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24 juin 2009 3 24 /06 /juin /2009 14:15
          Pulsion de mort et pulsion de vie sont deux grands catégories de pulsions que Sigmund FREUD oppose dans sa dernière théorie. Les pulsions de vie tendent à constituer des unités toujours plus grandes et à les maintenir. Désignés par le terme d'Eros, elle recouvrent non seulement les pulsions sexuelles mais aussi les pulsions d'auto-conservation. Les pulsions de mort tendent à la réduction complète des tensions, à ramener l'être vivant à l'état anorganique. Tournées d'abord vers l'intérieur et tendant à l'autodestruction, elles seraient secondairement dirigées vers l'extérieur, se manifestant sous la forme de la pulsion d'agression ou de destruction (LAPLANCHE et PONTALIS).

         Dans Au-delà du principe du plaisir (1920), Sigmund FREUD introduit cette deuxième théorie des pulsions, annoncée dans Pulsions et destins des pulsions (1915), par ses considérations sur le sadisme et la haine, approfondie dans Le problème économique du masochisme (1924), amoindrie toutefois dans Inhibition, symptôme et angoisse (1926) avant d'être résumée dans Abrégé de psychanalyse (1938).

        Dans Pulsions et destins des pulsions, le sadisme et la haine sont mis en relation avec les pulsions du moi : "... les vrais prototypes de la relation de haine ne proviennent pas de la vie sexuelle, mais de la lutte du moi pour sa conservation et son affirmation". Sigmund FREUD voit dans la haine une relation aux objets plus anciennes que l'amour. Jean LAPLANCHE et Jean-Bertrand PONTALIS indiquent que lorsqu'à la suite de l'introduction du narcissisme, il tend à effacer la distinction des deux sortes de pulsions de la théorie précédente, pulsions sexuelles et pulsions du moi en les ramenant à des modalités de la libido, on peut penser que la haine lui parait alors présenter une difficulté particulière à se laisser déduire dans le cadre d'un monisme pulsionnel. la question d'un masochisme primaire désignait le pôle du nouveau grand dualisme pulsionnel. 
A l'issue de ses réflexions sur le sadisme et le masochisme, il écrit : "...amour et haine, qui se représentent à nous en tant qu'opposés matéreisl complets, ne sont pourtant pas entre eux dans une relation simple. Ils ne procèdent pas du clivage d'un élément originaire commun, mais ils ont des origines diverses et sont passés chacun par son propre développement, avant de s'être formés en opposés sous l'influence de la relation plaisir-déplaisir. Il en résulte ici pour nous la tâche de rassembler ce que nous savons de la genèse d'amour et haine."
 "La haine, en tant que relation à l'objet, est plus ancienne que l'amour ; elle prend source dans la récusation, aux primes origines, du monde extérieur dispensateur de stimulus, récusation émanant du moi narcissique. En tant que manifestation de la réaction de déplaisir suscitée par des objets, elle demeure toujours en relation intime avec les pulsions de conservation du moi, en sorte que pulsions du moi et pulsions sexuelles peuvent facilement en venir à une opposition qui répète celle de haïr et aimer. Quand les pulsions du moi dominent la fonction sexuelle, comme au stade de l'organisation sadique-anale, elles confèrent au but pulsionnel lui aussi les caractères de la haine."

       Dans Au-delà du principe du plaisir, Sigmund FREUD part de celui-ci, du transfert affectif, pour réfléchir sur les tendances à répétition comme obstacle au principe du plaisir, en passant par des considérations biologiques, philosophiques, donnant effectivement comme l'écrit Jean LAPLANCHE, un caractère spéculatif à sa nouvelle théorie des pulsions.
Vers la fin de ce texte, il écrit qu'"il est encore permis de se demander si les sensations de plaisir et de déplaisir peuvent être produites aussi bien par des excitations liées que par des excitations non liées. Or, il parait tout à fait incontestable que les processus non liés, c'est-à-dire primaires, sont capables d'engendrer, aussi bien du côté du plaisir que du côté du déplaisir, des sensations beaucoup plus fortes que celles enregistrées par les processus liés, secondaires. Les processus primaires sont également antérieurs aux secondaires, car à l'origine, il n'en existe pas d'autres, et nous sommes en droit de conclure que si le principe du plaisir n'y avait été à l'oeuvre, il n'aurait jamais pu se manifester ultérieurement. Nous arrivons ainsi, en dernière analyse, à un résultat qui est loin d'être simple, à savoir qu'à l'origine de la vie psychique la tendance au plaisir se manifeste avec beaucoup plus d'intensité que plus tard, mais d'une façon moins illimitée, avec de fréquentes interruptions et de nombreux arrêts. A des périodes plus avancées, plus mûres, la domination du principe du plaisir est bien mieux assurée, mais pas plus que les autres tendances et penchants, ceux qui se rattachent à se principe n'ont réussi à échapper à la liaison. Quoi qu'il en soit, le facteur qui, dans les processus d'excitation, donne naissance au plaisir et au déplaisir doit exister aussi bien dans les processus secondaires que les processus primaires."
Dans son exposé, Sigmund FREUD pose bien entendu que le lecteur ait suivi les études précédentes de la psychanalyse. Aussi  écrit-il, toujours dans la perspective du développement humain, du bébé à l'âge adulte d'une part, dont il a déjà décrit les étapes, et d'autre part en tenant des progrès qu'il fait dans l'élucidation des processus primaires et secondaires, les premiers étant directement animés par les pulsions, réalisant l'écoulement de l'énergie psychique, les seconds supposent la liaison de cette énergie (sur des objets), et interviennent comme système de contrôle et de régulation en tenant compte de la réalité extérieure du sujet.

   Pour résumer la conception de Sigmund FREUD :
- la pulsion de mort représente la tendance fondamentale de tout être vivant à retourner à l'état anorganique. Cela concorde avec la formule selon laquelle une pulsion tend au retour à l'état antérieur ;
- la libido a pour tâche de rendre inoffensive cette pulsion destructrice et s'en "débarrasse" en la dérivant en grande partie à l'extérieur, en la dirigeant contre les objets du monde extérieur, assez tôt à l'aide de la musculature. Cette pulsion s'appelle alors pulsion de destruction, pulsion d'emprise, volonté de puissance.
- une partie de cette pulsion est placée directement au service de la fonction sexuelle (sadisme) et une autre partie ne suit pas ce déplacement vers l'extérieur ; elle demeure dans l'organisme où elle est liée de façon libidinale (masochisme originaire, érogène).

      Dans Le problème économique du masochisme que Sigmund FREUD n'aborde qu'une fois posée l'hypothèse de la pulsion de mort, il distingue trois formes de masochisme : érogène (plaisir en la douleur), féminin (expression de l'être féminin dans les deux sexes) et moral (comportement lié au sentiment de culpabilité). Le masochisme érogène originel permet le premier domptage de la pulsion de mort par la libido à l'intérieur de l'individu, protégeant celui-ci de la destruction. Le masochisme féminin est décrit à partir des symptômes chez les hommes soumis à des fantasmes qui visent à obtenir des satisfactions surtout masturbatoires. Derrière les châtiments et humiliations, qui font par ailleurs transition avec le masochisme moral par la culpabilité, se dévoile la mise en scène infantile d'une situation caractéristique de la féminité (selon les canons en vigueur à l'époque bien entendu, position combattue entre autres par les féministes) qui signifie être-castré, être-coïté ou enfanter. La passivité du masochisme reste liée pour Sigmund FREUD à la féminité et l'activité du sadisme à la masculinité. Cela renvoie bien entendu à sa propre définition des stades de développement de l'enfant. Le masochisme moral est la recherche du déplaisir dans l'inconscience de la satisfaction sexuelle masochiste ainsi trouvée en relation avec le sentiment de culpabilité. (Denys RIBAS).

       Dans Inhibition, symptômes et angoisse, Sigmund FREUD considère que l'angoisse, "quelque chose de ressenti" face à une situation ramène au vécu de l'événement de la naissance. Dans ce texte, il s'appuie souvent sur les travaux d'Otto RANK (sur le traumatisme de la naissance). Les relations entre la formation du symptôme et le développement de l'angoisse sont traités sans faire référence à la théorie des pulsions. Jean LAPLANCHE et Jean-Bernard PONTALIS sont frappés "de voir le peu de place que Freud réserve à l'opposition des deux grands types de pulsion, opposition à laquelle il ne fait jouer aucun rôle dynamique. (...) Quand Freud se pose explicitement la question de la relation entre les instances de la personnalité qu'il vient de différencier - ça, moi et surmoi - et les deux catégories de pulsions, on note que le conflit entre instances n'est pas superposable au dualisme pulsionnel". Sigmund FREUD reprend un modèle du conflit psychique antérieur à Au-delà du principe du plaisir, comme si l'hypothèse spéculative était insuffisamment étayée par des faits cliniques, et que le développement de la personnalité pouvait s'expliquer surtout par les relations topiques entre les trois instances, l'énergie psychique passant de l'un à l'autre. Chacune des pulsions (d'objet et du moi) que l'ont voit s'affronter effectivement dans le texte recouvre une union de pulsions de vie et de mort. Celles-ci semblent perdre toute capacité d'explication de ce qui se passe.

      Dans Abrégé de psychanalyse, au chapitre Théorie des pulsions, on peut lire ce court texte  dont on reprend ici une grande partie, tant il parait être pour Sigmund FREUD le dernier état de sa réflexion.
   "La puissance du ça exprime la finalité propre de la vie de l'individu ; elle tend à satisfaire les besoins innés de celui-ci. Le ça n'a pour finalité ni la conservation de la vie ni une protection contre les dangers. Ces dernières tâches incombent au moi qui doit également découvrir le moyen le plus favorable et le moins dangereux d'obtenir une satisfaction, compte tenu des exigences du monde extérieur. Quant au surmoi, bien qu'il représente d'autres besoins encore, sa tâche essentielle consiste à réfréner les satisfactions.
Nous donnons aux forces qui agissent à l'arrière-plan des besoins impérieux du ça et qui représentent dans le psychisme les exigences d'ordre somatique, le nom de pulsion. Bien que constituant la cause ultime de toute activité, elles sont, par nature, conservatrices. (...). On peut ainsi distinguer une multitude de pulsions et c'est d'ailleurs ce que l'on fait généralement. Il importe de savoir si ces pulsions ne pourraient pas se ramener à quelques pulsions fondamentales.
Nous avons appris que les pulsions peuvent changer de but (par déplacement) et aussi qu'elles sont capables de se substituer les unes aux autres, l'énergie de l'une pouvant se transférer à une autre. Ce dernier phénomène reste imparfaitement expliqué. (...), nous avons résolu de n'admettre l'existence que de deux pulsions fondamentales : l'Éros et la pulsion de destruction (...) Le but de l'Éros est d'établir de toujours plus grandes unités, donc de conserver : c'est la liaison. Le but de l'autre pulsion, au contraire, est de briser les rapports, donc de détruire les choses.(...)
 Dans les fonctions biologique, les deux pulsions fondamentales sont antagonistes ou bien combinées. C'est ainsi que l'action de manger est une destruction de l'objet avec pour but final l'incorporation. Quant à l'acte sexuel, c'est une agression visant à accomplir l'union la plus intime. Cet accord et cet antagonisme des deux pulsions fondamentales confèrent justement aux phénomènes de la vie toute la diversité qui lui est propre. (...). Toute modification dans la proportion des pulsions unies l'une à l'autre a les retentissements les plus évidents. Un excédent d'agressivité sexuelle fait d'un amoureux un meurtrier sadique, une diminution notable de cette même agressivité le rend timide ou impuissant.
  Il ne saurait question de confiner chacune des deux pulsions fondamentales dans une quelconque des régions du psychisme, car on les rencontre nécessairement partout. Voici comment nous nous représentons l'état initial : toute l'énergie disponible de l'Éros, que nous appelons libido, se trouve dans le moi-ça encore indifférencié et sert à neutraliser les tendances destructrices qui y sont également présentes. (...) Ensuite, il devient relativement facile d'observer les destins ultérieurs de la libido. En ce qui concerne la pulsion de destruction, cette observation est plus malaisée.
 (...) A l'époque où s'instaure le surmoi, des charges considérables de la pulsion d'agression se fixent à l'intérieur du moi et y agissent sur le mode auto-destructeur. C'est là l'un des dangers qui menacent la salubrité du psychisme et auxquels l'homme s'expose quand il s'engage dans la voie de la civilisation. Refréner son agressivité, en effet, est en général malsain et pathogène. on observe souvent la transformation d'une agressivité entravée en auto-destruction chez un sujet qui retourne son agression contre lui-même (...). (L')individu aurait certainement préféré infliger ce traitement à autrui (s'arracher les cheveux dans un accès de colère). Une fraction d'auto-destruction demeure en tous les cas à l'intérieur de l'individu jusqu'au moment où elle réussit à le tuer, pas avant, peut-être que sa libido soit entièrement épuisée ou avantageusement fixée. Il nous est ainsi permis de supposer que l'individu meurt de ses conflits internes, tandis que l'espèce, au contraire, succombe après une lutte malheureuse contre le monde extérieur, lorsque ce dernier ce modifie de telle façon que les adaptations acquises ne suffisent plus." 
Le reste du texte évoque le destin de la libido dans le ça et le surmoi, dont Sigmund FREUD nous dit qu'il est difficile de le cerner.

