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8 juin 2009 1 08 /06 /juin /2009 11:41
         Actuel Marx, revue internationale consacrée au marxisme, constitue une véritable ouverture sur toutes les études actuelles concernant les aspects d'abord philosophiques, mais aussi économiques, de droit, historiques, et de tout domaine des sciences sociales. Avec l'ambition de renouveler les études sur les oeuvres marxistes et partant de renouveler, refonder le marxisme lui-même, les directeurs Jean-Numa DUCANGE et Guillaume SIBERTIN-BLANC (depuis mai 2015), qui ont relayé Emmanuel RENAULT (qui avait succédé lui-même à Jacques BIDET, en septembre 2005), un comité de rédaction d'une vingtaine de personnes, presque tous universitaires, proposent deux (gros) numéros par an.

         Fondée en 1987, donc relativement jeune, par Jacques BIDET et Jacques TEXIER, dans la foulée de la disparition des régimes se réclamant du marxisme à l'Est, la revue résiste bien à l'ambiance intellectuelle dominante libérale. Tout ou presque ce que la France connaît de chercheurs sur le marxisme, eux-mêmes marxistes, gravite autour d'Actuel Marx, qui n'est pas seulement une revue internationale, mais un réseau comprenant également une tribune de discussion, l'organisation de Congrès Marx International (une dizaine à ce jour), et l'animation d'un site Internet extrêmement fourni.
Dans sa propre présentation, on peut lire : "Son activité s'appuie sur le fait qu'après la disparition des formes de société et d'organisation se réclamant du marxisme, il se développe, hors de toute orthodoxie, notamment dans les grands pays développés, une importance production intellectuelle qui renouvelle les traditions marxistes et les confronte et les associe, de façons diverses, aux autres composantes majeures de la culture contemporaine." La revue existe donc en diverses langues, française, anglaise, espagnole, et ses articles sont disponibles en ligne sur Internet.
De 224 pages par numéro, Actuel Marx depuis son numéro 1 (L'état du marxisme) a déjà abordé de nombreux sujets (la perestroïka, une révolution? ; L'écologie, ce matérialisme historique ;  Nouveaux modèles de socialisme ;  Marx, Wittgenstein, Arendt, Habermas ; La violence de la marchandisation, Altermondialisme et anticapitalisme ; Religions ; Antonio Gramsci ; Populisme contre populisme...) Dans le numéro 40 sur "Fin de néolibéralisme", de 2006, on peut trouver les signatures de Samir AMIN, David HARVEY, Tony ANDREANI, Etienne BALIBAR....
       
        Octobre 2011, la revue fête son 25ème anniversaire, avec un numéro (n°50, 2011/2) centré sur la question : Pourquoi Marx et un numéro spécial Avec Marx, introduit par Jacques BIDET. Dans ce numéro 50, nous pouvons lire au début une présentation qui fait le point sur la place du marxisme dans le paysage intellectuel français.
"Les temps sont au retour de Marx. Un retour de Marx à double ressort semble-t-il. Le premier relève du retour de balancier. Dans les années 1980 et 1990, différents facteurs politiques conduisent à la disqualification politique et théorique de toute référence à Marx. Il en allait également de toutes les positions, de tous les thèmes et concepts pouvant être associés à son nom. Le développement de l'altermondialisme à partir du milieu des années 1990 et la nécessité de relancer la critique sociale face aux conséquences du néolibéralisme, suscitèrent un mouvement inverse. Les dynamiques néolibérales de polarisation sociale et les processus de délocalisation dans les zones préalablement soumises aux politiques d'ajustement structurel conduisirent de nouveau à thématiser les inégalités sociales en termes d'exploitation et de rapport de classe, et les relations internationales en termes d'échange inégal et d'impérialisme. Plus spécifiquement, l'altermondialisme suscita une discussion sur la nature  du néolibéralisme comme phase du capitalisme, et sur le rapport entre lutte contre le néolibéralisme et lutte contre le capitalisme. Un second ressort relève plutôt du choc : la crise aiguë du néolibéralisme à partir de 2008 et sa simultanéité frappante avec une succession de crises alimentaires et environnementales provoquèrent le sentiment que les choses ne pourraient pas durer ainsi très longtemps. En même temps que la gravité de ces crises portait un coup significatif à l'idéologie néolibérale, elle relançait la thématique de l'anarchie du mode de production capitaliste et les débats sur ses alternatives. (...)". 

       Même pour qui n'est pas marxiste et n'aspire pas à le devenir, pour l'étudiant curieux de connaître les dernières réflexions des marxistes dans le monde, Actuel Marx se révèle une véritable porte sur de nombreuses réflexions. On trouve dans une rubrique Ressources/Activités/Archives sur internet une multitude de pistes de réflexions ouvrant sur des informations pas faciles de retrouver ailleurs.
        Depuis 2002, les responsables de revues espagnoles, italiennes, anglaises, françaises se sont réunis pour se constituer en réseau européen de publications marxistes critiques. Dans un projet K (comme klasse, kapital, kampf, kommunismus...), ils font circuler documents, recherches et controverses. ils participent de concert au Forum Social Européen en 2004.

Actuel Marx, Revue internationale, Presses universitaires de France (avec le concours de l'Université Paris X et du CNRS), Rédaction : 200, rue des Pyrénées, 75020 PARIS, Abonnement possible en ligne depuis le site du Cairn (www.cairn.info/revue-actuel-marx.htm).
   Site : http://actuelmarx.u-paris10.fr. A noter que les archives d'Actuel Marx, sont placées à part sur le site même, alors que la présentation et les offres de numéro sont plutôt visibles sur www.puf.com/Collections/Actuel Marx, depuis septembre 2016.
 
Actualisé le 3 Avril 2012, puis le 16 avril 2019.
  
