanent, du bas vers le haut, du moins vers le plus. Partant de là, il a supposé que la compensation de ce sentiment d'infériorité "naturelle"menait inévitablement à la volonté de puissance, qui serait le but naturel de tous les hommes. Mais, dans la dernière phase de sa pensée, Adler a reconnu qu'il ne faut pas considérer la volonté de puissance et la tendance à se faire valoir comme des états d'esprits naturels et fondamentaux ; elles représentent une déviation de la motivation et de l'orientation. Ce qui est fondamental pour l'homme, c'est le besoin d'appartenance, tel qu'il se vit dans le sentiment communautaire. Au lieu de compenser nos sentiments d'infériorité, nous devons apprendre à les vaincre, à nous en libérer. Au lieu de chercher à nous faire valoir, au lieu d'orienter notre ambition vers la supériorité personnelle, ce qui ne fait que renforcer la compétition, nous devons aspirer à la victoire sur les insuffisances et les difficultés, en nous-mêmes, chez les autres, et dans la société humaine en général."  Alfred ADLER opère une différence entre sécurisation et sécurité, la sécurisation ne faisant que renforcer son propre sentiment d'infériorité, dans une sorte de course à la puissance. Tout le travail thérapeutique en direction des patients qui souffrent le plus de cette course, est de trouver les moyens de soigner ce sentiment d'insécurité par la recherche d'une vraie sécurité.
  Sur l'origine de l'insécurité, Sigmund FREUD, sans nier son importance, donne quelques indications : le sentiment d'infériorité viendrait répondre à ces deux dommages, réels ou fantasmatiques, que l'enfant peut subir : perte d'amour et castration.

Jean LAPLANCHE et Jean-Bertrand PONTALIS, Vocabulaire de la psychanalyse, PUF, 1976. Sylvie METAIS, article Complexe dans Encyclopedia Universalis, 2004.
Alfred ADLER, Connaissance de l'homme, étude de caractérologie individuelle, Petite Bibliothèque Payot, 1968. Rudolf DREIKURS, La psychologie aldérienne, Bloud & Gay, 1971

                                                   PSYCHUS
             
Relu le 11 avril 2019
      
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