Sigmund FREUD, Abrégé de psychanalyse, PUF, collection bibliothèque de psychanalyse, 2004 ; Inhibition, symptôme et angoisse, PUF, collection Quadrige, 2002 ; Au-delà du principe du plaisir, dans Essais de psychanalyse, Petite Bibliothèque Payot, 1986 ; Pulsions et destins des pulsions dans Oeuvres complètes, PUF, 1994.
Jean LAPLANCHE et Jean-Bertrand  PONTALIS, Vocabulaire de la psychanalyse, PUF, 1976. Denys RIBAS, article sur les masochismes, dans Dictionnaire international de la psychanalyse, Hachette littératures, collection Grand Pluriel, 2002.

                                                    PSYCHUS

Le prochain article, expose les analyse de Jean LAPLANCHE et de Daniel LAGACHE sur la pulsion de mort, pour compléter l'approche freudienne orthodoxe de cette notion, souvent vulgarisée à très mauvais escient.
 
Relu le 29 mars 2019
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11 juin 2009 4 11 /06 /juin /2009 14:35
            En dépit du fait, comme le dit Sylvie METAIS, que le terme Complexe, à cause de sa vulgarisation, a perdu "toute spécificité conceptuelle", il garde une pertinence pour la description de certaines structures psychologiques ou psychanalytiques.
On rappelle par ailleurs qu'un complexe n'est pas un fait physique à proprement parler. Dans certains commentaires, on perçoit la confusion - exemple pris sur une contribution, entre complexe de castration et castration. Cette dernière induit des phénomènes psychologiques tout-à-fait autres (et bien plus appuyés et graves physiquement et socialement..) sur les individus castrés, qui ont peu de choses à voir avec le complexe de castration présent dans toute l'humanité, sous une forme ou une autre. Pour être tout à fait clair, et dans le même ordre d'idées, le complexe d'infériorité n'est pas l'infériorité réelle... Sur ce point toutefois (mais bien plus à propos du complexe d'infériorité qu'à propos du complexe de castration), des auteurs de la psychanalyse divergent sur la liaison entre réalités physiques et sociales et sentiment individuel constitutif de la personnalité...
  
    A partir de la lecture notamment de L'interprétation des rêves de Sigmund FREUD et de ses expériences d'associations de mots et d'idées, Carl Gustav JUNG établit en 1934 une théorie en 3 points :
- Le complexe, définit alors comme un ensemble de représentations et de souvenirs à forte valeur affective, partiellement ou totalement inconscients, absorbe une certaine quantité d'énergie psychique qu'il détourne de la conscience, ce qui provoque des comportements inadaptés (lapsus par exemple) ;
 - Il forme une entité psychique autonome au sein de la psyché, et cela d'autant plus qu'il est lié à des représentations inconscientes (dans les cas extrêmes constitution de personnalités parcellaires) ;
 - La névrose peut se comprendre comme une dissociation de la personnalité.
    Sigmund FREUD, de son côté, distingue trois sens, décrits par Jean LAPLANCHE et de Jean-Bertrand PONTALIS :
- Un sens originel qui désigne un arrangement relativement fixe de chaînes associatives ;
- Un sens général qui désigne un ensemble plus ou moins organisé de traits personnels, l'accent étant mis sur les réactions affectives. Mais Sigmund FREUD refuse de suivre la voie d'Alfred ADLER qui aboutit à imaginer à partir des complexes des types psychologiques.
- Un sens plus strict qu'on trouve dans l'exemple de Complexe d'Oedipe et qui désigne une structure fondamentale des relations interpersonnelles et la façon dans la personne trouve sa place dans la société. Les complexes de castration, paternel, maternel, parental... appartiennent en fait pour Sigmund FREUD au fonctionnement du Complexe d'Oedipe. L'expression Complexe d'Oedipe apparait d'ailleurs dès 1900 dans L'interprétation des rêves.

      Alfred ADLER (1870-1937), d'abord co-fondateur avec Sigmund FREUD de la Société psychanalytique de Vienne, puis un des premiers "dissidents", construit sa propre théorie, la psychologie individuelle, sur le sentiment d'infériorité, dès 1907, avec Les infériorités organiques et leur retentissement psychique. Le complexe d'infériorité désigne l'ensemble des attitudes, des représentations et des conduites qui sont des expressions plus ou moins déguisées d'un sentiment d'infériorité ou des réactions de celui-ci.
Alors que pour Sigmund FREUD, le sentiment d'infériorité n'est pas électivement en rapport avec une infériorité organique, n'est pas un facteur étiologique entier, mais doit être compris et interprété comme un symptôme, Alfred ADLER centre toute sa psychologie là-dessus.
      Dans Connaissance de l'homme (1923), rassemblement des textes d'une série de conférences données par Alfred ADLER après la guerre de 1914-1918, il introduit le sentiment d'infériorité de la façon suivante :
  "On peut poser en principe que tous les enfants dont les organes sont inférieurs s'engagent facilement dans une lutte avec la vie, qui les entraîne à défigurer leur sentiment de communion humaine, si bien que ces individus en viennent tout aussi facilement à se donner pour consigne de s'occuper toujours plus de soi-même et de l'impression à produire sur le milieu ambiant, que des intérêt des autres. Ce que nous disons ds organes plus ou moins déficients s'applique aussi aux influences qui du dehors s'exercent sur l'enfant, se font sentir comme une pression plus ou moins lourde dont il porte la charge, et peuvent provoquer une position hostile envers le milieu. Le tournant décisif a lieu déjà de très bonne heure. Dès la seconde année, il est possible de constater que de tels enfants n'inclinent guère à se sentir aussi bien équipés que les autres, leurs égaux de naissance et également fondés en droit de se joindre à eux, à faire avec eux cause commune ; poussés par un sentiment de leur diminution, ils sont portés plus que d'autres enfants à exprimer une attente, un droit d'émettre des exigences. Or, si l'on considère qu'à proprement parler tout enfant est un mineur en face de la vie et ne pourrait subsister sans posséder à un degré notable le sentiment de sa communion avec ceux qui sont placés auprès de lui, si l'on saisit cette petitesse et cette contrainte si persistante qui lui donne l'impression de n'être que difficilement adapté à la vie, on est obligé d'admettre qu'au début de toute existence psychique se trouve, plus ou moins profondément, un sentiment d'infériorité. Telle est la force impulsive, le point d'où partent et se développent toutes les impulsions de l'enfant à se fixer un but dont il attend tout apaisement et toute sauvegarde pour l'avenir de sa vie, et à se frayer une voie qui lui parait susceptible de lui faire atteindre ce but."
  "C'est le sentiment d'infériorité, d'insécurité, d'insuffisance, qui fait qu'on se pose un but dans la vie et qui aide à lui donner sa conformation. Dès les premières années de l'enfance, le désir de se pousser au premier rang, d'obliger l'attention des parents à se porter sur vous. Tels sont les premiers indices de cette impulsion ouverte à être apprécié, estimé, qui se développe sous l'influence du sentiment d'infériorité, et qui amène l'enfant à se fixer un but où il apparaîtra supérieur à son milieu ambiant". D'où toute une série de comportement de compensations, qui explique l'impulsion de puissance qui marque la culture humaine. D'où aussi la nécessité de trouver des remèdes à des comportements qui peuvent être préjudiciables aux autres, tout en favorisant, en s'appuyant sur les facultés de l'enfant, le développement de sa personnalité, de son Moi.

     Complétant cette approche, Rudolf DREIKURS signale qu'"à l'origine Adler a pensé que le sentiment d'infériorité était la force pulsionnelle la plus importante chez l'homme. A ses yeux, la vie était un mouvement permanent, du bas vers le haut, du moins vers le plus. Partant de là, il a supposé que la compensation de ce sentiment d'infériorité "naturelle"menait inévitablement à la volonté de puissance, qui serait le but naturel de tous les hommes. Mais, dans la dernière phase de sa pensée, Adler a reconnu qu'il ne faut pas considérer la volonté de puissance et la tendance à se faire valoir comme des états d'esprits naturels et fondamentaux ; elles représentent une déviation de la motivation et de l'orientation. Ce qui est fondamental pour l'homme, c'est le besoin d'appartenance, tel qu'il se vit dans le sentiment communautaire. Au lieu de compenser nos sentiments d'infériorité, nous devons apprendre à les vaincre, à nous en libérer. Au lieu de chercher à nous faire valoir, au lieu d'orienter notre ambition vers la supériorité personnelle, ce qui ne fait que renforcer la compétition, nous devons aspirer à la victoire sur les insuffisances et les difficultés, en nous-mêmes, chez les autres, et dans la société humaine en général."  Alfred ADLER opère une différence entre sécurisation et sécurité, la sécurisation ne faisant que renforcer son propre sentiment d'infériorité, dans une sorte de course à la puissance. Tout le travail thérapeutique en direction des patients qui souffrent le plus de cette course, est de trouver les moyens de soigner ce sentiment d'insécurité par la recherche d'une vraie sécurité.
  Sur l'origine de l'insécurité, Sigmund FREUD, sans nier son importance, donne quelques indications : le sentiment d'infériorité viendrait répondre à ces deux dommages, réels ou fantasmatiques, que l'enfant peut subir : perte d'amour et castration.

Jean LAPLANCHE et Jean-Bertrand PONTALIS, Vocabulaire de la psychanalyse, PUF, 1976. Sylvie METAIS, article Complexe dans Encyclopedia Universalis, 2004.
Alfred ADLER, Connaissance de l'homme, étude de caractérologie individuelle, Petite Bibliothèque Payot, 1968. Rudolf DREIKURS, La psychologie aldérienne, Bloud & Gay, 1971

                                                   PSYCHUS
             
Relu le 11 avril 2019
      
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10 juin 2009 3 10 /06 /juin /2009 12:51
             Pulsions sexuelles, pulsions du Moi, pulsions d'auto-conservation...