  
 
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22 mai 2009 5 22 /05 /mai /2009 15:03
            Editée depuis 1990, la revue Agone propose au rythme de quatre numéros en 2 ans en moyenne, des  dossiers d'analyses politiques, sociologiques, d'histoire sociale, de philosophie et de littérature engagée, à un public tout aussi engagé à gauche.
          Chaque numéro de 250 pages environ s'articule  autour d'un dossier de fond, avec notamment, se présente-t-elle, des traductions et une volonté de s'adresser à un large public. Ainsi le numéro du 1 septembre 1999, 22ème de la revue, propose une quinzaine de contributions autour du thème "Etat, démocratie et marché" avec des signatures de François-Xavier VERSCHAVE, Daniel BENSAID ou de Loic WACQUANT. Volontiers éclectique, les numéros d'AGONE révèlent des textes originaux (beaucoup de traduction) d'horizons qui dépassent régulièrement les frontières de la France et de l'Europe. Il en est ainsi autant lorsqu'elle aborde la question de l'Art, de la raison et de la subversion (n°20),  de la Domestication des masses (n°34, 2005) ou de La lutte des sexes et de la lutte des classes (n°28, 2003), ou encore des experts (Patronat, syndicats ou salariés : qui servent les experts (n°62, mai 2018)...... où des signatures connues comme celle de Noam CHOMSKY voisinent avec d'autres qui mériteraient de l'être...
 L'espacement entre les numéros, de la part d'une équipe qui se veut régie par des principes de fonctionnemment autogestionnaire, est tout-à-fait volontaire dans un désir d'offrir des contributions qui aillent au fond des choses, qui ne soient pas simplement liées à l'actualité médiatique et qui proposent de véritables pistes de réflexions dans la réforme ou la révolution sociale. Les articles de la revue sont disponibles en ligne (www.revues.org).
    Un des numéros d'Agone (n°47, janvier 2012) porte sur le complot, les théories de conspiration, sujet bien paranoïaque. Après un éditorial de Miguel CHUECA, des articles sur "Une superstition moderne : la fausseté en soi des théories de conspiration" (Charles PIGDEN), "A l'époque de l'irrationalité. Les conspirationnistes du 11 septembre et le déclin de la gauche américaine" (Alexander COCKBURN), "L'assassinat de JFK : la phobie de la conspiration à gauche" (Michael PARENTI), "Les attentats du 11 mars 2004 à Madrid et les "théories de la conspiration" (Miguel CHUECA), "Le Tea Party : un mouvement protestataire financé par des milliardaires (Pierre GUERLAIN), "Usages médiatiques d'une critique "savante" de la "théorie du complot (Henri MALER et Patrick CHAMPAGNE), nous indiquent qu'il vaut mieux raison garder dans tous les cas. Ces théories du complot semblent bien faire partie d'un imaginaire collectif, comme en témoigne leur succès éditorial (voir par exemple le délirant livre Théories conspirationnistes, de Jamie KING, Original Books, 2011).

         C'est le même principe qui prévaut pour les Éditions Agone, fondées en 1998 dans la foulée de la revue, où l'équipe "refuse un emballement productiviste qui pousse les éditeurs, pour imposer leurs marques, à publier davantage d'ouvrages de moins en moins maitrisés et dont la durée de vie est toujours plus courte...". Dans une dizaine de collections, la revue aborde de manière étendue de nombreux sujets de société et de politique.
      
AGONE, BP 70072 - 13192 MARSEILLE CEDEX 20 (rédaction et abonnements).
Site internet : www.atheles.org (portail d'éditeurs et producteurs indépendants). Et depuis plus récemment blog-agone.org.
 
Actualisé le 1 Avril 2012. Relu le 11 mars 2019
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12 mai 2009 2 12 /05 /mai /2009 14:08
       Revue bien connue des constitutionnalistes - qui y écrivent souvent - moins bien connue du grand public, Pouvoirs, revue trimestrielle qui existe depuis 1977, décline chacun de ses numéros sur un thème unique vu sous l'angle politique et institutionnel. Elle traite aussi bien du Droit et de l'environnement, de l'armée française, de la Démocratie médique que du rugby, par une série d'articles extrêmement référencé et demandant une attention soutenue à la lecture. Non qu'ils soient difficiles à lire, mais qu'ils donnent, sur une dizaine de pages le plus souvent, une série d'informations et d'argumentations serrées. A ce titre, Pouvoirs constitue une revue de référence et à vrai dire indispensable pour tout étudiant voulant se spécialiser dans un domaine ou un autre.
      Faisant appel pour chaque thème à des spécialistes et parfois même à des acteurs institutionnels (pour le numéro 109 d'avril 2004 sur l'Organisation des Nations Unies par exemple, on trouve les signatures d'Hubert VEDRINE et de Boutros BOUTROS-GHALI), un comité de rédaction d'une dizaine de personnes, avec entre autres Olivier DUHAMEL, Marc GUILLAUME et Claire ZALC, parcourt systématiquement tous les thèmes pouvant se trouver en relation avec les réalités politiques. Dans chaque numéro, en outre, Pouvoirs offre des rubriques permanentes, notamment des Repères étrangers et une Chronique constitutionnelle française auxquels peuvent se référer dans leurs recherches tout étudiant ou même tout honnête citoyen. Même si bien entendu, les opinions exprimées sont souvent consensuelles et diplomatiquement écrites, et très proches des establishments, cela n'exclut pas de la part de certains auteurs des approches critiques. En tout cas, les problèmes très conflictuels sont honnêtement exposés. 
  Notons le numéro 140, de Janvier 2012 sur Les avocats : "Les avocats sont une profession en profond changement. D'une part, sous l'influence du marché, de l'internationalisation de leur métier, de la modification de leur rapport aux magistrats, de la revendication d'une profession unique du droit englobant les notaires. Mais d'autre part aussi, de fait d'une fragmentation de la profession, des oppositions entre les barreaux de Paris et de province, d'un écart croissant entre le barreau d'affaires et les avocats travaillant à l'aide juridictionnelle." Ce numéro, sur 155 pages, fait le point sur toutes ces évolutions en association avec, comme à l'habitude, des auteurs venant de la profession, de l'université, des mondes économique et judiciaire. 
      Depuis 1994, après avoir été publiée par les Presses Universitaires de France, Pouvoirs l'est par les Editions du Seuil, et depuis 2008, presque tous ses articles sont consultables en ligne, gratuitement en ce qui concerne les numéros plus anciens de 3 ans. Le site Internet contient également un index des auteurs et un moteur de recherche assez fluide.