     D'une traduction très proche du sens littéral notamment des Trois essais sur la sexualité, Jean LAPLANCHE et Jean-Bertrand PONTALIS donnent cette définition de la pulsion sexuelle :
  "Poussée interne que la psychanalyse voit à l'oeuvre dans un champ beaucoup plus vaste que celui des activités sexuelles au sens courant du terme. En elle se vérifient (...) des caractères de la pulsion qui différencient celle-ci d'un instinct : son objet n'est pas biologiquement prédéterminé, ses modalités de satisfaction (buts) sont variables, plus particulièrement liées au fonctionnement de zones corporelles déterminées (zones érogènes), mais susceptibles d'accompagner les activités les plus diverses sur lesquelles elles s'étayent. cette diversité des sources somatiques de l'excitation sexuelle implique que la pulsion sexuelle n'est pas d'emblée unifiée, mais qu'elle est d'abord morcelée en pulsions partielles dont la satisfaction est locale (plaisir d'organe).
  La psychanalyse montre que la pulsion sexuelle chez l'homme est étroitement liées à un jeu de représentations ou de fantasmes qui vienne la spécifier. Ce n'est qu'au terme d'une évolution complexe et aléatoire qu'elle s'organise sous le primat de la génitalité et retrouve alors la fixité et la finalité apparentes de l'instinct.
  Du point de vue économique, Freud postule l'existence d'une énergie unique dans les vicissitudes de la pulsion sexuelle : la libido.
  Du point de vue dynamique, Freud voit dans la pulsion sexuelle un pôle nécessairement présent du conflit psychique : elle est l'objet privilégié du refoulement dans l'inconscient."
    
     La conception de la sexualité, qui ne désigne pas seulement les activités et le plaisir qui dépendent du fonctionnement de l'appareil génital, "mais toute une série d'excitations et d'activités, présentes dès l'enfance, qui procurent un plaisir irréductible à l'assouvissement d'un besoin fondamental (respiration, faim, fonction d'excrétion...)" constitue le noyau dur de la psychanalyse.
      Elle a le mérite, paradoxalement, d'unifier l'ensemble du fonctionnement de l'organisme humain, notamment dans son développement depuis le foetus jusqu'au "troisième âge", même si elle le fait en mettant en évidence les conflits internes qui président à ce développement. Elle reste difficilement admissible d'emblée dans beaucoup de milieux sociaux : toutes sortes de réticences, de résistances pourrait-on dire, existent, réticences qui se manifestent par des remises en cause de la scientificité de la psychanalyse, notamment en Occident, ou par des rejets qui la considèrent comme tout simplement pas convenable (au sens fort du terme) dans beaucoup de contrées dans le monde. Que ce soit sous couvert d'un discours scientifique ou qui se veut scientifique ou sous couvert d'une religion, ces rejets révèlent le fait que la sexualité humaine constitue un enjeu de pouvoir, non seulement entre générations, mais entre sexes, un enjeu de pouvoir qui forme la trame de certaines relations sociales.

        Pulsions du Moi, dans le cadre de la première théorie des pulsions de Sigmund FREUD (dans les années 1910-1915), désignent "un type de pulsions dont l'énergie est placée au service du Moi dans le conflit défensif ; elles sont assimilées aux pulsions d'auto-conservation et opposées aux pulsions sexuelles." Le conflit psychique opposait la sexualité à une instance refoulante, défensive, le Moi, mais un support pulsionnel n'était d'abord pas attribué au Moi. Dans Trois essais sur la théorie sexuelle en 1905, les pulsions sexuelles s'opposaient bien aux besoins. Il montrait comment ces pulsions sexuelles prenaient naissance en s'étayant sur les besoins, puis en divergeaient notamment dans l'auto-érotisme. En énonçant sa première théorie des pulsions, Sigmund FREUD tente de faire coïncider ces deux oppositions, opposition clinique dans le conflit défensif entre le Moi et les pulsions sexuelles, opposition génétique, dans l'origine de la sexualité humaine, entre fonctions d'auto-conservation et pulsion sexuelle.
En 1910, nous indiquent Jean LAPLANCHE et Jean-Bertrand PONTALIS, dans Le trouble psychogène de la vision dans la conception psychanalytique, Sigmund FREUD regroupe l'ensemble de ces grands besoins non sexuels sous le nom de pulsions d'auto-conservation et les désigne sous le nom de pulsions du Moi comme partie prenante du conflit psychique. "De toute particulière importance, écrit Sigmund FREUD, pour notre tentative d'explication est l'opposition indéniable existant entre les pulsions qui servent à la sexualité, à l'obtention du plaisir sexuel, et les autres qui ont pour but l'auto-conservation de l'individu, les pulsions du Moi. Toutes les pulsions organiques qui sont à l'oeuvre dans notre âme peuvent être classées, selon les termes du poète, en "faim" et "amour"."
   Il faut toujours rappeler que si le fondateur de la psychanalyse manie si facilement les termes en mêlant considérations poétiques et considérations "physiques", c'est en grande partie parce qu'il écrit pour un public (de médecins pour la grande majorité) qui baigne dans des préoccupations liées au sexe des malades. Mais aussi qui vivent dans un monde (intellectuel et mondain s'entend) où circulent très abondamment, et même finalement plus abondamment qu'aujourd'hui, les descriptions crues, anatomiques et physiologiques, par le texte ou le dessin, voire la photographie naissante, de la sexualité. Si les thèses sur la sexualité se diffusent, ils pénètrent tout un univers mental disposé à examiner ces thèses, même si très vite, beaucoup de réticences se font vite jour, lorsque Sigmund FREUD en vient à considérer l'homme ou la femme comme un tout, depuis son enfance et à situer très précocement dans le temps les premières manifestations de cette sexualité.
   
      Pierre DELION précise que "la notion de poussée énergétique d'abord qualifiée d'intérêt va, à la faveur des recherches de Freud sur le narcissisme, conduire à l'idée que la libido narcissique ou libido du Moi est "le grand réservoir", d'où sont envoyés les investissements d'objets et dans lequel ils sont retirés à nouveau. L'objet des pulsions du Moi est d'abord l'objet du besoin (nourriture), puis ultérieurement, tout ce qui peut contribuer non seulement à renforcer le Moi dans ses capacités propres, mais également à inhiber le processus primaire par le travail de liaison avec les représentations. Ainsi, le Moi devient-il secondairement objet d'investissement de la libido. Son but est l'autoconservation et l'autoaffirmation de l'individu." C'est dans ses recherches sur le narcissisme que Sigmund FREUD introduit la distinction entre ces pulsions et les pulsions sexuelles.
      Tout réside en fait dans l'articulation conflictuelle entre deux types de besoins, qui se distinguent de plus en plus au fur à et mesure du développement. Ce que tente d'expliquer Sigmund FREUD à travers cette hypothèse, ce sont les psychonévroses de transfert qu'il constate chez ses patients. Ne perdons jamais de vue le fait que, pour lui, tout part des constatations cliniques (chez ses patients, dans son entourage, et sur lui-même). La différence entre les pulsions du Moi et les pulsions sexuelles réside dans le fait que pour les premières, elles ne sont satisfaites que par un objet réel et effectuent très vite le passage du principe de plaisir au principe de réalité au point qu'elles deviennent les agents de la réalité et que pour les dernières, le mode fantasmatique peut très bien les satisfaire et elles restent plus longtemps sous la domination du principe de plaisir. : "Une part essentielle, écrit Sigmund FREUD, de la prédisposition psychique à la névrose provient du retard de la pulsion sexuelle à tenir compte de la réalité."
   
     Si dans cet article, nous en restons à la première théorie des pulsions, c'est pour bien comprendre l'origine des pulsions dans les premières élaborations psychanalytiques. Plus tard, Sigmund FREUD constate que les symptômes névrotiques résistent à la cure qu'il propose à ses patients, et se sent obligé de complexifier son approche.

Jean LAPALANCHE et Jean-Bertrand PONTALIS, Vocabulaire de la psychanalyse, PUF, 1976. Pierre DELION, article Pulsions du Moi, Dictionnaire international de la psychanalyse, sous la direction d'Alain de MIJOLLA, Hachette Littératures, 2005.
Sigmund FREUD, Trois essais sur la théorie sexuelle, Gallimard, 2001 (traduction de Philippe KOEPPEL)

                                                              PSYCHUS

   
Relu le 14 avril 2019
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3 juin 2009 3 03 /06 /juin /2009 13:09
                  Variations sur les pulsions

       Quand on a écarté au moins en psychanalyse la confusion entre Pulsion et Instinct, malgré un certain usage encore intensif du mot Instinct, il reste à constater comme le fait André GREEN que "l'évolution de la biologie et de l'éthologie tend de plus en plus à contester l'autonomie de l'instinct et à prendre en considération le jeu des influences multiples dont il peut être l'objet soit par des régulations endocriniennes et nerveuses, soit par l'influence des afférences perceptives, voire des facteurs d'apprentissage."
       
      Dans Vocabulaire de la psychanalyse, Pulsion est définie comme "Processus dynamique consistant dans une poussée (charge énergétique, facteur de motricité) qui fait tendre l'organisme vers un but. Selon Freud, une pulsion a sa source dans une excitation corporelle (état de tension) ; son but est de supprimer l'état de tension qui règne à la source pulsionnelle ; c'est dans l'objet ou grâce à lui que la pulsion peut atteindre son but."
La forme la plus achevée de la notion de Pulsion est donnée par Sigmund FREUD dans Pulsions et destins des pulsions (1915) où sont regroupés les quatre éléments qui la constitue : poussée, source, objet, but.
   "Par poussée d'une pulsion, on entend le facteur moteur de celle-ci, la somme de force ou la mesure d'exigence de travail qu'elle représente. Le caractère de ce qui est poussant est une propriété générale des pulsions, et même l'essence de celles-ci. Toute pulsion est un morceau d'activités ; quand on parle, d'une façon relâchée, de pulsions passives, on ne peut rien vouloir dire d'autre que des pulsions à but passif.
Le but d'une pulsion est toujours la satisfaction, qui ne peut être atteinte que par la suppression de l'état-de-stimulus à la source pulsionnelle. Mais, quoique ce but final reste non modifiable pour chaque pulsion, diverses voies peuvent cependant mener au même but final, en sorte que peuvent s'offrir pour une pulsion des buts variés, prochains ou intermédiaires, qui peuvent être combinés les uns avec les autres ou échangés les uns contre les autres. L'expérience nous autorise aussi à parler de pulsions "inhibées quant au but", pour des processus qui sont tolérés pour un bout de chemin en direction de la satisfaction pulsionnelle, mais qui subissent ensuite une inhibition ou une dérivation. Il faut admettre qu'à ces processus, eux aussi, se relie une satisfaction partielle.
L'objet de la pulsion est celui-là même dans lequel et par lequel la pulsion peut atteindre son but. Il est ce qu'il y a de plus variable dans la pulsion, il ne lui est pas originellement connecté, au contraire il ne lui est adjoint qu'en raison de son aptitude à rendre possible la satisfaction. Il n'est pas nécessairement un objet étranger, mais il est tout aussi bien une partie du corps propre. Il peut en être changé aussi souvent qu'on veut dans le cours des destinées de la pulsion ; c'est à ce déplacement de la pulsion qu'échoient les rôles les plus significatifs. Le cas peut se produire que le même objet serve simultanément à la satisfaction de plusieurs pulsions (...). Une liaison particulièrement intime de la pulsion à l'objet est mise en relief comme fixation de celle-ci. Elle s'effectue souvent dans les toutes premières périodes du développement pulsionnel et met fin à la mobilité de la pulsion en s'opposant intensément à son détachement.
Par source de la pulsion, on entend ce processus somatique dans un organe ou une partie du corps, dont le stimulus dans la vie d'âme se trouve représenté par la pulsion. On ignore si ce processus est régulièrement de nature chimique ou s'il peut correspondre à la déliaison d'autres forces, mécaniques, par exemple. L'étude des sources pulsionnelles n'appartient plus à la psychologie ; bien que sa provenance à partir de la source somatique soit ce qui est purement et simplement décisif pour la pulsion, celle-ci ne nous est pas connue dans la vie d'âme autrement que par ses buts. La connaissance plus exacte des sources pulsionnelles n'est pas rigoureusement nécessaire aux fins de la recherche psychologique. Remonter des buts de la pulsion à ses sources est parfois assuré par conclusion récurrente."
   Si on a pris la peine ici de reproduire ce passage du livre de Sigmund FREUD, c'est surtout pour éviter de tomber dans certaines erreurs de paraphrase qui rigidifie le sens et qui efface le caractère toujours chercheur de sa démarche, malgré sa propension vers la fin de sa vie à tout théoriser systématiquement (surtout pour assurer l'avenir de l'école psychanalytique).

        La notion de pulsion, dans l'oeuvre de Sigmund FREUD est analysée sur le modèle de la sexualité, mais d'emblée dans les théories la pulsion sexuelle se voit opposer d'autres pulsions. Le fondateur de la psychanalyse reste toujours dualiste :
- la première théorie met face à face les pulsions sexuelles et les pulsions du moi (ou d'auto-conservation), le modèle de ces dernières étant pris sur la faim et la fonction d'alimentation ; il faut remarquer, écrit André GREEN, que "le modèle général de la pulsion est construit sur le modèle de la pulsion sexuelle, le groupe des pulsions du moi étant beaucoup plus fixe et beaucoup moins propice aux transformations dont la pulsion sexuelle est l'objet. Dans un deuxième temps, Freud met l'accent sur la libidinisation des pulsions du moi. L'introduction du concept de narcissisme redistribue les pulsions selon leur orientation vers le moi ou vers l'objet, dans une perspective concurrentielle. Il s'agit là d'un temps théorique intermédiaire. Car Freud se rapproche à ce moment-là d'une conception moniste où l'antagonisme entre les groupes pulsionnels n'est pas assez tranchée."
- la deuxième théorie, introduite dans Au-delà du principe du plaisir (1920), oppose pulsions de vie et pulsions de mort et modifie la fonction et la situation des pulsions dans le conflit. Toujours suivant André GREEN, "le conflit entre les groupes pulsionnels prend une forme beaucoup plus radicale en mettant en opposition les pulsions de vie et les pulsions de mort (ou de destruction). Les premières tendent à créer des ensembles toujours plus vastes : leur activité est essentiellement de rassemblement d'unification, de conjonction. Elles marquent autant l'évolution des pulsions sexuelles que celle des pulsions du moi. L'activité des pulsions de mort ou de destruction est essentiellement de séparation, de désagrégation, de disjonction." Sigmund Freud regroupe ces pulsions de vie sous forme d'Éros ; ce ne seront que ses continuateurs qui donneront aux autres le nom de Thanatos.
Il faut toujours se souvenir : "La théorie des pulsions est pour ainsi dire notre mythologie. Les pulsions sont des êtres mythiques, grandioses dans leur indétermination" "Nous donnons le nom de pulsions aux forces que nous postulons à l'arrière-plan des tensions génératrices de besoins du ça" (Sigmund FREUD)....

     Les écoles psychanalytiques diversifient la vision des pulsions en même temps qu'elles se déterminent par rapport aux deux grandes théories des pulsions.
- Ainsi Jacques LACAN développe son propre concept de pulsion, charnière entre corps, jouissance et langage. Il disserte à partir des trois "pas" successifs dans la théorie des pulsions, l'élargissement du concept de la sexualité, l'instauration du narcissisme et l'affirmation du caractère régressif des pulsions. Il introduit la notion de surgissement du sujet de la pulsion.
- Mélanie KLEIN s'attache à approfondir les origines et les conséquences de l'existence des pulsions d'agression, introduites par Alfred ADLER. Elle fait de même avec la pulsion de mort, notion contestée par d'autres écoles psychanalytiques.
    On peut citer d'autres formes de pulsions dont on parlera par la suite : pulsion partielle, pulsion du Moi, pulsion d'angoisse, pulsion d'auto-conservation, pulsion de groupe. Certaines ont été définies par Sigmund FREUD, d'autres voient leur sens changer, d'autres encore sont introduites après lui.
 
     Élisabeth ROUDINESCO et Michel PLON précisent que "malgré les objections et l'opposition, Freud ne se laissera jamais impressionner. Parfaitement conscient, ainsi qu'il le déclare en 1926 dans l'article encyclopédique "Psycho-Analysis", que "la doctrine des pulsions est un domaine obscur même pour la psychanalyse", il revendique cette opacité comme une caractéristique de la pulsion. "La théorie des pulsions est pour ainsi dire notre mythologie, affirme-t-il en 1933. Les pulsions sont des êtres mythiques, formidables dans leur imprécision". On comprend alors que le critiques, qui arguaient notamment de l'absence de preuves empiriques pour valider l'existence d'une pulsion de mort, lui soient apparues inconsistantes et l'aient conduit à affirmer, dans Le Malaise dans la culture : "Je ne comprends plus que nous puissions rester aveugles à l'ubiquité de l'agression et de la destruction non érotisées et négliger de leur accorder la place qu'elles méritent dans l'interprétation des phénomènes de vie". En 1937, il réaffirmait encore, dans "L'analyse avec fin et l'analyse sans fin" que la seule évocation du masochisme, des résistances thérapeutiques ou de la culpabilité névrotique suffit à soutenir "l'existence dans la vie de l'âme d'une puissance, qui d'après ses buts nous appelons pulsions d'agression ou de destruction, et que nous dérivons de l'originaire pulsion de mort de la matière animée".
La descendance freudienne, poursuivent nos auteurs, n'est pas unanime dans ce rejet de la dernière élaboration de la théorie des pulsions. Ainsi Mélanie Klein opère-t-elle un renversement complet du second dualisme pulsionnel en considérant que les pulsions de mort participent de l'origine de la vie aussi bien sur le versant de la relation d'objet que sur celui de l'organisme. pour l'organisme, les pulsions de mort contribuent, par le biais de l'angoisse, à installer le sujet dans cette position dépressive faite de crainte et de destruction."
ROUDINESCO et PLON se centrent ensuite sur l'apport de Jacques LACAN. "Dans son séminaire de 1964, Jacques Lacan considère la pulsion comme l'un des quatre concepts fondamentaux de la psychanalyse. Guidé par une lecture exigeante du texte freudien de 1915, qu'il réintitule "Les pulsions et leurs vissicitudes", Lacan dégage la démarche freudienne de ses assises biologiques et insiste sur le caractère constant du mouvement de la pulsion, mouvement arythmique, qui la distingue de toutes les conceptions fonctionnelles. L'approche lacanienne de la pulsion s'inscrit dans une approche de l'inconscient en termes de manifestation du masque et du non-accompli. A ce titre, la pulsion est envisagée sous la catégorie du réel. Rappelant ce que dit Freud de l'indépendance de l'objet vis-à-vis de la pulsion et du fait que n'importe quel objet peut être amené à remplir la fonction d'un autre pour la pulsion, Lacan souligne que l'objet de la pulsion ne peut être assimilé à aucun objet concret. Pour saisir l'essence du fonctionnement pulsionnel, il fait concevoir l'objet comme étant de l'ordre d'un creux, d'un vide, désigné de façon abstraite et non représentable : l'objet (petit) a".
Pour Lacan, la pulsion est donc un montage caractérisé par une discontinuité et une absence de logique rationnelle au moyen duquel la sexualité participe de la vie psychique en se conformant à la "béance" de l'inconscient.
Lacan développe en fait l'idée que la pulsion est toujours partielle. le terme est ici à entendre en un sens plus général que celui retenu par Freud. En adoptant le terme d'objet partiel, issu de Karl Abraham et des kleiniens, il introduit deux nouveaux objets pulsionnels en plus des fèces et du sein : la voix et le regard. Il mes nomme : objets du désir."

André GREEN, Article Pulsion de l'Encyclopedia Universalis, 2004. Jean LAPLANCHE et Jean-Bertrand PONTALIS, Vocabulaire de la psychanalyse, PUF, 1976. Michèle PORTE, Article Pulsion du Dictionnaire international de la psychanalyse, Editions Hachette Littératures, collection Grand Pluriel, 2002. Sigmund FREUD, Pulsions et destins des pulsions, 1915, dans Oeuvres complètes Psychanalyse, tome XIII, PUF, 1994. Élisabeth ROUDINESCO et Michel PLON, Dictionnaire de la psychanalyse, Le livre de poche, Fayard, 2011.

                                                                                   PSYCHUS
 
Relu et complété le 18 avril 2019

                              
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28 mai 2009 4 28 /05 /mai /2009 12:29
                    Instinct, une notion controversée

         Dans Vie et mort en psychanalyse comme dans Vocabulaire de la psychanalyse, Jean LAPLANCHE met en garde contre une confusion fréquente entre Instinct et Pulsion.
     "Les problèmes de traduction (qui d'ailleurs pullulent sans doute dans les transcriptions en français  des oeuvres des philosophes et des psychanalystes allemands) ont introduit, (...), une confusion qui n'est pas près de s'éteindre. (...). Trieb a souvent été traduit en français par instinct, transposé également par les psychanalystes de langue anglaise en "instinct". Or nous rencontrons chez Freud, et en général dans la langue allemande, non pas un, mais deux termes, deux "signifiants" (...). (...) dans la langue commune ils ont à peu près le même sens, de même que leurs étymologies sont parallèles : Tried vient de treiben, pousser ; Instinkt trouve son origine dans la langue latine, de instingere qui signifie également aiguillonner, pousser. (Ces deux termes sont utilisés différemment), "parfois à peine perceptible, mais parfois accentuée jusqu'à se constituer en une véritable opposition. (...) "L'instinkt, dans la langue de Freud, c'est un comportement préformé, dont le schème est héréditairement fixé et qui se répète selon des modalités relativement adaptées à un certain type d'objet. " Freud fait dériver la pulsion de l'instinct, et dans les textes de Freud, "on s'aperçoit  que sans cesse le but de la pulsion renvoie aux deux facteurs suivants : tantôt à l'élément de l'objet, tantôt à celui de la source". (Vie et mort dans la psychanalyse)
     "On voit que Freud emploie deux termes qu'on peut opposer nettement, même s'il n'a pas fait jouer un rôle explicite à cette opposition dans sa théorie. Dans la littérature psychanalytique, (...) Le choix du terme instinct comme équivalent anglais et français de Trieb n'est pas seulement une inexactitude de traduction ; il risque d'introduire une confusion entre la théorie freudienne des pulsions et les conceptions psychologiques de l'instinct animal, et d'estomper l'originalité de la conception freudienne, notamment la thèse du caractère relativement indéterminé de la poussée motivante, les notions de contingence de l'objet et de la variabilité des buts." (Vocabulaire de la psychanalyse).

     Pour en venir à une définition, Instinct est "classiquement un schème de comportement hérité, propre à une espèce animale, variant peu d'un individu à un autre, se déroulant selon une séquence temporelle peu susceptible de bouleversements et paraissant répondre à une finalité." (Vocabulaire de la psychanalyse)

     Notons enfin que dans Essais de psychanalyse, Sigmund FREUD traite de l'instinct grégaire en réfléchissant aux phénomènes de foule, puisant aux sources éthologiques du terme. D'ailleurs pour comprendre l'utilisation de la notion en psychanalyse, il convient toujours d'avoir en tête les débats sur celle-ci en éthologie.