Pouvoirs, Revue française d'études constitutionnelles et politiques, Anne SASTOURNE, Editions du Seuil, 27 boulevard Romain Rolland, 75014 PARIS.
Abonnements à Alternatives économiques, 12, rue du Cap-Vert, 21800 QUETIGNY.
Site : www.revue-pouvoirs.fr.
 
Actualisé le 29 janvier 2012. Relu le 19 mars 2019
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28 avril 2009 2 28 /04 /avril /2009 17:16
         Chroniques de la gouvernance fait partie de ces revues, souvent très jeunes - celle-ci date seulement de 2007 - que l'on trouve surtout sur Internet, et dont les articles sont très souvent disponibles gratuitement, qui témoignent sans doute que sur le web, on ne trouve pas seulement le pire... Au contraire, ce genre de revue est là pour prouver qu'Internet peut être un grand outil au service de l'humanité (pas moins pour s'élever au niveau des intentions de la revue)...
          Issue des projets de l'Institut de recherche et débat sur la gouvernance, cette revue annuelle, de 250 pages environ, complètement téléchargeable, se situe selon ses propres dire "contre les approches normatives de la bonne gouvernance".
Par les sujets traités (la participation entre idéal et réalités, l'avenir du mouvement alter-mondialiste, la justice internationale face aux situations locales, quel type de fiscalité pour quel type de démocratie, pour l'édition de 2008), les rédacteurs se situent clairement contre une certaine approche de la mondialisation, sur laquelle beaucoup reviennent aujourd'hui à la faveur de la crise financière mondiale, et réfléchissent à la manière dont cette mondialisation justement pourrait être facteur de paix et de développement.
 
     Dans la présentation de la revue, l'Institut, créé à l'initiative de la fondation Charles Léopold Mayer en 2006, se donne pour vocation "d'animer le débat sur la gouvernance en mettant en relation le monde de l'université et de la recherche celui de la fonction publique ou des organisations internationales, les entreprises, et les organisations de la société civile".
       Il est bien sûr trop tôt pour savoir si la revue va tenir ses promesses, ni si elle va trouver son public, mais toujours est-il que l'on trouve désormais sur son site de quoi alimenter de nombreuses réflexions.
   En tout cas, animé notamment par Henri Rouillé d'ORFEUIL, Jan Robert SUESSER et Nicolas MEUNIER (bureau) et dirigé (équipe exécutive) par Séverine BELLINA, l'IRG se développe dans des activités diversifiées "de recherche-action, capitalisation d'expériences, formations, en veillant toujours à ancrer ses analyses et ses propositions dans des expériences et des exercices concrets de Transition". En 2016, il s'implique "aux côtés et au service des acteurs de deux processus : "la transition agricole et alimentaire" et "la transition vers des solidarités toujours plus inclusives." L'IRG veut contribuer aux réflexions transversales sur la manière dont la gouvernance démocratique peut concrétiser et accélérer la marche vers un développement durable et inclusif."
   
     Notons en tout cas les 5 hypothèses retenues par les rédacteurs responsables de la revue, dont Pascal DELISLE, Hélène NIEUL, Vincent GUIMARD, Michel SAUQUET et Martin VIELAJUS, Wojtek KALINOWSKI étant le coordinateur pour 2008 :
- celle de la coexistence de différentes échelles de pouvoirs, supra et infra-étatiques, et non seulement étatiques ;
- celle d'une érosion de la légitimité de l'Etat, redistribuée entre une foultitude d'acteurs, publics et privés ;
- celle d'une perte de capacité des gouvernements à contrôler l'ordre social ;
- celle de nouvelles formes, horizontales, de participation au pouvoir, en dehors des canaux traditionnels ;
- celle de l'existence de nouveaux mécanismes collectifs de gestion des problèmes, remplaçant les modes autoritaires et que la revue veut évidemment favoriser.
 
      Vu l'évolution accélérée du monde, certains estimant que déjà la mondialisation marque le pas et que la tendance commencerait même à s'inverser.  Chroniques de la Gouvernance 2009/2010, publié en novembre 2009 présente, dans ses 287 pages, un grand intérêt. Rédigés par Pierre ROSANVALLON, Michel WIEVIORKA, Zhu XUEQIN, Alberto ACOSTA... voici une cinquantaine d'articles sur les deux années qui venaient de s'écouler, "qui restent celles d'une débâcle financière, économique et sociale unique". "Un tel échec est, dans une large mesure, celui des systèmes de gouvernance nationaux et internationaux, privés comme publics. Il révèle notamment la faiblesse des modes de régulation politiques et économiques, dans un contexte d'interdépendance croissante des acteurs et des échelles géographiques. Cette nouvelle livraison des Chroniques de la gouvernance donne à voir sur ces problèmes une série d'analyses et de propositions" répartis sur "quatre enjeux ou vecteurs de changement de la gouvernance : la légitimité des pouvoirs, la coproduction du bien public, l'évaluation de la gouvernance et la formation aux affaires publiques.
       
      Dans les deux centaines de page de son édition de 2015, Chronique de la gouvernance porte sur la question de la Responsabilité, toujours en décryptant des évolutions de la gouvernance pas toujours évidentes pour le grand public, vu la manière dont les médias parlent du pouvoir en général. "Face à la crise économique et financière, ou après une catastrophe naturelle ou sanitaire, une même question revient avec toujours plus d'acuité : qui est responsable? La réponse est rarement évidente. Sous l'effet de la mondialisation, de l'émergence de "nouveaux" acteurs dans l'action publique, et face à l'affaiblissement des États, les responsabilités sont moins identifiables que par le passé. L'implication d'une pluralité d'acteurs induit l'émergence d'une responsabilité plus collective autour de l'action publique. Cette évolution est-elle source d'une plus grande efficacité? Traduit-elle une évolution vers une gouvernance plus démocratique en rendant les différents intervenants plus redevables de leurs actions?. Dans ces Chroniques de la gouvernances, les différents auteurs s'attachent à mieux comprendre cette mutation de la responsabilité en contexte pluriacteurs et ses conséquences sur l'action publique à travers le monde.
 