     De son côté, Eric FROMM (1900-1980) déplore le succès populaire des idées de Konrad LORENZ (1903-1989), un des fondateurs de l'éthologie moderne.
A propos de l'agressivité et de la guerre, "tous ces ouvrages (Eric FROMM parle de ceux de Robert ARDREY, Desmond MORRIS et d'Irenäus EIBL-EIBESFELDT, dans la logique de ceux de Konrad LORENZ) reposent fondamentalement sur la même thèse : le comportement agressif de l'homme, tel qu'il se manifeste dans la guerre, le crime, les querelles personnelles et toutes sortes de comportements destructifs et sadiques, est dû à un instinct inné et phylogénétiquement programmé qui cherche à se décharger et qui attend le moment opportun de se manifester."
   "Le néo-instinctivisme de Lorenz doit peut-être son succès non pas à la rigueur de ses arguments, mais au fait que les esprits étaient disposés à les accepter. (...). Cette théorie de l'agressivité innée devient facilement une idéologie qui aide à calmer la peur de l'avenir et à rationaliser le sentiment d'impuissance."
    Pour le psychanalyste et philosophe, les théories instinctivistes remontent, pour la pensée moderne, à l'oeuvre de Charles DARWIN (1809-1882). "Toutes les recherches post-darwiniennes sur l'instinct ont été fondées sur la théorie darwinienne de l'évolution", écrit-il. On pourrait ajouter sur une compréhension biaisée de cette théorie de l'évolution.
Il critique l'analogie souvent utilisée avec le comportement d'un gaz dans un mécanisme hydraulique. Il reprend la remarque de Robert Aubray HINDE (né en 1923) que ces modèles de l'instinct "ont en commun l'idée d'une substance capable de déterminer des comportements énergétiques et qui est retenue dans un récipient avant d'être relâchée et mise en action".
  Il regroupe sous le nom de théories instinctivistes les approches de William JAMES, William MCDOUGALL et d'autres auteurs qui établissent de "longues listes dans lesquelles chaque instinct particulier était supposé motiver des types de comportement correspondants (...) : instincts d'imitation, de rivalité, de combativité, de sympathie, de chasse, de peur, de possessivité, de kleptomanie, de constructivité, de jeu, de curiosité, de secrétivité, de propreté, de modestie, d'amour, et de jalousie...". On retrouve effectivement cette tendance chez Konrad LORENZ qui discute du fonctionnement du Parlement des instincts. L'auteur d'une grande étude sur l'instinct, Nicolaas TINBERGER, collègue d'ailleurs de Konrad LORENZ, partage d'ailleurs la conscience des dangers "inhérents au procédé qui consiste à utiliser des preuves physiologiques à partir d'un bas niveau d'évolution, de bas niveaux d'organisation neurale, et des formes les plus élémentaires de comportement, comme autant d'analogies destinées à appuyer des théories physiologiques des mécanismes de comportement à des niveaux plus élevés et plus complexes" (cité par Eric FROMM).
Il conclue son parcours des théories instinctivistes par une sentence sans appel : "Le darwinisme social et moral prêché par Lorenz est un paganisme romantique et nationaliste qui tend à obscurcir la compréhension véritable des facteurs biologiques, psychologiques et sociaux responsables de l'agressivité humaine." (La passion de détruire)
   il faut retenir surtout de ceci que la migration de notions venues de l'éthologie vers la psychanalyse, et même vers la psychologie comporte de réels dangers scientifiques.

      Claude SMADJA est particulièrement clair : "L'instinct s'inscrit dans l'ordre de ce qui est hérité, c'est-à-dire de l'histoire de l'espèce. Au contraire, la pulsion s'inscrit dans l'ordre de l'histoire individuelle du sujet, dont elle est le vecteur fondamental. Elle se révèle dans la vie psychique au travers de représentants qui, au cours du processus psychique, se différencient en représentants-représentations d'objets et de mots et en représentants d'affects. Ancré dans le somatique, la pulsion devient psychique dans son trajet, de sa source à son but. Parmi ses caractères, son aptitude à suivre une direction progédiente, vers la satisfaction réelle, ou régrédiente, vers la satisfaction hallucinatoire, offre au sujet une souplesse de fonctionnement qui s'oppose à la relative rigidité de l'instinct." (Dictionnaire international de la psychanalyse).

       Pourtant, Daniel SIBONY, dans son étude sur la violence, laisse une impression d'ambiguïté.
  Il écrit dans un chapitre sur Violence originelle, l'entre-deux-corps :
     "Nous nions l'existence d'un instinct violent originaire, non pas au nom des pulsions ou d'une théorie sexuelle, mais parce que la violence, originaire ou pas, est l'effet d'un rapport à l'autre, plutôt que fondatrice d'un tel rapport. La violence n'est non pas dans l'origine mais dans le rapport récurrent à l'origine, qui concerne son partage, et le fait que c'est mal partagé de toutes façons."
   "Mais s'il n'y a pas d'instinct violent originel, la violence passe toujours par l'origine : par un rapport à l'origine en tant que source et relance du processus identitaire."
  "A la naissance, il y a bien deux narcissismes qui re-commencent, celui de l'enfant et celui de la mère ; et l'on peut voir la mise au monde, image forte de l'origine, comme une image de la violence ; sans aucune agressivité. Mais c'est clairement une violence où un corps, pris dans l'autre, subit la pression de cet autre, lui signale qu'il est temps que cela finisse - le foetus donne le signal des contractions et enclenche un effort d'entre-deux-corps avec pression, travail, effort, poussée, accidents... et ce trait essentiel de la violence, la décharge. Le nouveau-né est déchargé, débarqué. La mère l'est autrement, déchargée ; l'effet de charge et de "décharge" se répartit sur l'entourage."
   "La processus de violence accumule l'énergie vive jusqu'à l'instant de la décharge. Dans l'accouchement, cette énergie s'accumule dans un corps. Ailleurs, dans l'orgasme par exemple, la violence est une décharge de l'excitation répétée, accumulée ; à sa suite, les "acteurs" sont déchargés... Il se peut que la violence soit l'acte qui s'impose après une accumulation quand une limite invoquée, recherchée, doit être franchie, sans qu'on sache où cela mène."
     On reviendra bien entendu sur cette conception kleinienne de la violence. On peut regretter, sans préjuger de l'oeuvre du psychanalyste dans son ensemble, l'utilisation, quasiment proche du langage hélas encore courant, de la notion d'instinct.
 
       Comme pour établir une position solidement implantée maintenant dans la profession des psychanalystes comme chez les grands auteurs, le dictionnaire de la psychanalyse de ROUDINESCO-PLON, renvoie l'entrée Instinct à Pulsion comme pour tourner le dos définitivement à l'emploi du terme instinct. Ce terme de pulsion, apparu en France en 1625, et dérivé du latin pulsio pour désigner l'action de pousser, et employé par Sigmund Freud à partir de 1905, est devenu un concept majeur bien défini de la doctrine psychanalytique. La pulsion est définie comme "la charge énergétique qui est à la source de l'activité motrice de l'organisme et du fonctionnement psychique inconscient de l'homme.
"Le choix du mot pulsion pour traduire l'allemand Trieb répondait au souci d'éviter toute confusion avec instinct et tendance. Cette option correspondait à celle de Sigmund Freud qui, voulant marquer la spécificité du psychisme humain, avait retenu le terme Trieb, réservant Instinkt pour qualifier les comportements animaux. En allemand comme en français, les termes Trieb et pulsion renvoient, par leur étymologie, à l'idée d'une poussée, indépendante de son orientation et de son but. Pour la traduction anglaise, il semble que ce soit la fidélité à l'idée freudienne d'une articulation de la psychanalyse avec la biologie qui a guidé le choix de James Strachey, du mot Instinct plutôt que drive.
La notion de pulsion (Trieb) est déjà présente dans les conceptions de la maladie mentale et de son traitement développées par les médecins de la psychiatrie allemande du XIXe siècle, préoccupés, comme leurs collègues anglais et français, par la question de la sexualité. Ainsi, des auteurs comme Karl Wilhelm Ideler (1795-1860) ou Heinrich Wilhelm Neumann (1814-1884) insistent sur le rôle central des pulsions sexuelles, le second considérant l'angoisse comme le produit de l'insatisfaction des pulsions.
On sait par ailleurs que Friedrich Nietzsche (1844-1900) concevait l'esprit humain comme un système de pulsions susceptibles d'entrer en collision ou de se fondre les unes dans les autres, et qu'il attribuait lui aussi un rôle essentiel aux instincts sexuels, qu'il distinguait des instincts d'agressivité et d'autodestruction.
Freud n'a jamais fait mystère de ces antécédents. Dans son autobiographie de 1925, il se réfère à Nietzsche et avoue ne l'avoir lu que très tard de peur de subir son influence.
Qu'il s'agisse de son apparition, de son importance et des remaniements dont il sera l'objet, le concept de pulsion est étroitement lié à ceux de libido et de narcissisme ainsi qu'à leurs transformations, ces concepts constituant trois axes de la théorie freudienne de la sexualité.
A l'époque prépsychanalytique, de la correspondance avec Wilhelm Fliess et de l'Esquisse d'une psychologie scientifique, Freud développe l'idée d'une libido psychique, forme d'énergie qu'il situe à la source de l'activité humaine. Il fait déjà une distinction entre cette "poussée", que son origine interne rend imparable par l'individu, et les excitations externes que le sujet peut fuir ou éviter. A cette époque, il attribue l'hystérie à une cause sexuelle traumatique, l'effet d'une séduction subie dans l'enfance.
A partir de 1897, date à laquelle il abandonne cette théorie, Freud entreprend de remanier sa conception de la sexualité mais maintient que le refoulement des motions sexuelles demeure la cause d'un conflit psychique qui conduit à la névrose.
En 1898, l'idée d'une sexualité infantile devient explicite (...). Après avoir noté que ces expériences sexuelles infantiles ne développent l'essentiel de leur action qu'en des périodes ultérieures de la maturation, Freud précise : "Dans l'intervalle entre l'expérience de ces impressions et leur reproduction (...), non seulement l'appareil sexuel somatique mais également l'appareil psychique ont connu un développement considérable, et c'est pourquoi de l'influence de ces expériences sexuelles précoces résulte maintenant une réaction psychique anormale, et des formations psychopathologiques apparaissent."
Par la suite, le matériau clinique accumulé dans ses cures conduit Freud à constater que la sexualité n'apparait pas toujours explicitement dans les rêves et les fantasmes, mais fréquemment sous des travestissements qu'il faut savoir décrypter. Aussi est-il conduit à étudier les aberrations, les perversions sexuelles et les origines de la sexualité, c'est-à-dire la sexualité infantile.
Tel est le propos des Trois Essais sur la théorie sexuelle publiés en 1905. C'est dans la version initiale de ce livre que Freud recourt pour la première fois au mot pulsion. Dans un passage ajouté en 1915, il en donne une définition générale qui, pour l'essentiel, ne subira aucune modification : "Par pulsion, nous ne pouvons de prime abord rien désigner d'autre que la représentation psychique d'une source endosomatique de stimulations, s'écoulant de façon continue, par opposition à la stimulation, produite par des excitations sporadiques et externes. La pulsion est donc l'un des concepts de démarcation entre le psychique et le somatique." Dès la première édition des Trois Essais, il est essentiellement question de la pulsion sexuelle dont la définition donne à elle seule la mesure de la révolution que Freud fait subir à la conception dominante de la sexualité, qu'elle soit celle du sens commun ou celle de la sexologie. Pour Freud, la pulsion sexuelle, différente de l'instinct sexuel, ne se réduit pas aux seules activités sexuelles habituellement répertoriées avec leurs buts et leurs objets, elle est une poussée dont la libido consume l'énergie."
"Dans son séminaire de 1964, Jacques Lacan considère la pulsion comme l'un des quatre concepts fondamentaux de la psychanalyse. Guidé par une lecture exigeante du texte freudien de 1915, qu'il réintitule "Les pulsions et leurs vissicitudes", Lacan dégage la démarche freudienne de ses assises biologiques et insiste sur le caractère constant du mouvement de la pulsion, mouvement arythmique qui la distingue de toutes les conceptions fonctionnelles. L'approche lacanienne de la pulsion s'inscrit dans une approche de l'inconscient en termes de manifestations du manque et du non-accompli. A ce tire, la pulsion est envisagée sous la catégorie du réel. Rappelant ce que dit Freud de l'indépendance de l'objet vis-à-vis de la pulsion et du fait que n'importe que objet peut être amené à remplir la fonction d'un autre pour la pulsion, Lacan souligne que l'objet de la pulsion ne peut être assimilé à aucun objet concret. Pour saisir l'essence du fonctionnement pulsionnel, il faut concevoir l'objet comme étant de l'ordre d'uncreux, d'un vide, désigné de façon abstraite et non représentable : l'objet (petit) a. Pour Lacan, la pulsion est donc un montage caractérisé par une discontinuité et une absence de logique rationnelle au moyen duquel la sexualité participe à la vie psychique en se conformant à la "béance" de l'inconscient. Lacan développe en fait l'idée que la pulsion est toujours partielle. Le terme est à entendre en un sens plus général que celui retenu par Freud. En adoptant le terme d'objet partiel, issu de Karl Abraham et des kleiniens, il introduit deux nouveaux objets pulsionnels en plus des fèces et du sein : la voix et le regard. Il les nomme : objets du désir."
 
    Bien entendu l'école lacanienne est contestée jusqu'à cette conception de la pulsion par d'autres, qui, tout en ne s'écartant pas fondamentalement de l'idée freudienne, introduisent d'autres implications dans la vie psychique de l'individu.
 
   

Daniel SIBONY, Violence, traversées, Editions du Seuil, collection La couleur des idées, 1998. Claude SMADJA, Article instinct du Dictionnaire international de la psychanalyse, sous la direction de Alain de MIJOLLA, Hachette littératures, collection Grand Pluriel, 2002. Erich FROMM, La passion de détruire, Anatomie de la destructivité humaine, Robert Laffont, collection Réponses, 1975. Jean LAPLANCHE et Jean-Bertrand PONTALIS, Article Instinct du Vocabulaire de la psychanalyse, PUF, 1967. Jean LAPLANCHE, Vie et mort en psychanalyse, Flammarion, collection Champs, 1970. Sigmund FREUD, Essais de psychanalyse, Petite Bibliothèque Payot, 1986. Élisabeth ROUDINESCO et Michel PLON, Dictionnaire de la psychanalyse, Librairie Arthènes Fayard, Le livre de poche, 2011.

                                                                      PSYCHUS
 
Complété le 7 mars 2019

  
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27 mai 2009 3 27 /05 /mai /2009 13:27
          L'hypothèse de Sigmund FREUD (1859-1939) d'une topique psychique prend naissance dans un contexte scientifique de recherche des localisations cérébrales des fonctions intellectuelles et motrices. Aujourd'hui encore, en plein essor de la neurologie, certains auteurs (Gérard POMMIER par exemple) rapprochent les zones du cerveau et  ces fonctions. Et même tentent de localiser l'inconscient, la conscience et le préconscient, voulant ajouter un contenu de biologie moderne à une théorie psychanalytique qui n'en a guère besoin.

          Dans Le Vocabulaire de la psychanalyse, Jean LAPLANCHE et J-B. PONTALIS définissent la topique (théorie des lieux, notion venant du grec), comme une "théorie ou point de vue qui suppose une différenciation de l'appareil psychique en un certain nombre de systèmes doués de caractères ou de fonctions différentes et disposés dans un certain ordre les uns par rapport aux autres, ce qui permet de les considérer métaphoriquement comme des lieux psychiques dont on peut donner une représentation figurée spatialement." Topique est d'ailleurs un terme, dérivé du grec topos, désignant en philosophie, de manière très ancienne, la théorie des lieux, c'est-à-dire des classes générales dans lesquelles peuvent être rangés tous les arguments ou développements. Sigmund FREUD utilise ce terme comme adjectif et comme substantif, pour définir l'appareil psychique à deux étapes essentielles de son élaboration théorique.

        Sigmund FREUD assigne à chaque lieu psychique distinct une nature et un mode distinct de fonctionnement.
Dans Étude sur l'hystérie (1895), l'Inconscient comporte une organisation en couches, "l'investigation psychanalytique se fait nécessairement par certaines voies qui supposent un certain ordre entre les groupes de représentations. L'organisation des souvenirs, rangés en véritables "archives" autour d'un "noyau pathogène", n'est pas seulement chronologique ; elle a aussi un sens logique, les associations entre les diverses représentations s'accomplissant selon divers modes. D'autre part, la prise de conscience, la réintégration des souvenirs inconscients dans le moi, est décrite sur un modèle spatialement figuré, la conscience étant définie comme un "défilé" qui ne laisse passer qu'un souvenir à la fois dans l'"espace du moi"." (LAPLANCHE et PONTALIS).

       Successivement, le fondateur de la psychanalyse élabore deux conceptions topiques de l'appareil psychique.
       Dans le Projet de psychologie scientifique (1895) et surtout dans le chapitre VII de L'interprétation des rêves (1900), la première topique se compose de trois systèmes : Inconscient, Préconscient, Conscient. "Entre chacun de ces systèmes, FREUD situe des censures qui inhibent et contrôlent le passage de l'un à l'autre" (des informations ou représentations).
Suivons toujours les auteurs du Vocabulaire de la psychanalyse : Sigmund FREUD "postule l'existence d'une succession de systèmes mnésiques constitués par des groupes de représentations que caractérisent des lois d'associations distinctes. D'autre part, la différence des systèmes est corrélative d'une certaine ordonnance, telle que le passage de l'énergie d'un point à un autre doive suivre un ordre de succession déterminé : les systèmes peuvent être parcourus dans une direction normale, "progrédiente", ou dans un sens régressif ; ce que FREUD désigne du terme de "régression topique" est illustré par le phénomène du rêve, où les pensées peuvent prendre un caractère visuel allant jusqu'à l'hallucination, régressant ainsi aux types d'images les plus proches de la perception, située à l'origine du parcours de l'excitation."
  Si la référence à des localisations anatomiques  est présente (à travers par exemple des comparaisons avec le système optique), Sigmund FREUD insiste surtout sur le fait que le fonctionnement psychique compliqué ne peut se comprendre qu'en assignant chaque fonction particulière aux diverses parties de l'appareil.
         A partir de 1920, Sigmund FREUD développe une seconde topique qui fait intervenir trois "instances psychiques", le ça, pôle des pulsions de la personnalité, le moi, instance qui se pose en représentant des intérêt de la totalité de la personne et investi d'une libido narcissique et le surmoi, instance juge et critique, constituée par l'intériorisation des exigences et des interdits venant de la société et notamment des parents les plus proches.
"Cette conception ne met pas seulement en jeu les relations entre ces trois instances ; d'une part, elle différencie en elles des formations plus spécifiques (moi idéal, idéal du moi par exemple) et fait intervenir par conséquent, en plus des relations "intersystémiques", des relations "intrasystémiques" ; d'autre part, elle conduit à attacher une importance particulière aux "relations de dépendance" existant entre les divers systèmes, et notamment à retrouver dans le moi, jusque dans ses activités dites adaptatives, la satisfaction de revendications pulsionnelles."

             L'idée de la localisation psychique semble disparaître dans cette seconde conception. Mais dans Abrégé de psychanalyse (publié en 1958), le "père" de la psychanalyse explique comment les "qualités psychiques" fonctionnent (chapitre VII) :
    "Ainsi nous admettons une division topographique de l'appareil psychique en moi et en ça, division à laquelle correspondent les qualités de conscient et d'inconscient. Nous pensons aussi que ces qualités ne sont qu'un indice et non l'essentiel de la différence. Quelle est donc alors la nature véritable de l'état qui se traduit dans le ça par la qualité d'inconscient et dans le moi par la qualité de préconscient et en quoi consiste la distinction entre ces deux états?
  Nous avouons n'en rien savoir et les profondes ténèbres de notre ignorance sont à peine éclairées par une faible lueur. C'est ici que nous approchons de l'énigme véritable, non encore résolue, que présentent les phénomènes psychiques. D'après les données d'autres sciences naturelles, nous admettons qu'une certaine énergie entre en jeu dans la vie psychique, mais toutes les indications qui nous permettraient de comparer cette énergie à d'autres font défaut. Il semble que l'énergie nerveuse ou psychique existe sous deux formes, l'une facilement mobile et l'autre, au contraire, liée. Nous parlons d'investissements et de surinvestissements des contenus psychiques et nous allons même jusqu'à supposer qu'un "surinvestissement" détermine une sorte de synthèse de divers processus au cours de laquelle l'énergie libre se transforme en énergie liée. Notre savoir s'arrête là, mais nous soutenons fermement que la différence entre l'état inconscient et l'état préconscient tient, lui aussi, à de semblables relations dynamiques, ce qui expliquerait pourquoi, spontanément ou grâce à nos efforts, un état peut se muer en l'autre.
  En dépit de toutes ces incertitudes la science analytique a établit un fait nouveau. Elle a montré que les processus qui se jouent dans l'inconscient ou le ça obéissent à d'autres lois que ceux qui se déroulent dans le moi préconscient. Nous appelons l'ensemble de ces lois processus primaire, par opposition au processus secondaire qui régit les phénomènes du préconscient, du moi. Ainsi l'étude des qualités psychiques n'aura finalement pas été tout à fait infructueuse."
  Le lecteur ne doit pas être surpris du ton de cet écrit ; il reflète constamment l'approche de Sigmund FREUD, qui s'exprime presque toujours par hypothèse et par tentatives partielles d'explications. On est très loin du ton parfois sèchement didactique de la plupart des manuels de psychanalyse!

       Ces topiques sont évoquées tout le long de l'oeuvre de nombreux psychanalystes après Sigmund FREUD, et lui-même s'explique abondamment sur l'Inconscient. Comme dans L'inconscient (1915) où il détaille sa vision de sa multivocité. Si l'on insiste ici dessus, c'est que la dynamique du refoulement, origine de nombreux conflits psychiques, ne peut se comprendre sans la conception de ces topiques.
 
    L'histoire du mouvement psychanalytique, précisent E. ROUDINESCO et M. PLON, a donné au moins deux lectures de la deuxième topique freudienne. L'une consiste à accentuer le moi au détriment du ça et donne naissance à l'Ego Psychology, tandis que l'autre prévilégie plutôt le ça pour repenser le statut du moi et lui ajouter un soi (self) ou un sujet, comme dans le kleinisme, la Self Psychology et le lacanisme. Du côté de LACAN, on désifne le nom de topique une trilogie du symbolique, de l'imaginaire et du réel. Cette topique a connu deux organisations successives : dans la première (1953-1970) la symbolique exerce un primat sur les deux autres instances (SIR), dans la seconde (1970-1978), c'est le réel qui est placé en position dominante (RSI).

Jean LAPLANCHE et J.-B.PONTALIS, sous la direction de Daniel LAGACHE, Vocabulaire de la psychanalyse, PUF, 1967. Élisabeth ROUDINESCO et Michel PION, Dictionnaire de psychanalyse, Fayard, Le livre de poche, 2011.
Sigmund FREUD, Abrégé de psychanalyse, 1958, PUF, collection Bibliothèque de psychanalyse ; L'inconscient, 1915, dans Oeuvres complètes, Psychanalyse, PUF, 1994.
Gérard POMMIER, Comment les neurosciences démontrent la psychanalyse, Flammarion, 2004.
 
PSYCHUS
 
Complété le 9 mars 2019.
 
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18 juin 2008 3 18 /06 /juin /2008 15:08
           Des psychanalyses des psychoses infantiles

    Plusieurs courants psychanalytiques reprennent la suite des travaux du pédopsychiatre américain Léo KANNER (1894-1981) qui se propose d'isoler le syndrome de l'autisme infantile précoce. On l'observe chez de jeunes enfants atteints d'un retard très grave du développement psychique (absence de langage ou langage très pauvre et altéré), par l'incommunicabilité avec l'entourage et par des manifestations pathologiques spectaculaires (rituels, stéréotypes, intolérance au changement).
  Il est parfois difficile de parler d'écoles homogènes, tant les approches sont parfois pluridisciplinaires et variées.

      Aux Etats-Unis, Bruno BETTELHEIM (1903-1990), psychanalyste et éducateur très médiatisé, auteur du fameux "Psychanalyse des contes de fées" qui explique qu'ils exercent une fonction thérapeutique sur l'enfant en répondant de façon précise à ses angoisses, tente de ramener à la raison des enfants autistes en créant un environnement totalement à l'écoute de leur plainte et de leurs souffrances. Il met en place et dirige pendant 30 ans une École d'orthogénie (Chicago). Soulignant l'impact de l'environnement sur l'enfant, Bruno BETTELHEIM dénie toute origine organique à l'autisme. Ce qui déclenche après sa mort une polémique, de nombreux pédagogues et analystes s'élevant contre une culpabilisation des parents, qui prônent justement cette origine organique. Beaucoup ont un peu trop tendance, au minimum, à confondre les images inconscientes de bons et mauvais parents du jeune enfant avec la culpabilité réelle pointée du doigt de ceux-ci. On trouve d'ailleurs un certain nombre d'institutions dans cette polémique qui se retrouveront plus tard pour défendre l'idée que l'homosexualité est d'origine biologique...
  L'influence de Bruno BETTELHEIM reste vivace, surtout à travers son hypothèse de "forteresse vide" (ces remparts que l'enfant dresse autour de lui, thème qui n'est pas sans rappeler la cuirasse caractérielle de Wilhelm REICH) et son concept de "situation extrême" (sensation de mort imminente qui déclenche les comportements de défense à la mesure de l'angoisse ressentie).