Chroniques de la gouvernance, Éditions Charles Léopold Mayer.
Site : www.institut-gouvernance.org
 
Actualisé le 28 mars 2012, le 15 février 2019.

  
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1 avril 2009 3 01 /04 /avril /2009 12:04
         Dans les milieux pacifistes, l'une des plus anciennes publications est celle, fondée en 1961, par l'Union Pacifiste de France, qui se situe dans la lignée d'une longue tradition qui remonte au XIXème siècle. Sous forme de journal d'une dizaine de pages, ce mensuel est bien entendu un organe de combat, pour le désarmement unilatéral et complet.

    Chaque couverture du journal porte la fameuse citation de Louis LECOIN : "S'il m'était prouvé qu'en faisant la guerre, mon idéal avait des chances de prendre corps, je dirais quand même non à la guerre. Car on n'élabore pas une société humaine sur des monceaux de cadavres". Indépendant de tout groupe politique ou religieux, le journal comme l'organisation accueille tous ceux qui se reconnaissent dans le pacifisme intégral, le refus de toute armée et de toute guerre. L'Union Pacifiste entend lutter contre tout militarisme, les ventes d'armes, les accords armée-école, les ordonnances de 1959, les essais nucléaires et mène des campagnes régulières contre des salons d'armement ou des "sommets" de l'OTAN comme celui qui a eu lieu à Strasbourg et à Baden Baden les 3 et 4 avril 2009.
      L'Union Pacifiste de France ne regroupe que quelques centaines de militants et la diffusion de son journal ne dépasse guère en audience les cercles pacifistes et antimilitaristes. Et même là, surtout avant la suspension du service militaire le 28 octobre 1997, l'Union Pacifiste participe à une lutte interne sur la question du service civil, le journal optant pour la suppression pure et simple de tout service dû à un État, militariste par définition. Toutefois, grâce à l'opiniâtreté de certains de ses membres, elle parvient à convaincre au-delà de ces cercles à entreprendre des actions contre la guerre ou la militarisation. Ainsi, l'UPF a convaincu un sénateur socialiste, Franck SERUSCLAT (1921-2006) et quelques autres à déposer une proposition de loi, sous le numéro 271 (23 avril 1993), proposition déclarée caduque car non examinée durant la législature par l'Assemblée des sénateurs. L'organisation travaille en liaison avec d'autres organisations dans le monde, à travers l'Internationale des Résistant(e)s à la Guerre, fondée en 1921.
    La plupart de la rédaction de l'Union Pacifiste est collective et militante. Elle se partage entre réguliers et occasionnels, tous militants. Les rubriques régulières Le tour du monde en 80 guerres (les fabrications, ventes et trafics d'armes), Front (les problèmes des objecteurs à travers le monde) voisinent des pages culturelles, historiques et artistiques (Jean-François AMARY, René BURGET, Yves Le CAR...). Elle se targue de faire un travail de dénonciation, et s'efforce souvent de faire partager, via des relations personnelles, ses préoccupations par la grande presse. Des dossiers plus importants paraissent de temps à autre sur des sujets précis (Les profiteurs de guerre, 52 pages).
Pour ses 50 ans, l'Union Pacifiste édite en 2011 un CD de 16 chansons pacifistes.
 
Rappelons simplement ici que l'Union Pacifiste de France est l'héritier, aux côtés du Mouvement International de la Réconciliation (MIR) et du Service Civil International (SCI), d'une tendance pacifiste organisée (en plusieurs structures différentes) en 1919-1921 lors des rencontres de Bilthoven aux Pays-Bas. Les membres de l'UPF, tout en étant très proches des autres mouvements pacifistes (MIR, Mouvement de la paix dans une moindre mesure...) par la communauté des objectifs, se distinguent d'eux d'abord par leur refus d'être affiliés à une religion (même si les croyants y sont présents), à un parti ou syndicat (se sentant tout de même plus proches de la pensée libertaire que d'autres).
    On peut bien entendu se poser des questions sur l'efficacité de l'activité de l'Union Pacifiste de France, qui met en avant l'inefficacité des conférences internationales de paix pour justifier son intransigeance et sa constance. Dans un certain désert français en formations sur l'armement, côtoyant d'autres sensibilités (non-violents, communistes et chrétiens), le journal a le grand mérite de proposer des informations et de faire partager des opinions que l'on ne rencontre pas ni dans la presse quotidienne ni dans les revues.

L'Union Pacifiste, BP 196, 75624 Paris Cedex 13, pour la rédaction et les abonnements.
Emission radio à Radio Libertaire, 89,4 MHz, tous les jeudis de 18 heures à 19h30.
  Site internet : www.unionpacifiste.org
 
Actualisé le 27 mars 2012. Complété le 6 mars 2019.
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20 mars 2009 5 20 /03 /mars /2009 10:05
       Revue très récente, puisque fondée en janvier 2000, Cités propose trimestriellement d'"interroger d'un point de vue philosophique les grandes transformations des sociétés actuelles."

    A travers entretiens, débats et grands articles  inédits de philosophes (tels que FOUCAULT, DERRIDA ou RICOEUR), la revue veut examiner la réalité sociale et s'adresse à un large public, malgré le caractère parfois difficile  (mais comment être précis sans effort intellectuel?) des contributions. Ancrés dans l'actualité, les textes proposés abordent des approches d'auteurs "qui ont modifié notre approche de la réalité". Le numéro 30 de 2007 est consacré par exemple à "Derrida politique".
 