    Toujours aux Etats-Unis, Margaret MAHLER (1897-1985), proche d'Anna FREUD, intègre les apports de l'ego-psychology à la théorie freudienne des pulsions et des stades de développement libidinal. Dans "Symbiose humaine et individuation" (1975), elle élabore l'idée d'une série de stades du développement vu sous l'angle de la distance relationnelle entre l'enfant et la mère. Comme dans beaucoup de courants psychanalytiques aux Etats-Unis, ses apports relèvent plus de la psychologie que de la psychanalyse.

       Donald WINNICOTT (1896-1971), pédiatre britannique, bien que formé dans les milieux kleiniens, s'en détache pour élaborer surtout une pratique personnelle, dont il livre au fur et à mesure quantités de réflexions qui sont autant de petits textes, simplement remaniés à la publication. Il découvre ainsi, dans ce qu'il appelle "des balbutiements dans son effort pour saisir les faits", l'espace transitionnel, ce troisième espace, ni extérieur ni intérieur, entre le bébé et sa mère. Dans cet espace se développe une aire de jeu et de créativité où l'enfant se voit offert, si la mère est suffisamment bonne - on voit quelles polémiques peuvent surgir d'une telle approche - la possibilité de faire des expériences fondamentales pour sa maturation et son intégration. En cas d'échecs excessifs au tout début, le self, pour survivre, se dissocie en faux self soumis au désir de la mère et en self isolé de toutes nouvelles expériences. Loin de penser toutefois à l'existence d'un Moi dès sa naissance, Moi soumis à des fantasmes brutaux, Donald WINNICOTT voit un bébé qui passe progressivement d'un état de "dépendance absolue" à un état de "dépendance relative" qui s'adapte à la douloureuse découverte - entre ses périodes d'assoupissement - de la séparation d'avec la mère et de tout ce que cela implique, y compris l'apparition de l'inquiétude et d'une faculté de culpabilité.
Ces travaux influencent aujourd'hui une véritable nouvelle "science" (qui est aussi un sacré commerce...) : la bébélogie.

      Frances TUSTIN (1913-1994), enseignante de formation, introduite en psychanalyse dans les milieux kleiniens, se spécialise toute sa vie aux soins des enfants autistes. Pour elle, la sensation d'arrachement, liée au traumatisme de séparation corporelle de la mère, se localise dans la bouche, comme si l'enfant se sent exposé à une série de discontinuités situés dans un axe bouche-langue-mamelon-sein. Cette sensation d'angoisse déclenche la mise en place de mécanismes défensifs, une coquille autistique, monde de sensations pures, sans altérité.
Sa compréhension de l'autisme déborde sur celle de troubles plus divers : phobies, mélancolie, anorexie mentale, psychopathie, pathologie psychosomatique, troubles fonctionnels graves de l'enfant. Ses quatre livres et sa pratique continuent d'inspirer nombre de courants en Europe et Etats-Unis.
Donald METZER (1922-2004) complète souvent par ses travaux, à travers les notion de claustrum et  d'identification intrusive, les  références à la psychanalyste britannique.

       Située d'emblée dans la mouvance néo-kleinienne, Esther BICK (1901-1983) étudie à la fois l'importance de la peau au cours des relations précoces et la possibilité (pas évidente) d'une observation psychanalytique des bébés. Ses travaux, mal reçus en France (quoique Didier ANZIEUX aie développé des recherches sur le Moi-Peau), mais enseignés dans d'autres pays d'Europe, sont suivis encore avec attention en ce qui concerne sa méthode (très détaillée dans ses notes) pour l'observation régulières du tout-petit au sein de la famille.

        Initiatrice et porteuse en France d'une conception des rapports entre enfants et parents maintenant passée dans les moeurs, Françoise DOLTO (1908-1988), longtemps partie prenante de l'école lacanienne, met en oeuvre dès 1940 une consultation très originale, ouverte aux analystes désireux de se former à l'analyse des enfants. Véritable militante des droits des enfants, elle multiplie les expériences novatrices (lieux d'accueil et d'écoute, émissions radiophoniques de consultation...) qui changent les relations entre la psychanalyse et la société.
Françoise DOLTO met en pratique dans ses consultations ses concepts d'"image inconsciente du corps", de "libido féminine", de "castrations symboliques" qui sont encore discutés par la communauté analytique et au-delà. Elle considère qu'avant même que l'enfant possède un véritable langage, l'être humain est par essence communiquant et il le fait d'abord par le corps : apprendre à marcher, manifester sa volonté de devenir propre, c'est déjà commencer à s'affranchir des parents et exprimer un début de désir d'indépendance.
Une problématique ni kleinienne ni annafreudienne, qui lui vaudra beaucoup d'exclusions d'ailleurs, est aujourd'hui très utile, à l'heure des familles décomposées-recomposées. Figure du féminisme politique, Françoise DOLTO constitue un exemple de l'intellectuel engagé.

       Fondatrice en 1969 de l'école de Bonneuil-sur-Marne, lieu de vie pionnier, Maud MANNONI (1923-1998), tout au long et après un compagnonnage intellectuel avec Jacques LACAN, écrit de nombreux livres en faveur d'une écoute analytique des symptômes de l'enfant, "porte-paroles du malaise de la famille" et fait éclater le concept de débilité utilisé dans les milieux socio-médicaux. L'enfant est toujours doué de parole, qui attend d'être entendue.
De plein pied dans la société, Maud MANONNI participe à bien des conflits qui touchent les familles et communique une façon d'agir en psychanalyse, de se trouver du côté des poètes et des gens de terrain en contact avec la misère.

       Serge LEBOVICI (1915-2000) est l'un des fondateurs en France du psychodrame analytique individuel. Sans faire d'humour, on peut dire qu'il est confronté à de nombreux psychodrames, comme acteur majeur de la Société Psychanalytique de Paris et de l'Association Psychanalytique Internationale (1973-1977).
Il refuse de trancher la controverse entre Anna FREUD et Mélanie KLEIN, préférant ouvrir une voie originale entre la tradition francophone et le développementalisme anglo-saxon. Serge LEBOVICI met en avant, dans sa conception des interactions bébé-parents, "la transmission intergénérationnelle" des conflits infantiles parentaux et la réciprocité des "transactions narcissiques" entre parents et enfants. Théorisant la pratique de la cure, il développe les notions d'"énaction" pour décrire l'éprouvé émotionnel et corporel de l'analyste face à la mère et au bébé, et d'"enquête métaphorisante" comme capacité à mettre en mots et en représentations leurs affects. Sa démarche n'est pas sans rappeler celle de Jacques LACAN qui tente de réfléchir aux dynamismes entre analysé et analysant.
Serge LEBOVICI, tant par ses sympathies politiques (membre du PCF de 1945 à 1949) que par son activité d'organisateur de la communauté psychanalytique (ses nombreux écrits sont souvent en collaboration avec divers autres de ses confrères) est mêlé aux innovations récentes.

       Grande référence pour les traitements des psychoses et de l'ensemble de la psychiatrie, René DIATKINE (1918-1998) se détache de Jacques LACAN. Ses travaux ("La psychanalyse précoce" en 1972 notamment), imprégnés de la neuropsychologie des années cinquante, contribuent à la compréhension des maladies mentales infantiles, mais aussi à l'organisation en France et en Europe d'une véritable psychanalyse de l'enfant. Constamment, dans une approche pluridisciplinaire, tant théorique que pratique, René DIATKINE explique comment les liens se nouent entre le normal et le pathologique et comment ces liens permettent de sortir des classifications et d'un étiologie trop rigides. Dit autrement, les frontières entre le sain et le malade sont si ténues que seule une approche d'ensemble des troubles mentaux de l'enfant dès son plus jeune âge, avec ses processus de croissance physiologique et anatomique, permet de se faire une idée des conflits intérieurs infantiles. Sur le plan de l'analyse, il insiste pour faciliter chez l'enfant les réorganisations psychiques toujours possibles chez le malade.


Léo KANNER, Les troubles autistiques du contact affectif, 1943, article traduit en 1990 dans la Revue Neuropsychiatrique de  l'enfance, disponible sur Internet sur le site Autisme.France.fr.
Bruno BETTELHEIM, La forteresse vide, 1967 (Gallimard, 1969); Psychanalyse des contes de fées, 1976  (Robert Laffont, 1976).
Donald WINNICOTT, Jeu et réalité, l'espace potentiel, Gallimard, 2004; Les enfants et la guerre, Payot, 2004; Agressivité, culpabilité et réparation, Payot, 2004; La crainte de l'effondrement, Gallimard, 2000; La nature humaine (il s'agit du seul livre de l'auteur, inachevé), Gallimard, 1990.
Frances TUSTIN, Autisme et psychose de l'enfant, 1972 (Editions du Seuil, 1982); Le trou noir de la psyché, 1986 (Editions du Seuil, 1989); Autisme et protection, 1990 (Editions du Seuil, 1992).
Françoise DOLTO, Psychanalyse et pédiatrie, Editions du Seuil, 1971; L'Evangile au risque de la psychanalyse (avec la collaboration de Gérard SEVERIN), Editions Jean-Pierre Delarge, 1977; Sexualité féminine, Editions Scarabée/A.M. Métailié, 1982; La cause des enfants, Editions Robert Laffont, 1985; Les étapes majeures de l'enfance, Editions Gallimard, 1994.
Maud MANNONI, L'enfant, sa "maladie" et les autres, Editions du Seuil, 1967; Amour, haine, séparation. Renouer avec la langue perdue de l'enfance, Editions du Seuil, 1991.
Serge LEBOVIVI, avec Françoise WEIL-HALPERON, Psychopathologie du bébé, PUF, 1989; Le bébé, la psychanalyste et la métaphore, Editions Odile Jacob, 2002
René DATKINE, Agressivité et fantasme d'agression, 1974 (texte paru dans la Revue Française de Psychanalyse en 1984); L'enfant dans l'adulte ou l'éternelle capacité de rêverie, Editions Delachaux et Niestle, 1994.

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13 juin 2008 5 13 /06 /juin /2008 15:17
             Une psychanalyse généralisée : l'ego-psychiatrie
   Une théorie de la "psychologie du Moi" s'est développée sous l'égide d'Heinz HARTMANN, proche d'Anna FREUD, (1894-1970), surtout aux Etats-Unis. Présentant en 1937 "La psychologie du Moi et le problème de l'adaptation", il travaille avec Ernst KRIS (1900-1957) et Rudolf LOEWENSTEIN (1894-1970) à l'élaboration d'une véritable nouvelle psychanalyse centrée sur le Moi. Cette nouvelle théorie est critiquée dans le milieu freudien car elle conduit à donner au Moi des fonctions autonomes qui échappent au conflit psychique.
Le Moi autonomisé, dans l'histoire personnelle de l'individu, constitue l'élément qui assure l'adaptation au monde extérieur. Finalement, il s'agit d'une théorie désexualisée échappant au conflit entre le Ca et le Moi, et partiellement au conflit psychique tout court, qui s'adapte très bien aux mentalités des milieux médicaux américains, dans lesquels elle a longtemps eu une position dominante.

   Heinz HARTMANN, La psychologie du Moi et le problème de l'adaptation, 1937 (PUF, 1968), Psychanalyse et valeurs morales, Privat, collection de psychologie clinique, 1975. Ernst KRIS, Psychanalyse de l'art, PUF, 1952. Rudolph LOEWENSTEIN, L'oeuvre clinique, Revue française de psychanalyse, Edition Bibliothèque des Introuvables, 2005, Psychanalyse de l'antisémitisme, PUF, 2001. A lire pour la situation de la psychanalyse américaine, l'entretien avec Otto KERNBERG, réalisée en 2004 par Sergio BENVENUTO et Raffaele SINISCALCO disponible sur Internet sur le site de PSYTHÈRE (www.psythere.com)


          Une théorie psychanalytique de la pensée
      Doté d'une grande expérience de la guerre (il fut psychiatre des armées), Wilfred BION, proche de Mélanie KLEIN, (1897-1979) commence dès 1938 à élaborer une technique psychanalytique et une épistémologie, insistant sur le processus même de la réflexion.
Il reformule l'Inconscient, le Préconscient, le Conscient et y substitue en partie des niveaux de pensée. Impressions sensuelles mises en images (élément alpha) liées aux rêves, aux souvenirs ou aux pensées oniriques, Impressions sensorielles non assimilées, vécus comme des "choses en soi" (élément bêta) en lien avec la gestion des émotions brutes se partagent l'individu. Une trop grande accumulation d'éléments bêta provoque une "indigestion mentale", un refoulement de l'apprentissage en raison du trop d'informations à traiter. Le rêve préserve l'individu de l'état psychotique, en permettant de traduire les impressions sensorielles (bêta) en images assimilables (alpha).
Ses principaux ouvrages, réputés difficiles, "Recherches sur les petits groupes" (1961), "Aux sources de l'expérience" (1962), "L'attention et l'interprétation", (1970) "Une mémoire du futur" (1975), et "Quatre domestiques" (1977) ont une grande influence sur le développement de la psychothérapie de groupe. Par contre, on s'en doute, son éloignement des problématiques du conflit intrapsychique l'a coupé de la majeure partie des psychanalystes. Son apport jette cependant un pont entre les problèmes psychiques et l'élaboration de la pensée. Il amorce une théorie psychanalytique de la pensée que de nombreux auteurs français (BRAUSCHVEIG, FAIN, LUQUET, GREEN, DONNE, LE GUEN, MARTY) développent par la suite.

    Wilfred BION, Recherches sur les petits groupes, 1961 (PUF, 2002); Eléments de psychanalyse, 1963  (PUF, 1979 ); L'attention et l'interprétation, 1970 (Editions Payot, 1990); Une mémoire du futur, 1975 (Editions Césura, 1989) ; Aux sources de l'expérience, 1962 (PUF, 1979).


           Une psychanalyse centrée sur les psychoses adultes
     Abordées par Carl JUNG et Sigmund FREUD sans être approfondies, les psychoses adultes sont étudiées sérieusement par Paul FEDERN (1871-1950), J ROSEN et Hubert ROSENFELD (1910-1986) qui s'efforcent de comprendre ces structures psychiques très altérées en remontant à des étapes archaïques de la psychogenèse. Pour Paul FEDERN, qui s'écarte des conceptions de Sigmund FREUD, c'est la carence de libido narcissique qui détermine pour lui la difficulté objective du psychotique. Par la cure, il faut aider le patient dans ses efforts d'intégration en cherchant à contenir l'émergence du refoulé et en s'efforçant de renforcer les défenses.
Voulant traiter ses patients psychotiques profonds par la psychothérapie plutôt que par des médicaments, Herbert ROSENFELD publie dès 1947 "Analyse d'un état schizophrénique de dépersonnalisation" où il dégage, après un succès thérapeutique, son concept d'identification projective.
Transfert psychotique, lien entre le narcissisme et la pulsion de Mort, ces éléments influencent en France le mouvement de l'Evolution psychiatrique animé par Henry EY (1900-1977). Réservé sur l'apport de la psychanalyse, dans ses aspects "spéculatifs et idéologiques", il contribue au développement scientifique de la psychiatrie dans un dialogue avec la psychanalyse. Son "Traité des hallucinations" (1977), somme psychiatrique, aborde l'étude des psychoses. A sa suite, les travaux sur cette affection, sur le versant adulte, continue avec Paul Claude RACAMIER (1924-1996) et J. BERGERET, qui développent chacun également des voies originales. L'évolution des études psychanalytiques des névroses aux psychoses reflètent une évolution historique des maladies mentales comme elle opère une étape importante dans la compréhension des conflits psychiques.

   Paul FEDERN, Quelques variations de sentiment du Moi, 1926. Hubert ROSENFED, Etats psychotiques, une étude psychanalytique, 1965. Paul-Claude RACAMIER, Les schizophrènes, 1980.   


                                                                                                                PSYCHUS




 
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11 juin 2008 3 11 /06 /juin /2008 07:45
          Une sociopsychanalyse
                Cette nouvelle voie de la psychanalyse, fondée par Gérard MENDEL (1930-2004) veut mener le plus loin possible une analyse de la société qui aille au tréfonds des conflits intrapsychiques. Comme les individus sont traversés de tels conflits, il est logique de penser que la société toute entière est prise dans une dynamique de confrontations de tous ces conflits intrapsychiques. Confrontant constamment ses réflexions inscrites dans une trentaine d'ouvrages à une pratique collective de terrain, Gérard MENDEL privilégie l'école (de la maternelle à la terminale) comme l'un des lieux d'application de sa méthode pour y installer l'apprentissage de la démocratie par le développement et la socialisation des jeunes, aussi bien entre eux, qu'avec leurs enseignants.
   Pour lui, le phénomène de l'autorité est au centre de l'articulation du psychique et du social. Le pouvoir de l'acte et le pouvoir sur l'acte le conduisent à l'actepouvoir, mouvement d'appropriation de l'acte, mouvement fondamental.  Dans "La révolte contre le Père" (1968) par lequel Gérard MENDEL introduit la sociopsychanalyse, il veut montrer une évolution de l'humanité du primat de la Mère Nature à celui du Père Fort pour aboutir sous la poussée de l'Idéal Technologique à une révolte destructrice contre le Père et contre les valeurs qui s'y rattachent. Mêlant une anthropologie à la psychanalyse, "La chasse structurale" (1977) mène à une réflexion sur le long terme, sur l'animalité de l'homme, travaillé depuis quatre millions d'années par une organisation collective et structurale du travail, par un nouveau mode de production matériel produisant le devenir humain.
   A travers notamment son groupe-outil d'étude "Desginettes" (créé en 1971), son oeuvre fait la promotion d'un socialisation différente de l'enfant pour un devenir humain moins fondé sur la soumission à l'autorité.
      Cette sociopsychanalyse française fait partie d'une tentative, répandue également en Grande Bretagne et au Québec, de créer une sociologie proche de l'expérience vécue, qui fait du sujet, de son clivage et de ses contradictions un élément central dans la construction sociale, même si diverses applications, y compris celle de Gérard MENDEL et de son équipe, n'ont pas aujourd'hui - loin de là - l'assentiment de la majorité des psychanalystes.

       Gérard MENDEL, La révolte contre le Père, une introduction à la sociopsychanalyse, Petite Bibliothèque Payot, 1968 ; La crise de générations, PBP, 1969 ; La chasse structurale, une interprétation du devenir humain, PBP, 1977.
Gérard MENDEL et Christian VOGT, Le manifeste éducatif, PBP, 1973.
Proches de l'activité clinique, sont parus entre 1972 et 1976, également à la Petite Bibliothèque Payot, six livres, portant le titre Sociopsychanalyse, tomes 1 à 6.
Un film tourné dans un collège rural en 2000 témoigne de l'activité de Gérard MENDEL.
Site de l'ASGAP : www.sociopsychanalyse.com.

                                                                                                               PSYCHUS
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9 juin 2008 1 09 /06 /juin /2008 15:17
          La psychanalyse culturaliste
               
           Erich FROMM (1900-1980) et Karen HORNEY (1885-1952) sont deux différents représentants d'une psychanalyse parfois éloignée de celle du fondateur, notamment en ce qui concerne le rôle de la sexualité.

                   Erich FROMM, après une pratique plutôt "traditionnelle" de la psychanalyse dans les années 1930, excelle à critiquer les bases morales et philosophiques centrales de Sigmund FREUD. Dans "Fuite de la liberté" (1941), il cherche à joindre les études de l'individu et les études de la société. Marxiste, il l'est beaucoup moins que Wilhelm REICH et il se borne souvent à défendre la démocratie telle qu'elle existe aux Etats-Unis où il émigre dès 1933.
Pour lui, le phénomène fondamental n'est pas le rapport avec la satisfaction ou la frustration d'une pulsion, mais plutôt avec la relation spécifique de l'individu au monde. La névrose résulte d'un conflit entre les pouvoirs innés de l'homme et les forces qui font obstacle, dans la société, à un développement. Ce conflit n'est que secondaire car l'homme est mû par une pulsion innée d'intégration et de croissance.
Dans "l'anatomie de la destructivité humaine" (1973) Erich FROMM se livre à une longue étude sur le caractère, détaillant des conceptions sur l'agressivité humaine qui lui fait distinguer l'agressivité bénigne, l'agressivité maligne et la destructivité.
Beaucoup enseigné au Mexique, ses oeuvres trouvent toujours un grand écho en Allemagne (où il fait partie de l'école de Francfort) et en Italie.

             Karen HORNEY compte parmi les fondateurs de l'Institut psychanalytique de Berlin, mais se détache dès 1934 (lorsqu'elle émigre aux Etats-Unis) des notions fondamentales du freudisme pour élaborer ("La personnalité névrotique de notre temps", 1937; "L'auto-analyse", 1942 - particulièrement mal reçu en Europe - "Nos conflits intérieurs", 1945, "Névrose et croissance humaine", 1950), une théorie originale. Notamment sur les conflits intérieurs : l'origine des structures caractérielles névrotiques se trouve dans les conflits entre trois attitudes fondamentales : mouvement vers autrui, mouvement contre autrui, fuite devant autrui.
Karen HORNEY met l'accent sur les stratégies interpersonnelles ("Nos conflits intérieurs"). Comme les gens ont tendance à recourir à plusieurs stratégies à la fois, ils sont assaillis de conflits intérieurs. Pour éviter d'être déchirés ou paralysés, ils suivent la stratégie dominante qui s'accorde le mieux à leur culture, à leur tempérament et aux circonstances ; mais les tendances refoulées persistent, engendrant des incohérences et remontant à la surface en cas d'échec de la solution prédominante.
Elle met l'accent également sur les stratégies intrapsychiques ("Névrose et développement humain"). Afin de compenser les sentiments de faiblesse, d'insuffisance et d'amour-propre déficient, les gens cultivent d'eux-même une image idéalisée, qui engendre un système d'orgueil. Ce système d'orgueil est fait d'orgueil névrotique, de prétentions névrotiques et d'impératifs tyranniques qui, tous, intensifient la haine de soi contre laquelle ils sont censés opposer une défense. L'image idéalisée est intérieurement divisée puisqu'elle réfléchit non seulement la stratégie interpersonnelle dominante, mais aussi le conflit entre elle et les tendances subalternes (Bernard PARIS dans Dictionnaire international de la psychanalyse)
  Considérée comme la première féministe psychanalyste, elle ne cesses de poursuivre les réflexions sur les conflits intérieurs à la femme plongée dans une culture machiste. Ses écrits influencent aujourd'hui une grande partie de la psychanalyse américaine, notamment l'école interpersonnelle de psychanalyse.


   Erich FROMM, la peur de la liberté, 1941 (Buchet-Chastel, 1963) ; La passion de détruire, anatomie de la destructivité humaine, 1973 (Robert Laffont, 1975) ; La crise de la psychanalyse, Essai sur Freud, Marx et la psychologie sociale, 1970 (Denoel, 1971).
     Karen HORNEY, Névrose et développement humain, 1950 (je ne connais pas la traduction française) ; La psychologie de la femme, 1922 (Payot,1969) ; Nos conflits intérieurs, 1945 (L'arche, 1997). 


                                                                                                                      PSYCHUS
     
 
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