     Notons que le numéro n°37, en 2009, porte sur l'idéologie de l'évaluation, thème brûlant à l'heure actuelle de la crise tous azimut qui traverse la société, sur ces spécialistes qui dissimulent parfois sous leurs diplômes d'experts des options politiques bien précises.
     Celui de 2011 (numéro double, 4-3), sur plus de 350 pages porte, entre autres (Sur les mouvements des indignés, autres textes politiques...) sur Sionisme/Antisionisme. Ce numéro copieux aborde, après une présentation de Yves Charles ZARKA, la chronologie, la définition, les engagements, les positions, les réceptions du sionisme, avec un grand texte inédit, sur la Constitution d'Israël, avec également un éclairage sur l'actualité de ce pays (Élections, Économie...)
   
     Avec un peu plus de 180 pages par numéro, Cités tente, avec comme directeur de la rédaction Yves Charles ZARKA, et d'un comité de rédaction doublé d'un comité de lecture, "de répondre, par ses analyses du monde contemporain, au croisement de l'actualité socio-politique et de la réflexion philosophique, à une attente réelle du public". Exercice délicat tant l'actualité est synonyme souvent d'immédiat et de court terme, lorsque la philosophie se veut réflexion sur le moyen et long terme, sans négliger l'immédiat. Cités est une terme bien choisi car il semble faire référence à la Cité antique, grecque notamment, où les philosophes étaient des citoyens pleinement engagés dans la vie politique, littéraire et artistique de leur cité.
   
    On trouve au sommaire récent de la revue des thèmes réellement cruciaux comme La marchandisation de l'humain (n°65, 2016), Politiques du capital (n°64, 2015), Y-a-t-il du vrai dans les religions? (n°62, 2015) ou Que pensent et que veulent les neurosciences cognitives? (n°60,2014)... Si on ne se trouve pas tout le temps en accord avec elle, notamment sur le ton des éditoriaux introductifs (voir par exemple Les nouveaux barbares : terrorismes religieux, politique et culturel), la revue a le mérite d'éclairer certains aspects non présents dans l'actualité des grands médias, de se distancier de l'actualité immédiate, et de porter l'attention sur des aspects occultés. 
   
     Droit de Cités, revue maintenant autonome, qui accompagnait Cités depuis son numéro 28, prolonge logiquement cette perspective. Elle vise plusieurs objectifs : "interroger a culture et l'art contemporain, en particulier les questions des valeurs, des critères, des oeuvres, ouvrir un espace éditorial original à ce qui est novateur tout en étant peu connu du public, analyser les processus actuels marquants dans le domaine de l'art, en liaison directe (avec les acteurs de l'art), ouvrir des débats, comme celui entre théâtre public et théâtre privé".
Se présentant sous la forme d'un journal, Droit de Cités, comme Cités, est épaulé par un comité scientifique international.

     Dans un paysage intellectuel où la philosophie est surtout représentée (en terme de publications) par des revues d'études spécialisées, surtout commentatrices d'oeuvres (cartésiennes, kantiennes, hégéliennes...), Cités veut s'ouvrir à plusieurs horizons. En tout cas, au vu des problématiques abordées, elle veut résolument, au moment où de nouvelles écoles philosophiques transnationales émergent, sortir de préoccupations hexagonales.
   Auparavant et de nouveau maintenant diffusée par les Presses Universitaires de France, Cités était disponible à L'Appel du Livre, au 99, rue de Charonne, 75011 PARIS.
   Cités est également disponible en ligne sur le site de CAIRN (www.cairn.info), et offre de nombreux articles d'anciens numéros à la lecture.
 
(Actualisé le 26 mars 2012)
(Actualité le 17 mai 2016)
(Relu le 31 janvier 2019)
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10 mars 2009 2 10 /03 /mars /2009 09:48
          Vacarme, entre art et politique, savants et militants, magazine et revue, comme l'indique son sous-titre développé, revue trimestrielle née en 1997, tente de mêler dans ses pages (environ 80 pages par numéro), textes de fond, photographies, dessins, poèmes et témoignages.
          Dûment charpentée en quatre rubriques, long entretien, chantier thématique, cahier, et lignes, la revue se veut un lieu de rencontre d'individus engagés dans les mouvements sociaux, associatifs (Act-Up Paris, GISTI, dans la lutte anti-SIDA et pour les sans papiers...) et de chercheurs et enseignants en sciences sociales notamment, comme d'écrivains, de thérapeutes, d'artistes.. Penser la pratique, partager le savoir, échapper aux séparations traditionnelles entre politique et art, agir dans l'urgence et penser dans le long terme...

        C'est ainsi que la revue aborde différents thèmes plus ou moins dans l'actualité, la santé : affaire privée, affaire publique (n°1, hiver 1997), les DDASS (Directions Départementales des Affaires Sanitaires et Sociales) : une basse administration (n°12, été 2000), refaire la grève (n°26, hiver 2004), la France pavillonnaire (n°42, hiver 2008), vivre avec le sport (n°45, automne 2008), et dans le numéro 46, la prostitution : un métier impossible?
On peut noter dans ce dernier numéro un éditorial Refuser la violence, qui se termine ainsi : "Pourtant, les résistances citoyennes ne manquent pas. De l'essaimage militant de Réseau Éducation Sans Frontière aux mobilisations à répétition sur Internet, de la dénonciation du fichier EDWIGE, aux occupations d'établissements scolaires, aux enseignants, chercheurs, soignants en lutte, d'autres formes de contestation ne cessent de s'écrire et de voir le jour. Faisons alors le pari, avec Mike DAVIS, d'un horizon où il est "tout simplement impossible de ne pas avoir confiance dans l'idée que le gens ordinaires peuvent changer le monde".

         Volontairement ancré à gauche, et même à gauche de la gauche, selon une formule consacrée, militante et désireuse d'ancrer une action pugnace sur une connaissance précise de la société, Vacarme fait naturellement aux conflits sociaux une très large place. Le lecteur trouve dans cette revue à la fois des exposés rigoureux, à multiples voix, sur une situation ou une évolution sociale, et des idées pour mener un vacarme selon l'acception de Mathieu POTTE BONNEVILLE, philosophe et co-fondateur de la revue, qui se réfère à Claude LEVI-STRAUSS : "les instruments du vacarme sont les instruments rituels avec lesquels certaines tribus amérindiennes chassent le grand léopard bleu qui veut manger le soleil - l'image d'une telle résistance musicale, tribale, et minoritaire nous semblait assez belle".
       
     Edité par une association du même nom, Vacarme regroupe une vingtaine de membres bénévoles qui assurent collégialement la conception et la réalisation de chaque numéro. Avec un comité de rédaction de cette vingtaine de personnes, et avec Vincent CASANOVA comme directeur de publication, Vacarme publie à la fois sur papier et sur Internet où l'on peut retrouver sur son site une grand nombre de ses articles.`  
        
     De 2006 à 2010, Vacarme s'est associé avec la revue Multitudes, dans les Editions Amsterdam, pour des publications communes, essais ou manifestes théoriques et politiques thématiques : Multitudes/idées et Multitudes/interventions. Depuis 2010, elle est éditée par Prairies ordinaires.
 
     La revue Vacarme s'arrête de paraitre en février 2020, le dernier numéro étant de ce mois. Dans son numéro 89, le comité de rédaction informe ses lecteurs de cet arrêt de parution dans un éditorial, où il est fait état du désir des rédacteurs d'évoluer dans d'autres multiples directions. Constatant que les résistances et les luttes ont gagné en radicalité, notamment avec le mouvement des gilets jaunes et les grèves-manifestations contre la vaste réforme des retraites, et surtout que les luttes actuelles dessinent une autre carte politique, les membres de la rédaction décident d'orienter leur énergie et leur temps dans d'autres cadres.

Vacarme, 59, rue Louis Blanc, 75010 PARIS
Site : www.vacarme.org (difficulté d'accès au moment de l'actualisation)
 
Actualisé le 24 mars 2012. Relu le 9 février 2019. Complété le 24 février 2020.
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7 mars 2009 6 07 /03 /mars /2009 15:37
     A l'image d'une discipline - la sociologie de l'art - jeune et aux frontières mal définies et aux contenus très diversifiés, entre la critique interne de l'art, l'étude des oeuvres d'art, des activités ou langages ayant une dimension esthétique, et l'analyse sociologique de la vie artistique, la revue Sociologie de l'art publie depuis 1992 les contributions les plus diverses. Seul point commun entre les différends articles qu'elle publie, au moins deux fois par an : parler de sociologie de l'art...

    Avec un thème par numéro, Sociologie de l'art aborde les échecs et ratages en art (n°7, 1994), la posture esthétique (n°9, 1996), les arts et le public (n°12, 1999), le travail artistique (n°5 de la formule Opus, 2004) ou l'art comme connaissance et imaginaire, en hommage à Jean DUVIGNAUD (n°11-12, 2007). Nombre des articles publiés reflètent des débats conflictuels et rendent compte de conflits concernant l'art dans la société, qui ceux-ci se situent très loin dans l'histoire ou dans notre époque. Souvent très techniques, beaucoup d'articles s'adressent d'abord à un public spécialisé soit en art, soit en sociologie, soit dans les deux domaines. La revue se veut d'ailleurs d'abord un lieu de rencontre entre des milieux sociologiques qui travaillent souvent occasionnellement sur les liens entre art et société.
   
    Notons deux des numéros de la revue (n° 19 et 20) sur Le corps en amont, puis Le corps en aval. Le corps de l'écrivain, qui réunit un ensemble d'études "dont chacune met en valeur une ou plusieurs caractéristiques sociohistoriques du corps de l'écrivain - ou plutôt, car il faut se garder d'essentialiser ce phénomène, des corps des écrivains. Le point de départ est à chaque fois un terrain bien délimité, composé de textes, de métatextes et/ou d'entretiens." Le corps en amont met l'accent "sur le corps de l'écrivain avant et pendant l'acte d'écriture. Dans une première contribution, Christine DÉTREZ montre à quel point ce corps écrivain détermine l'écriture littéraire dans ses conditions d'existence même, en prenant comme exemple le discours des écrivains féministes maghrébins sur leurs propres pratiques scripturales. Écrire en tant que femme en Algérie et au Maroc continue d'avoir un coût social et physique élevé. Gérard FABRE offre une version plus textuelle de certaines des observations faites par DÉTREZ, sous forme d'une analyse d'un poème du Québécois Gérard GODIN, où celui-ci évoque son incarcération en 1970 pour agitation indépendantiste. Le corps écrivant y est central : non seulement la forme singulière du poème s'éclaire-t-elle en la rapportant au corps captif du poète, mais ce n'est qu'en établissant ce lien que l'on voit le poème livrer une part insoupçonnée de sa signification. L'expérience somatique de l'écrivain est ici manifestement au fondement de l'acte littéraire. A travers le cas du dramaturge français Bernard-Marie KOLTÈS, Jérôme DUBOIS entend montrer ensuite qu'une sociologie du corps de l'écrivain gagnerait à relier la poétique d'un écrivain et la façon dont celui-ci envisage le corps en général et le sien en particulier. Il s'agit d'examiner le corps de l'écrivain comme source d'inspiration ou, plus exactement, d'imagination. A cet effet sont convoqués des outils sociologiques et psychanalytiques"
Le second numéro de Sociologie de l'art - Opus "déplace plus nettement le regard vers le texte et invite à observer ce que celui-ci en tant que littéraire ou métalittéraire, contient du corps de l'écrivain, voire fait au corps de l'écrivain. Le numéro s'ouvre sur un article de Jérôme MEIZOZ sur Jean-Jacques ROUSSEAU, ce que MEIZOZ appelle une "posture", c'est-à-dire la manière dont, en l'occurrence, l'écrivain-philosophe suisse occupe sa position dans l'espace littéraire. On y découvre comment ROUSSEAU passe d'une représentation de soi en pauvre vertueux à un discours où l'accent postural est mis sur le corps malade et la souffrance. Les deux contributions suivantes, signées de deux jeunes chercheuses, élargissent encore l'enquête sur la présence du corps de l'écrivain dans ses oeuvres. Toutes deux ne l'observent pas seulement à l'aune d'un art poétique donné et d'une posture corrélative dans le champ littéraire. Elles y voient aussi le principe de l'activité scripturale que cette activité transforme en retour selon des logiques proprement littéraires. Le corps apparaît ainsi en filigrane comme l'instrument et l'enjeu de l'écriture. D'abord, Maria DOGA commence par montrer que le processus d'écriture chez Francis PONGE "prend sa source dans le corps". Son article fait voir comment l'écriture réflexive du poète français n'a cessé d'impliquer son propre corps écrivant, transgressant ainsi les notions classiques d'auteur, d'écriture, d'inspiration, etc. et modifiant la notion du corps d'écrivain et de corps tout court. Enfin, Emilie SAUNIER, se penchant sur la romancière belge Amélie NOTHOMB, tente non seulement de cerner dans les oeuvres les traces laissées par le corps écrivant, mais aussi le bénéfice que ce même corps semble retirer de l'écriture qu'il engendre." (Paul DIRIKX, directeur de ces deux numéros).
    
   Faisant appel régulièrement, sur Internet notamment, aux contributions dans le monde étudiant ou professoral, sur un thème choisi, l'équipe de rédaction, dirigée par Florent GAUDEZ et composé d'une vingtaine d'universitaires de toute la France et s'étendant aux zones francophones. Elle s'appuie sur un Comité international de parrainage scientifique très diversifié. La revue parait depuis 2002 sous le deuxième nom Opus, changeant alors de lieu de siège et de maison d'édition (de Bruxelles à Paris, et de La lettre volée à l'Harmattan).
    L'association qui gère la revue - l'Association des amis de la revue Sociologie de l'Art - est présidée par Jacques LEENHARDT.

Sociologie de l'art - opus, Editions l'Harmattan, 7 rue de l'Ecole Polytechnique, 75005 PARIS.
      Abonnement Opus-Sociologie de l'art c/o Florent GAUDEZ, Université Pierre Mendès-France, Laboratoire de Sociologie de Grenoble, EMC2 - LSG, Domaine universitaire, BP 47, 38040 GRENOBLE CEDEX 9.
         Le site Internet de la revue présente les anciens numéros et les informations pratiques.
 
Actualisé le 22 mars 2012. Relu le 11 février 2019.
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3 février 2009 2 03 /02 /février /2009 14:17
   Créée en 1985, cette "Revue internationale de théorie du droit et de sociologie juridique", se conçoit comme une nouvelle série après celle fondée en 1926 par Hans KELSEN, Léon DUGUIT et Franz WEYR. Un groupe de chercheurs et d'enseignants, comme Pierre BOURDIEU, Jean CHARBONNIER ou Michel CROZIER pour la partie française, pensaient offrir "un espace régulier d'échanges sur le juridique dans ses différentes dimensions, pour des recherches et des analyses issues d'horizons disciplinaires divers et produites dans un cadre international avec le souci d'établir des ponts entre le travail de connaissance et l'action." Une volonté qui reste actuelle de faire dialoguer juristes et sociologues sur les différents enjeux du Droit, qu'il soit public ou privé, national ou international.
     Se voulant  "loin des querelles de chapelles, des affrontements ou des ignorances réciproques entre disciplines", cette Revue aborde de nombreux aspects des conflits sous l'angle du Droit. En 70 numéros, souvent bilingues, avec une audience internationale réelle, dotée d'un Conseil scientifique où se côtoient Richard ABEL, Maurice AYMARD et Lawrence FRIEDMAN, dirigée aujourd'hui par Jacques COMMAILLE (rédacteur en chef), elle aborde autant "le voile en procès" (2008) que le "droit et politique face aux inégalités de genre (2005) que "la justice comme espace politique, trois études de cas : Israël, Inde, Argentine" (2003). Pour son numéro 79, de 2011/3, elle développe le thème du "rôle des administrations dans la fabrication des normes, thème qui peut paraître sec, mais que Michel COINTEPAS (Pouvoir politique et pouvoir administratif : l'exemple de la direction du travail sous Arthur Fontaine (1899-1920), David NIGEL (La jeunesse déviante entre ordre moral et raison expertale, production du droit et politiques publiques de protection de la jeunesse sous le régime de Vichy) et Jacques CHEVALIER (La place de l'administration dans la production de normes), entre autres, illustrent concrètement. Dans les Etudes présentées à la fin de ce numéro figure la contribution de Yann LERY (La notion d'effectivité du droit) qui a retenu toute notre attention.
  
       Rappelons pour montrer la difficulté de l'entreprise qu'il existe dans l'oeuvre de Pierre BOURDIEU par exemple, une réelle critique contre à la fois le système juridique et les pratiques des acteurs de l'institution judiciaire. Pour reprendre les termes de Jacques COMMAILLE, dans un dossier consacré "à la place du droit dans l'oeuvre de Pierre BOURDIEU" en 2004 dans la Revue Droit et Société : "Cette opposition (entre juristes gardiens de la permanence et sociologues chantres du changement) est associée à une autre, fondamentalement politique, entre une vision agonistique où le conflit est mis au coeur du fonctionnement du monde social, vision majoritairement partagée par les sociologues, et une vision consensualiste où le conflit est une pathologie qu'il faut réduire, ce qui est logiquement dans la vocation des juristes".

       La Revue fait partie d'un Réseau Européen Droit et Société qui impulse une collection de livres  à la Librairie Générale de Droit et de Jurisprudence, au nombre déjà d'une cinquantaine. Comme d'autres Revues, elle patronne également des Conférences et des Colloques sur les relations entre Droit et Sociologie ou Anthropologie ou encore Philosophie... Pour tout acteur social ou simple lecteur ou étudiant, cette Revue est une des rares qui ne se cantonnent pas à la technique juridique ou à l'approfondissement du Droit en tant que tel, et qui aborde le conflit social dans de nombreuses de ses implications.
Il existe bien entendu d'autres Revues, moins connues, issues d'Université comme celle de Limoges et de sa Faculté de Droit et des Sciences économiques, Les cahiers de l'Institut d'Anthropologie Juridique qui aborde la question des conflits de temps à autre, de manière très technique et qui offre d'intéressantes monographies (voir le numéro 7 consacré à la "Résolution des conflits") mais peu d'entre elles abordent le Droit d'emblée comme un fait social.

   Signalons enfin que de nombreux textes (des numéros entiers souvent aussi) sont disponibles sur internet, directement par le site de la Revue ou par le portail Persée.

Revue Droit et Société, Pour la rédaction Institut des Sciences sociales du Politique (ISP), Pôle de Cachan - Ecole Normale Supérieure, 61 avenue du Président Wilson, 94235 CACHAN CEDEX (Muriel LESAVRE),
Pour l'administration et les abonnements, Librairie Générale de Droit et de Jurisprudence, Lextensio éditions, 33, rue du Mail, 75002 PARIS.
Site : www.reds.msh-paris.fr. (il s'agit du serveur de la fondation Maison des sciences de l'homme)
Pour le Réseau Européen Droit et Liberté : 1, rue de la République, BP 43, 11160 RIEUX-MINERVOIS (André-Jean ARNAUD et Jacques COMMAILLE).
 
(Actualisé le 21 mars 2012)
Relu le 22 janvier 2019
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27 janvier 2009 2 27 /01 /janvier /2009 14:54
      Dans un genre réputé difficile, la linguistique, où beaucoup pensent que s'y risquer demande la maïtrise au minimum de deux ou trois langues, cette Revue de sociolinguistique en ligne (uniquement sur Internet), de création relativement récente (2003), entend contribuer à la compréhension des liens entre politiques des langues et tout ce qui tourne autour du langage en général, et sociologie.
    Un groupe de chercheurs travaillant au sein du laboratoire LIDIFra de l'Université de Rouen, malgré leurs travaux et leurs approches très divers disent avoir en commun quelques orientations majeures : "ils étudient les pratiques et les représentations langagières dans des situations de plurilectalisme (pluralité des langues, des variétés, des usages) ; leurs travaux portent sur le recensement et la description des variétés en présence, l'analyse des modes de contacts entre ces variétés et l'examen des politiques linguistiques qui leur sont liées ; ils s'intéressent particulièrement aux situations dans lesquelles le français est en contact avec d'autres langues." 
Ce groupe de chercheurs fait référence au concept de glottopolitique en s'appuyant, dans leur premier numéro, sur le concept de louis GUESPIN et de Jean-Baptiste MARCELLESI, énoncé en 1986. On le retrouve dans de nombreux endroits sur la Toile :  la glottopolitique désigne les diverses approches qu'une société a de l'action sur le langage, qu'elle soit consciente ou non consciente : aussi bien
- la langue, quand la société légifère sur les statuts réciproque du français et des langues minoritaires par exemple,
- la parole, quand elle réprime tel emploi chez tel ou tel,
- le discours, quand l'école fait de la production de tel type de texte matière à examen : glottopolitique est nécessaire pour englober tous les faits de langage où l'action de la société revêt la forme du politique."
La glottopolitique, écrivent-ils encore, est une pratique sociale, à laquelle nul n'échappe, que l'on soit ministre ou simple citoyen.

        Depuis sa création, la revue compte 19 numéros à son actif, dont chacun donne bonne matière à réflexions. On notera les thèmes de quelques-uns d'entre eux : Quelle politique linguistique pour quel Etat-nation? ; Anciens et nouveaux plurilinguismes : Traitements automatisés des corpus spécialisés : contextes et sens ; Insertion scolaire et insertion sociale des nouveaux arrivants ; Pratiques langagières dans le cinéma francophone...
Notons un des derniers numéros (n°19, janvier 2012), de 164 pages, sur "Réformes de l'orthographe française - Craintes, attentes et réactions des citoyens. Anne DISTER et Marie-Louise MOREAU écrivent dans leur présentation de ce numéro : "Peu de temps après la publication au Journal officiel de la République française des "Rectifications orthographiques", PetitJean et Tournier (1991) relèvent les principales étapes qui ont marqué la constitution du français et de son écriture. Il ne faut pas solliciter cet inventaire pour y lire que la question de l'orthographe française et de sa réforme est une préoccupation constante, permanente. Tout le 20ème siècle, en particulier, se caractérise par une sorte d'ébullition, voyant se multiplier les prises de position, les projets, les manifestes, les publications. Après 1990, l'histoire parait connaître une accélération, du moins pour ce qui concerne les publications : travaux scientifiques dans le prolongement des rectifications, ou indépendamment de celles-ci (...), mais aussi ouvrages destinés au grand public." "Les travaux réunis dans ce volume adressent différentes recommandations aux responsables de la politique linguistique. On peut résumer les principales en ces mots : sélectionner, informer, s'engager. (...)".
 
   L'équipe du comité de rédaction d'une vingtaine de personnes, épaulée par un Comité Scientifique fourni, notamment Jean-Baptiste MARCELLESI, avec Clara MORTAMET comme rédactrice en chef, s'efforce sur ces thèmes d'apporter des éléments clairs, avec le moins de jargon possible, tâche difficile dans cette discipline. Elle entend également intervenir dans le vif des débats concernant la langue en général, comme sur les liens pré-supposés entre délinquance et non-maîtrise de la langue dans les "quartiers difficiles" en février 2008.

      On ne peut que conseiller ceux qui s'intéressent aux liens entre conflit et langage de parcourir ces textes, gratuitement disponibles sur Internet. Une certaine attention bien sûr est exigée (pas de romance...), mais dans ces temps de banalisation de lieux communs, il importe de prendre sur son temps, d'être à l'écoute de toute nouvelle approche côté linguistique...
 
Glottopol, revue de sociolinguistique en ligne : www.univ-rouen.fr/dyalang/glottopol/
 
 
Actualisé le 21 mars 2012. Relu le 2 janvier 2019
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